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Histoire universelle du théâtre

L'histoire du théâtre, chez tous les peuples et dans tous les temps, c est l'histoire des idées et des mœurs des nations prise dans sa forme la plus vivante. Eschyle, Àrislophaue, Plaute, Calidâsa, Jehan Michel,

Machiavel , Lope de Vega, Shakspeare, Molière ne produisirent pas seulement leurs idées, mais les idées de leur siècle. Le climal, la religion, la dale« la nationalité sont aussi bien dans l'œuvre que le génie de

récrivain.

Nul n échappe à Tinfluence du milieu dans lequel

il existe; les génies les plus complets ne forment jamais que l'expression la plus élevée de la pensée de tous. L'inûuence du milieu où nous vivons est telle que nous avons peine à comprendre que nos idées n'aient pas été celles de tous les temps et de tous les pays, f^ous appelons notre goût le goût, dans une acception absolue, et nous traitons de barbares ceux qui se permettent d'en avoir uu autre. Ceux-ci, de leur coté,

nous traitent d'ignorante en vertu du même droit et

avec la même justice.

G*est surtout en matière d*œuvres dramatiques que le parti pris d'intolérance est violent et tranché. II a toujours fallu un luxe formidable de changements, de coupures, '^e mutilations de toute espèce pour que le plus grand chef-d'œuvre pût passer de la scène anglaise ou allemande à la scène italienne ou française, et réciproquement. Certes , le temps où Corneille se voyait contraint de défendre le Cid contre TAcadémie, le temps où Voltaire injuriait Shakspeare en travestissant son Othello en Oromane, certes, ce temps est loin de nous ; mais il reste encore bien des préjugés à vaincre avant de pouvoir nous placer àu point de vue des autres époques et des autres pays.

Il est au moins bizarre que nous admettions, que nous admirions même la peinture, l'architecture et jusqu'aux habits de nos pères, et que nous nous étonnions de leur langage, de leurs formes littéraires^ qui sont pourtant la représonlalion la plus directe et la plus vraie de leurs idées et de leurs mœurs. En remontant^ comme nous allons le faire, le cours des siècles, en supprimant les barrières géographiques, il faut de toute nécessité que le lecteur veuille bien laisser de côté les préjugés et l'étroite convention ; qu'il re-

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connaisse que le bon sens, l'esprii, le génie ne sont

pas l'apanage exclusif de noire nation , et que, chez nous, il exista des gens de mérite et une langue française avant le règne de Louis XIY. Comprenons bien surtout que la confection de la pièce de tliéàtre, qui joue un si grand rdle aujourd'hui, n'est que le Yétement de l'idée dramtiUqiie, et que ce vêtement, uniquement imaginé par la mode, change de forme presque aussi souvent que les autres vélemeuls. demandons pas à Sophocle de revêtir le pourpoint de Calderon, ni à liolière de s affubler de notre habit noir, pas plus que de nos théories. Il est facile de critiquer le dénoùment du Tartufe ou des Fourberies de Scapin, mais raalaibé de iiiarolier àans glisser dans la route ouverte par ce grand observateur de Tàme humaine. Faisons bon marché de l'enveloppe, et voyons dessous. C*est le moyen de sortir du cercle étroit dans lequel uotre éducation routinière nous tient enfermés depuis des siècles.

Je n'apprendrai à personne que le théâtre se perd

dans la nuit des temps, et <iue Tlalun le faisait remonter non pas seulement à Thespis, mais au règne de Miuos. Les Indiens le rattacliculaux Juul ^> labuleux de Bahrata ; à les en croire, les Génies jouaient le drame dans le ciel d'Indra. Le théâtre est un fait

universel; on le retrouve partout: chez les Inciis avant la découverte de rAmérique, dans les centres africains, ausbi bien que chez les Kaoïtchudules et que chez les sauvages de TOcéanie.

On a trop dit que les orientaux, en dehors de Tlnde et de la Chine, n'avaient jamais connu le thëAtre. On aura la preuve de la fausseté de cette assertion dans le chapitre de cet ouvi tige que je consacre à l'examen des Téaxiés ou des Mystères persans. Ces belles pièces n*ont été traduites Jusqu'ici dans aucune langue européenne. Si j*en crois un poète turc de mes amis , il existerait même en arabe des dialogues dramatiques, dans le genre des anciens pam espagnols , qui auraient été représentés à la cour des Khalifes. L'opinion de H. Renan sur le Cantique des Cantiques, qui» selon lui , ne serait qu'une pièce de théâtre récitée dans le harem du roi Salomon, pourrait bien n'être pas une gratuite hypothèse*.

