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Voy. notre Hist. de la Chimie, T. I, p. 309 (2e édit

HISTOIRE DE LA. CHlMiE

occupés de sanglantes intrigues ou absorbés par de vaines disputes tbéologiques, avaient peine à se défendre contre les invasions des races barbares, venues du fond de l’Asie.

Les plus belles conquêtes et en même temps les plus durables sont celles qu’uu peuple vaiucu, mais civilisé, remporte par sa culture intellectuelle sur des vainqueurs incultes. Elles montrent, dans tout son éclat, la toute-puissance de l’esprit sur la force matérielle, brutale. C’est un spectacle que les Grecs offrirent plus d’une fois dans leur histoire. Aussi leur civilisation a-t-elle fini par prévaloir dans tout l’Occident de l’Ancieu-Monde.

Pendant les siècles de ténèbres, la science brillait chez les Arabes : elle s’était modifiée en changeant de place. Djafar, plus connu sous le nom de Geber, fut, en ce qui concerne la chimie, le principal représentant de cette tendance pratique et expérimentale, dont on trouve, comme nous l’avons montré, des traces évidentes chez les Grecs et les Romains.

• On n’a aucun renseignement précis sur la vie de ce savant arabe qui, à l’exemple des anciens, se donnait le titre de philosophe. On sait seulement qu’il était mahométan et natif de la ville de Koufa. Selon la plupart des témoignages, il vivait vers le milieu du huitième siècle.

Les écrits de Geber, qui doivent ici nous intéresser, ont été imprimés à Leyde, en 1668, sous le titre de Gebri Arabis Chimia sive Traditio summæ perfeclionis et investigalio magisterii, etc.,iu-12.

L’observation alliée avec le raisonnement, telle était la méthode de Geber. Il émet à cet égard les plus sages préceptes. « Une patience et une sagacité extrêmes sont, dit-il, également nécessaires. Quand nous avons commencé une expérience difficile, et dont le résultat ne répond pas d’abord à notre attente, il faut avoir le courage d’aller jusqu’au bout, et ne jamais s’arrêter à demi-chemin ; car une œuvre tronquée, loin d’être utile, nuit plutôt au progrès de la science. » — il nous avertit aussi de nous défier de l’imagination ; et à ce sujet il rappelle la doctrine, qui commençait alors à se répandre, de la transmutation des métaux. Il nous est, ajoutet-il, aussi impossible de transformer les métaux les uns dans les autres, qu’il nous est impossible de changer un bœuf en une chèvre. Car si la nature doit, comme on le prétend, employer des milliers d’années pour faire des métaux, pouvons-nous prétendre à en faire autant, nous qui vivons rarement au delà de cent ans? La température élevée que nous faisons agir sur les corps peut, il est

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Vrai, produire quelquefois, dans un court intervalle, ce que la nature met des années à engendrer; mais ce n’est encore là qu’uu bien faible avantage. »

L’intervention des gaz, appelés esprits, dans les actions chimiques fut longtemps l’une des questions les plus obscures et les plus controversées. Geber en signala les principales conditions. « Il y a, ditil, des gens qui font des opérations pour fixer les esprits (spiritus) sur les métaux ; mais comme ils ne savent pas bien disposer leurs expériences, ces esprits leur échappent pendant l’action du feu... Si vous voulez, ô fils de la doctrine, faire éprouver aux corps des changements divers, ce n'est qu’à l’aide des gaz que vous y parviendrez. Lorsque les gaz se fixent sur les corps, ils perdent leur forme et leur nature ; iis ne sont plus ce qu’ils étaient. Lorsqu’on veut en effectuer la séparation, voici ce qui arrive : ou les gaz s’échapperont seuls, et les corps où ils étaient fixés restent; ou les gaz et les corps s’en vont tous les deux à la fois. »

