I. Traité du feu et du sel; Paris, 1C0S, in- i
HIST. DE LA PHYSIQUE. "d
« En ces fourneaux qu’on appelle à jour, l’ardeur du feu vient tellement à se modérer, qu’elle passe en une chaleur naturelle, vivifiante, au lieu qu’elle brusloit, cuisoit, consumoit. Et en tel feu puis-je dire avoir fait esclore à Rome, pour une fois, plus de cent ou six-vingls poullets, les œufs y ayant esté couvés etesclos ainsi que sous une galine. >
B. de Vigenère croyait à la transmutation des métaux; mais il se tenait éloigné des rêveries de la plupart des alchimistes de son temps, tels que Gaston Claves, Grosparmy, Vicot , Drebbel, Sethon, et surtout Zécaire. Ce dernier , qui prétendait avoir trouvé la pierre philosophale, quitta son pays natal, la France, et fut assassiné à Cologne par son compagnon de voyage (1).
Principaux faits scientifiques et industriels du seizième siècle. — Un vitrier saxon, Christophe Schürer, découvrit le bleu de cobalt en faisant par hasard fondre avec du verre les minerais de cobalt de Schneeberg, jusqu’alors rejetés comme inutiles sous le nom de Wismuthgraupen. Il le vendait d’abord comme un émail bleu aux potiers de son pays. Ce produit ne tarda pas à être connu des marchands de Nuremberg, qui l’exportèrent à Venise et en Hollande, où il se vendait de 150 à 180 francs le quintal. Les Vénitiens et les Hollandais apprirent ensuite eux-mêmes la fabrication du bleu de cobalt, et l’appliquèrent heureusement à la peinture sur verre, où ils excellaient.
La découverte de l’Amérique et une communication plus facile avec les Indes orientales par la voie du cap de Bonne-Espérance, firent faire de rapides progrès à l’art du teinturier. La cochenille et l'indigo devinrent bientôt d’un usage fréquent en. Italie, en France, en Angleterre et même en Allemagne, en dépit des ridicules ordonnances des électeurs et ducs de Saxe, qui proscrivaient l’indigo « comme une couleur mordante du diable. » L’indigo porta un rude coup à la culture du pastel en Thuringe. C’est ce qui expliquait sa prohibition de la part des intéressés.
En France, l’usage de la cochenille ne remonte pas au-delà du règne de François Icr. Gilles Gobelin l’appliqua le premier à la teinture écarlate sur des étoffes de laine. Son atelier fort modeste, situé sur la petite rivière de la Bièvre à Saint-Marceau, aujourd’hui un faubourg de Paris, devint vers 1680, sous le nom de Gobclms, l’un
1. Zecaire a raconté lui-môme les tribulations de sa vie d’alchimiste dans son Opuscule de la vraie philosophie naturelle des métaux ; Anvers, 1567, in-12.
TEMPS MODERNES
des établissements de teinture les plus célèbres de l’Europe.
Non loin des Gobelins s’éleva, vers la même époque, un autre établissement, cher aux sciences , et qui devait un jour donner au monde Buffon, Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire : nous avons nommé le Jardin des plantes. Guy de la Brosse, mathématicien du roi, avait près de l’hôpital de la Pitié, un jardin « garni de simples rares et exquises. » Dans un laboratoire voisin de ce jardin une réunion de savants se livrait aux opérations de la chimie. On y répétait, au retour des voyages de Belon, les expériences sur l’art de faire éclore des poulets dans des fourneaux dont les degrés de chaleur étaient réglés par des registres. Duchesne , dit Quercitan, Th. de Meyerne et Ribit (de la Rivière), médecin de Henri IV, furent les oracles de ces réunions. De la Rivière protégea Béguin, fit venir Davisson en France, et écrivait à tous ses amis pour les exciter à des recherches propres à l’avancement des sciences.
L'art du distillateur se perfectionna de plus en plus. Côme de Médicis, les ducs de Ferrare et plusieurs princes d’Autriche ne dédaignaient pas de s’occuper de la distillation des sucs d’herbes, de l’eau-de-vie, des essences, etc., comme nous l’apprend Jérôme Rubeus, de Ravenne, dans son traité De distillation (Bâle, 1586, in-12). On employait, suivant les circonstances, le feu nu, ou des bains d’eau, de sable et d’huile ; le bec de l’alambic et le récipient étaient soigneusement entourés d’eau froide , afin de condenser la vapeur s’élevant de la cornue, à laquelle s’appliquait une température graduée. On s’ingéniait surtout à faire parcourir aux vapeurs le chemin le plus long, avant de les condenser dans le récipient. A cet effet on construisait des tubes recourbés en zig-zag, et on donnait aux appareils les formes les plus capricieuses. — Ambroise Paré et B. Vettori signalèrent l’inconvénient des vases de plomb pour la distillation des matières acides, et Crato de Kraftheim s’éleva avec force contre l’usage des vases de cuivre; il cite plusieurs cas d’empoisonnement, dus à du vinaigre qui avait séjourné dans des chaudières de cuivre.
L’eau-de-vie n’était encore qu’un médicament au xv« siècle, comme nous l’append un manuscrit français de cette époque (n° 7478 de la Bibliothèque nationale de Paris). « Eau-de-vie, y est-il dit, vault à toutes manières de douleurs qui peuvent venir par froidure et par trop grande abondance de fluide, et la dite eau vault aux yeux qui larrnoyent et pleurent souvent. Elle vault aussi à toutes personnes qui ont haleyne puante et corrompue. Elle vault contre
hydropisie qui procède et vient de froide chose; contre maladies qui sont incurables; contre plaies qui sont pourries et infectes ; contre apostesme qni peut survenir à la main des dames; contre morsures de bêles venimeuses, etc. » Enfin l’eau-de-vie était une véritable panacée : ses vertus devaient éclipser celles de l’or potable. Elle devait rajeunir les vieillards et prolonger la vie au delà du terme ordinaire, d’où son nom d’aqua vitœ. L’eau-de-vie ne se vendait d’abord comme médicament que chez l’apothicaire. Mais, dès le seizième siècle, elle devint une boisson, qui devrait aujourd’hui porter le nom d’aqua viortis, eau de mort.
Dans tous les pays de l’Europe septentrionale, tels que le nord de l’Allemagne, le Danemark, la Suède, la Russie, partout enfin où la vigne ne prospère point, l’eau-de-vie de grains, devint bientôt une liqueur fort goûtée. Ce genre de fabrication produisit alors une véritable révolution dans l’industrie, révolution comparable à celle qu’a produite, de nos jours, l’extraction du sucre de betterave. Cependant la fabrication de l’eau-de-vie de grains, au lieu d’être encouragée par les gouvernements, fut interdite par des scrupules religieux : elle paraissait une profanation de la matière qui compose le « pain quotidien ï. Ce fait montre que l’esprit du moyen âge planait encore sur le seizième siècle.