Nul art n'exerça sur les esprits une aussi puissante influence que le théâtre. Les Césars de Rome gouvernèrent plus avec les spectacles qu'avec les édits. D*un bout à Vautre de TËurope, le clergé chrétien joua le drame liturgique dans les églises. Nous verrons le développement de cette curieuse période, et comment ce moyen d'action échappa aux mains

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ce mo^en d aciioû échappa aux mains des prôlres pour tomber dans celles des laïques.

Dès qu'il cesse d'élre purement hiératique» le théâtre se trouve en guerre arec le pouvoir. Ck)mme Soion avait défendu à Itiespis de représenter ses pièces à Athènes, les archontes, qui permettaient à Aristophane d'attaquer impunément les dieux, lui fermèrent la bouche le jour où il se permit de les attaquer eux-mêmes. Les rois, les ministres, lesévéques, les parlements» les municipalités, ne purent anéantir le thëfttre , malgré les combats* acharnés qu'ils lui Uvrèrent.

Tandis qu'on fulmine en Espagne, en France , en Angleterre contre les audaces de la scène, qu'on refuse les privilèges, qu'on ferme les salles , qu'on emprisonne et qu'on bat de verges poètes et comédiens, il est curieux de voir l'Italie laisser à la comédie toutes ses franchises, saint Charles Borromée lever l'interdit jeté sur Timpresario milanais Valerini , et le pape LéoQ X faire tranquillement représenter dans son palais les pièces de Macliiavel et du liihbiena, devant un parterre de princes et de cardinaux.

La diatribe de Platon contre la poésie imitative, c'est-à-dire contre la fornie théâtrale, n'a pas besoin d'une nouvelle réfutation. On sait aujourd'hui ce que .

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vaut le reproche qu'il lui adresse d'amollir les âmes en les aitendrissaDt sur les soaffiraoees d*aiitnii , au lieu de les fortifier coulre les sienoes propres. Les canons des eonciles, qu'À diverses époques on Youlut ressusciter pour proscrire les théâtres et les comédiens, remontent aux premiers siècles de TÉglise, et n'avaient nullement en vue la comédie moderne , encore à uailre. Les canons s'adressent seulement aux combats de gladiateurs et aux mimes eflh>ntés de la décadence romaine. Le jésuite espagnol Ma-

riana, qui écrivit au xvi* siècle un traité contre les

spectacles , après avoir conclu à Texcommunication des comédiens et à l'exclusion des femmes delà scène, fulmine surtout contre les ballets, et spécialement contre la zarabande, cette danse qui suffit pour incendier le$ personnes les plus honnêtes ^ et il conclut en réprouvant loule représentation théâtrale, Vart des faranduleros et sa honte , de même que les courses de taureaux. C est ce mémo Mariana qui publia un livre approuvant le régicide , livre qui fut brûlé à Paris en 1610 par la main du bourreau, comme ayant incité Ravaillac à son crime.

Gertainemeat le théâtre , comme l'ont compris les maîtres de la scène, ne peut avoir qu'une bonne influence sur la moralisation des peuples, et la levée de

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boucliers que firent contre lui, sous Louis XIV» fios-

suet et le prince de Conli, n'avait pas d'autre mobile que l'intolérance. N'est-il pas fàcbeux^ en effet» que Bossuet ait écrit sur la mort de Molière les mots suivants : « Il passa des plaisanteries du théâtre au tribunal de celui qui a dit: «i Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez ! » Le prince de Conti, lui, trouva V École des FemmM scandaleuse, et il accusa le Festin de Pierre d être une école d alhuisuie et un ouvrage plein de blasphèmes. Au siècle suivant, Jean^Jacques Rousseau, dans sa lettre à d'Alembert, condamnait eo bloc les tragiques grecs comme les auteurs chrétiens, et, tout en se vantant d'admirer Molière, il prétendait que le théâtre de l'auteur du Misanthrope était urne école de vices et de mauvaises mœurs plus dange-reuse que les livres mêmes où on fait profession de les enseigner. Quant à Regnard, il n'est pas, selon M, moins dangereux que Dancourl : « Tandis que Vun amuse les femmes perdues, l'autre se chai^ d'encuurager les iilous. »

D*Âlembert et Marmontel se sontdonné la peine de réfuter tous ces sophismes, ce qui était bien superilu, et de iaiic ressortir le but moral, la leçon utile déguisée sous l'apparence du plaisir. « Qu'apprenons* nous dans Georges Dandin? demande d'Alembert dans

