‹ Histoire universelle du théâtre (volume 2)Chapitre 20 sur 28 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

MmrmUtém tt Farces.

Longtemps on n'a connu qu'un très petit nombre des Moralités et des Farces composées et jouées en France pendant la première moitié du xvi* siècle.

Grâce à de récentes publications, auxquelles non-seulement Paris, mais toutes nos villes de province ont apporté leur contingent, nous possédons aujourd'hui un répertoire sinon complet, du moins très riche, de ces précieux documents. En outre des vieux manuscrits publiés, on a aussi imprimé à nouveau les exemplaires rares, et quelquefois uniques, de certains ouvrages qui n'existaient pour ainsi dire que par leurs titres.

Cest pour la première fois que ce répertoire des Farces et des MoraUtés va être examiné et analysé dans son ensemble.

A une époque où les Mémoires si communs aux siècles précédents deviennent moins nombreux et ne nous révèlent qu'imparfaitement les mœurs historiques, on est heureux de trouver les pièces de théâtre qui reflètent au moins Fesprit et les idées du temps. Ce sont pour la plupart des diatribes contre toutes les classes de la société ; elles sont écrites en style populaire et elles se jouaient le plus souvent sur les tréteaux des carrefours. Personne n'échappe à leurs sanglantes étrivières, ni les prêtres, ni les nobles, ni les magistrats, ni les bourgeois, ni les manants. Les Princes et les Souverains eux-mêmes y sont parfois fustigés, ce qui provoque les colères du Parlement et des gens du Roi, les condamnations â la prison , aux verges , au bannissement. Quelquefois aussi, c'est le Souverain qui pousse les auteurs à attaquer ceux qui gênent sa politique, soit â l'intérieur, soit au delà des monts.

On peut subdiviser ce répertoire de la première moitié du xvi^ siècle en deux classes :

1<> Les comédies ou satires politiques ;

2"* Les comédies de mœurs.

Les Moralités servent plus spécialement de cadre aux satires politiques ; les Farces, aux comédies de mœurs. Nous parlerons plus loin des Sotties.

Pierre C^rlnyore et le répertoire des Enflmts

Sans-Souci.

L'auteur de pamphlets politiques le plus habile et le plus renommé, c'est Pierre Gringore, dont tout le monde aujourd'hui sait le nom, mais dont peu de gens connaissent au vrai la personne et les œuvres. Il mérite qu'on lui consacre quelques instants.

Né vers 1480, dans les environs de Caen selon les uns, en Lorraine selon les autres, il court de bonne heure les grands chemins. Il est en même temps acteur et compositeur de Farces. Comme la Rancune et les héros du Roman comique^ il voyage d'abord dans les provinces avec une troupe de bateleurs. A cette école, il apprend son métier sous deux grands professeurs, la

fSûm et la soif , qui ne lui ménagent pas leurs dures leçons. Ils abandonne ces muses peu nourricières pour suivre Tarmée française en Italie. Il prend part au triomphe de Charles YIII et au bon accueil que cha* que Français trouvait alors auprès des belles de Milan, de Rome, de Florence et de Naples. Il voit le Borgia du Vatican se livrer à toutes les excentricités de sa vie de réprouvé. Il voit Machiavel gagner comme lui péniblement son pain à la sueur de son front ; il voit brûler Savonarole, mourir Charles VIII, Louis XII lui succéder; puis, après la conquête du Milanais etl'expédition de Naples, il revient en France aussi gueux que lorsqu'il en partit. Reprenant son premier métier, il s'enrôle alors dans la troupe des Enfants Sans-Souci^ où ses talents lui font conférer la dignité de Mère-Sotte, la seconde de la confrérie du Prince des Sots.

Dans cette troupe il trouve pour camarade , comme auteur et comme acteur, le fameux Jean de Pont- AUetz, le bossu spirituel qui devint plus tard entrepreneur de Mystères. Pont-Alletz était admis dans Tintimité des grands seigneurs à cause de ses bons mots. 11 fut même accueilli par les Rois Louis XII et François P' qui s'amusaient de son audace. L'histrion abusait quelquefois, il est vrai, de son droit d'impertinence , le jour par exemple où, appuyant sa bosse contre l'épaule d'un cardinal qui avait une conformation semblable à la sienne, il lui disait : d Vous voyez , Monseigneur, que deux montagnes peuvent se rencontrer , » et cet autre jour où , battant la caisse pour appeler le public à ses jeux près de l'église Saint-Eustache , il

vit accourir à lui tout courroucé le curé , qui venait d'interrompre son prêche, lui disant : a Qui te rend si hardi de tambouriner quand je prêche? t> à quoi il répond, et sans quitter ses baguettes : (c Et vous, Monsieur le curé , qui vous rend si hardi de prêcher quand je tambourine? d

Le jeune Clément Marot jouait aussi dans la troupe de Gringore avant d'entrer en qualité de page chez M. de ViUeroy. Il composa l'épitaphe ou ballade du comte de Salle, l'un des acteurs de la bande, etcelle de Jehan de Serre, excellent joueur de farces. Les vers suivants de Marot donnent l'idée du costume que portaient alors les comiques.

