Voy. notre Histoire de la Chimie, t. I, p
2. Garrault, dans Gobet, Anciens Minéralogistes de France, t I.
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leraenl la forme carrée. Les puits îles mines exploitées par les llomains sont toujours ronds.
Lorsqu’on eut appris que les sables de certaines rivières sont aurifères, tout le monde voulait se mettre à la recherche de l’or. L’agriculture fut abandonnée et les campagnes devinrent bientôt désertes. Il en résulta des disettes cruelles, et les gouvernements recoururent à la force ou à des peines sévères pour ramener les chercheurs d’or à la culture des champs.
Kermès. Culture du pastel. — Le kermès ou la cochenille du chêne ( coccus ilicis), bien connu des Grecs et des Arabes pour la teinture écarlate, paraît avoir été introduit dans l’occident de l’Europe vers le x° ou xi° siècle. A celte époque, plusieurs abbayes augmentaient leurs revenus en exigeant, sous forme de dîme, une certaine quantité de sang de Saint- Jean, comme on appelait alors le kermès.
Avant l’introduction de l’indigo, on employait le pastel ( isatis Unetoria), plante de la famille des Crucifères, pour teindre les étoffes en bleu. Dès le xn° siècle la culture du pastel avait déjà acquis un haut degré de prospérité dans l’Europe centrale, particulièrement en Lusace et en Thuringe.
Peinture sur verre. — Les vitraux peints étaient primitivement formés d’un assemblage de fragments de verre coloré. Cet assemblage de compartiments de toutes sortes de couleurs, transparents, agréables à la vue, rappelait le travail des artistes romains, connus sous le nom de quadralarii. On admirait beaucoup l’effet que produisait le soleil levant, entre autres, à travers les vitraux de l’Eglise de Sainte-Sophie, à Constantinople. Les vitres de couleur que le pape Léon lit fit, en 795, mettre aux fenêtres de l’église de Latran étaient également fort admirées de leur temps.
L’art de brûler, dans la substance même du verre, des dessins de différentes couleurs, ne paraît pas être antérieur au xi* siècle. L’abbé Suger, ministre de Louis le Gros, nous apprend lui-même qu’il fit venir de l’étranger les artistes les plus habiles pour peindre les vitres de l’abbaye de Saint-Denis, qu’ils brûlaient des saphirs en abondance et les brûlaient dans le verre, pour lui donner la couleur d’azur, la plus estimée des couleurs.
L’art de la peinture sur verre, où dominaient le bleu et le rouge (obtenu par l’oxyde de fer), se perfectionna dans les xin®, xivc et xvc siècles. Il se perdit vers le xvn' siècle, et fut retrouvé de nos jours, grâce aux progrès de la chimie.
Altération des monnaies. — Les vices de l’homme sont, qu’on nous passe cette comparaison, le fumier du progrès. Pour s’assurer à quel point les monnaies étaient altérées par la cupidité, il fallait de nouveaux moyens chimiques. La pierre de touche, dont se servaient depuis longtemps les orfèvres, était un procédé devenu insuffisant La coupellation, décrite par Géber, fut bientôt universellement pratiquée. Une ordonnance de Philippe de Valois, en date de 1343, entre à cet égard dans des détails curieux. « Les coupelles, y est-il dit, sont de petits vaisseaux plats et peu creux, composés de cendres de sarment et d’os de pied de mouton calcinés et bien lessivés; pour en séparer les sels qui feraient pétiller la matière de l’essay, on bat bien le tout ensemble, et après cela on met, dans l’endroit où l’on a fait le creux, une goutte de liqueur qui n’est autre chose que de l’eau où l’on a délayé de la mâchoire de brochet ou de la corne de cerf calcinés, ce qui fait une manière de vernis blanc dans le creux de la coupelle, afin que la matière de l’essay y puisse être plus nettement, et que le bouton de l’essay s’en détache plus facilement. »
La même ordonnance recommandait aux essayeurs d’employer du plomb parfaitement pur pour opérer le départ du cuivre allié à l’or ou à l’argent. Cette recommandation était d’autant plus nécessaire que le plomb était alors presque toujours argentifère, comme le montre l’analyse des couvertures de plomb d’anciennes églises. C’est de là que vient probablement la croyance populaire que le plotnb qui vieillit sur les toits se change en argent.
Cependant pour opérer le départ de l’argent dans les alliages d’or et d’argent, la coupellation ne suffisait plus. On employa l’eauforte pour dissoudre l’argent sans toucher à l’or. Ce moyen devint d’un usage fréquent dès le commencement du seizième siècle, à en juger par une ordonnance du roi François Ier. Les Vénitiens et les Hollandais avaient alors le monopole de la fabrication de l’eau-forte et de l’eau régale.
Avant l’emploi de l’eau-forte, les essayeurs se servaient du ciment royal et de l’antimoine. Le ciment royal était un mélange de briques pilées, de vitriol, de sel commun et de nitre, mélange déjà connu des anciens. Quant à l’emploi de l’antimoine, le procédé de calcination devait être très-défectueux : l’or ainsi séparé était peu malléable, il fallait le calciner de nouveau et en chasser les fleurs d’antimoine au moyen de soufflets.
