L*ÉGOLB DB UL TRADITION
Je comprends sous ce titre les tragédies, drames et comédies représentés sur les scènes littéraires depuis 1830 jusqu'aujourd'hui et qui ne rentrent ni dans les catégories précédentes, ni dans l'école réaliste que nous examinerons plus loin. Les auteurs de ces ouvrages ont adopté sciemment les formes consacrées par les maîtres de l'ancien théâtre. Les uns, suivant la route des classiques mitigés, cherchent à rajeunir le pôëme tragique ; les autres tentent de pratiquer les enseignements de la grande comédie ; ceux-ci cherchent un drame plus animé que celui du Consulat et de l'Empire, ceux-là continuent la comédie de genre et ne portent pas leurs vues au delà. Les ouvrages qui peuvent se ranger dans ce que j'appelle l'école de la tradition sont tellement nombreux que je n'en donnerai qu'un aperçu rapide , regrettant de ne pouvoir m'arrêter davantage à quelques-uns d'entre eux.
lA Tragédie depuis 1840.
La tragédie de cette période, qui ne veut pas être confondue avec la tragédie de FEmpire, affecte dans la diction une forme plus moderne, tout en maintenant la vieille trame du tissu académique. M. Latour-Saint- Ybars, l'un des chefs de cette phalange, est un écrivain d'une grande conscience et qui a conservé dans la tragédie la foi des anciens jours. Il fait représenter successivement quatre pièces, tant au Théâtre-Français qu'à l'Odéon : Vàllia en 1841, Virginie en 1845, le Vieux de la montagne et le Syrien en 1847. Il avait donné , avant cette époque , le Tribun de Pa^ lerme , drame en prose (1842) ; et la Porte-Saint- Martin joua de lui, en 1851, un drame en vers intitulé Les Routiers j qui contenait de belles scènes. Racbel renouvela la physionomie de la Virginie antique, tant de fois mise en scène depuis Mairet, Campistron et La Harpe. L'auteur avait eu le bon esprit de composer le rôle de l'héroïne de manière à ce que le public ne perdit pas de vue un seul instant la tragédienne, objet de son admiration. Les applaudissements ne manquèrent pas ; le poète et son interprète eurent le droit de se les partager. Le talent de Guyon et de sa cousine, M""" Emilie Guyon, donna un succès plus modéré à Vallia , ce duc Visigoth qui se fait
ermite après avoir failli épouser sa ûUe. Le Vieux de la montagne et le Syrien valurent à l'auteur Testime des critiques sans préjugés, qui louèrent les qualités de la pièce, quoique tragédie.
M. Arthur Ponroy fut plus heureux à FOdéon avec sa tragédie du Vieux Consul qu'avec les Atrides.
La Fille d'Eschyle de M. Âutran conquit à ce jeune débutant de 1848 le partage du prix Monthyon avec la Gabrielle de M. Emile Âugier. Les étudiants d'alors firent une ovation au poète marseillais, qui parut sur la scène pour recevoir la couronne olympique. Ce triomphe conduisit plus tard M. Autran au siège académique. Parvenu au comble de ses ambitions, il eut la prudence de s'en tenir à son premier succès, qui n'a jamais été contesté, ni même discuté.
Un romancier, un poëte de mérite, M. Jules Lacroix, donna, sous Tappellation de drames, deux tragédies déguisées : Le Testament de César en 1849, et, en 1851, Valéria, en collaboration avec M. Auguste Maquet. Pour ce dernier ouvrage, il rencontra une seconde collaboration bien puissante, celle de Rachel. Rachel joua merveilleusement le double rôle de Valéria Messalina et de la courtisane Lycisca. On se souvient que la pièce a pour objet la réhabilitation de Messaline. Les auteurs ont représenté l'épouse de Claude comme une vertueuse princesse calomniée par Juvénal et victime d'une fatale ressemblance, ainsi qu'il advint à la reine Marie- Antoinette avec M*'* OU va. Rachel fut admirable dans sa composition du double personnage. Elle sut faire contraster les deux types.
la* Œdipe roi de Sophocle, traduit par M. Jules Lacroix, fut très-applaudi à l'Odéon en 1858, et obtint en 1862 le grand prix de 10,000 francs.