Or bref quand il entrait en salle,

Avec une chemise sale,

Le front, la joue et la narine

Toute couverte de farine,

Et coëflfé d'un béguin d'enfant

Ëtd'un haut bonnet triomphant

Garni de plumes de chapon...

Au moment où Gringore voyait la foule accourir à son joyeux théâtre, le monde était dans l'enfantement, non pas seulement d'une Poétique, mais d'une révolution. La Renaissance couvait la Réforme. Gringore représentait les idées de l'éternel bourgeois de Paris, qui sape tout gouvernement et toute autorité, et qui, bien étonné quand les ruines sont faites, déplore ses maladresses pour les recommencer le lendemain. Gringore administrait le théâtre des Enfants Sans-Souci ; il tenait de plus, comme auteur et comme acteur, lapre-

mière place, et il se refaisait un peu de ses jeûnes de province et de son expédition d'Italie. Les Sotties et les Moralités qu'il débitait à ces bons boutiquiers narquois, accourus aux halles devantses tréteaux, n'étaient autre chose que des pamphlets politiques , religieux et sociaux de la plus extrême violence. On ne sait au juste, aujourd'hui, quels sont ceux qui lui doivent être attribués, en outre des trois qu'il a signés et qui composaient la&meuse afHche du mardi gras de l'année 1511: le Jeu du Prince des Sots et Mère^Sotte ; l'flbmmô- Obstinéei la farce de Faire et Dire; mais il est probable qu'il fut collaborateur de la plupart des pièces où il joua. Dans tous les cas c'était sa pensée d'opposition qui servait de cadre et de but à toutes ces facéties, aussi difficiles à comprendre pour les gens de notre temps que le seront pour nos successeurs la plupart des pièces légères que nos petits théâtres représentent aujourd'hui.

Le Roi Louis XII et ses ministres devinèrent le parti qu'ils pouvaient tirer de cette boutique à satires et à lardons. On n'acheta pas Gringore , mais on le flatta , on l'encouragea , on lui donna l'impunité, et, voyant la porte toute grande ouverte à ses audaces , il se lança comme un dogue à la chasse du Pape Jules II et des gouvernements italiens qui s'opposaient à la domination française au delà des Alpes.

Ce ne sont pas seulement des Sotties qu'écrivait Gringore contre le Pape, mais des libelles en vers, comme V Espoir de paix et la Chasse du Cerf des Cerfs ^ jeu de mots sur la formule papale servus servorum

Dei. Pour qu'on ne s'y méprenne pas , Gringore dépeint le Cerf des Cerfs avec une mauvaise tète ,

Mais elle était triplement couronnée.

Les francs veneurs le voulaient épargner , mais le maudit animal

Tant âpre estait que de jour et de nuit Il ne prenait aucun repos ni somme.

De son dit pië les gens frappe et assomme Chevaux et chiens; ce pié qu'on dut baiser Il veult de force et de rigueur user.

Il représente les cerfs vénitiens et lombards fuyant avec leur chef dans son hallier, où il prétend se défendre, et le poëte finit par une exhortation où il le prévient

Qu'on prend bien cerf qu'il soit rusé ou vieux.

Le colérique Jules II devait bondir de rage en lisant de telles insultes. La Sottie intitulée: le Jeu du Prince des Sots et Mère-Sotte^ que Gringore représentait aux halles avec Pont-Alletz, n'est pas moins injurieuse pour le vieux Pape, qui s'y voit traité de Papillon, C'est un idiot, appelé le Général d'Enfance^ que l'on envoie pour combattre le Papillon^ armé de son hochet et monté sur son cheval de bois.

La noblesse est représentée dans ce pamphlet par le seigneur de Joye, qui passe sa vie en nopces^ convis et banquets^

Uabbé de Plate-Bource représente le clergé avec Tabbé de la Courtille.

Ces prélatz font ung tas de mines^

Ainsi que moynes réguliers,

Mais souvent dessoubz les courtines

Ont créatures féminines

En lieu d'heures et de psaultiers.

Un Sot fait observer que l'Eglise a de mauvais piliers. La Sotte-Commune , c'est-à-dire le bon peuple de Paris » a son compte à son tour, (l Que m'importe , dit Sotte Commune , que dans la chaire de saint Pierre soit assis un fou ou un sage 7

— De qui te plains-tu? lui demande-t-on ; on ne te mène pas à la guerre. On ne te dérobe pas tes volailles. Tu es en paix en ta maison. Je ne sais ce que tu as à grumeler. — Hélas ! répond Sotte-Commune, je n'ai plus le sou , c'est une douleur non pareille. j>

La Mère-Sotte est déguisée sous les habits de la sainte Eglise , et dans cet accoutrement elle débite ses arguments en faveur de ses envahissements temporels. On a beau lui objecter que les princes s'opposent à ses projets; elle répond qu'il en sera ainsi, qu'ils le veuillent ou non. Elle prie tous les Sots de l'aider dans son entreprise et leur promet en échange des chapeaux rouges à foison. On reconnaît enfin Mère-Sotte, qu'on dépouille de son habit d'emprunt. Sotte-Commune continue à gémir, disant qu'elle n'a plus écus ni ducats ; mais elle se console avec une moraUté finale, reconnaissant que ce n'est pas Mère-Sainte-Eglise qui lui fait la guerre , mais simplement Mère-Sotte.

