‹ Histoire universelle du théâtre (volume 5)Chapitre 4 sur 16 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

COUP D'ŒU. GÉNÉRAL SUR LB MOUVBlfBNT ROMAN- TIQUB AU THÉATRB.- SUBSTITUTION DU DRAMB A LA TRAGÉDIB.

L'idée d'affranchissement qui s'était produite , depuis le commencement du siècle, dans la littérature proprement dite , et qui se liait à l'idée du libéralisme politique, quoique certains libéraux politiques fussent demeurés fidèles au classique littéraire , pouvait plus difficilement arriver jusqu'à la scène. Là, il fallait un concours unanime de volontés, sans lequel tout devenait impossible. Le but des novateurs était d'enlever de vive force la tragédie, cette Bastille de l'art ancien ; mais la place était forte et bien gardée ; elle devait opposer une longue et vive résistance. L'alarme fut donnée, chacun courut aux armes ; deux camps se formèrent : on surnomma classiques les soutiens de la vieille formule, et romantiques ceux de la nouvelle. Ces appellations, venues de l'Allemagne, n'ont pas de signification précise dans notre langue. Rien, en effet, de moins classique que l'absence d'idées et le détestable style des parodistes de Vol* taire le Tragique. Quant au mot romantique , ceux qui l'acceptaient en s'en prévalant entendaient par là exprimer la nécessité du retour au naturel et la proscription de toute convention banale. Les représentations de Shakespeare données à la Porte-Saint- T. I (v), r»

par les acteurs anglms, et le succès îmmeDse i de leurs actrices, miss Smithson, vinrent le feu aux poudres.

irti classique était très-fort, non-seulement bre, mais par la position ofGcielle de ses ^es uns étaient ministres , les autres pairs ice, députés, conseillers d'État, directeurs istrations et de journaux. Parmi les vénéle l'Académie trançuse, beaucoup avaient à Melpomène dans leurs beaux jours, et ne aient pas encore, à leurs moments perdus, de ' la Muse. Si la tragédie n'était pas une chose il demeurait établi qu'ils étaient, eux, des :s. Ils devaient donc combattre à outrance urs autels et pour leurs foyers. Il fallait à X écraser, par une levée en masse, ces iconoefOrontés, qui parlaient de briser les vieux ir leurs piédestaux.

i^eur qui a parcouru le chapitre précédent doit ndre quelle horrible baine devait s'être amasis le cœur de toute la jeunesse intelligente, te subir chaque soir le répertoire que nous nalysé et dont le monotone ensemble montre le vide absolu. En présence de ce néant, le urait déjà été un progrès. Au lieu d'un chaos, mes une renaissance. Que cette création moe itit pas parfaite, je le concède, mais on ne tr que le fait d'avoir délivré le monde de cette de lieux communs qui tenait l'art captif ne fût able service rendu au temps à venir comme

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au temps présent. En prêchant Vart pour Vart , les ultra-romantiques, plus impressionnés parla forme que par le fond, n'en travaillaient pas moins, sans le savoir, pour la cause générale de l'affranchissement. Le gouvernement d'alors protégeait instinctivement la tragédie, comme l'avait fait le gouvernement de l'Empire. Il sentait instinctivement que cet art immobile qu'on voulait détruire contenait un point de résistance dont il pouvait profiter.

Le manifeste de Victor Hugo imprimé en tête du drame de Cromwell retentit, dans le monde lettré de 1827, comme un coup de tonnerre. Nouveau David, le jeune auteur des Odes et Ballades parut résolument avec sa fronde et sa pierre devant le Goliath académique. Il établit que les temps épiques avaient vécu et que tout venait aboutir au drame dans la poésie moderne. Lorsque Dante Âlighieri eut fermé les portes de son Enfer, dit-il^ il écrivit sur le frontispice de son œuvre : Divina Commedia. Le caractère du drame est le réel. La nature donc! la nature et la vérité; mais la nature et la vérité selon l'art. Le Gid parlera en vers, quoique nous nous exprimions en prose dans les habitudes de la vie. Le Gid parlera français au lieu de traduire sa pensée en espagnol ; et nous voudrons bien admettre que c'est un acteur, et non le Gid luimême, qui courtisera Ghimène et qui tuera le comte de Gormas. Ge que la jeune école doit éviter avant tout, c'est le commun, et surtout la périphrase à la DeliUe, qui s'est infiltrée dans la tragédie. Le vers, qui est un ornement utile, dépouillera tout amour-propre

HISTOIRE DU THÉÂTRE CONTEIfPORAlN

ttra les expressions nécessaires au drame ; s'incrustera dans la mémoire de l'auditeur ; ! fer qui devient acier ». Le mélange du co- ; du dramatique doit être recherché au lieu 'ité. Le maître avait dit le grotesque, mais ion, je crois, était allée au-delà de sa

sont en substance les doctrines du fameux malien de plus simple pour nous que cette affirmais, en 1827, tout cela suait l'hérésie, nie eût volontiers brûlé l'auteur et payé les fne foule irritée de bourgeois, de boutiquiers ictionnaires grisonnants, tenant au vieux sys- ' les liens de l'habitude et par l'éducation, se I légions compactes pour écraser la première ai se présenterait au théâtre sous la bannière ramme hérétique. Chacun des académiciens t dans son passé quelque tragédie, ou que ;t la conformité de goût litùt à un tragique pur é, prêchait dans les salons une Saint-Barthéitre les corrupteurs du goût. Les journaux it le tocsin et aiguisaient leurs plumes en de poignards. La censure ministérielle ouvrait is, prête à lacérer le premier huguenot de l'art ait jeter le gant à Aristote.

lutre côté, la jeunesse des écoles et des ateliers it en mesure de renouveler les luttes de €hr~ ; mais elle était, cette fois, uniquement anil'esprit littéraire : la politique n'avait rien à 18 le conflit. Les nouveaux adeptes laissaient

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