VAntigone de Sophocle^ très-bien traduite ou plutôt imitée par MM. Paul Meurice et Auguste Vacquerie, passa au théâtre, comme Y Œdipe roi.
M. Hippolyte Lucas avait déjà fait jouer à TOdéon, en 1847 et en 1855, deux imitations de YAlceste et de la Médée.
On voit, par ces exemples, que la fleur tragique fut plutôt, dans cette période, une culture de serre chaude qu'une moisson à l'air libre. Le sort ne voulut pas que rinimitable Rachel pût inspirer un nouveau répertoire tragique. Ce répertoire serait né, sans nul doute, si la tragédie n'avait pas été morte dans l'esprit du public. La grande artiste dut borner sa gloire à l'interprétation de Corneille et de Racine, éternellement jeunes, parce qu'ils sont éternellement beaux.
M°^ de Girardin , esprit fin et distingué , sacrifia sans profit sur les autels de la Melpomène antique. Jiulith en 1843, CUopàtre en 1847 furent les gâteaux de miel qu'elle déposa dans le sanctuaire déserté par les fidèles.
MM. Duhomme et Sauvage donnèrent à l'Odéon la Servante du m, et au Théâtre-Français la Vestale^ sans pouvoir faire revivre la foi.
Le Drame de la même période.
Le drame de cette époque côtoie la tragédie et lui ressemble par plus d'un point. Il n'a pas le mouvement et la désinvolture de la pièce de 1830, et il se gare avec soin du langage trop familier. Le ridicule des dagues de Tolède et des par la mort-Dieu dont on s'est tant moqué le fait revenir en arrière, et il retombe parfois dans l'expression pompeuse et dans la période cadencée. La Catherine II Ae M. Hippolyte Romand, le Maréchal de Monluc de M. Mary Lafont sont composés d'après ce procédé mixte. On a oublié VIvan de Ru^ssie de M. Charles Lafont, qui vit le jour en 4841 ; mais le Chef-d'œuvre inconnu, petit drame en un acte, du même auteur, se montrait encore, il y a peu d'années, sur les affiches de la Comédie-Française. Cordelier Delanoue vit dépérir et mourir son Charles I*^ et son Mathieu Luc. Le Cha/rles IX de M. Rosier laissa une moindre trace que sa comédie du Procès criminel^ que son mélodrame le Manoir de Monlouvier et que ses nombreux vaudevilles, parmi lesquels la Mansarde du crime^ l'un des succès d'Ârnal. Le Médecin de son honneur du grand Calderon, un peu rapetissé dans sa taille pour le mettre à la hauteur des idées du jour, et le Tisserand de Ségovie,
ce beau drame d'Alarcon que M. Hippolyte Lucas n'osa pas, peut-être avec raison, présenter dans sa farouche et puissante originalité, réussirent par leurs audaces mitigées. Le Dom Sébastien de Portugal de M. Paul Foucher, joué en 1839, restera le plus beau fleuron de sa couronne littéraire.
Le temps marche et les drames vont vite. Â ceux qui passent succèdent ceux qui arrivent, pour passer à leur tour quand lô moment sera venu, quand sonnera cette heure de minuit qui, dans la pièce de Marlowe, épouvante Faust le damné. Chaque triomphateur, retombant dans le néant, semble s'écrier avec le poëte anglais : « Arrêtez-vous, sphères toujours mouvantes des cieux, pour que le temps s'arrête et que minuit ne vienne jamais. :»
Le début de Louis Bouilhet à TOdéon, en 1856, par Mademoiselle de Montarcyy fut un événement littéraire. Sous l'action du drame, où manquait encore la science de la composition scénique, on sentait l'âme d'un poëte. Le style était puissant et large et aussi correct qu'élégant dans sa forme. Hélène Peyron^ que le même auteur fit représenter au même théâtre en 1858, ajoutait les qualités de la composition scénique à la forme littéraire ; aussi le succès de ce second ouvrage fut-il le plus brillant qu'ait obtenu l'auteur. Bouilhet donna en 1862, au Théâtre-Français, un drame en quatre actes en vers, sous le titre de Dolorès; puis rOdéon exhuma un autre drame, la Conjuration d'Amboisey ouvrage posthume qui ftit pieusement recueilli et mi$ à la scène par les amis de l'auteur.
