‹ Histoire universelle du théâtre (volume 2)Chapitre 12 sur 28 · HOLOPHERNE · texte numérisé non relu

HOLOPHERNE

iS'os deux cœurs Pourraient-ils trouver alliance En amoureuse concordance ?

Dites, dame?

JUDITH

C'est le meilleur, Premièi^ment penser du cœur*

Holopheme a convoqué ses généraux pour assister à un souper que présidera la belle Béthulienne. Judith pousse son hôte à lui faire raison des coupes de vin qu'elle feint de boire, et elle arrive à l'enivrer. Quand les choses en sont à ce point, les convives se retirent. Abza demeure seule dans la chambre avec sa maltresse et Holopheme, qui se couche et invite Judith à en faire autant.

Dame, cy sera vostre place.

Dépeschez-vous.

Judith s'agenouille et adresse sa prière au ciel :

Mon Dieu,

dit-elle,

Tu scès qu'en grand danger me livre.

Me confiant en ton secours 1 Las ! de pitié ouvre le livre.

Car besoing en ay en ce cours.

Mon Dieu conduitz-moy, Car c'est pour ta foy ; Donne-moy courage.

Elle tire le sabre d' Holopheme endormi, et elle hésite devant cette action terrible.

— Le tueras-tu?

se dit-elle ;

Ha ! non feray Ce serait trop grief maléfice t

Puis, après un temps de réflexion :

— Il sera fait f

poursuit-elle,

Dieu le veultl Aussi, c*est raison D'occire un tel violateur...

Nouveau temps d'arrêt.

— Ah 1 femme, auras-tu le cœur?...

J*ayme mieux endurer la mort...

Ha! bref, je le ferai : il dort.

Plus n*cn prendrai autre conseil.

Et, quand elle lui a tranché la tète, elle s'écrie fièrement :

Qui le vouldra pleurer le pleure 1 rai fait un chef-d'œuvre de femme.

Elle appelle Âbza, et ne lui adresse que ce mot : « Regarde ! j>

Cette scène est réellement émouvante dans sa simplicité. Elle a tout le mouvement voulu. Ne sont-ce pas des mots de situation que ceux-ci :

Qui le vouldra pleurer le pleure 1

Et ce mot adressé à sa servante, en lui montrant la tète du général assyrien : a Regarde I 9

L'épisode de la reine Esther renferme quelques pensées et des caractères. Le dialogue entre Aman et Zarès^ sa femme, où le ministre d'Âssuérus se plaint

des dédains de Mardochée , a certainement plus de mouvement et de naturel que le dialogue correspondant dans YEsther de Racine.

La scène du dîner, où Esther démasque la duplicité du ministre, commence avec une grâce charmante et finit de la façon la plus énergique.

Le Roi lui dit :

Esther, rosier d'humilité, Douice beauté, fleur de jeunesse, Ai-je pas tenu ma promesse ?

Que voulez-vous outre plus dire ?

Esther se jette aux genoux du Roi et le supplie de lui sauver la vie à elle et à ses compatriotes hébreux, que sa rigueur a condamnés à la mort.

Condamnée?

répète Assuérus,

Toi, toi, ma bien-aiméo.

ESTHER

Commandé l'as.

Asauénrs.

Que dis-tu ?

ESTHER

Sûrement.

ASSUÉRUS

Te mettre à mort?

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