‹ Histoire UniverselleChapitre 145 sur 184 · ART SACRÉ. — ORIGINE DE LA CHIMIE THÉORIQUE · texte numérisé non relu

ART SACRÉ. — ORIGINE DE LA CHIMIE THÉORIQUE

Qu’était-ce que Y art sacré? La chimie, enveloppée de symboles et de dogmes religieux. On voit apparaître tout à coup l’art sacré vers le m° ou iv« siècle de l’ère chrétienne, à l’époque de la grande lutte qui éclata entre le paganisme et la religion chrétienne, c’est-à-dire à l’époque où tous les mystères, si longtemps dérobés à la connaissance du profane, furent mis en discussion et exposés aux regards du vulgaire. Dans cette lutte à mort, où deux religions, l’une vieille, l’autre jeune, fixaient l’attention du monde, il fallait montrer les armes dont chacune allait se servir.

C’est de la précieuse collation des manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale de Paris que nous avons pour la première fois tiré à peu près tout ce que l’on sait aujourd’hui sur la science sacrée (Irciarri/Ari itpà.) OU l’art divin et Sacré (riy^n 6 da. zal Upà.) 1 .

Le nom de chimie n’a commencé à être employé que vers le iv° siècle après Jésus-Christ. Alexandre d’Aphrodisie, célèbre commentateur d’Aristote, parle le premier d’instruments chimiques ou plutôt chyiques 8/>y«va), en traitant de la fusion et de la calcination. Le creuset (r-nyccvov), où l’on fondait les métaux, était un de ces instruments. Notons que le mot de chyique, xwxi», donne en même temps la véritable clef de l’étymologie de chimie. Ce mot vient évidemment de ou couler ou fondre 2. Quoi qu’il en soit, il s’écoula encore plusieurs siècles avant que le nom de chimie fût généralement adopté.

Voici les principaux maîtres de l’art sacré.

Zosime. — Surnommé le Thèbain ou le Panopolilain , Zosime doit être considéré comme le principal maître de l’art sacré. Suivant

1 . Voy. notie Histoire de la Chimie, t. I, p. 254-.'i0l (2e édit.)

2. Alex. d’Aphrodisie, Comment, des météorol. Ms grec, n“ 1880, in-4, de la Bibl. nat., fol. 156.

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Photius, il avait dédié à sa sœur Théosébie vingt-huit livres sur la chimie. Suidas a aussi fait mention de Zosime, qu’il appelle philosophe d’Alexandrie, et il ajoute que ce philosophe avait écrit des ouvrages de chimie, x>i/*!UT£X“*

Les principaux ouvrages de Zosime, écrits en grec et presque tous inédits, ont pour litres :

1° Sur les fourneaux et les instruments de chimie. L’auteur af firme qu’il a vu, dans un ancien temple de Memphis, les modèles des appareils qu’il décrit. C’étaient de véritables appareils distillatoires. On y remarque le ballon ou malras qui recevait la matière à distiller; le récipient où se condensait le produit de la distillation, et un ajustage de tubes, qui faisait communiquer le ballon avec le récipient. C’est donc par erreur qu’on a jusqu’ici attribué aux Arabes l'invention de l’art distillatoire. A l’époque où vivait notre Zozime (vers la fin du m» siècle ou au commencement du iv«), les Arabes n’avaient pas encore paru dans l’iiisloire.

2° Sur la vertu et la composition des eaux. Ce petit traité serait mieux intitulé le Songe d'un alchimiste. Les matières minérales y sont représentées sous forme humaine : il y a le chrysanthrope (homme d’or), Yargyranthrope (homme d’argent), le khalkanthrope (homme d’airain) et Yanthropoparios (homme de marbre). Ce dernier apparaît revêtu d’un manteau rouge, royal ; il se jette dans le feu où son corps est consumé entièrement. La scène se termine par cette recette : « Prends du sel et arrose le soufre brillant, jaune ; Iie-le pour qu’il ait de la force, et fais intervenir la fleur d’airain, et fais de cela un acide (5?o;), liquide, blanc. Prépare la fleur d’airain graduellement. Dans tout cela tu dompteras le cuivre blanc, tu le distilleras, et tu trouveras, après la troisième opération, un produit qui donne de l’or. »

Si la fleur d’airain est, comme tout concourt à le démontrer, le sulfate de cuivre, l’acide obtenu parla distillation aura été l’acide sulfunque. C’est donc là que nous voyons, pour la première fois, nettement apparaître l’un des principaux dissolvants des métaux, sans lesquels la chimie serait impossible.