410 HISTOmE UNIVERSELLE DU THÉÂTRE.

La Moralité qui suit la Sottie, dans le Jeu du Prince des Sots, représenté aux halles en 1511, commence par un dialogue politique entre le peuple français et le peuple italien. Les deux voisins en ont gros à se dire depuis deux règnes passés en guerres incessantes pour des intérêts qui ne sont pas les leurs. Le Français est en paix à sa charrue ou dans sa boutique ; on se bat sans lui, car il n'est qu'un vilain, taillable et corvéable, mais il débourse son argent sous toutes les formes pour payer la poudre et les boulets , les arquebuses et les fauconneaux , pour solder les Suisses et tous gens de trait , et pour surcroit on baisse chaque jour la valeur des monnaies. En cette année 1511 ce sont les écus viels, les royaux, les francs à pied et à cheval qui ont subi l'altération et la dépréciation qui le ruinent. Le peuple italien , lui, est toujours aux créneaux des murailles ; il couche sur la paille et ses membres sont rompus. Survient un troisième personnage, Y Homme- Obstiné^ qui se fait connaître en quelques mots. On lui a piis ses châteaux , il ne peut se tirer d'af&ire que par la trahison et la ruse. Quand on le menace de la punition divine , il sourit et répond que c'est lui qui est chargé de tout gouverner ici-bas.

La Punition-Divine symbolisée vient reprocher à l'Homme-Obstiné sa perversité, et au peuple d'Italie la duplicité de sa politique, qui trop souvent trahit le loyal lis. Punition-Divine va jusqu'à prétendre que l'Homme-Obstiné, c'est-à-dire le Pape Jules II, est un circoncis. Gringore veut si bien désigner Jules II , qu'il met dans la bouche de son personnage les propres

paroles du saint Pontife : «Je ferai retourner les Français en France ou je mourrai. i>

Simonie et Hypocrisie sont les alliées du Pape. Hypocrisie fait la chatemitte et feint de manger des herbes sauvages , mais en secret elle festoyé à sa guise ; en un mot^ elle est tout d Dieu^ fors que le corps et Tâme.

La Farce qui complète cette intéressante affiche des Enfants Sans Souci est d'un tel laisser-aller qu'il serait impossible de raconter cette aventure par trop égrillarde de dame Doublette et de son mari RaouUet- Ployart , où le seigneur de Balletreu est appelé à juger la question suivante : Si lorsqu'un mari laisse en fiîche la vigne de sa femme , celle-ci a le droit de la ûiire houer par un autre.

La Sottie servait de lever de rideau ; la Moralité , plus développée, formait le milieu du spectacle, qui finissait par une Farce joyeuse.

On voit que les Sotties ne sont autre chose que des satires dialoguées^ récitées par le Prince des Sots, la Mère-Sotte, les autres dignitaires de l'ordre et le menu peuple.

La circonstance qui fait naître une Sottie étant passée ou bien oubliée, il ne reste plus forme de pièce, et il faut recourir aux événements du temps pour comprendre l'idée de l'auteur. Le jeu des acteurs , leurs costumes , leur façon de se grimer , la ressemblance qu'ils savaient se donner avec les personnages mis en jeu , faisaient souvent tout le piquant de la représentation.

On a retrouvé très peu de Sotties ; il est probable

412 mSTOlRE UNIVERSELLE DU THÉÂTRE.

que beaucoup de ces pièces de circonstance n'obtenaient pas les honneurs de l'impression. La Sottie à huit personnages , intitulée le Monde des sots , est une revue comme celles que donnent aujourd'hui nos théâ* très de second ordre. On y voit figurer toutes les sottises du jour, Sot-Dissolu habillé en homme d'Église, Sot-Glorieux , espèce de bravache ridicule. Sot-Ignorant, Sot-Corrompu, Sot-Trompeur , disputent avec la Mère-Sotte sur la reconstruction du vieux monde, qui s'est endormi dans sa faiblesse et dans son impuissance, et qu'il s'agit de régénérer. Chaque Sot apporte sa colonne sur le théâtre , et au faite de ces supports on hisse le vieux Monde sous la forme d'une boule de carton. Maintenant , dit Sot-Abus , nous aurons du repos. Amusons-nous. Ils se mettent alors à courir entre les colonnes qui soutiennent le Monde, et par leur maladresse ils font tomber à terre tout l'édifice qu'ils viennent d'achever. Le Monde se réveille et moralise le public en le priant d'excuser l'audace de l'entreprise.