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sa lettre à Bousseau . Que le dérèglement des femmes est la suite ordinaire des mariages mal assortis où la vanité a présidé. Dans le Bmrgems gentillumme? qu'un bourgeois qui veut sortir de son état» avoir

une femme de cour pour maîtresse et uu grand seigneur pour ami, n'aura pour maîtresse qu'une femme perdue et pour ami qu uu honnête voleur. »

En Angleterre, c'est la municipalité qui fait la guerre aux théâtres et c'est la cour qui les soutient. La construction des salles de Blackfriars et du Curlain est une réponse à l'arrêt du lord maire de Londres daté de 1575, qui enjoignait aux comédiens de donner leurs représentations hors l'enceinte de la juridiction communale. En 1G42, pendant la guerre d'Irlande, Londres suspend les représentations théâtrales. Les puritains ferment tous les théâtres du royaume, et, pendant dix-huit ans, il est défendu de rire en Angleterre. Mais le public se dédommage à la restauration de Charles II, et la cldture forcée des théâtres n*est peut-être pas étrangère à cette révolte (le Tesprit public contre la proscription de ses plaisirs.

En Espagne, même lutte du théèlre contre les pouvoirs élablis; le théAtre triomphe comme partout. Dans ce pays dévot par excellence, il a pour lui les

confréries religieuses à qui il paye une redevance pour lassistance des pauvres, et c'est au Dom des pauvres que tous les coups portés au théâtre sont détournés malgré l'Inquisition. £n Portugal, après la réunion à la couronne d'£spagne, on nomme des théologiens pour examiner la question desavoir si les jeux de la scène sont ou non contraires à la foi, et on les autorise avec quelques restrictions concernant la danse. Sous le roi Philippe IV, auteur dramatique à ses heures, les théâtres d'Espagne ont la bride sur le cou et les danses elles-mêmes sont affiranchies. Pen* liant tout ce temps, nous lavons dit, on jouait en Italie, sans contrôle ni censure et jusque sous les yeux du Pape, toutes les fantaisies qu'il plaisait aux auteurs d'imaginer, sans que personne y trouvât à redire.

Telles sont les résistances qu'eut à vaincre le théâtre dens les principaux pays où il se produisit, liien ne put prévaloir contre sou action sur les masses, contre le goût très marqué que toute société un peu civilisée conserva toujours pour cette iiction qui ressemble tant à la réalité. Le théâtre , en effet, renferme en lui toutes les séductions des autres arts : il s'adresse à la fois à lespril et aux sens ; mais son but principal est de remuer, jusque dans ses fibres les

plus intimes, Tàme humaine, de lui rendre présents les grands faits et les grandes pensées, de lui montrer les grands exemples, de lui signaler la honte ou le ridicule du vice, de lui donner enfin le cualentement de soi-même par le tableau des choses vertueuses et honnêtes. Ce sentiment de Tbonnéteté et du bien survit au fond de tous les cœurs comme une empreinte divine. Les gens les plus dépravés ne lui échappent pas, comme si , dans ces moments de fièvre et d'abandon où ils s'oublient eux-mêmes, survenait tout à coup un vague ressouvenir de celle patrie du ciel dont ils ont perdu la voie, mais quHls peuvent retrouver si le repentir les éclaire.

Est-il rien de comparable à cette chaîne électrique qui communique à la lois la même impression à toute une assemblée, qui la fait bondir, s'écrier, pleurer, rire à un même instant f Si le fait produit est déjà considérable dans nos petites salles de spectacle réunissant douze ou quinze cents personnes, qu'on se ûgure ce que devait être un théâtre grec ou romain, où toute une ville prenait place, celui que liarcus Scaurus, par exemple, fit construire à Rome, pour solenniser son élévation à Tédilat, et qui contenait 80,000 spectateurs 1 Si i eUel théâtral, dans les temps de guerre ou de crise nationale, était dirigé

iMTBomnsnoN. il

pnr k proniière magistrature du pays, ainsi qu'il

lelail à Athènes, on verraiL se reproduire peut-être ees élans populaires qui sauvent les États, coÉime il arriva aux Grecs allant repousser les Perses en sortant de la représentation d*une tragédie de Phrynioos.