3° Sur l'eau divine. L’eau divine était tout simplement le mercure, appelé aussi Y eau-argent , principe androgyne, principe toujours fugitif, « constant dans ses propriétés, eau divine que tout le monde ignore, et dont la nature est inexplicable : ce n’est ni un métal, ni l’eau toujours en mouvement, ni un corps, c’est le tout dans le tout; il a une vie et un esprit. » Ce fut probablement de ce passage

que s’emparèrent les alchimistes pour ériger en axiome, que le mercure est le principe de toutes choses.

h° Sur l’art sacré de faire de l’argent. Le commencement de ce petit traité mérite d’être signalé. « Prenez, dit Zozime, l’âme de cuivre qui se tient au-dessus de l’eau du mercure, et dégagez un corps aériforme. L’âme du cuivre, d’abord étroitement renfermée dans le vase, se portera en haut ; l’eau restera en bas dans le creuset. »

L’âme du cuivre, qui se tient au-dessus de l’eau de mercure et dégage un corps aériforme, ne peut être que l’oxyde de mercure. Le cuivre, en effet, rappelle cet oxyde par sa couleur rouge; et le mot âme s’explique parce que l’oxyde rouge de mercure dégage, par l'action prolongée de la chaleur, un esprit, un corps aériforme, (aü/rn nviv/ianxiv), pour employer l’expression même de l’auteur. Naturellement l’esprit se porte en haut, i*/3«lvs« ÈTtâvw, pendant que l’eau du mercure, c’est-à-dire le mercure redevenu liquide, restera en lias dans le matras. Or, aucun chimiste n’ignore que l’esprit ainsi obtenu est le gaz oxygène. Zosime connut-il le moyen de le recueillir? Cela n’est pas probable. Quoi qu’il en soit, c’était bien l’oxygène qu’il avait obtenu. Mais il se passa encore bien des siècles avant qu’on fût mis à même de l’étudier. Nouvelle preuve que les grandes découvertes ont été plus ou moins clairement entrevues à des époques différentes. Aussi peuvent-elles, à juste titre, être considérées comme le patrimoine du genre humain.

Pélage. — Pélage était probablement contemporain de Zozime. Dans un petit écrit sur Fart sacré, il traite particulièrement de la coloration des métaux, soit par l’oxydation ou la sulfuration, soit par les dissolutions. Il cite Démocrite (le Pseudo-Démocrite) et deux - Zosime, l’un surnommé l’Ancien et l’autre le Physicien. « Qu’on se rappelle, dit-il, ce que nous enseignent les anciens : le cuivre ne teint pas; mais, lorsqu’il est teint, il est propre à teindre. C’est pourquoi les maîtres désignent le cuivre comme le plus convenable à l’œuvre; car dès qu’il est teint, il peut lui-même teindre; dans le cas contraire, il ne le pourra point. »

Pour amalgamer l’or et le mercure, Pélage donne un procédé indirect. « Pour faire, dit-il, un amalgame d’or, prenez une partie d’or et trois parties de magnésie et de cinabre ("sulfure rouge de mercure). » Dans cette opération, le mercure ne pouvait se porter sur l’or qu’après avoir cédé le soufre à la magnésie.

Qlympiodore, — Ce maître de l’art sacré est-il le même que

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l’historien de ce nom qui fut , en Z|5‘2 de notre ère, envoyé connue ambassadeur auprès du terrible Attila, roi des Huns? Quelques savants, entre autres Reinesius, l’ont pensé ; mais il est plus probable que notre auteur, qui s’intitulait lui-même Philosophe d’Alexandrie, est le même que l’Olympiodore commentateur de Platon et d’Aristote, vivant vers le milieu du iv° siècle, peu de temps avec le règne de Théodose le Grand.