La Sottie du Nouveau-Monde qu'on a, paraît-il, attribuée à tort à Gringore, est une satire à propos du remplacement de la Pragmatique de Charles VII par le concordat du Pape Léon X. Ce concordat, consenti en 1517 par le Roi François I®', et que le Parlement n'enregistra que contraint et forcé, était considéré comme attentatoire aux libertés de l'Eglise gallicane. La pièce fait passer sous les yeux du public les Bénéfices, V Élection, la Nomination^ le Père-Saint, le Légat, Y Université et la Provision apostolique. Le

légat dispose des bénéfices grands et petits, contrairement à la Pragmatique, que le Concordat a remplacée ; mais il ne peut se faire obéir, et le Pape est obligé de venir en personne, armé de son bâton pastoral, pour mettre le holà ! Il assomme Pragmatique, en la traitant d'hérétique et de folle. Celle-ci pousse des cris affreux, et lui reproche de la supprimer, lui qui devrait la maintenir. Bref, elle en appelle à Dieu. Élection et Nomination pleurent leur mère Pragmatique et se réfugient dans le sein de r Université, leur aïeule, qui, dans son couplet au public, adjure le Roi de rétablir Pragmatique dans tous ses droits au moyen de quelques bons coups de lance.

La Sottie du Roi des Sots et celle des Trompeurs n'offrent plus guère de sens. Elles roulent sur des jeux de mots alors en vogue. La première pratique le calembour par à peu près, comme le font aujourd'hui les artistes de la jeune Bohème. Sottinet dit d'un Sot qui porte des rats dans une hotte : « C'est un rapporteur ; » et plus loin : a Vecy Coquibus qui rais porte. » Le Roi des Sots veut nommer Guipelin son gouverneur. Il répond qu'il préfère être son gros veneur. Le sel de la sottie des Trompeurs consiste dans la série de calembours à laquelle donne lieu l'instrument appelé trompe. Tous les sots en jouent peu ou prou. Le personnage le Temps fournit aussi son contingent de lazzis équivoques, qui nous semblent aujourd'hui beaucoup trop dessalés.

Il vint un moment où Gringore dut bien regretter ses attaques contre l'ordre établi, et surtout contre la

religion catholique : c'est quand il vit arriver en Lorraine les Rustauds d'Allemagne, qui pillaient et mettaient tout à sac en prêchant la communauté des biens et en criant : Vive Luther ! Gringore avait reçu du duc Antoine la charge de héraut d'armes, sous le nom de Yauldemont. Il fallut quitter ses tréteaux pour aller prendre part à cette guerre où les pillards furent repoussés et anéantis, mais où notre poète faillit se voir arquebuse par ces bandits.

De retour à Paris, il trouva tout bien changé. François !•' venait de succéder à Louis XII, et la tolérance du Père du Peuple était remplacée par la raideur du gouvernement militaire. Le Roi-chevalier fit, un beau matin de l'année 1516, saisir les joueurs de Farces, qui s'étaient permis quelques mots satiriques contre madame de Savoie, sa mère, et les délinquants se trouvèrent bien heureux d'en être quittes pour quelques mois de prison. A ce moment, Gringore abandonna tout à fait le théâtre et alla mourir en Lorraine auprès du duc Antoine (1539), après avoir publié un factum poétique contre les huguenots, intitulé : le Blason des hérétiques. Ce mea culpa est la contre-partie de ses joyeusetés premières.

Il devait avoir amassé quelque bien, car, grâce à la faveur dont il jouissait auprès des ministres de Louis XII, il s'était associé à Pierre Marchand, charpentier de la grand'cognée, pour l'entreprise des fêtes et Mystères donnés aux entrées et galas en la ville de Paris. Il se retira donc en Lorraine avec une honnête aisance. La devise de ce successeur de Villon était

c Tout par raison^ raison partout, raison dans tout. ^ C'était, au fond, un esprit appliqué et réfléchi, chez qui la bouffonnerie recouvrait souvent une pensée morale et sérieuse. Son principal ouvrage est resté jusqu'à présent inédit (sauf quelques courtes citations extraites çà et là). Ce manuscrit attend un éditeur dans le capharnaûm de la bibliothèque de la rue Richelieu. Quand donc le trouvera-t-il ? La publication de l'œuvre de Gringore, commencée en 4858 par MM. d'Héricault et de Montaiglon^ ne nous donnera-t-elle point le Mystère de Gringore, intitulé : la Vie de Monseigneur Saint-Loys par personnages? J'ai entamé la lecture de ce manuscrit, d'une écriture fatigante pour les yeux , et j'en ai assez vu pour souhaiter vivement que ce grand travail d'un poëte célèbre dans son temps sorte de la tombe où on l'a mis tout vivant.

lies Heralltés.

