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CHAPITRE XIV

XVr SIECLE.

La période de foi et de soumission vient de finir avec le xv® siècle ; la période de doute et de résistance s'ouvre avec le xvi*. Le Borgia coiffé delà tiare papale a ébranlé la croyance en l'infaillibilité du Vicaire du Christ ; la vente des bulles d'indulgence va produire la révolte des consciences et le schisme qui doit mettre fin à la grande unité catholique. Luther frappe à la porte ; Calvin le suivra, et dans les pas des protestants les anabaptistes sèmeront la négation absolue, qui germera sourdement^

Rome cache quelque temps ces plaies ouvertes sous le manteau brillant de la Renaissance des lettres et des arts, dont, au siècle précédent, elle a donné le signal :

elle domine encore le monde avec le prestige de ses peintres, de ses architectes^ de ses sculpteurs et de ses écrivains. Nous retrouverons ces mouvements divers de la pensée du siècle dans les productions dramatiques de tous les pays de l'Europe. C'est surtout en France et en Allemagne que l'on verra s'accuser davantage' cette tendance à la satire politique et religieuse^ poussée parfois dans ses dernières timites.

La Renaissance, qui a laissé une trace si brillante dans l'histoire de l'art européen, est un fait de création tout italienne dont nous n'avons eu que les reflets. L'Italie, à cette époque, concentrait toutes les forces vivaces de l'esprit humain, et c'est d'elle que nous empruntions nos lumières et notre goût.

Certes l'Italie trouva là une voie nouvelle et charmante, et le mariage des idées antiques avec les idées chrétiennes donna naissance à une race d'oeuvres robustes et bien venues, en peinture, en sculpture, en architecture et dans les diverses branches de la poésie; mais, sur le terrain de la littérature dramatique, il faut bien reconnaître que, malgré ses efforts, sauf quelques rares exceptions, elle ne sut rien produire qui put vivre de sa propre vie, et que l'importation en France des théories et des modèles péninsulaires nous fut plus funeste qu'utile. Sans cet engoûment irréfléchi dont on se prit pour l'imitation italienne, il est permis de croire que notre théâtre aurait rencontré la route nationale qu'il cherchait , comme on vit le fait se produire en Angleterre et en Espagne. Les pièces érudites, ne se soumettant en France qu'au jugement

d'un public de choix, ne purent être redressées par le bon sens populaire. Ce qui manqua aux Jodelle, aux Jacques Gré vin, aux Robert Gamier , ce furent les sifQets du parterre, les trognons de pommes et les pelures de concombres, dont le patio de Madrid et le cock-pit de Londres étaient si prodigues pour les acteurs et les ouvrages représentés. Nos grands écrivains dramatiques du xvn* siècle furent eux-mêmes bien plus gênés que servis par la renaissance de la poétique aristotélienne, qu'ils héritèrent de leurs devanciers.

Ce serait folie de voir dans ces règles étrangères le moindre secours apporté à l'inspiration. C'est surtout après la disparition de nos grands génies du siècle de Louis XIV que l'on sent combien cette forme étroite et mesquine était un poids et une entrave. Un autre obstacle au progrès du style théâtral au xvi"* siècle, ce fut la trituration latine que subit la langue à cette époque ; ce furent ces locutions étranges, ces tours de phrase alambiqués, cet abus des diminutifs qui ôtèrent toute vérité à l'expression des sentiments naturels, surtout dans le genre sérieux.

L'école de Ronsard, à laquelle appartiennent tous les poètes dramatiques de la seconde période^ n'amena que des produits hybrides frappés de mort dès le berceau. La pensée du siècle était vivace, l'expression vraie lui manqua. Ce ne fut qu'au siècle suivant que, selon l'expression pittoresque de M. Littré , on com-^ mença à se rallier de cette déroute où le grec et le latin avaient mis le français.

Notre théâtre, au xv!** siècle, se divise donc en deux périodes bien distinctes.

Pendant sa première moitié, le xvi® siècle continue le travail du xv* et reproduit des Sotties , des Moralités et des Farces, sans abandonner tout à fait les Mystères.

La seconde moitié du xvi' siècle est toute à Timitation des anciens, que des traductions plus on moins exactes viennent de populariser. Les auteurs de cette époque veulent se draper dans le pallium ou dans la toge, mais ce sont des vêtements romains et grecs pris à la friperie italienne. Non-seulementil n'y a pas de progrès, mais il y a un recul par delà le théâtre des Miracles de Notre-Dame, qui datent pourtant duxiv* siècle.

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