Dans ses Commentaires sur l'art sacré et la pir/n'e philosophale, Olympiodore classe les corps" en très-volatils , en peu volatils et en fixes. « Les anciens, dit-il, admettent trois catégories de substances chimiques variables (nïvot). La première comprend les substances qui se volatilisent promptement, comme le soufre ; la seconde, celles qui s’enfuient lentement, comme les matières sulfureuses; la troisième, celles qui ne s’enfuient pas du tout, comme les métaux, les pierres, la terre. » — Parmi les anciens dont l’auteur invoque ici l’autorité, nous voyons d’abord Démocrite, Anaximandre, puis Pélage, Hermès, Marie la Juive, Synésius, etc. Il leur reproche d’avoir caché la vérité sous des allégories. C’est Olympiodore qui nous apprend qu’il y avait beaucoup d’alchimistes en Egypte , pratiquant leur art au profit des rois du pays.

« Tout le royaume d’Egypte s’est maintenu, dit-il, par cet art. Il n’était permis qu’aux prêtres de s’y livrer. La physique psammuryique était l’occupation des rois. Tout prêtre ou savant qui aurait osé propager les écrits des anciens était mis hors la loi. 11 possédait la science, mais il ne la communiquait point. C’était une loi chez les Egyptiens de ne rien publier à ce sujet. Il ne faut donc pas en vouloir à Démocrite et aux anciens en général s’ils se sont abstenus de parler du grand œuvre... » Plus loin, l’auteur donne formellement à l’art sacré le nom de chimie,

Qu’était-ce que celte occupation royale, nommée physique psammurgiquel Olympiodore va lui-même nous le dire: « Sachez maintenant, amis qui cultivez l'art de faire de l’or, qu’il faut préparer les sables (^â/jytouj) suivant les règles de l’art; sans cela, l’œuvre n’arrivera jamais à bonne fin. Les anciens donnent le nom de sables aux sept métaux, parce qu’ils proviennent de la terre des minerais, et qu’ils sont utiles. »

Les Commentaires d’Olympiodore renferment des données curieuses sur le tombeau d’Osiris , ainsi que sur les caractères sacrés ou hiéroglyphes dont faisaient usage les alchimistes égyptiens. On y trouve, entre autres, que les hiérogrammalcs (scribes sacrés) repré-

sentaient le inonde, en caractères hiéroglyphiques, par un dragon qui se mord la queue.

Démocrite ( Pseudo-Démocrite ). — Déniocrile le Mystagogue, qu’il ne faut pas confondre avec le philosophe ancien du même nom, était probablement contemporain de Zosime. On a de lui un opuscule, intitulé les Physiques et les Mystiques (pustxà xa l //usftxà), dont Piziminti de Vérone a donné, au xvi* siècle, une traduction latine (Padoue, 1578, in-8°). L'auteur raconte que le maître (Ostane le Mède) étant mort avant qu’il eût le temps d’initier son disciple aux mystères, ce dernier (Démocrite) résolut de 1 évoquer des enfers pour l’interroger sur les secrets de l’art sacré, et que, pendant l’évocation, le maître ayant tout à coup apparu, s’était écrié : « Voilà donc la récompense de tout ce que j’ai fait pour toi!. .. » Démocrite se hasarda à lui adresser plusieurs questions; il lui demanda, entre autres, comment il fallait disposer et harmoniser les natures. Pour toute réponse, le maître répliqua :

« Les livres sont dans le temple. * Toutes tes recherches que fil Démocrite pour trouver ces livres restèrent vaines. Quelque temps après, ce philosophe se rendit au temple pour assister à une grande fêle. Etant à table avec ceux qui composaient rassemblée, il vit tout à coup une des colonnes de l’édifice s’enlr’ouvrir spontanément. Démocrile s’étant baissé pour regarder dans l'ouverture de la colonne, y aperçut les livres désignés par le maître. Mais il n’y avait que ces trois phrases : La nature se réjouit de la nature : la nature dompte la nature, la nature domine la nature. Nous fûmes, ajoute Démocrite, fort étonné de voir que ce peu de mots contint toute la doctrine du maître. »

Cette citation montre que les alchimistes au moyen âge n 'étaient que les imitateurs serviles des maîtres de l'art sacré : ils les copiaient même jusqu’aux contes dont ils défrayaient la crédulité. Ainsi, l’histoire de la colonne d’un temple enlr’ouverte se retrouve, au xivc siècle, littéralement appliquée à un moine allemand, à Basile Valentin.