Les Moralités sont nombreuses au xvi^ siècle, moins pourtant que les esquisses de mœurs appelées Farces.

La Moralité empruntait à la Sottie beaucoup de ses effets, mais elle avait toujours un fond de raison, et, comme forme, une Poétique renouvelée des romans

allégoriques des troubadours provençaux. Chaque passion, chaque vertu, chaque vice prenait un corps dans la Moralité ; ils jouaient un personnage conforme à la nature de chacun et diversifié seulement par les évolutions de l'action ; mais tout se passait habituellement dans le domaine comique. La Morahté prise au sérieux (et il y en a de ce genre) rentrait tout à fait dans la catégorie des Mystères et se confondait avec eux. Telle est la Moralité des Blasphématetirs et celle de Mundus^ Caro , Dœmonia, un vrai sermon sur la nécessité de mortifier la chair. La sœur de François P', la Reine de Navarre, écrivait aussi des Moralités et des Farces que jouaient les damoiselles de sa cour. Les Deux Filles et les Deux Mariées; — Trop^prou^ peUy moins ^ représentent ses essais dans le genre comique. Son style semble un reflet de celui de Marot. Son invention est toujours allégorique et n'est pas souvent facile à comprendre , car elle se perd dans le raffinement des choses et des termes. La protectrice de Ronsard et de la pléiade des poëtes a aussi composé des Mystères. Rien ne justifie l'opinion qui attribue une partie de ses œuvres à Bonaventure des Perriers et à Clément Marot.

Les pièces de la Reine de Navarre sont bien loin de valoir ses contes.

Le nom de Simon Bourgoin, valet de chambre de Louis XII, celui de Jean d'Abondance, basochien et notaire du Pont-Saint-Esprit, sont connus par les catalogues mentionnant les Moralités de cette époque ; mais leurs œuvres, quoique imprimées, n'ont jamais attiré l'attention.

La Moralité de Nicole de la Chesnaye, intitulée : la Condamnation de Banquet^ est l'une des plus célèbres, et elle n'offre pas même une allusion aux événements du temps. L'auteur avait dédié son œuvre au roi Louis XIL Elle a été plusieurs fois réimprimée, et je la suppose trop connue pour m'y arrêter longtemps. n faut pourtant l'inscrire à son rang (1512). Nicole de la Chesnaye accuse dans sa préface l'intention de villipendety détester et aucunement extirper le vice de gloutonnerie^ crapule^ ébriété et voracité^ et^ par oppO" site, louer, exalter et magnifier la vertu de sobriété^ frugalité^ abstinence^ tempérance et bonne diette. Le succès de cet ouvrage médico-poétique (La Chesnaye était médecin de Louis XII) dut être grand, car on le retrouve hystorié sur les tapisseries flamandes reproduites par MM. Achille Jubinal et Sansonetti. En le lisant aujourd'hui , on ne devine pas la cause de sa vogue. Il contient certainement çà et là quelques bouffonneries assez récréatives, mais cette succession de personnages allégoriques : Bonne-Compagnie , Accoutumance, Friandise^ Oourmandise, Esquinancie, Apoplexie, Goutte, Gravelle, Jaunisse, Diète, Pleurésie, Paralysie, constitue un défilé bien monotone, et tout cela ne pouvait prêter à rire qu'à la condition d'être joué avec force charges et caricatures. On trouve dans la pièce des menus de cuisine très détaillés ; on y apprend que les vins en usage à cette époque étaient ceux deMâcon, de Dijon et deSaint-Pourçain.On sert des chapons gras, sous le nom de hustandeaux, des poulets pèlerins^ cygnes, paons, perdreaux, bécasses, butors,

gelinottes^ hérons^ pluviers et alouettes. On les accompagne de sauce galimafrée où domine le gingembre, de sauce Madame, de sauce Robert , cameline et cretonnée. Le blanc-manger, la galantine côtoient le bous* sac de lièvre monté avec dodine de verjus.

Naturellement, les convives trop repus tombent ma* lades. Accourent alors les Maladies, qui abattent la table, les tréteaux, la vaisselle et les escabeaux. Ce jeu, dit le livret, pourra durer l'espace d'une patenôtre ou deux. La leçon, toutefois, ne profite pas, et les écuyers apprêtent un nouveau festin où figurent la hure de sanglier, la vinaigrette, la salade, le bouilli lardé, la fine gelée, la perdrix à la trimouillette, c'est-à-dire avec sauce composée de bouillon, d'oignons hachés, épices, graine de paradis et sucre autant que de raison. Puis viennent les merles et tourterelles et les tartes jacopines revêtues de tranches d'orange et de fromage fin, le tout arrosé de bonne crème et flanqué de tronçons d'anguilles. Pour dessert, pommes et poires, avelines, cerneaux^ noisettes.