Bouilhet avait fait jouer en 1861, à l'Odéon, une comédie en cinq actes et en vers intitulée UOncle MU- {ton, où il avait su donner beaucoup de souplesse et d'élégance à son style, naturellement un peu épique. Mademoiselle Aîsséj autre drame posthume, quatre actes en vers, complète l'œuvre de ce poëte regretté. En 1864 la Porte-Saint-Martin avait représenté Faustine^ la seule pièce qu'il ait écrite en prose. Victor Séjour et M. Ferdinand Dugué commencèrent leur carrière dramatique, le premier par Diégarias^ drame en cinq actes en vers, joué au Théâtre-Français ; le second par deux drames également en vers , Gai/fer et les Pharaons, joués au théâtre de TOdéon. Les théâti'es du boulevard représentèrent le reste de leur répertoire.
La Comédie.
Dans l'école de la tradition, la comédie est plus riche en nombre que la tragédie et que le drame. Elle a aussi des allures plus franches et plus naturelles. Laissant les romantiques du premier ban et de l'arrière-ban exécuter les hardiesses de leurs évolutions sur les scènes hautes et basses, la comédie vient paisiblement apporter le fruit de ses veilles à un auditoire qui n'a pas tout à feit oublié les enseignements
du répertoire ancien. De La Ville, l'auteur du Roman qui fit les délices du parterre de 1825, finit sa carrière, en 1831, par les Intrigants. Mazères et Empis, à qui Ton doit les amusantes comédies intitulées Le Jeune Mari (1826), Les Trois Quartiers (1827), se taisent ou ont perdu leur gaieté. Ils s'associent cependant pour donner à l'Odéon, en 1830, une comédie excellente touchant au drame : La Mère et la Fille. La pièce passa au Théâtre-Français en 1834. On n'a pas oublié avec quel merveilleux ensemble elle fut jouée par Frederick Leraaître , M"** Dorval , Firmin et Monrose. D'Épagny, l'auteur de Ltujce et Indigence^ reparaît en 1831 par le succès très-vif de Dominique ou le Possédé j en collaboration avec M. Dupin. Il prend pour un temps très-court la direction de l'Odéon en 1841 et prolonge sa carrière d'auteur dramatique jusqu'en 1855. Casimir Bonjour, grand producteur de comédies en vers, fit ses adieux au public de l'Odéon par le Bachelier de Ségovie^ en 1844, l'année même où débutaient M. Emile Augier avec la Ciguë ^ Victor Séjour avec Diégarias^ et M. Théodore Barrière avec les Trois Femmes, comédie en un acte bientôt suivie du Seigneur des broussailles^ comédie en trois actes en collaboration avec Georges Duval. M. Barrière était alors âgé de vingt et un ans. Il avait déjà donné au théâtre Beaumarchais un vaudeville intitulé Rosière et Nourrice. C'est sur d'autres scènes qu'il devait conquérir sa renommée. Quelques années auparavant s'était révélé à l'Odéon un jeune et brillant poëte qui devait mourir à la fleur de Tâge. Le Ménestrel de
Camille Bernay enleva les acclamations du parterre en 1838. La pièce était faible de complexion, mais les vers accusaient un excellent style. Le théâtre de la Renaissance^ qui devint un moment la troisième scène littéraire de Paris, représenta ensuite, du môme auteur, une imitation du Vingt-quatre Février de Zacharias Wemer que l'on remarqua. Puis l'Odéon donna en 1842 une troisième pièce en vers de feu Camille Bernay, suivie du Pseudonyme^ en 1844. Louis Bouilhet et Camille Bernay furent assurément deux grandes pertes pour la poésie et pour le théâtre, où ils auraient sans doute tracé leur voie s'ils avaient vécu.