Le Pseudo-Démocrite a donné un grand nombre de recettes pour faire de l’or. « Prenez dit-il, du mercure, fixez-le avec le corps de la magnésie ou avec le corps du slibium d’Italie, ou avec le soufre qui n’a pas passé par le feu, ou avec l’aphroselinum ou la . chaux vive, ou avec l’alun de Mélos, ou avec l’arsenic, ou comme il vous plaira; jetez la poudre blanche sur le cuivre, et vous verrez le chivre perdre sa couleur. Répandez de la poudre rouge sur l’argent,

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et vous aurez de l’or ; si vous la projetez sur de l’or, vous aurez le corail d’or corporifié. Lasandaraque produit la même poudre rouge, ainsi que l’arsenic bien préparé et le cinabre. La nature dompte la nature. » C’est en fondant leurs opérations sur de pareilles recettes que les alchimistes perdaient leur temps. Le corail d'or (xpvioxâp*Xio»), qui porte ailleurs le nom de coquille d'or (%ou®oxoyxû>co»), était le chef-d’œuvre de l’art ; car un seul grain de cette espèce de poudre de projection devait suffire pour produire immédiatement une grande quantité d’or.

Synésius. — Commentateur de Démocrile, Synésius est de plus de cinquante ans postérieur à Zosime. Peut-ôire est-il le môme que le célèbre philosophe, évôque de Ptolémaïs, connu par ses Lettres et par un traité sur les Songes, d’après les doctrines néoplatoniciennes. Ses Commentaires, en partie imprimés à la fin du tome VIII de la Bibliothèque grecque de Fabricius, sont dédiés à Dioscorc, prêtre du grand Sérapis, h Alexandrie.

D’après une observation très-judicieuse de Synésius, l’opérateur ne fait que modifier la matière : il est comme l’artiste, qui ne crée ni la pierre ni le bois sur lesquels il travaille; il ne fait que les façonner avec ses instruments, suivant l’usage auquel il les destine.

Le Traité de la pierre philosophale, attribué à Synésius et traduit en français par P. Arnauld, est évidemment supposé ; car l’auteur cite Geber, qui vivait vers le ixc siècle.

Marie la juive. — L'autorité de Marie est souvent invoquée par les alchimistes. Cette savante Juive avait été initiée en môme temps que le Pseudo-Démocrile aux mystères défai t sacré, dans le temple de Memphis. Les fragments qui nous restent d’elle sont des Extraits faits parmi philosophe chrétien anonyme. La citation suivante en peut donner une idée : « Il y a deux combinaisons : l’une, appelée leucosis, appartient à l’action de blanchir; l’autre, appelée xanthosis, relève de faction de jaunir : l’une se fait par la trituration, l’autre par la calcination. On ne triture saintement, avec simplicité, que dans le domicile sacré : là s'effectuent la dissolution et le dépôt. Combinez ensemble le mâle et la femelle, et vous trouverez ce que vous cherchez. Ne vous inquiétez pas de savoir si l’œuvre est de feu. Les deux combinaisons portent beaucoup de noms, tels que eau de saumure, eau divine incorruptible, eau de vinaigre, eau de l’acide du sel marin, de l’huile de ricin, du raifort et du baume ; on l’appelle aussi eau de lait dune femme accouchée d’un enfant mâle, eau de lait d’une vache noire, eau d’urine d’une jeune vache ou d’une bre-

bis, ou d’un âne, eau de chaux vive, de marbre, de tartre, de saudaraque, d’alun schisteux, de nitre, etc. Les vases ou les instruments destinés à ces combinaisons doivent être en verre. Il faut se garder de remuer le mélange avec les mains ; car le mercure est mortel, ainsi que l’or qui s'y trouve corrompu. »

Ce passage contient la première mention qui ait été faite de l’acide chlorhydrique sous le nom d’acide du sel marin. C’est, dans l’ordre de leur découverte, le second des dissolvants des métaux; car l’acide sulfurique, nous l’avons montré plus haut, fut découvert avant celui-là.

Dans une des nombreuses recettes pour faire de l’or, Marie parle de la racine de mandragore ayant des tubercules ronds. Si, comme tout concourt à le prouver, la mandragore élait une Solanée, le solanum ayant la racine chargée de tubercules ronds, ne pouvait être que la pomme de terre, solanum tuberosum. Mais que devient alors l’opinion jusqu’à présent universellement admise, d’après laquelle la pomme de terre nous vient de l’Amérique? Lors même qu’on voudrait faire vivre l’alchimiste .Marie à une époque beaucoup plus récente que celle que nous lui avons assignée, il n’en est pas moins certain que l’écriture des manuscrits grecs où Marie se trouve mentionnée, est antérieure à la découverte du Nouveau- Monde.