Pendant que chacun se livre à sa gloutonnerie, entre le docteur Prolocuteur, qui débite un sermon aux convives, citant la Bible, saint Jérôme, Tite-Live, Lycur^ gueetTérence. Puis Apoplexie^ Pleurésie, Paralysie, Esquinancie, Hydropisie, Colique et Jaunisse fondent sur les convives et les couchent à terre. Ils appellent en vain à leur aide leurs serviteurs^ Diète, Clystère, Pilule, Saignée, qui appellent à leur tour Hypocrate et Galien, Âvicène et Âverroès. Les trois auteurs de cette algarade , Diner, Souper et Banquet, comparaissent

THÉÂTRE FRANÇAIS. — îVl'^ SIÈCLE. ' 419

devant les docteurs. Banquet est condamné à être pendu; c'est Diète quiTexécute. Souper portera dorénavant des gants de plomb, et il laissera toujours six heures de distance entre lui et Dtner, sous peine de la hart.

Cette leçon diététique, donnée au Roi Louis XII par son médecin La Chesnaye, ne lui profita point. Quand il eut épousé Marie d'Angleterre en troisièmes noces, il voulut faire le jeune homme et allonger ses repas ; il mourut comme Banquet, regrettant^ mais trop tard, d'avoir passé en toutes choses les bornes de la tempérance.

La Moralité allégorique pure et simple n'offrirait pas un intérêt bien soutenu si on voulait la suivre dans ses infinis développements. Il y a des Moralités sur des sujets sacrés et sur des sujets profanes ; il y en a de comiques, il y en a de tragiques ; mais nous nous arrêterons seulement, pour éviter les redites et la monotonie, à la série qui touche aux affaires politiques du temps, et qui offre, par cela même, un caractère spécial.

Théâtre p«1lti«oe«

Les rîmeurs de Pamphlets.— Les Quatre Ages.— L'Ëglîse et la Commune. — La Lessive.— Le Jeu du Gapifol. — Science et Anerie. — Hérésie et l'Église.— Mieux-que-Devant.— Les Gens nouveaulx. — La Moralité de Tout le monde.— Le Seigneur de Marchebeau. — L* Aventureux.— Théodore de Béze.— La Comédie du Pape malade et tirant à sa fin.

Le xYi* siècle prête à la controverse, et partant à la comédie, une pâture nouvelle. Le nivellement féodal est achevé par la royauté : les preux chevaliers marchent toujours bardés de fer, msds ils commencent à devenir des courtisans ; les fières communes sont démantelées de leurs privilèges ; les serfs sont pour la plupart affranchis. Les idées de la Réforme poussent de tous côtés dans ce terrain fortement labouré ; elles deviendront bientôt de grands arbres. L'esprit d'opposition du bourgeois de Paris, que nous avons vu encouragé par Louis XII, est en partie restreint par François P**, au moins en ce qui le concerne. Il ne veut pas que les bouffons blâment ses dépenses, comme ils avaient nargué l'économie de son prédécesseur ;

mais le mouvement est donné, et pourvu que la comédie ne sape point le trône, elle conserve ses franches allures en dépit des fâcheries du Parlement. Le concordat du Pape Léon X ne garantit pas le souverain de Rome contre les lardons des faiseurs de Sotties, de Farces et de Moralités. Il semble, au contraire, que le soufQe de la révolution religieuse ait enfiévré les rimeurs et les joueurs de pamphlets, car ils vont plus loin dans leur audace qu'au temps de l'antagonisme de Louis XII et de Jules II. Les tyrannies de l'Église, les mœurs relâchées des moinos^ les pilleries des hobereaux, l'ignorance des agents de l'autorité, la misère croissante et la longanimité du bon peuple^ désigné sous le sobriquet de Commun, sont attaquées aussi violemment que dans les écrits de Luther. Le Roi, occupé de ses tournois, de ses amours et de ses rêves sur l'Italie, entouré d'ailleurs de partisans secrets de la Réforme jusque dans sa famille (sa mère et sa sœur), et jaloux, d'ailleurs, de plaire aux savants et aux lettrés, laisse faire en souriant. Plus tard, il est vrai, il prendra sa revanche et fera brûler Berquin sur la place Maubert (1529) , procédant ainsi au massacre des InofiTensifs Vaudois, qui déshonora sa vieillesse.

La Moralité des Quatre Ages, à quatre personnages, tend à prouver qu'on vit dans le pire des temps et que le beau siècle de la Renaissance n'est autre chose que l'âge de fer.

