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Voy. plus loin Kunckel , p

Boyle découvrit la liqueur qui porte son nom ; il l’avait obtenue en soumettant à la distillation un mélange intime de soufre , de chaux vive et de sel ammoniac pulvérisé. « On chauffe, dit-il, d’abord lentement sur un bain de sable ; puis, la chaleur étant devenue plus intense, il passe dans le récipiant une teinture volatile de soufre qui pourrait devenir un remède utile en médecine. La liqueur distillée est d’une couleur rougeâtre, et répand à l’air, d’abondantes vapeurs blanches, suffocantes. » — Ce n’est pourtant guère, — chose triste à dire I — que par la liqueur fumante de Boyle que le nom d’un des savants les plus éminents du dix-septième siècle est connu des chimistes et des physiciens de nos jours.

Robert Fludd. R. Fludd (né l’an 1574, mort en 1637), plus connue sous le nom latinisé de Robertus de Fiuctibus, unissait à un rare esprit d'observation un singulier amour pour les doctrines cabalistiques. A la fois médecin, chimiste, physicien, mathématicien, il se fit en même temps une grande renommée comme astrologue et nécromancien. Il eut Gassendi pour adversaire en philosophie. A juger par ses écrits, il s’était proposé pour but l’alliance des sciences positives avec les sciences occultes.

R. Fludd s’attacha le premier à démontrer la continuité de la matière par l'air qui de toute part nous environne. Sa méthode semble avoir servi de modèle à celle qu’adopta plus tard Newton dans ses Principes de philosophie naturelle. Ainsi, après avoir émis la proposition « que la surface de l’eau est en contact immédiat avec l’air, et qu’il n’y a aucun intervalle vide entre ces deux éléments, » il en donne la démonstration suivante : « Quand on plonge le bout d’un tube dans l’eau, et que l’on aspire par l’autre bout l’air qui s’y trouve, on voit aussitôt l’eau suivre l’air en s'élevant dans le tube »

Voici comment il essaya de rattacher, par le raisonnement, les phénomènes du monde physique à ceux du monde surnaturel. « L’âme qui vivifie le corps, tend, dit-il, à s’élever comme la flamme vers les hautes régions de l’air. C’est là son instinct et son bonheur. Or, comment se fait-il que, en dépit de ce désir ascensionnel de l’âme, nous éprouvions une si grande fatigue, lorsque nous gravissons une montagne ? C’est que le corps matériel, dont l’essence est

1. R. De Fiuctibus, Utriusque Cosmi, majoris scilicct et minoris metaphysica, physica et historien, III, liv. III, part. 7 (Oppenheim, 1677, iot'ol.)

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île tendre, tout au rebour, de l’Ame, vers le centre de la terre, l’emporte de beaucoup par sa masse, sur l’étincelle qui nous anime. Il faut que l’âme réunisse toutes ses forces, pour élever avec elle et faire obéir à son impulsion la lourde masse du corps qui l’enchatne. >*

Ce raisonnement ne satisfait pas cependant l’auteur. Assimilant l’âme à la flamme, il a recours à l’expérience si connue d’une bougie allumée sous une cloche renversée sur une cuvette pleine d’eau : l'eau monte par l’action de la flamme.

Voici comment Fludd rattache la chimie à la physiologie. « Le chimiste ou alchimiste imite, dit-il, la nature. En commençant son œuvre, il réduit d’abord la matière en parcelles, il la broie et la pulvérise : c’est la fonction des dents. La matière ainsi divisée, il l’introduit par un tuyau dans la cornue : ce tuyau représente Fœsophage, la cornue l’estomac. Ensuite il mouille la matière avant de la soumettre à l’action de la chaleur : c'est ainsi que la salive et le suc gastrique humectent les aliments ingérés dans l’estomac. Enfin, il ferme exactement l’appareil, et l’entoure d’une chaleur humide, égale et modérée, en le plaçant dans un bain-marie et dans du fumier de cheval : c’est ainsi que l’estomac est naturellement entouré par le foie, la rate, les intestins, qui le maintiennent à une température égale... Les parties élaborées sont mises à part et servent à alimenter l’œuvre, tandis que les matières excrémentilielles sont rejetées comme inutiles. »

Dans tous les faits, l’esprit de Fludd cherchait des rapprochements. Lorsqu’on projette du soufre en poudre sur du nitre en fusion, il se produit une explosion plus ou moins violente, accompagnée d’une lumière soudaine. Dans ce fait il voyait l’explication des phénomènes de l’éclair et du tonnerre. C’est à ce propos qu’il donna la composition de deux produits, qui devaient s’enflammer au contact de l’eau, l’un consistait en un mélange de parties égales de nitre, de soufre et de chaux vive; ce mélange était introduit dans un œuf vide, dont on bouchait ensuite les orifices avec de la ciré : cet œuf, jeté dans l’eau, procurait le spectacle d’un petit feu d’artifice flottant. L’autre produit figurait une pierre qui devait s’enflammer aussitôt que l’on y cracherait : c’était un mélange de quatre parties de calamine (minerais de zinc), d’une partie d’asphalte, d’une partie de nitre, de deux parties de vernis liquide et d’une partie de soufre.