La coupellation, qui consiste à séparer de leurs alliages l’or et l’argent, cette opération si importante, vaguement indiquée par Pline, Strabon et Diodore de Sicile, a été clairement décrite par Geber sous le nom d'examen cineritii. « L’argent et l’or supportent seuls, dit-il, l’épreuve du cineritium. Le plomb y résiste le moins : il se sépare et s’en va promptement. Voici comment on y procède. Que l'on prenne des cendres tamisées ou de la chaux ou de la poudre faite avec des os brûlés, ou un mélange de tout cela. Qu’on humecte cette poudre avec de l’eau, qu’on la pétrisse et la façonne ensuite avec la main de manière à la réduire en une couche compacte. Au milieu de cette couche, on fera une fossette arrondie, au fond de laquelle on répandra une certaine quantité de verre pilé. Enfin, on fera dessécher le tout. Après quoi, on placera dans la fossette ou coupelle ( fovea ) le corps (alliage) que l’on veut soumettre à l’épreuve, et on allumera au-dessous un bon feu de charbon. Ou soufflera sur le corps jusqu’à ce qu’il entre eu fusion. Le corps étant fondu, on y projettera du plomb par parcelles, et on donnera un bon coup de feu; et lorsqu’on verra le corps se mouvoir vivement, c’est un signe qu’il n’est pas pur. Attendez alors que tout le plomb ait disparu. Si, après la disparition du plomb, ce mouvement n’a pas cessé, ce sera un indice que le corps n’est pas encore purifié. Il faudra alors de nouveau y projeter du plomb, et souffler à la surface jusqu’à ce que tout le plomb soit séparé. On continuera ainsi à projeter du plomb

el à souffler jusqu’à ce que la niasse demeure tranquille, et qu’elle se montre pure et resplendissante à sa surface. Dès que cela a lieu, on éteindra le feu ; car l’œuvre est alors parfaitement terminée. » Continuons à signaler d’autres faits, décrits pour la première fois ou découverts par Geber.

Eau-forte (acide nitrique) et eau régale. — Geber connaissait parfaitement la préparation de l’eau forte et de l’eau régale, dissolvants, sans lesquels la chimie serait impossible. L’acide nitrique, il l'obtenait par la distillation du sulfate de cuivre (vitriol de Chypre) et de l’alun avec le nitre (nitrate de potasse). Pour avoir l’eau régale, il ajoutait du sel ammoniac à l’eau-forte.

Pierre infernale (nitrate d’argent). — Voici le mode de préparation indiqué par Geber : « Dissolvez d’abord l’argent dans l’eau-forte; faites ensuite bouillir la liqueur dans un matras à long col, non bouché, de manière à en chasser le tiers; enfin laissez refroidir le tout : vous verrez se produire de petites pierres (lapilli), fusibles, transparentes. » Ces lapilli étaient des cristaux.

Sublimé corrosif (perchlorure de mercure). — Ce produit s’obtenait par la sublimation d’un mélange de sulfate de fer, d’alun, de sel marin et de nitre. « Recueillez, dit l’auteur, le produit dense et blanc, qui s’attache à la partie supérieure du vase... Si le produit de la première sublimation est sale ou noirâtre, il faudra le soumettre à une nouvelle sublimation. »

Distillation. — Geber admettait deux espèces de distillation : l’une qui s’opère à l'aide du feu, l’autre sans feu . La première espèce se subdivisait 1° en distillation per ascensum; c’était la volatilisation : les vapeurs venaient se condenser dans l’alambic ; 2° en distillation per descensum, où les liquides se séparaient des matières solides en passant, par voie d’écoulement, dans la partie inférieure du vaisseau. Quant à la distillation proprement dite, elle consistait à séparer les liquides par le filtre ; c’était une simple filtration.

Coagulation. — Par le mot de coagulation on désignait l’évaporation ayant pour résultat la cristallisation des sels métalliques, particulièrement de l’acétate de plomb. On appelait encore ainsi la transformation du mercure en une poudre rouge (oxyde de mercure), au moyen d’une température élevée. «Cette expérience se fait, dit Geber, dans un vase de verre à long col, dont l’orifice reste ouvert pendant tout le temps qu’on chauffe, afin que toute l’humidité puisse s’en échapper. » — A la place de cette humidité, on imagina plus tard le phloyislique. L’erreur dura jusqu’à l’épo-

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que où Lavoisier démontra que si, dans l’expérience de la transformation du mercure en oxyde rouge, l’orifice du vase doit rester ouvert, c’est non pas pour qu’il puisse en sortir quelque chose, mais pour qu’il puisse, au contraire, y entrer quelque chose.