L'Âge d'or, qui nourrissait les hommes sans soucis, sans deuil, sans impôts et sans guerre, est mis dehors et remplacé par l'Âge d'argent, qui donne à ses sujets

des maisons pour s'abriter et des épées pour se défendre. Plus tard il bâtira des châteaux et des palais. L'Age d'airain le surprend au milieu de ses travaux, et le somme, à son tour, d'avoir à vider la place. L'Âge d'airain forgera artillerie pour abattre tours et donjons. Il tranchera les rochers, il construira des vaisseaux pour aller chercher des richesses aux quatre coins du monde. Il enfantera des Achille, des César, des Scipion, mais avant de pouvoir jouir de sa puissance, il se voit lui-même supplanté par un nouveau progrès. L'Age de fer arrive, et c'est par la fourberie que ce nouveau souverain prétend régner. Il se creusera des chemins sous terre, il assassinera, il incendiera, et nul ennemi ne saurait résister à sa puissance. Maître du monde il décide de le constituer à son image :

D*abord je veux mettre en rBglise Symonie et Papelardise , Lesquelles avec avarice Souvent feront de vertu vice ; Après, je veux que la noblesse Plus que jamais son peuple blesse, Pour charger tailles et impôts Dessus ses sujets et suppôts.

Après, je veux que les marchands Soient sans foy, sans loy....

Je fais plaider le fils au père Et le frère contre le frère , Et la fille contre la mère. Foy Tun à Fautre on ne tiendra.

La mère sa lille vendra....

Tel est le tableau flatteur du règne de l'Age de fer,

qui est naturellement le temps présent. L'Age d'airain se retire en disant au public :

GoncluBion: nobles Seigneurs, Si, de bref, ne changez vos mœurs, Lire de Dieu sur vous viendra, Pourquoy je dis en mots exprès Le jugement de Dieu est près.

Dans cette Moralité ce sont les mœurs générales qui sont prises à partie ; dans les Moralités suivantes va se développer cette thèse d'opposition qui sert de corollaire aux prédications luthériennes, compliquant la question religieuse de la question sociale et politique.

L'Église et la Commune n'est à vrai dire qu'un dialogue de quelques pages entre ces deux symboles. L'Église paraît d'abord pour se plaindre qu'on lui a ravi ses biens et qu'on lui fait à plaisir de méchants tours.

Commun arrive (le peuple) disant :

Je suis Commun, qui vis en pleurs Sans qu*on supporte mes clameurs.

Il ajoute que des misérables l'ont réduit à la mendicité, que le droit et l'équité sont chaque jour violés à son égard. Les seigneurs Vont moulu jusqu'aux os^ chairj sang et peau. L'Église joint ses doléances à celles du peuple, et c'est la noblesse qu'ils accusent de tous leurs maux. Mais il faut se taire par esprit de charité, et vivre dans l'espoir d'un meilleur avenir.

Vive tous ceulx qui par bumblesse rious ont remys bors de soucy 1 Vive la fleur de gentillesse.

Vive la fleur de lys aussi 1

Dans la pièce intitulée : V Église^ Noblesse et PaU" vreté qui font la lessive^ dame Église s'est réconciliée avec la Noblesse, et c'est Commun qui porte tout le faix. Elle lave son linge sale en chantant ; Noblesse lui aide ; Pauvreté est chargée d'étendre le linge et de le faire sécher. Voici ce que dit l'Église :

C*est moy, c'est moy qui suis la mère Eglise; C'est moy, c'est moy qui faict seule à ma guise. Je saulve et damne à mon intention.

La Noblesse dit à son tour :

C'est moy qui suys Noblesse la grand dame , Qui n'ay jamais soucy ni crainte d'âme ; Soit bien, soit mal, comme il me plaît est faict. C'est moy, c'est moy que cœur mondain enflamme; C'est moy qui faict allumer feu et flamme, Puis, quand je veulx^ tout soudain est deffaict

Et le bon peuple :

C'est moy qui suys po vreté simple et fresle ; C'est moy en qui famine, deuil se mesle, Soucy, travail et désolation.

S'ébahit-on si suys defifaite et gresle :

La pluye et vent, la tempeste et la gresle Ne sont toujours en consolation.

Ils conviennent donc de faire ensemble la lessive. L'Église propose son plan : Ambition donnera le linge, Hypocrisie versera l'eau. Avarice allumera le feu.

Noblesse veut que ce soit Richesse et Faveur qui lavent le linge, Amour le séchera, dame Justice le pliera et Rapine le serrera. Pauvreté , résignée d'avance, demande quel sera son rôle. On lui répond

qu'elle étendra le linge. Elle objecte vainement qu'eUe ne fait que cela depuis longtemps et qu'elle en a les bras tout cassés, e: Va, lui dit TÉglise, tu étendras toujours, vaille que vaille.

— Hélas ! on m'a tant fait étendre que tous mes membres en sont rompus. — Étends toujours : après, Force viendra pour tout serrer. — C'est cela ! répond Pauvreté. »

Long-temps y a que par Force n'ai rien ; Force jadis m'a du tout mis à bas.