On remarquera que c'est presque toujours à ce pauvre et modeste théâtre de l'Odéon tant critiqué, et à qui l'on a disputé à toutes les époques le droit de vivre, que l'on doit la mise en lumière de bien des talents nouveaux. L'Odéon a joué les premiers ouvrages de Casimir Delavigne, de Ponsard, de Léon Gozlan , de MM. Octave Feuillet, Emile Augier, Sardou, Camille Doucet, Ferdinand Dugué, Michel Can'é, Charles Narrey, de Najac , Barrière, Bouilhet et de tant d'autres qui se sont fait depuis un nom dans les lettres. De tout temps l'Odéon répara les bévues de la maison de Molière en accueillant les débutants et les ouvrages de mérite repoussés par le comité de la rue Richelieu. Ce théâtre si utile forme des acteurs, comme il forme des auteurs. Une partie de la troupe du Théâtre-Français a non seulement débuté , mais joué longtemps au delà des ponts. Samson, Duparay,
Périer, Provost sont sortis de TOdéon , comme MM. Delaunay, Monrose, Talbot, Barrée Kime et Thiron. Notre seconde scène littéraire travailla en outre à maintenir dans la jeunesse des écoles le goût de l'art sérieux, qui va chaque jour se perdant de plus en plus. Parmi les auteurs vivants dont l'Odéon fut le théâtre d'essai et qui sont parvenus de nos jours à une haute fortune littéraire, se présente M. Camille Doucet. Son début date de 1841. M. Camille Doucet est le successeur de Collin d'Harleville dans la famille comique. Il a l'élégance et l'esprit de cet auteur ingénieux. Comme lui, il écrit de préférence en vers, et son style reste un modèle d'aimable enjouement et de parfaite orthodoxie. Fidèle à la pure comédie et à la classique moralité, il se garde bien d'introduire dans ses compositions les passions échevelées du mélodrame, ou les coups de pistolet du Gymnase et du Vaudeville. Il suit la voie des maîtres, préoccupé seulement de bien faire, aimant mieux rester le disciple d'hier que se poser en docteur de demain. C'est l'Odéon qui donna la première comédie du futur académicien, ayant pour titre Un Jeune Homme. L'auteur présente à la jeunesse de son temps les dangers de la vie parisienne comme un écueil où chacun peut laisser son honneur et son existence s'il ne garde au fond du cœur le respect de soi-même. L Avocat de sa cause et le Baron Lafleur^ deux pièces qui datent de 1842, visent plus à l'esprit du dialogue qu'à la leçon morale , et les jolis vers y abondent comme les fines pensées. M. Camille Doucet n'avait
pas encore été appelé, à cette époque, à diriger au ministère les destinées des théâtres, et lui, enfont de rOdéon, il défendait déjà notre seconde scène litté* raire, à laquelle on marchandait sa pauvre subvention. Dans le discours en vers^ que prononça Monrose pour la réouverture de l'Odéon en 1843, M. Camille Doucet s'exprime ainsi, en parlant de son théâtre de prédilection :
Ses finances, d'abord, sonl enfin en progrès, Car les représentants de tous les Intérêts Ont fait en sa faveur un acte académique En lui votant, au nom de la France artistique , A la majorité de deux voix..., un trésor, Soixante mille Acancs..., la moitié d'un ténor.
Ces soixante mille francs votés pour 1843 permirent à l'administration de TOdéon, malheureuse dans sa dernière campagne , de relever ses affaires compromises et d'engager deux sujets de premier ordre, M"* Georges et M"* Dorval.
La Chasse aux fripons de M. Doucet , représentée au Théâtre-Français en 1846 par Samson , Provost , Got et M»"® Solié , réussit au gré de l'auteur, qui , par reconnaissance pour le passé, voulut néanmoins donner sa meilleure comédie, les Ennemis de la maison^ au théâtre de ses débuts. L'Odéon joua la pièce en 1850, et , quatre ans après , le Théâtre-Français , usant de son droit, la mit à son répertoire. Le Fruit défendu suivit les Ennemis de la maison et fut joué à la Comédie-Française en 1857. Provost, Delaunay, Régnier, Mlle» Édile Riquier, Fix , Dubois et Fleury firent valoir
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avec beaucoup de grâce les vers bien tournés qui abondent dans cette comédie , dont le sujet est très-vrai et très-sympathique. L'action nous montre un jeune homme devenant successivement amoureux de ses deux cousines aussitôt qu'elles sont mariées, et ne songeant à aimer la troisième et à demander sa main que lorsqu'il croit qu'un obstacle mystérieux s'élève entre elle et lui. Cet obstacle , opposé par l'oncle Desrosiers , n'existe pas en réalité , et , quand il faut accorder au jeune Léon la main de sa cousine Jeanne , qu'il sollicite avec ardeur, Desrosiers rappelle à son neveu le Paradis perdu de Milton , et il explique le mystère en disant : « J'étais le vieux serpent )» , et , montrant Jeanne, il ajoute : d toi le fruit défendu ». La Con-^ ndération^ la dernière comédie de M. Camille Doucet, repose , comme les autres ouvrages de l'auteur, sur un sujet éminemment moral. L'exemple de l'industriel Dubreuil , devenu riche en frustrant ses créanciers , et qui voit son fils rougir de son passé et consacrer sa dot à réparer la faute paternelle, rappelle, par la moralité du sujet, la comédie de Ponsard VHonneur et f Argent, qui obtint un succès si prolongé à l'Odéon en 1853.