La moralité du théâtre , cette condition essentielle de la durée du succès, ne consiste pas dans quelques phrases banales , que lauteur ajoute dérisoirement à la fin de sa pièce après avoir donné l'exemple de rimmoraliiô pendant tout le cours de l'ouvrage. Des gaudrioles, des mots empreints de sel gaulois, comme nous en verrons dans Tancien théâtre du Moyen Age et de la Renaissance de tous les pays, ne sont point des choses qui doivent offenser la pudeur , mais une manière d'être et de s'exprimer en harmonie avec les mœurs d*un temps qui , après tout , n'était pas plus mauvais que le nôtre. La véritable immoralité , celle qu'on doit éviter avec soin, c'est celle qui rend le vice aimable , et celle*là , il faut avoir le courage de l'avouer , appartient tout entière au théâtre moderne. C'est la plus condamnable , la plus dangereuse • et pourtant celle que Ton blâme le moins.

Après ces quelques préliminaires, nous allons en* trer dans i histoire et dans l'examen comparé de la littérature dramatique des différenles nations aux

diliérenles époques. Ce Q*est pas la première fois qu'un pareil travail est entrepris , mais tous les ou* mgôs commeucés dans les divers pays de Ti^urope sur œtie matière se sont arrêtés aux origines.

Les Yingl-cinq volumes publiés en 1779 et 1781 , par l'abbé Coupé et ses collaborateurs, sous le titre d'Histoire universelle des théâtres, sont restés strictement parqués dans l'anliquité, dans les tournois de la chevalerie et dans les fêtes publiques. L'ouvrage s'est arrêté là , sans avoir même abordé , d'une manière sérieuse , la première époque du théâtre français. Pour ce qui est des théâtres étrangers, mutisme absolu. La Stma de* teatri, de Signorelli., n'existe guère en dehors des menus faits qui concernent la scène italienne, sans remonter pourtant jusqu'aux Rapj^esentaMoni du xv*" siècle. £q Allemagne , le doc* teur Klein publie en ce moment une histoire du drame, dont six volumes ont paru, traitant seulement des théâtres antiques et du théâtre italien. Â ce compte Touvrage ne sauraitavoir moins de quarante volumes, s'il s'achève. Nous ne diviserons pas notre matière par nationalités, mais bien par époques. Au lieu d'une jux la -position de traités indépendatits l'un de l'autre, nous aurons ainsi un examen par siècle et par goupes, ce qui nous conservera le bénéiice de la comparaison

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des liuéraiures entre elles* Oa comprend Fimportance

et loppoiluiiité de ce plan. Quant aux sources où nous avons puisée elles sont nombreuses, et la plupart ont été peu exploitées. Combien de documents restés jusqu'à ce jour sous le boisseau I

En dehors des savants spéciaux, qui connaît les

drames liturgiques? qui sait que la France eut un théâtre au xiii* et au xir siècle? I>e8 manuscrits récemment trouvés» imprimés à petit nombre (et cette reproduction est devenue aussitdt d'une extrême rareté), voilà tout ce qui atteste ce grand fait, qui n*a pas encore été examiné historiquement.

Les Mystère du xV siècle, plus connus (de nom du moins), n'onl-ils pas été déclarés d'une telle barbarie qu'il était inutile d'essayer de les lire? L'admirable Mystère de la Passion, l'un des plus beaux mouuments de notre ancienne langue, n'a-t-il pas été plaisanté, plus ou moins agréableuienl, par des écrivains pressés qui en avaient lu péniblement quelques pages et qui s'étonnaient d'une langue dont ils voyaient pour la première fois un spécimen? Le public qui aime le théâtre et qui désire connaître tout ce qui s'y rapporte liuus saura gré de lui éclaircir ces points demeurés obscurs et de lui en rendre la compréhension facile* Sans la coniiance que nous avons dans son

goût pour tout ce qui tient à l'art dramatique, nous

n'aurions pas osé risquer un pareil travail.

Comme ranliquité grecque et romaine n'a pas de faits bien nouveaux à nous oilTrir, après les immenses travaux de critique auxquels elle a donné lieu, après les traductions littérales qui sont aux mains de tout le monde^ je n'en donnerai qu'un rapide aperçu poiu* rappeler les faits anciens et les lier aux faits modernes. Je tracerai de même une silhouette du théâtre indien et du théâtre chinois, dont les traductions anglaises et françaises sont également connues^ et qui, d'ailleurs, ne se lient qu'accessoirement à l'histoire du théfttre européen, alin de laisser tout le développement possible au théâtre moderne, qui commence aux drames liturgiques des premiers siècles chrétiens. Cette partie intéresse plus directement les icclcurs de notre temps. Le présent travail est le résultat d'une longue étude sur les pièces elles-mêmes. Dans les langues étrangères, je me suis attaché surtout aux documents qui n'ont jamais été traduits. Quantau répertoire français, je crois avoir réuni, pour la première fois, dans une étude générale, les nombreux et précieux matériaux découverts de nos jours dans les bibliothèques de Paris et des provinces. J'ai eu à me tenir en garde contre l'abondaucc des matières, et j'ai fait tout le

possible ponr être suffisammeot complet sans paraître par trop prolixe«

L'étude de la mise eu scène n'a pas été oubliée.