La lessive est faite ; on se partage le linge. Pauvreté s'ébahit de la quantité qu'en possède l'Église. Ce sont, répond celle-ci, des cadeaux que l'on m'a faits. Pauvreté n'a pas de linge ; elle en réclame à l'Église, qui lui demande à son tour si elle lui donnera de l'argent en échange. Alors le bonhomme Commun lâche la bride à sa langue et dit à l'Église son fait. Il lui reproche ses moines gras, frais et papelards, si divers d'habits, qui se ressemblent tous par le cœur, pour attraper soitMu blanc, soit du bis :

Puis, quand ils sont venus prescher des champs,

De tout après vendent comme marchands,

Disant qu'ils ont gagne cela gratis.

Puis vont, in camerA caritatis ,

Boire d'autant bon vin, bon ne leur semble

Pour assouvir leurs trop grands appétits.

L'Église rit de Tà-propos, et elle avoue qu'elle prend de toutes mains, du mort comme du vif; qu'elle met, à sa fantaisie, ses enfants au feu et qu'elle les en retire ;

qu'elle dépense les deniers des pauvres et qu'elle pille le grain quand cela lui plaît. Noblesse, qui ne veut pas être en reste, détaille ses privilèges dans quatre stances, qui se terminent par ce refrain :

Noblesse bat^ et sans être battue.

d Oui, de moi, réplique Pauvreté, car je ne puis m'en venger sans qu'on me jette en prison- »

En somme, la lessive faite et le linge plié, c'est le bon peuple qui porte tout. Le pauvre crocheteur aura pour récompenser sa peine le brouet de la cuisine.

Le Jeu du Capifol est une nouvelle exhibition des mêmes reproches contre l'Église et la Noblesse. Cette fois, le pauvre Commun marche accompagné de Labeur, représentant spécialement le cultivateur des champs. Commun se compare à un essaim d'abeilles qu'on chasse d'arbre en arbre. Requis de dire tout haut ce qu'il a sur le cœur, il aime mieux se taire, de peur qu'il ne lui en cuise. Cependant, puisque voilà les trois États rassemblés, il consent à jouer au Capifol avec eux. On tire à la courte paille : c'est Commun qui doit se placer sur la sellette le premier. Il se cache les yeux, tend le dos, et, la main ouverte dessus, il prie au moins qu'on frappe doucement. On lui demande : « De qui te plains-tu? j> Et il débite alors son chapelet. Il se plaint de l'Église, qui renvoie un pauvre veuf sans enterrer sa femme en terre chrétienne s'il n'a point d'argent. Il se plaint de Noblesse, par qui il est taillé, battu, robe, mutilé, pillé, tribouillé. barbouillé, et s'il se plaint on lui dira qu'il a tort.

Quand c'est au tour de Labeur, il se plaint des faux prélats et des faux prêcheurs : « Pourquoi prêchentils deux sentiers, si ce n'est pour amasser des deniers? » Il se plaint des gens d'armes que Noblesse met sur ses champs,

Qui luy fout plourer chauldes larmes.

Tant leurs faictz sont ors et meschaus.

Le Jeu fini, Labeur dit à son compagnon Commun :

.... Prenons en Dieu confort, Car en ceste morte saison De nous joueront à capifol Jusqu'à mettre la liart au col.

Ce sont les fonctionnaires du gouvernement qui sont spécialement vilipendés dans la Moralité satirique intitulée : Science et Anerie.

Place! gare! que tout le monde se range! Cette belle dame, si riche en ajustements, c'est Ânerie, Anerie en haute faveur à la Cour, Anerie qui distribue les grâces et les bénéfices. Elle en prend, elle en donne, elle en amasse, elle en possède une mine inépuisable. Elle va elle vient, elle court, et baille pour rien des revenus à ses bons serviteurs. Le Badin (le comique de la Moralité) demande à être pourvu, attendu qu'il ne sait pas le latin. Dame Science présente en concurrence son clerc, qu'elle a instruit elle-même. Anerie, comme de raison, accorde le brevet à l'ignorant.

« Faire un prêtre d'un tel sot? — Comment? riposte

Badin, mais j'aurai cornette de velours traînant jusqu'à terre, et tous les bonnets me salueront. — Cest votre habit qu'on saluera. >

— Qui faict les bons clercs ravaler ?

— Qui faiict justice mal aller?

— Qui cause tant dlmpôts nouveaux?

— Qui faict au monde tant de maulx?

— Qui entretient la pillerie?

— Conclusion: c'est Anerye.

Si l'Église est vertement attaquée dans les pièces qui précèdent, elle est défendue à outrance dans la Moralité ayant pour titre : Hérésie et VÈglisej à six personnages. Hérésie, Simonie, Force, Scandale et Procès s'étonnent que les portes de l'Église se soient fermées devant eux. Force entrera l'épée à la main dans le temple ; Procès, avec l'argent qu'il tient en bourse.

L'Église se présente résolument pendant qu'ils chantent en chœur : attollite portas.

L*ÉOLISE.

Retirez-vous tous, apostats !

Pensez-vous en TËglise saincte Venir soubz religion feinte, Sans y avoir aultre habitude ?

C'est cy un lieu de solitude, Ouvert aux bons, clos aux mauivais.

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