Marie imagina divers appareils propres à la fusion et à la distillation. Dans la description d’un de ces appareils, nommé kérotakis, elle s’étend sur une invention particulière pour transmettre la chaleur à la cornue par l’intermédiaire d’un bain de sable ou de cendres. Ce bain porte encore aujourd’hui le nom de bain-marie.

ÉCRIVAINS DE L’aRT SACRÉ D’UNE ÉPOQUE INCERTAINE

Epîlre d'isis, reine d’Egypte et femme d’Osiris, sur l'art sacré, adressée h son fils Horus : tel est le titre d’un petit traité, écrit sous forme de lettre, par un auteur complètement inconnu. On y trouve, entre autres, la formule du serment par lequel les initiés s’engageaient à ne communiquer à personne les secrets de leur art. Voici cette formule, mise dans la bouche d’Isis par Amnaèl, le premier des anges et des prophètes : « Je jure par le ciel, par la terre, par la lumière, par les ténèbres; je jure par le feu, par l’air, par l’eau et par la terre; je jure par la hauteur du ciel, par la profondeur de la terre et par l’abtme du Tartare ; je jure par

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Mercure et par Anubis, par l’aboiement du dragon Kerkouroboros, et du chien à trois têtes, Cerbère, gardien de l’enfer; je jure par le nocher de l’Achéron; je jure par les trois Parques, par les Furies et par le glaive, de ne révéler à personne aucune de ces paroles, si ce n'est à mon fils noble et chéri. » Puis, s’adressant à Horus, Isis lui dit : « Maintenant, mon fils, va trouver le cultivateur et demande lui quelle est la semence et quelle est la moisson. Tu apprendras de lui que celui qui sème du blé récoltera du blé, que. celui qui sème de l’orge récoltera de l’orge. Ces choses te conduiront,, mon fils, à l’idée de la création et de la génération, et rappelle-toi que l’homme engendre l’homme, que le lion engendre le lion, que le chien reproduit le chien. C’est ainsi que l’or produit l’or; et voilà tout le mystère. »

Tout cela signifie, en dernière analyse, que pour faire de l’or il faut prendre de l’or. Le secret n’était pas bien merveilleux. Un point cependant qui mérite d’être signalé, c’est l’assimilation de la nature minérale, inerte, à la nature organique, vivante. Pour les initiés, les pierres, les métaux étaient des êtres organisés, qui se reproduisaient et se multipliaient comme les animaux et les végétaux. C’est sur celte conception hardie que repose. la théorie du macrocosme et du microcosme , telle qu’elle se trouve exposée à la suite de YEpitre d'Isii (1).

« Hermès nomme, y est-il dit, microcosme l’homme, parce que l'homme ou le petit monde (5 fuxpbs /bapoi) contient tout ce que renferme le macrocosme ou le grand monde (b piya-t xiopos). Ainsi, le macrocosme possède de petits et de grands animaux, terrestres et aquatiques; l’homme a des puces et des poux : ce sont ses animaux terrestres ; il a aussi des vers intestinaux : ce sont ses animaux aquatiques. Le macrocosme a des fleuves, des sources, des mers; l’homme a des vaisseaux ou intestins, des veines, des sentines. Le macrocosme a des animaux aériens; l’homme a des cousins et d’autres insectes ailés. Le macrocosme a des esprits qui s’élèvent, tels que les vents, les foudres, les éclairs ; l’homme a des vents (püjas), des pets (mpSà.s), des fièvres ardentes, etc. Le macrocosme a deux luminaires, le soleil et la lune; l’homme aussi a deux luminaires : l’œil droit, qui représente le soleil, et l'œil gauche la lune. Le macrocosme a des montagnes et des collines ; l'homme a des os

1. N°*2249 et 2250 de la collection des manuscrits grecs (alchimiques) de la Bibl. nat. de Paris.

et des chairs. Le macrocosme a le ciel et les astres ; l’homme a la tête et les oreilles. Le macrocosme a les douze signes du zodiaque; l’homme les a aussi depuis la conque de l’oreille1, jusqu’aux pieds, qui se nomment les Poissons (signe du zodiaque qui suit le signe du Bélier). »

Hermès, qui passe pour l’auteur de cette singulière théorie du macrocosme et du microcosme, était la plus grande autorité des alchimistes. Surnommé Trismégiste, c’est-à-dire trois fois très-grand , Hermès est, disent-ils, leThaat des Egyptiens, Mercure, le Dieu du ciel et de l’enfer, le principe de la vie et de la mort. Aussi se nommaient-ils eux-mêmes philosophes hermétiques, et leur science était art hermétique.

