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EN FRANCE ET A l'ÉTRANOER. 69
croître leurs cheveux à la Raphaël et couronnaient leurs fronts d'un feutre enrubanné. Hs se réunissaient le jour au jardin du Luxembourg, le soir dans les cafés dn quartier Latin, et là, au lieu de causer des danses de la Grande-Chaumière, réservées pour les fêtes du dimanche, ils discutaient sur l'esthétique, maudissaient les perruques et juraient l'extermination des Âtrides dans leur dernière génération.
Le premier ouvrage qui s'offrit aux coups de la réaction classique fut le Henri III d'Alexandre Dumas, joué au Théâtre -Français le 11 février 1829. Tout, dans cet ouvrage, avait été calculé pour provoquer les colères des admirateurs de la tragédie. On y récitait une scène entière de Schiller, celle du page ; on y reproduisait la couleur locale du journal de UEstoile, agrémentée de nécromancie, de mignons aux pourpoints tailladés, jurant par la mort-Dieu, soufflant dans des sarbacanes et jouant au bilboquet. L'action dramatique y était poussée aux dernières violences.
La traduction un peu arrangée de Y Othello de Shakespeare, par Alfred de Vigny, fut représentée à la Comédie-Française huit mois après Henri III. Alfred de Vigny, encore inconnu au théâtre, brûlait de s'offrir aussi en victime, d'autant que, sauf quelques lardons de journaux, le martyr de la saison précédente n'avait pas couru de danger sérieux, en proportion surtout avec le bruit qu'il avait excité autour de son nom. Et puis le néophyte , se couvrant cette fuis de la cuirasse impénétrable de Shakespeare, pouvait toujours rejeter l'événement fatal (s'il se produisait) sur sa col-
EUSTOIRË DU THÉÂTRE C0NTEMPUIU.1N
n posthume. De Vigny dit, dans sa préface I, qu'il n'a voulu cette fois foire qu'une œuvre 1, a essayer l'instrument en public avant de air de son invention. » La pièce réussit, et la m du More de Venise fat regardée comme une
nantisme avait donc de prime saut remporté itoires; mais les adversaires, se retranchant
le rempart de leurs alexandrins, opposèrent I sa prose morcelée et à de Vigny son absence ion. Lorsque Victor Hugo offrit Hemani au du Théâtre-Français, Hernani, une pièce , écrite par le poète lyrique dont la renomançait déjà celle de Lamartine, l'Académie oreille. Elle sentit que là on l'attaquait au le la cuirasse. Elle envahit les ministères, ;onvint la direction et les sociétaires du •Français, et elle obtint cette énormité que ) ses membres des plus purs, Legouvé et
feraient partie de la commission chargée aer l'ouvrage. Les rapporteurs conclurent
termes les plus méprisants. Ils déclarèrent lièce de leur futur collègue était a un tissu agances auxquelles l'auteur s'efforçait vai-
de donner un caractère d'élévation ». Le ibonde, dit le rapport, en inconvenances de iture ; il n'y a aucun inconvénient à an aula représentation, mais il est d'une sage e de n'en pas retrancher un seul mot. Il est ! le public voie jusqu'à quel point d'égaré-
ment peut aller Tesprit humain affranchi de toute rè^e.
Les termes mêmes du rapport prouvent à quel point les purs méprisaient Tœuvre nouvelle de leur ennemi ; ils crurent de bonne foi que la pièce allait tomber honteusement, et que de ces ruines ils bâtiraient un piédestal à Ninus II et à Falkland ou la Conscience. Malheureusement il n'en fut rien ; devant le pubUc l'ouvrage alla aux nues, et la grande bataille d'Hemani fut gagnée le premier jour.