Sans doute les comédies de M. Doucet sont loin d'avoir la puissance des ouvrages de M. Emile Âugier^ qui débuta en même temps que lui sur la scène de l'Odéon ; sans doute il ne subjugue pas les foules comme les coryphées de l'école moderne, mais c'est sciemment et en parfaite connaissance de cause que l'auteur du Fruit défendu se renferme dans la tradition comique des
siècles. Sa forme est moins tapagetise; mais, la mode sera passée des excentiicités de lanui attirent les regards aujourd'hui , il n'aura craindre de ressembler à une vieille image de lach.
ni les poètes dont l'Odéon a fondé la réputation, citer encore Ernest Serret, mort récemmeat, r des TouristeB , de la comédie en trois actes ie En province , et de cette autre comédie en ctes en vers ayant pour titre Les Familles, qui ironnée par l'Académie. Une autre comédie, e écrite en prose : Que dira le mondet obtint liant succès à l'Odéon en 1854. Elle lut aussi : par l'Académie. C'est pour l'Odéon que Méry sa pièce chinoise Le Chariot d'enfant , imitée : Soudraka, ainsi que Le Paquebot, L'Univers laison et la Fomarina. Ce fut aussi l'Odéon qui snta la jolie comédie anecdotique de M. Paul 3set, La Revanche de Lauzun.
omédie de genre , la comédie de mœurs , celle ncouii; et de Picard continuée par WafQard et ice , auteurs des Deux Ménages , du Célibataire mme marié et du Voyage à Dieppe , produisirent rie de pièces gaies qui furent bien accueillies du
Je mentionnerai dans cette catégorie les pièces 1 ami Vaëz, auxquelles je participai pour moitié: lage à Pontoise , Le Bourgeois grand seigneur, loiselle Rose. La comédie intitulée Grondeur et '.nce de M. Joseph Prudhomme mit en relief une
plus le talent d'Henri Monnier comme acteur
et comme auteur. Une comédie de M. Charles Narrey, les Notables de V endroit ^ appartient aussi à la comédie de genre. Van Dyck à Londres^ Le Passé et r Avenir, deux ouvrages du même auteur, ne réussirent pas moins qu'JE^n bonne fortune^ pièce à deux personnages qui fut reprise plus tard au théâtre du Vaudeville.
Michel Carré débute à TOdéon par la Jeunesse de Luther, en 1843. En 1845 il donne au même théâtre V Eunuque , imité de Térence , puis les Contes d'Hoffmann en 1851 et les Marionnettes du docteur en 1852. Dans ces deux derniers ouvrages il avait pour collaborateur M. Jules Barbier, dont la première pièce, le Poète, fut représentée au Théâtre-Français en 1847. C'est encore à l'Odéon que se firent connaître Amédée Roland et Duboys, tous deux récemment décédés , auteurs du Marchand malgré lui , des Vacances du docteur et du Mariage de Vadé. Âmédée Roland fit jouer ensuite , en 1859 , son Usurier de vUlage, qu'il avait écrit avec M. Bataille. L'Odéon compte aussi à son actif le succès d'ouvrages , comme la Ciguè, qui fut le début de M. Emile Âugier, comme les charmantes imitations de Shakespeare dues à MM. Meurice et Yacquerie : Falstaff et le Capitaine Paroles ; Souvent femme varie de M. Amédée Achard ; la Fin de la comédie de M. Taxile Delord; le Mur mitoyen de M. Pailleron ; la Dernière Idole de MM. Lépine et Daudet ; le Bougeoir de M. Caraguel; Au prin-^ temps de M. Laluyé. Ces deux derniers ouvrages ont passé au répertoire du Théâtre-Français. Citons encore parmi les pièces de courte dimension : la Ligne
droite de M. Marc Monnier; les Droits de Vhomme de feu Prémaray; la Chasse au lion par M. de Najac; Les absents ont raison de M*"* Ânaïs Ségalas ; JH olière enfant par M. Vieme. Les fantaisies élégantes de MM. de Banville et Philoxène Boyer, Le Feuilleton d'Aristophane , Le Cousin du roi, Diane au bois, rencontrèrent à TOdéon un accueil non moins favorable que des pièces plus sérieuses, la Femme d^un grand homme , comédie en cinq actes de MM. Raymond Deslandes et Armand Durantin , et le Marquis Harpagon de M. Deslandes tout seul , sujet sympathique et bien traité.
