XI* ET XII* SIÈCLES
verrons ces changements s'effectuer dans les deux siècles suivants.
ni.
Les mélodies des pièces liturgiques n'éUiieut pas aussi barbares qu'on peut le croire.
M. £. de Coussemaker a publié à Rennes, en 1860, un volume in-4o de ces drames avec la musique, cette musique du moyen âge qui fut enseignée par saint Ambroise et qui ^sait verser des larmes à saint Augustin dans la cathédrale de Milan. Plusieurs des chants transcrits par M. de Coussemaker sont, en efiety comme il le dit, aussi limpides que beaux. Il ajoute, il est vrai, iiu'il luut tenir compte de la tonalité et du rythme, qui n'ont aucun rapport avec notre musique mesurée. Le Te Deum, le Die9 irœ^ du reste, peuvent donner une idée de ce qu'était la musique des anciens drames liturgiques.
Dans les vierges sages et les vierges foUes la mélodie change à chaque changement de personnage ; les paroles que prononce Jésus ne sont accompagnées d'aucune mélodie. M. Danjou, qui nous a donné une analyse de la liturgie de Daniel dans la Revue de musique religieuse, signale les iiuances intelligentes qui marquent dans ce drame les divers passages du récit. Le
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prophète reçoit le message royal , il l'accueille avec humilité ; introduit en la présence du roi Balthazar, il parle fièrement, en prophète inspiré. Rien de plus curieux que le Gaudeamus ironique chanté pai* les courtisans forcés de s'incliner devant le prophète. Les morceaux les plus remarqués de cette partition sont : le chœur Yir propheta, le récit liex tua nolo munera, la prose Jubilemus et la prophétie ûnale. c Ces morceaux, ajoute M. Danjou, sont d'un sentiment, d'une expression si élevée qu Us suffisent à eux seuls pour prouver que le génie de la musique fécondait alors les œuvres populaires, puisqu'il inspirait à de jeunes étu* (liants de si belles mélodies. »
Jusqu'à la lin du xii^ siècle, point de trace de théàU*e en langue vulgaire dans un autre pays que la France.
Les auteurs anglais parlent d'un Mystère de sainte Catherine, qui aurait été représenté dans leur pays à Dunstaple, au commencement du xir siècle, mais ce Mystère n'a jamais été retrouvé, et il est probahle qu'il était écrit soit en latin soit en français. La langue û'ançaise ou normande était fort en usage en Angleterre depub un siède que Guillaume de Normandie y avait établi sa dynastie conquérante. L'écrivain cité i>ar Mathieu Paris, dans sa Vie des abbés^ comme auteur de ce Mystère de sainte Catherine, était d'ailleurs un Français nicniLi o de 1 Université de Paris ; il avait nom Geoilroy et il fut appelé de France en Angleterre pour régir l'abbaye de Saint-Âlbans*
William Fitzstephen, qui écrivait dans la seconde moitié du siècle, mentioime, eu passant, dans sa
XI* ET Xli* SIÈCLES. iS^
Vie de saint Thonios. les spectacles de Londres ; mais tout cela ne prouve pas qu'à Tépoque dont nous parlons on jouât en Angleterre des drames anglais. H faut attendre deux siècles pour trouver les Miracle-Play s de Chester de Uoventry et de Towneley ou de Widkirk. Les pièces antérieures, soit qu'elles fussent Importées de France par Guillaume le Conquérant, soit qu'elles eussent pris naissance dans le pays même, n'étaient certainement pas écrites en anglais. Si un certain Mystère de la Destruction de Jérusalem ou quelques auties dxames anglais, que Marryat suppose être des premiers siècles, se produisent au jour, on peut être assuré qu'ils ne seront jamais que des textes latins , procédant huit Je lu liturgie , soit de Sénèque , dit le Tragique.
Âu xii^ siècle, l'AUemagne est encore toute au latin et II lu liiui gie. On joue en latin dans les églises le Jeu de PâqiÀes intitulé VAnte-ChrisL On y voit le roi de France lutter contre Tempereur^ qui le soumet à sa puissance; puis l'empereur est vaincu lui même par l'Ante-Christ que l'Église seule peut terrasser. Tous les rois alors s'inclinent devant l'Église^ y compris l'empereur, qui lui rend hommage. Point encore d'essais en langue nationale. Rien d'allemand en matière de théâtre.
L'Espagne, malgré les inductions de plusieurs de ses historiens, ne fournit aucun texte de pièce dramatique castillane remontant au xii* siècle. Le catalogue de Moratin ne commence sa nomenclature qu'au xiv* siècle, et encore les textes sont-ils absents.
En Italie, Feo Boloari n'apparaît qu'au xv« siècle. Apostolo Zeno, dans ses Notes sur Fontaninu ne trouve qu'au commencement duxiii' siècle la première trace dramatique dans la Péninsule, et encore cette fois pas de textes. Le Portugal n'est pas né pour les arts. Les Slaves à peine chrétiens guerroient au lieu d'écrire.