Le 3 mai 1831, VAntony de Dumas s'empare du théâtre de la Porte-Saint-Martin, où Casimir Delavigne avait fait jouer l'année précédente Marina Faliero; puis, en août, dix-huit mois après Hernani^ parait le drame de Victor Hugo, Marion DelormCy pièce écrite en 1829 et arrêtée pendant deux ans par la censure. Marion Delorme^ grâce à la révolution de 1830 , sortait des limbes où la retenait avec tant d'autres ouvrages le ministère de l'intérieur. La Comédie-Française s'empara de Marion Delorme^ dont le succès fut éclatant, comme on sait. C'est à ce moment que les purs se reconnaissent vaincus ; l'Académie gronde sourdement et se prépare à protester officiellement auprès du roi et des ministres. Casimir Delavigne a lui-même rompu avec la réaction, en écrivant Marino Faliero et Louis A7, lequel prend une place honorable dans le répertoire du Théâtre-Français. Le 11 septembre 1832, Frédéric Soulié fait représenter sa Clotilde , imitée de Milman , où M"' Mars
HISTOIRE DU TaÊATRli CONTEMl'OKAIN
jmirable . et Alexandre Dumas donne Téréaa wr de Nesle.
9t s'amuse était d'avance désigné pour une se. Le sujet prêtait aux lazzis. On réunit les ispersés, et la pièce, violemment assaillie le mbre 1832, tomba au bruit des sifflets et des Lions. Le lendemain la pièce est interdite par itre de l'intérieur. Victor Hugo intente un ïu ministre, et il répond à la proscription e de son œuvre par Lucrèce Borgia et Marie drames joués tous deux à la Porte-Saintdans le cours de l'année 4833.
même année 1833 vit paraître VAngèle d'Aa Dumas, qui, l'année suivante, donna Catheward. Le Chatterton d'Alfred de Vigny, dont passionné de M"* Dorval fit un triomphe, parlée VArtgelo de Victor Hugo tes applaudissele 1835. Casimir Delavigne en eut aussi sa part D Don Juan d'Autriche, où il continua de er de plus en plus de ses anciens adhérents, r. Scribe obtient un grand succès de comédie Camaraderie , et Dumas olTre aux coups de lue son étude romaine de Caligula, qu'il a ience d'écrire en vers. Victor Hugo relève le prestige de la poésie au théâtre par Ruy (ademoiselle de Belle-hle se produit en (839 ; appréciée comme l'un des meilleurs ouvrages eur d'Anlony. C'est deux ans après, en 1841, itrépide Viennet, le pur des purs, lauce, au
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I milieu d'un public ébahi, sa tragédie d'Arbogaste^ ' composée pour des temps plus primitifs.
Le théâtre littéraire est à ce moment dans un calme plat. On ne voit rien surgir d'important, excepté peut-être une comédie en cinq actes de Dumas, Un Mariage sous Louis XV. 1843 nous fait assister à réchec des Burgraves de Victor Hugo, sur la scène du Théâtre-Français, malgré la magnifique poésie qui sert d'enveloppe à la plus vide des actions dramatiques. Ce fut l'adieu de Victor Hugo au théâtre. On ne saurait trop le déplorer, car la mission du poète n'était pas finie et il se serait relevé de cet échec avec la plus grande facil ité .
Le fantôme de la tragédie mal tuée profite de l'occasion pour reparaître. La Lucrèce de Ponsard, c'est la tragédie qui a fait sa toilette , comme une belle fille qui veut plaire ; elle s'est amendée dans la forme, son langage s'est parfumé des thyms de l'Hymette ; elle vise à l'imitation des idylles d'André Chénier. Avec Lucrèce^ qui semble tout d'abord une réaction, mais qui n'est qu'une fantaisie isolée , Ponsard ouvre la porte à Y école du bon sens. Ponsard, couronné par l'Académie, est un moment acclamé par les purs comme le Messie du renouveau tragique, mais il répond à ces avances intéressées en passant au moyen âge et au moderne avec Agnès de Méranie et Charlotte Corday. Après avoir jeté cette lueur tumulaire , la tragédie , bien morte cette fois, rentra tout de bon dans le carton des spectres.
Tel est, en résumé, le mouvement d'ensemble qui
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a au théâtre pendant les luttes entre les romanet les classiques. En somme, on ne fonda rien lectif, et il ne reste de tous ces combats que des s individuelles qui vivront plus ou moins, contour de cet ensemble étant tracé , venons înant aux individualités qui lui donneront le 3t la couleur.