Jesignaletousles intéressants détails quenousdonneol sur ce sujet les anciens livres et les manuscrits.

la division par siècle, que j*ai de préférence adoptée après mûr examen, était la seule qui permit de suivre la marche des idées, que nous \errons, à des époques périodiques, enyahir à la fois tous les pays de l'Europe :

Dans les hautes époques, la liturgie; au xiii* siècle, le fabliau dramatisé des trouvères ; au xiv*, le drame et la comédie de mœurs qui naissent; au xv*, les mystères cycliques ; au ivi% la satire prenant corps à corps les abus de la noblesse et de TÉglise.

Le théâtre reflète la pensée dominante avec beaucoup plus de précision et d'une manière plus saisissante et plus pittoresque que nMmporte quelle institution religieuse ou tivile, que n'importe quel traité de philosophie ou de morale. Selon les pays, cette pensée, identique au fond, revél une f(>rme extérieure toute spéciale, qui la modifie dans le détail. Quand l'idée qui préoccupe une époque a deux faces, elle a aussi deux interprétations très marquées, très absolues ; c'est une lutte des contraires dans l'unité. Ainsi,

(^uaad la Réforme se prépare, la conlroverse religieuse fait nailreeD Allemagne, en France, en Angleterre toutes sortes de violuaces dramatiques contre rÉglise romaine; pendant qu en Espagne^ en Italie, dans quelques coins de la France, le théâtre orthodoxe s*affirme avee plus d*audace encore et plus d'impétuosité catholique* Nous voyous d^une parties Croque-morU, du citoyen bernois Niclaus Manuel, h Pape malade^ de Théodore de Bèze, les Pardomiers, de John Heywood, et de 1 aulre coté les processions du Corpus Dtmini, les Autos saeramentàles, de I/>po de Vega, et de ses prédécesseurs en dramaturgie sacrée, les Pédraza, les Timoneda. Dans tout pays où se produit une doctrine, la doctrine contraire surgit à son cdté et engage le débat.

En France et en Allemagne l'orthodoxie trouve des champions, cujiime eu Espagne el en Poi lugal elle trouve des contradicteurs. Ceux-ci» toutefois, ne combattent qu'avec les armes légères de la plaisanterie, car ils écrivent en vue des bûchers de l'Inquisition

Le voyage que nous allons entreprendre à travers les nations, représentées par leurs œuvres dramatiques, sera, dans plusieurs de ses parties, un véritable voyage de découvertes. La comparaison mettra en relief bien des faits inattendus. On verra telle idée,

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que Ton a crue nouTelIe* remonter à des sources bien

anciennes. Le champ de rinvenlion n'est pas aussi yaste qu'on le suppose, et bien des moissons proTÎennent de la même terre. La perfectibilité humaine n*est pas niable, mais, néanmoins, il reste toujours un peu du castor dans i homme, et si les espèces diffèrent, les individus ne sont jamais bien dissemblables.

il est convenu d'avance que ce livre n'est pas un livre d*esthëtique. Il n'y a pas la moindre prétention. A quoi bon une esthétique sur une matière qu'il s*agit d*abord de faire connaître et d'élucider? A ce résultat se borne l'ambition de Tauteur. Clarté» méthode et logique, voilà ce qu'il cherche. Son trayait s'adresse aux gens qui regardent le théâtre comme une étude philusuphique et hisiunque, aussi bien qu'à ceux qui le considèrent comme un agréable passe-temps. Pour ces lecteurs, les documents dont il a été fait ici un large emploi ne seront certainement pas superilus ; ils les préiéreront à de vagues dissertations sur des théories contestables et contestées, dont le moindre inconvénient est de ne nen apprendre à personne.

GHAPITRK PREMIER.

COUP D'OEIL SLA L'A^XIQLilÉ ET SLR L'ORI£i\T.

Iicfl €&rec» et leur «héâiv^.

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