L'Odéon remplit sa mission en jouant des ouvrages qui ne pouvaient faire sa fortune , mais que recommandaient de réelles qualités littéraires , comme par exemple : V École des ménages de M. de Beauplan ; les Mariages d*amour de M. Ernest Dubreuil; la Mort de Strafford de M. Durantin ; Michel Cervantes de Théodore Muret; les Indifférents de M. Belot. L'Odéon devait bien cette déférence à M. Belot, qui, en collaboration avec M. Villetard , venait de lui donner un grand succès d'argent avec sa jolie comédie le Testor ment de César Girodot.
Tels sont, dans leur ensemble, les travaux importants de la seconde scène française et les résultats obtenus depuis 1890 dans la comédie par l'école de latra* dition. Le théâtre de la rue Richelieu n'a certes pas produit de meilleurs fruits dans le même genre et dans le même espace de temps. Il a joué les derniers ouvrages de Longpré, de d'Épagny, de Casimir Bonjour
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et d'Empis^ qu'il a fait alterner avec les drames romantiques et le répertoire de Scribe. Viennet lui a donné les Serments (1839), la Course à Yhéritage (1847), la Migraine (1850) ; le comte Walewski Fa gratifié de r École du monde^ que les plaisants de l'époque surnommèrent « la pièce en cinq pantalons », à cause du luxe de toilette que déployait le jeune premier. Ce même théâtre avait produit en 1847 : la Femme de quarante ans de M. Galoppe d'Onquaire; le Poète de M. Jules Barbier ; les Aristocraties de M. Etienne Ârago. Sa meilleure idée fut de mettre à la scène, en 1847, le Caprice d'Alfred de Musset, à la sollicitation de M*' ÂUan qui venait de jouer la pièce à Saint- Pétersbourg avec un effet considérable. Le Caprice amena le défilé, très-lucratif pour les sociétaires, des autres comédies et proverbes de l'auteur malgré lui. Les pièces de M. Emile Augier, que nous examinerons dans un autre chapitre en parlant des ouvrages de récole réaliste, n'appartiennent que pour partie à l'école de la tradition. Nous remarquons çà et là de jolies bluettes de Gozlan, de M"^ de Girardin, de Murger, quelques bonnes comédies anecdotiques comme Mademoiselle de la Seigliète de M. Jules Sandeau. Cette pièce, malgré son succès et l'accueil chaleureux que lui fait toujours le public, ne vaut pourtant pas, tant s'en faut, le Gendre de M. Poirier^ véritable comédie de mœurs que le Théâtre- Français dut emprunter au Gymnase. Puis vint le répertoire de Léon Laya , qui commence aux Jeunes Gens en 1855 et qui finit à la Loi du comr en 1862, en passant par le
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populaire Duc Job. Beaucoup d'estimables comédies et de comédies-drames, comme la Fiammina de M. Mario Uchard, comme la Maison de Pénarvan que M. Jules Sandeau tira de son romande ce nom, comme les Faïuc Ménages de M. Pailleron , sont jouées avec fruit ; mais en général l'influence de la littérature industrielle ne se fait pas moins sentir au Théâtre-Français que dans les théâtres de genre, tandis qu'elle demeura un long temps sans atteindre FOdéon, toujours soucieux de remplir son devoir. Il est vrai que le ministère prend soin de le lui rappeler souvent , malmenant tant qu'il peut le pauvre diable de cadet de famille, quand il permet à l'aîné toutes les fantaisies qui lui traversent la cervelle, même les joyeusetés carnavalesques d'Henriette Maréchal. Depuis la mort de Ponsard , la comédie en vers est abandonnée par la maison de Molière. M. Emile Âugier lui-même a passé à la prose pour se tenir au niveau du goût moderne. Le pauvre Odéon , le misérable porte-bât dont on a jugé à propos de réduire encore la maigre pitance, demeure officiellement chargé de fournir les alexandrins que réclament les orateurs du budget. S'il n'en fait pas bonne mesure , gare à lui : le ministre lui lavera la tête, comme autrefois au Jocrisse des Panoramas, et il n'aura même pas la ressource de répondre comme Brunet: oc Mais je ne joue pas le même emploi que Talma. i>