L’altération des monnaies était un des moyens les plus ordinaires
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que les princes employaient alors pour remplir leurs caisses. Pour détourner d’eux les soupçons, ils accusaient de ce crime les physiciens et les alchimistes. Le roi Charles V fit, en 1380, une ordonnance par laquelle il interdisait à tous les citoyens « de se mêler de chimie et d’avoir aucune espèce de fourneau dans leurs chambres ou maisons. » Les souverains se relâchèrent plus tard de cette rigueur. On trouve, dans les archivés des chancelleries de France, d’Allemagne et d’Angleterre, des transcriptions de lettres patentes conférant à des particuliers le privilège d’exploiter, pendant un certain nombre d’années , des procédés secrets « pour changer les métaux imparfaits en or et en argent. » C’était une prime d’encouragement donnée à la recherche de la pierre philosophale.
Falsification des aliments. — La fraude a puissamment contribué aux progrès de la chimie. La vente de la farine, du pain, de la viande de boucherie fut de tout temps l’objet d’une surveillance particulière. Le beurre même n’y échappait point. Une ordonnance du prévôt de Paris, en date du 25 novembre 1390, interdisait à toutes personnes faisant le commerce du beurre frais ou salé, « de mixtionner le beurre pour lui donner une couleur plus jaune, soit en y mêlant des fleurs de souci, d’autres fleurs, herbes ou drogues. * Elle leur faisait aussi défense « de mêler le vieux beurre avec le nouveau, sous peine de confiscation et d’amende arbitraire. »
La bière ou cervoise était alors sophistiquée autant qu’elie l’est aujourd’hui. C’est ce qui résulte des plus anciens statuts des brasseurs de Paris, qui portent que « nul ne peut faire cervoise, sinon d’eau et de grain, à savoir d’orge, de méteil ou de dragée ; que quiconque y mettra antre chose, comme baye, piment ou poixrésine, sera condamné à vingt sous d’amende, et ses brassins confisqués. » Ces statuts furent renouvelés avec quelques additions qui portaient « que les brasseurs seront tenus de faire la bière et cervoise de bons grains, bien germés et brassinés, sans y mettre ivraie, sarrasin, ni autres mauvaises matières, sous peine de quarante livres parisis d’amende; que les jurés visiteront les houblons avant qu’ils soient employés, pour voir s’ils sont mouillés, chauffés, moisis et gâtés; afin que s’ils sont trouvés défectueux, les jurés en fassent rapport à la justice, pour faire ordonner qu’ils seront jetés à la rivière. Aucuns vendeurs de bière et cervoise en détail n'en pourront vendre si elles ne sont bonnes, loyales et dignes d’entrer
au corps humain, sous peine d’amende arbitraire et confiscation »
Le vin, plus encore que la bière, avait de tout temps exercé l’esprit malfaisant des sophisticaleurs. Une ordonnance du prévôt de Paris, en date du 20 septembre, porte que « pour empêcher les mixtions et les autres abus que les taverniers commettaient dans le débit de leurs vins, il serait permis à toutes personnes qui prendraient du vin chez eux, soit pour boire sur le lieu, soit pour emporter, de descendre à la cave et d’aller jusqu’au tonneau pour le voir tirer en leur présence, etc. »
En traitant les vins par la litharge (oxyde de plomb),- on en corrigeait l’acidité. Mais, par cette addition, il se produisait du sucre de Saturne (acétate de plomb), qui est un poison. D’anciennes ordonnances de police mentionnent plusieurs cas d’empoisonnement, dus à cette falsification. C’est ainsi que plusieurs vignerons d’Argenteuil furent punis d’une forte amende pour avoir mis de la litharge dans leurs vins, « afin de leur donner une couleur plus vive, plus de feu, et en diminuer la verdeur. »
Pharmacopées. Poisons. — Au moyen âge, les pharmacies notaient que des dépôts ( apotlièques ) de sirops, d’électuaires, de conserves, de liqueurs alcooliques épicées, etc. Les apothicaires étaient primitivement placés sous la surveillance des médecins, et ils faisaient venir de l’Italie la plupart des médicaments officinaux, surtout les poisons.
L’une des substances dont les princes paraissent avoir alors fait souvent usage, et dont ils connaissaient parfaitement les propriétés, c’est l'arsenic sublimé, la mort-aux-rats, autrement nommé acide arsénieux. C’est ce qui résulte des instructions que donna, en 1384, Charles le Mauvais, roi de Navarre, au menestrel Woudreton, pour empoisonner Charles VI, roi de France, le duc de Valois, frère du roi et ses oncles, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon. « Tu vas à Paris; tu pourras, lui disait le roi de Navarre, faire grand service, si tu veux. Si tu veux faire ce que je le dirai, je te ferai tout aisé et moult de bien. Tu feras ainsi : U est une chose qui s’appelle arsenic sublimât. Si un homme en mangeait aussi gros qu’un pois, jamais ne vivrait. Tu en trouveras à Pampelune, à Bordeaux, à Bayonne et par toutes les bonnes villes où tu passeras, ès hôtels des apothicaires. Prends de cela et fais-en de la poudre. Et quand tu seras dans la maison du roi, du comte de Valois son frère,