Bien que Gebereût proclamé la nécessité de n’avancer que ce qui est expérimentalement certain, — proclamation de la méthode expérimentale, — il croyait à la composition des métaux. Les éléments qui devaient y entrer étaient le mercure, le soufre et l’arsenic. Cette théorie n’avait certainement pas pour elle l’expérience, mais elle dominait alors tellement les esprits, qu’il était difficile, même à Geber, de s’y soustraire. Il disait, il est vrai, qu’il ne fallait pas entendre par éléments des métaux le soufre, le mercure et l’arsenic ordinaires. Mais ce seraient alors des éléments doublement hypothétiques. Ce qu’il y a de curieux, c’est qu’en aucun temps, pas même aujourd’hui, on n’a complètement renoncé à l’opinion qui considère les métaux comme des corps composés d’un petit nombre d’éléments.

Enfin Geber n’était pas éloigné d’admettre que les substances, qui ont la propriété de purifier les métaux vils et de les transformer en métaux nobles (or et argent), peuvent servir aussi de médicaments universels, de panacées propres à guérir toutes les maladies et à «conserver même la jeunesse. Voilà comment, en dépit de sa profession de foi , cet expérimentateur ouvrit la porte à toutes les spéculations de l’alchimie.

Rhasès. — Ce grand médecin essaya de suivre, au neuvième siècle, les traces de Geber. Il a parlé le premier d’une huile obtenue par la distillation de l’alrament (sulfate de fer) » Celte huile (oieuro) ne pouvait être que l'huile de vitriol (acide sulfurique). Le résidu de l’opération était le crocus feiri (peroxyde de fer).

IVhasès a indiqué aussi « un procédé très-simple pour faire de l’eau-de-vie. » Ce procédé consistait à prendre une quantité suffisante de quelque chose d'occulte. « Broie-le, ajoute-t-il, de manière à en faire une sorte de pâte, et laisse-le ensuite fermenter pendant nuit et jour; enfin, mets le tout dans un vase et distille— le. » ce quelque chose d'occulte, que l’auteur s'obstinait à ne pas nommer, était, selon toute apparence, des grains de blé, qui

1. Liber Raxis Lumen luminum , manuscrit n° 6514, fol. 113 (de la Bibl.|nat. de Paris).

sont, en effet, destinés à être enfermés, cachés au sein de la terre. Quoi qu’il en soit, Voccultum de Rhasès ne pouvait être qu’une substance amylacée ou sucrée, susceptible d’éprouver la fermentation alcoolique. Le même auteur donne aussi le moyen de rendre l’eau-de-vie plus forte en la distillant sur des cendres ou sur de la chaux vive.

Avicenne. — Le prince des médecins arabes a laissé un écrit intitulé : de conglulinatione lapidum, qui intéresse moins la chimie que la géologie et la minéralogie. L’auteur divise les minéraux en quatre classes : 1° minéraux infusibles ; '2° minéraux fusibles ; 3° minéraux sulfurés; h° sels. Les métaux sont, suivant lui, composés d’un principe humide et d’un principe terreux. Le principal caractère du mercure consiste à être solidilié par la vapeur de soufre. Dans le même traité de La conglutination des pierres Avicenne parle des eaux incrustantes (chargées de bicarbonate de chaux) et des aérolithes. « Il est tombé, raconte-t-il, près de Lurgea, une masse de fer du poids de cent marcs, dont une partie fut envoyée au roi de Torate, qui voulut en faire fabriquer des épées. Mais ce fer était trop cassant, et se trouvait impropre à cet usage. »

c&lid. — Deux écrits attribués àCalid, roi d’Egypte, le Livre des secrets d’alchimie et le Livre des trois paroles, se trouvent imprimés dans le Théâtre chimique et la Bibliothèque de Manget. L’alchimie s’y associe à l’astrologie. « Daus toute opération, il importe, dit l’auteur, d’observer les mouvements de la lune et du soleil ; il faut connaître l’époque où le soleil entre dans le signe du Bélier, dans le signe du Lion ou dans celui du Sagittaire ; car c’est d’après ces signes que s’accomplit le grand œuvre. » — Le grand œuvre se composait de quatre opérations ou magistères, qui étaient la solution, la solidification, l’albification et la raréfaction.