Lorsque Auguste Lireux dirigeait, en 1843 et pendant les années suivantes, le théâtre de l'Odéon, alors privé delà subvention de l'État quoiqu'il vînt de mettre
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au jour la Lucrèce de Ponsard, la seconde scène française était un véritable royaume de Bohème où se pas« saient les choses les plus étranges. Il fallait bien qu'il vécût quand même I L'administration n'avait pas dans ses magasins douze paires de bottes à fournir pour compléter les costumes d'un état-major paraissant dans un drame où jouait M*"* Dorval, la Comtesse d^AUenberg. À la répétition générale de cette pièce , l'intrépide Lireux plaça sur le premier rang les cinq figurants que son costumier avait pu botter tant bien que mal... Quant aux sept autres princes et seigneurs: «c Qu'ils gardent leurs souliers crottés ^ dit le directeur, et qu'ils se placent derrière les autres : le public ne s'apercevra de rien. » A la répétition d'un drame de Léon Gozlan , auteur très-soigneux de la mise en scène, Lireux n'avait pu obtenir à crédit un décor neuf qu'il avait promis, a M. Gozlan va retirer sa pièce, murmurait le régisseur. — Pas du tout, répondit Lireux: j'ai fait nettoyer un pittoresque du temps de d'Épagny ; on montrera d'abord à Gozlan la vieille forêt qui sert depuis vingt ans dans les comédies agrestes : il la refusera, cela va sans dire ; vous produirez alors le pittoresque de d'Épagny comme un décor neuf, et Gozlan le trouvera superbe, d L'affaire se passa comme Lireux l'avait prévu. Gozlan ayant refusé la vieille forêt: a Qu'on donne à M. Gozlan le décor neuf préparé pour M. Victor Hugo ! s'écria le directeur de Tair le plus sérieux du monde. M. Hugo dira ce qu'il voudra , je m'en moque 1 » Et le décor, lavé et nettoyé, fut accepté par Gozlan ravi de la pré-
férence qu'on lui accordait. Un soir, le spectacle menaçait (le finir après minuit , et par conséquent de coûter au théâtre une amende de police et doubles frais de gardes et de pompiers. On jouait, si je me souviens bien, la Sœur de la reine de Molé-Oentilhomme, drame en trois actes. Une scène fort longue s'entamait au dernier acte et menaçait de se prolonger au delà du délai fixé par le règlement. Lireux appelle un coryphée qui jouait dans la pièce, et lui tient ce langage : a Mon ami , vous allez entrer en scène et dire à M*""" Darras : Madame , la flotte vous demande ; et tout bas vous ajouterez : C'est M. Lireux qui voudrait vous parler. » Le coryphée s'acquitta de sa tâche ; mais, sans l'écouter, l'actrice continua sa tirade. L'horloge marchait toujours. Quelques minutes plus tard, l'ambassadeur de Lireux rentrait en scène, et cette fois il disait d'un ton plus animé et qui ne souffrait pas de réplique : a Madame, la flotte s'impatiente ! }» Puis il rentrait dans la coulisse, où M"^ Darras le suivait en cachant un fou rire dans les plis de son mouchoir. La pièce finit à minuit moins quelques minutes , et le directeur économisa l'amende et les doubles frais. J'entendis un jour Lireux dire à un jeune auteur dont la pièce venait de tomber sous les sifQets et qui attribuait sa chute à la parcimonie de la mise en scène : <k Monsieur, si vous dites un mot de plus, je vous joue une seconde fois ! » L'auteur terrifié ne souffla mot et partit pour ne plus revenir.
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