L’antiquité classique garde un silence absolu sur les prétendus écrits d’Hermès, cités par les adeptes et les philosophes néoplatoniciens. Au rapport de Iamblique, citant Manéthon, Hermès Trismégiste aurait écrit trente-six mille cinq cent vingt-cinq volumes sur toutes les sciences. De pareilles exagérations, il suffit de les signaler pour les juger.

Les écrits qui nous restent sous le nom d’Hermès se composent, en grande partie, d’emprunts faits aux livres de Moïse et de Platon. Leur auteur vivait probablement à l'époque critique du christianisme triomphant et du paganisme à l’agonie. Nous n'en citerons que la Table d'émeraude, le code des alchimistes. En voici le passage le plus saillant : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour î’accomplissement d’un être unique. Toutes les choses proviennent de la médiation d’un seul être. Le soleil est le père, la lune la mère, et la terre est la nourrice... Tu sépareras la terre du feu, ce qui est léger de ce qui est lourd ; tu conduiras l’opération doucement et avec Beaucoup de précaution : le produit s’élèvera de la terre vers le ciel, et liera la puissance du monde supérieur avec celle du monde inférieur. C’est là que se trouvent la science et la gloire de l’univers; c’est de là que dérivent les belles harmonies de la création. Aussi m’appellé-je Hermès Trismégiste, initié aux trois parties de la philosophie universelle. Voilà ce que j’ai à dire sur l’œuvre du soleil. »

Suivant le P. Kircher, la Table d’émeraude renfermait la théorie

1 . Conque de l’oreille en grec, Kpiéç, signifie aussi lelier, l’un des animaux du Zodiaque, signe du printemps.

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de l’élixir universel et de l’or potable «. Une chose plus certaine que cette interprétation, c’est que ce code de l’alchimie ressemble aux oracles de l’antiquité : on y trouve tout ce que l’on voudra. C’était le grand secret de contenter tout le monde.

Sous le nom d 'Ostane, qui se lit dans Hérodote, s’est caché un néochrétien alchimiste, peut-être contemporain du Pseudo- Hermès. Dans son petit traité sur Y Art sacré et divin*, il parle d’une eau merveilleuse, qui était préparée avec des serpents ramassés sur le mont Olympe. Ces serpents devaient être distillés avec du soufre et du mercure jusqu’à production d’une huile rouge. Celle-ci était ensuite broyée et distillée sept fois avec du sang de vautours à ailes d’or, pris près des cèdres du mont Liban. « Cette eau, ajoute-til, ressuscite les morts et tue les vivants. » Cette dernière propriété était certainement plus sûre que la première : un mélange de serpents venimeux, broyés avec d’autres matières animales putréfiées, devait, étant donné en breuvage, produire l’effet d’un poison violent. Les alchimistes excellaient dans la préparation de ces sortes de poisons.

Cosmos le Solitaire est l’auteur du petit traité qui a pour titre Interprétation de la science delà chrysopœie. La science de faire de l’or y est appelée la vraie et mystique chimie xccljuU9Tlxil

yvplu). Cosmas a le premier parlé de l'air subtil des charbons (* Tüv àvfyoàxwv aZpa), qui était probablement le gaz acide carbonique. On ignore absolument l’époque à laquelle il vivait.

A l’exemple des anciens philosophes de la Grèce, quelques philosophes hermétiques traitaient les questions de leur science sous forme de poemes; tels étaient Hierothée, Archelaüs et Héliodoré. Ce dernier avait dédié au roi Théodose le Grand ses vere Sur l art mystique des philosophes. Théodose étant mort en 395 le poème d’iléliodore ne saurait être d’une composition postérieure à la seconde moitié du iv° siècle de notre ère. Il est donc par là démontré que dès celte époque on s’occupait d’alchimie.

Il y eut aussi un certain nombre d’écrivains anonymes de l’art sacré. L’un de ces anonymes a laissé des Préceptes pour ceux qui s'occupent de l'œuvre \ Ces préceptes se terminent par une comparaison d’une remarquable justesse. « Les poisons, dit l’auteur, sont

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