‹ Histoire universelle du théâtre (volume 4)Chapitre 8 sur 31 · XI" ET XU' SIÈCLES · texte numérisé non relu

XI" ET XU' SIÈCLES

— Âdam, mon beau sire, répond Eve désolée , ma

fiiute est grande, je le reconnais, pardonnez-la-raoi. « Le fruit fut doux, la peine est dure. »

Le diable et quatre diablotins accourent alors por^ tant des chaînes qu'ils jettent au cou d*Adam et d*Eve. Les uns les poussent, les autres les traînent vers l'enfer. D'autres diables paraissent ; ils hurlent dejoie ; une épaisse fumée s^exhale; on entend s'entre-choquer les chaudrons et les casseroles infernales (collident caldalia et lebêtes suosj. Les démons quittent la scène, et c'est alors que Ton voit entrer Gain vêtu de rouge et Abel habillé de blanc. La scène se passe comme dans la Bible. E^e est suivie de la malédiction de Dieu. Dès que laFigu/ra est rentrée dans Tégiise ou si Von veut dans la coulisse, paraissent les prophètes qui annoncent^ chacun à sa manière, la prochaine venue du sauveur de l'humanité.

On remarquera dans tout ce programme une certaine préoccupation de mise en scène. L'Eglise veut parler aux yeux; non contente d'acheter des soieries et des toiles, de tailler des robes, des péplums, des dalrnatiques, des étoles, elle habille les démons, elle fobrique des arbres, des gazons et des fleurs; elle confectionne même un serpent mécanique. Ce ne sont plus les traditions de la preirnère époque. La musique de l'orgue et les chants des enfants de choeur accompagnent cette sainte exhibition, à laquelle assistent, chacun en son rang, les seigneurs, les bourgeois et les manants de la paroisse.

La dimension de cesouvrages est trop considérable

pour qu'ils puissent entrer dorénavant dans le service liturgique proprement dit. C*est entre la messe et les vêpres, au milieu du jour, qu'ont lieu ces fêtes religieuses. Ce nesont déjà plus des appendices de roifice divin, mais de véritables spectacles dans le but avoué de divertir et non d cUilierles lid^-les. Pour retenir les spectateurs il va falloir s'ingénier à trouver des inventions nouvelles.

Les Mystères sont dans l'obligation de devenir plus amusants pour garder la popularité dont ils jouissent. Les auteurs bien avisés devront, s*ils veulent réussir, chercher Tamélioration dans l'intérêt de leur action et dans le développement des passions humaines. Les autres la chercheront dans un comique de bas étage qui appellera plus d'une fois les censures des évèques.

C'est surtout dans le personnage du diable que les auteurs mettront leurs quolibets les plus impertinents. Le diable deviendra le comique principal, et c'est lui qui liiiiici par biouiller l'Église avec le théâtre.

Le j ubé et le chœur des cathédrales ne suffisaient déjà plus à la représentation des Mystères. Maintenant le porche et l'enclos des cimetières vont devenir trop restreints pour l'aflluence des spectateurs. Il faudra transporter les échafauds dans des charrettes et les dresser sur les places publiques.

On ne se contentera j)lus alors du serpent mécanique d'Adam ; l'art du machiniste imagineia les trappes ou apparitions , pour faire entrer ou sortir les per* sonnages surnaturels; les vols pour les conduire du ciel à la terre, et d'autres feintes ou ae^^ets. Nous

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