Artéphias. — On a, sous le nom d’Artéphius, La clef de Sagesse et un Livre secret sur la pierre philosophale. L’auteur se vantait de pouvoir prolonger la vie au delà de mille ans à l’aide « d’une merveilleuse quintessence. » Mais il n’en donna pas la recette. Il croyait à la végétation des minéraux, en l’assimilant à celle des végétaux, c Toute plante est, dit-il, composée d'eau et de terre ; et pourtant il est impossible d’engendrer une plante avec de l’eau et de la terre. Le soleil vivifie le sol ; quelques-uns de ses rayons pénètrent plus profondément que d’autres au sein de la terre, ils s’y condensent et forment ainsi un métal brillant, jaune, l’or, consacré à l’astre du jour. Par l'action du soleil, les principes des métaux, les molécules

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de soufre et celles de mercure se rassemblent, et, suivant que les unes ou les autres l’emportent en quantité, elles engendrent l’argent, le plomb, le cuivre, l’étain, le fer. >■

Artéphius définissait le corps « quelque chose de tout à la fois apparent et de latent. La partie apparente, c’est l’aspect et l’étendue du corps ; la partie latente, c’est son esprit et son âme. »

D’autres philosophes arabes, tels que Alphidius, Zadilh, Rachatdib, Sophar, Bubacar , inclinaient, par leurs doctrines, de plus en plus vers les théories de l’alchimie. Nous ne mentionnerons ici qu’Alchid Bechir, parce qu’il a parlé le premier du phosphore sous le nom d’escarbouche ( carbunculus ) et de bonne lune ( bona Luna). (1) Il l’obtenait par la distillation des urines avec de l’argile, de la chaux et du charbon. Ce procédé est à peu près le même que celui qu’employa, au dix-septième siècle, Brandt, le chimiste auquel on attribue généralement la découverte du phos- . phore.

l’ai.chimik.

La chimie du moyen âge, c’est l’alchimie. Grand est 1e nombre de ceux qui l’ont cultivée, et il serait beaucoup trop long d’exposer leurs doctrines, qui n’ont d’ailleurs, pour la plupart, aucune utilité pratique.

Mais si nous passons sous silence les vaines spéculations de l’art hermétique, renouvelées de l’art sacré, nous aurons soin de mettre en relief les hommes et les faits qui, perdus en apparence, ont silencieusement réagi contre des idées funestes au progrès de la science ; ce qui vient à l’appui de cette thèse consolante que l’erreur, quelle que soit l’autorité dont elle se couvre, est destinée à disparaître.

Albert le Grand. — Encyclopédie vivante du moyen âge, Albert né en 1193, à Lauingen, sur le Danube, enseigna successivement la philosophie à Ratisbonne, à Cologne, â Strasbourg, à Hildesheim, enfin h Paris où le nom de la place Mauberi (dérivé de Ma, abréviation de magister, et d 'Albert) en rappelle encore le souvenir. Provincial de l’ordre des Dominicains, il fut nommé évéque de Ratisbonne. Mais préférant, exemple rare, l’étude des sciences aux dignités de l’Eglise, il se démit de ses fonctions épiscopales,

1. Manuscrit latin, n° 1156 (de la Bibl. nat. de Paris), fol. 143 rcclo.

et mourut, en 1280, à l’àge de quatre-vingt-sept ans, dans un couvent, près de Cologne.

Les ouvrages imprimés d’Albert le Grand forment 21 volumes infol. (Lyon, 1651, édit, de P. Jammi). Ce vaste recueil contient plusieurs traités qui intéressent l’histoire dé la chimie.

Le petit traité de Alchimia donne des renseignements précieux sur l’état de la science au treizième siècle. L’auteur commence par déclarer qu’il est impossible de tirer quelques lumières des écrits alchimiques. « Ils sont, dit-il, vides de sens et ne renferment rien de bon... J’ai connu des abbés, des chanoines, des directeurs, des physiciens, des illettrés, qui avaient perdu leur temps et leur argent à s’occuper d’alchimie, n — Il conseille surtout aux adeptes de fuir tout rapport avec les princes et les grands : « Car si tu as, ajoute-t-il, le malheur de t’introduire auprès d’eux, ils ne cesseront pas de te demander : Eh bien, maître, comment va l’œuvre? Quand verronsnous enfin quelque chose de bon? Et, dans leur impatience, ils finiront parte traiter de filou, de vaurien, etc., et te causeront mille ennuis. Et si tu n’obtiens aucun résultat, ils te feront sentir tout l’effet de leur colère. Si, au contraire, tu réussis, ils te garderont dans une captivité perpétuelle, afin de te faire travailler à leur profit. » Cet avertissement nous dépeint les relations des alchimistes avec les seigneurs d’alors.

