PAUL OLLENDORFF, ÉDITEUR
28 bis, RUE DE RICHELIEU
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Les deux présents volumes forment le complément des quatre volumes déjà publiés sous le titre d'Histoire universelle du Théâtre. Il n'a pas tenu à moi de les faire paraître plus tôt. Le premier travail, partant des origines, s'arrêtait à la fin du xyiii© siècle; le second embrasse la production dramatique européenne du xix®, depuis 1800 jusqu'à 1875.
La partie française occupera ici une place plus étendue que la partie étrangère, non seulement parce qu'elle a plus d'importance en nombre et souvent en mérite , mais parce que sous l'Empire et sous la Restauration, comme sous les régimes suivants, notre scène ne cessa jamais de marcher en tête du mouvement de l'art et d'imposer ses formes.
La création française ne sera pas toujours de bon aloi, ainsi qu'on pourra le remarquer.
C'est elle qui introduira souvçnt dans la cir-
5s AVANT-PROPOS.
culation les mauvaises idées aussi bien que les bonnes, quelles soient littéraires, sociales ou morales; mais ce qu'on ne saurait nier, cest l'influence très-marquée de l'esprit dramatique français sur les théâtres étrangers, influence qui ne s'est pas arrêtée depuis l'époque de Louis XIV.
Ce fait persistant , qui se produit en dehors de toute ingérence gouvernementale, et qui porte aux extrémités du monde la pensée française, est une des forces vitales qui nous restent. Cette force ne relève que d'elle-même. Elle agit sans que personne songe à l'utiliser pour le bien. Il ne viendra jamais à l'idée de nos modernes Solons de classer parmi les institutions nationales un art qui recevait jadis sa suprême direction des premiers magistrats de la Grèce et de Rome, et plus tard du grand roi de Versailles. Ils ne diraient pas même, comme le conventionnel Barère : « Les théâtres sont les écoles primaires des hommes éclairés et un supplément à l'éducation publique. > Pour les politiciens modernes le théâtre est une chose futile. Pour les hommes des grandes époques, c'était un élément social et moral du premier ordre. La censure reste le seul point de contact des gouvernements avec le théâtre- Au lieu d'élever cette commission administrative à la hauteur d'une magistrature presque
indépendante, on en a fait une besogne de commis subissant toutes les influences, tous les caprices, toutes les rebuffades.
L'objectif des anciens, Tinstruction des masses par les grands exemples, par les grandes pensées et les grandes œuvres, se trouve ainsi remplacé par les mesures policières se bornant à réglementer une industrie plus gênante que les autres.
Si le lecteur veut bien me suivre dans ce nouveau voyage à travers les créations dramatiques, nous allons en parcourir les phases variées durant les soixante- quatorze années écoulées depuis le commencement de ce siècle, et voir le travail intérieur qui s'est opéré dans les idées avant de se traduire en œuvres.
Juger ses contemporains sans parti pris et sans passion d'aucune sorte est assurément une chose délicate. Aussi n'est-ce pas sans une grande hésitation que je me suis décidé à le faire. J'ai dû obéir à l'engagement que j'avais contracté, en publiant les quatre premiers volumes de cette histoire, de présenter un ensemble complet du mouvement de la pensée humaine dans le théâtre et par le théâtre. Lorsqu'aujourd'hui j'arrive à publier cette appréciation de mes contemporains , je comprends combien la tâche était difficile.
Pour rester dans la limite du juste et du
vrai, il faut en effet pouvoir s'abstraire des idées du moment qui vous entourent, qui vous imprègnent, qui sont comme l'air que vous respirez. Il faut ne pas perdre un instant de vue qu'il existe, indépendamment des pays et des temps, un bien et un beau absolus qui survivent à toutes les modes, à toutes les aberrations. On ne doit pas oublier, non plus, que le succès du jour n'est pas une preuve absolue de vitalité. La liste serait longue des faux engouements du public, depuis l'Amour tyrannique de Scudéry et ï École des mères de Nivelle de La Chaussée.
M'attachant plutôt aux ensembles qu'aux individualités, j'ai cherché à prévoir, guidé par le passé, ce que je crois devoir être l'opinion de l'avenir.
Quel que soit le sort de cette étude, il en restera toujours une classification méthodique qui permettra d'embrasser d'un coup d'œil , dans son parcours intégral, l'évolution de notre siècle et ses attaches aux idées philosophiques, politiques et sociales.
On remarquera que les littératures étrangères ne vivent pas uniquement (selon le préjugé reçu) de la traduction de nos œuvres, mais qu'elles possèdent, elles aussi, une création ori* ginale très-sérieuse et très-nombreuse, absolument inconnue chez nous. Sheridan Knowles,
ÂVÂN'r-PBOPOS.
Fauteur du Bossu, lord Lytton, l'auteur de la Dame de Lyon et de r Argent (Money) , ont illustré, ainsi que bien d'autres, la scène anglaise contemporaine , qui peut citer parmi ses glorieux interprètes les grands tragédiens Edouard Kean, Macready, la sublime mistress Siddons, la sympathique miss O'Neill. L'Italie s'enorgueillit, à juste titre, de Monti, de Niccolini et des noms plus récents de MM. Gherardi del Testa et Paolo Ferrari, La scène portugaise donne, pour digne successeur à Gil Vicente, Almeida-Garret. La scène russe a Griboiédof, Pouchkine et M. Ostrowski, Fauteur à succès du moment. Les contemporains allemands ont leurs romantiques , leurs fatalistes et leurs comiques populaires, qui ne sont, il est vrai, que la petite monnaie de Schiller et de Gœthe. L'idée dramatique a germé, et fleurit partout. Elle a donné ses fruits en Pologne, en Suède, en Danemark. Ce dernier pays possède son Shakespeare en miniature dans le poète Œhlenschlaeger. Les Tchèques , les Slaves du Sud, les Grecs modernes, les Turcs, les Arméniens , les Roumains sont attentifs au mouvement qui se produit, et font d'honorables efforts pour fonder chez eux un théâtre national. Les deux Amériques, plus curieuses de musique que de littérature, gardent leur admiration pour l'opéra itaUen, et ne sont en réalité que des
succursales des théâtres anglais, espagnol et portugais.
Me voici enfin parvenu au bout de ce long travail, entrepris peut-être sans avoir assez consulté mes forces. Je clos par ces deux volumes mon Histoire universelle du théâtre ^ que je suis heureux d'avoir pu achever, malgré les préoccupations et les rigueurs du temps.
Paris, t87d.
DU
SN FBANCE ET A L'^TRANOEB
DEPUIS leOO JUSQU'A 1876.