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ALLIANCE DE L’ALCHIMIE AVEC LA CHIMIE PRATIQUE

Los doctrines mystiques et allégoriques des adeptes de l’art sacré furent reprises et développées par les alchimistes. Mais ceux-ci comprirent de plus en plus la nécessité, le milieu social aidant, de ne pas se livrer exclusivement à des spéculations étrangères aux besoins de la vie. Mais, comme l’esprit tient à ses conceptions, quelque fausses qu’elles soient, les adeptes, au lieu d’abandonner leur œuvre, aimèrent mieux l’allier avec, quelques données de la pratique. Cette alliance de l’erreur avec la vérité retarda, pendant plusieurs siècles, l’avènement de la chimie expérimentale. L’erreur, quelque enracinée qu’elle soit, finira cependant par disparaître ; ainsi le veut la loi du progrès. Les manifestations intermittentes de cet instinct de la curiosité qui nous porte tous, en dépit de nos théories préconçues, à observer, à voir, avant de croire, sont les indices certains d’une marche progressive. Ces manifestations discontinues, inégales, véritables intercurrences de la méthode expérimentale dans la continuité de la fièvre des systèmes, ont souvent pour cause les vices mêmes de la nature humaine, parmi lesquels l’ardeur de s’entre-détruire occupe le premier rang. Nous avons fait voir combien on était, dès l’origine, avancé dans la connaissance des poisons. Nous allons montrer par l’histoire du feu grégeois et de la poudre à canon, combien sont rapides les progrès de l’art de s’entre-tuer ouvertement.

Feu grégeois et pondre à. canon. — Iæs Romains, qui excellaient dans l’art de s’assommer méthodiquement, s’étaient, dès les premières guerres de la république, servis de résines, de bitume, de poix et d’autres matières inflammables, pour les lancer sur l’en nemi, pendant le siège des villes. L’ennemi apprit à se servir des mêmes moyens pour se défendre contre ses agresseurs. Ainsi, les habitants de Samosate défendirent leur ville assiégée par Lucullus ,

en répandant, sur les soldats romains, de la maltha (bitume) embrasée, provenant des environs d’un lac de la Comagène.

On connaissait depuis longtemps les effets du naphte, dont le nom signifie feu liquide (de na , eau, et phtha, feu, Vulcain). Médée brûla, dit la légende, sa rivale à l’aide d’une couronne enduite de naphte, laquelle prit feu à l’approche de la flamme de l’autel. Anthémius de Tralles embrasa la maison de Zénon le Rhéteur, son voisin, en y lançant la foudre et le tonnerre. Ammien Marcellin, qui avait servi dans les armées de l’empereur Julien, parle de flèches creuses, assujetties avec des fils de fer, et remplies de matières inflammables. Ces flèches incendiaient les lieux où elles venaient s’attacher. L’eau qu’on y jetait ne faisait que ranimer la flamme; le sable pouvait seul l’éteindre.

Athénée a fait le premier mention du feu automate (nfy aùrJ/taro»), qui parait être identique avec le feu grégeois. Jules l’Africain en a donné la composition, « Le feu automate so prépare, dit-il, de la manière suivante : Prenez parties égales de soufre natif, de salpêtre, de pyrite kerdonnienne (sulfure d’antimoine?); broyez ces substances dans un mortier noir, au milieu du jour. Ajoutez-y parties égales de soufre, de suc de sycomore noir et d’asphalte liquide; puis vous mélangerez le tout de manière à obtenir une masse pâteuse; enfin vous y ajouterez une petite quantité de chaux vive. Il faut remuer la masse avec précaution, au milieu du jour, et se garantir le visage ; car le mélange peut prendre subitement feu. Mettez ce mélange dans des boites d’airain fermées avec des couvercles, et conservez-le à l'abri des rayons du soleil, dont le contact l’enflammerait. »

Suivant Constantin Porphyrogénète, le feu grégeois fut communiqué par un auge à Constantin, premier empereur chrétien, qui devait faire jurer à ses successeurs d’en garder le secret. On voit que ce secret a été assez mal gardé.

Le nom de feu liquide, nôp v/pit , que portait le feu grégeois, était donné aussi à l’essence de térébenthine et à l’eau-de-vie, appelées aquœ ardentes , eaux ardentes. C’est dans un petit traité latin de Marcus Græcus, intitulé Liber ignium, que nous avons trouvé la première description exacte de ces eaux ardentes, ainsi que de la poudre à canon, comme devant entrer dans la composition du feu grégeois.

L’eau-de-vie ( aqua ardens) se préparait de la manière suivante : <i Prenez du vin vieux , ajoutez à un quart de ce vin deux onces de

MOYEN AGE

soufre pulvérisé, deux livres de tartre provenant de bon vin blanc, deux onces de sel cdmmuu; mettez le tout dans une cucurbite bien plombée et lutée, et, après y avoir apposé un alambic, vous obtiendrez par la distillation une eau ardente que vous conserverez dans un vase de verre bien fermé. »

Le même auteur donne aussi le nom d’eau ardente à l'huile essentielle de térébenthine, dont il décrit la distillation en ces termes : « Prenez de la térébenthine, distillez-la par un alambic, et vous aurez une eau ardente qui brûle sur le vin, après qu’on l’a allumée avec une bougie. » Ces paroles expliquent pourquoi — ce qui paraissait si merveilleux — le feu grégeois brûlait sur l’eau : c’est que par eau il fallait entendre, non pas l’eau commune, mais une eau ardente, telle que l’essence de térébenthine.

Voici en quels termes Marcus Græcus indique la composition de la poudre à canon : « Prenez une livre de soufre pur, deux livres de charbon de vigne ou de saule, et six livres de salpêtre. Broyez ces trois substances dans un mortier de marbre, de manière à les. réduire en une poudre très-fine. » Cette poudre servait primitivement à faire des pétards et des fusées, appelées faux volants, u La fusée ( tuniea ad volandum), dit le même auteur, doit être grêle, longue et bien bourrée avec ladite poudre, tandis que le pétard ( tuniea ad tonitruandum) doit être court, épais, seulement à demi rempli de poudre et fortement lié aux deux bouts avec un fil de fer. »

La poudre à canon n’était pas alors employée à lancer des projectiles meurtriers : l’artillerie n’était pas encore inventée. Mais le pasgage de Marcus Græcus, qui nous apprend qu’on peut faire des feux volants avec des mélanges explosibles et inflammables, introduits dans des tubes ou dans des joncs creux, a pu conduire à l’invention des armes à feu *.

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