Malgré quelques doutes, Albert croyait à la possibilité de la transmutation des métaux. Voici les arguments qu’il invoque à l’appui de sa croyance : « Les métaux sont tous identiques dans leur origine ; ils ne diffèrent les uns des autres que par leur forme. Or la forme dépend des causes accidentelles que l’artiste doit chercher à découvrir et à éloigner; car ce sont ces causes qui entravent la combinaison régulière du soufre et du mercure, éléments de tout métal. Une matrice malade donne naissance à un enfant infirme et lépreux, bien que la semence ait été bonne; il en est de môme des métaux engendrés au sein de la terre, qui leur sert de matrice : une cause accidentelle ou une maladie locale peut produire un métal imparfait. Lorsque le soufre pur rencontre du mercure pur, il se produit de l’or au bout d’un temps plus ou moins long, par l’action permanente de la nature. Les espèces sont immuables et ne peuvent, à aucune condition, être transformées les unes en les autres. Mais le plomb, le cuivre, le fer, l’argent, etc., ne sont pas des espèces, c’est une même essence, dont les formes diverses vous semblent des espèces. »

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Ces arguments furent souvent reproduits par les alchimistes. Ils étaient acceptés comme des lois au beau temps des nominalistes et des réalistes.

Albert le Grand a l’un des premiers employé le mot af/inité dans le sens qu’y attachent aujourd’hui les chimistes. « Le soufre, dit-il, noircit l’argent et brûle en général les métaux, à cause de l’affinité naturelle qu’il a pour eux ( propter affinilatem natures metalta adurit) i.n — Il parait avoir aussi appliqué pour la première fois le mot vitreolum à l’atrament vert, qui était le sulfate de fer.

Que faut-il entendre par esprit métallique et par élixir? Voici la réponse d’Albert : « Il y a quatre esprits métalliques : le mercure, le soufre, l’orpiment et le sel ammoniac, qui tous peuvent servir à teindre les métaux en rouge (or) ou en blanc (argent). C’est avec ces quatre esprits que se prépare la teinture, appelée en arabe élixir, et en latin fermentum, destinée à opérer la transsubstantiation des métaux vils en argent ou en or. » — Mais l'auteur a soin de nous avertir que l’or des alchimistes n’était pas de l’or véritable. Ce n’était probablement que du chrysocale. Il connaissait aussi le cuivre blanc (alliage de cuivre et d'arsenic), qu’il se gardait bien de prendre pour de l’argent.

Albert le Grand démontra le premier, par la synthèse, que le cinabre ou pierre rouge (lapis rubens), qui se rencontre dans les mines d’où l’on relire le vif argent, est un composé de soufre et de mercure. «On produit, dit-il, du cinabre sous forme d’une poudre rouge brillante en sublimant du mercure avec du soufre. »

Il a décrit très-exactement la préparation de l’acide nitrique, qu’il nomme eau prime, ou eau philosophique au premier degré de perfection. Il en indique en même temps les principales propriétés, surtout celles d’oxyder les métaux et de séparer l’argent de l’or. Ce qu-’il appelle eau seconde était une espèce d’eau régale obtenue en mêlant quatre parties d’eau prime avec une partie de sel ammoniac. Pour avoir l’eau tierce, on devait traiter, à une chaleur modérée, le mercure blanc par l’eau seconde. Enfin l’eau quarte était le produit de distillation de l’eau tierce qui, avant d’être distillée, devait rester, pendant quatre jours, enfouie dans du fumier de cheval. Les alchimistes faisaient le plus grand cas de cette eau quarte, connue sous les noms de vinaiç/re des philosophes, d'eau minérale, de rosée céleste, etc.

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