Rodolphe Giauber. — A l’exemple de Paracelse, Glauber (né à

Carlstadt en 1604, mort à Amsterdam en 1668) fit la guerre anx médecins qui dédaignaient l’étude de la chimie. Mais il manque à ses écrits 1 ce cachet scientifique qui caractérise les travaux de Boyle. Une forte teinte de misanthropie l’attira vers une vie de retraite. « Les hommes d 'aujourd’hui (il aurait dû dire de tous les temps) sont, s’écrie-t-il, faux, méchants et traîtres; rien de leur parole n’est sacré; chacun ne songe qu’à soi. Si je n’ai pas fait dans ce monde tout le bien que faorais pu faire, c’est la perversité des hommes qui en a été la cause. »

Glauber est connu de tout le monde par le sulfate de soude, sel purgatif, qui porte le nom de sel de Glauber. En voici l’histoire, telle que l’auteur l’a racontée lui-même. « Pendant les voyages de ma jeunesse je fus atteint, à Vienne, d’une fièvre violente, appelée dans ce pays maladie de Hongrie, qui n’épargne aucun étranger. Mon estomac délabré rendait tous les aliments. Sur le conseil de quelques personnes qui avaient pitié de moi, j’allai me traîner, à une lieue de Neustadt, auprès d’une fontaine située à côté d’une vigne. J’avais emporté avec moi un morceau de pain que je croyais certainement ne pas pouvoir manger. Arrivé auprès de la fontaine, je tire le pain de ma poche, et, en y faisant un trou, je m’en sers en guise de coupe. A mesure que je bois de cette eau, je sens mon appétit revenir si bien, que je finis par mordre dans la coupe improvisée, et par l’avaler à son tour. Je revenais ainsi plusieurs fois à la source, et je fus bientôt délivré de ma maladie. Étonné de cette guérison miraculeuse, je demandai quelle était la nature de cette eau ; On me répondit que C’était ütte eau nitrée (Salpeter-ivasser). »

Glauber n’avait alors que vingt-un ans, et à cet âge il ignorait encore, comme il nous l’apprend lui-même, entièrement la chimie. Cependant le fait de sa guérison inattendue ne lui sortit jamais de mémoire. Or, un jour il lui tint l’idée d’essayer l’eau de sa fontaine de santé, pour voir si elle était réellement chargée de nitre, cojrnme le prétendaient les gens du pays. A cet effet, il en fit évaporer un peu dans une capsule. « Je vis, dit-il, se former de beaux cristaux longs, qu’Un observateur superficiel aurait pu confondre avec les cristaux du nitre; mais ces cristaux ne fusaient point sur le feu. » — Glauber trouva plus tard que ce sel avait la plus grande ressemblance avec celui qu'on obtient en dissolvant dans l’eau et

1. Ils ont été publiés sous le titre de Opéra chymica und Schriften, etc. Francf. 1658, in-4.

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faisant cristalliser le caput mortuum de la préparation de l'esprit de sel avec l’huile de vitriol et le sel marin. Or, ce caput mortuum du résidu de l’opération n’était autre chose que le sulfate de soude.

Glauber lui donna d’abord le nom de sel admirable, sal admirabile, sans se vanter aucunement de l’avoir découvert; car il déclare que son sel admirable est le même que le sal enixum de Paracelse. « Ce sel, quand il est bien préparé, a, dit-il, l’aspect de l’eau congelée ; il forme des cristaux longs, bien transparents, qui fondent sur la langue comme de la glace. Il a un goût de sel particulier, sans aucune âcreté. Projeté sur des charbons ardents, il ne décrépite point comme le sel de cuisine ordinaire, et ne déflagre point comme le nitre. Il est sans odeur et supporte tous les degrés de chaleur. On peut l’employer avec avantage en médecine, tant extérieurement qu’intérieurement. Il modifie et cicatrise les plaies régentes, sans les irriter. C’est un médicament précieux, employé à l’intérieur : dissous dans de l’eau tiède et donné en lavement, il purge les intestins et tue les vers... »

Telle est l’histoire du sel qui porte avec raison le nom de Glauber.

Glauber connaissait la nature aériforme de l’esprit de sel ; car il savait qu’en distillant un mélange de sel commun et d’huile de vitriol, on n’obtient le spiritus salis sous forme liquide qu’à la condition de lui associer de l’eau. C’est pourquoi il recommandait l’emploi du vitriol humide. Il ne paraissait pas non plus ignorer que dans cette réaction l’huile de vitriole prend la place de l’esprit de sel qui se dégage. — Il vantait l’esprit de sel pour les usages culinaires, comme pouvant remplacer le vinaigre et le jus de citron, t Pour apprêter, dit-il, un poulet, des pigeons ou du veau à la sauce piquante, on met ces viandes dans de l’eau, avec du beurre et des épices; puis on y ajoute la quantité que l’on désire de l’esprit de sel, suivant le goût des personnes. On peut ainsi amollir et rendre parfaitement mangeable la viande la plus coriace, de vache ou de vieille poule. » — Il le recommandait aussi comme un excellent moyen pour conserver les fruits, pour coaguler le lait, attaquer les minerais, etc.

Parmi les chimistes qui ont entrevu le chlore, Glauber parait être le premier en date. Il dit qu’en distillant l’esprit de sel sur des chaux métalliques (cadmie et rouille de fer), il obtenait « un esprit couleur jaune qui passe dans le récipient et qui dissout les métaux et presque tous les minéraux. » Il l’appelait huile ou esprit de sel rectifié, « Avec ce produit on peut, ajoute-t-il, faire de belles choses

en médecine, en alchimie et dans beaucoup d’arts. Lorsqu'on le fait quelque temps digérer avec de l’esprit de vin déphlegmé (concentré), on remarque qu’il se forme à la surface de la liqueur une espèce de couche huileuse, qui est l’huile de vin ( oleum vint), très-agréable, et un excellent cordial. » — Par la distillation des charbons de terre, il obtenait une huile rouge de sang , qu’il prescrivait comme fort utile dans le pansement des ulcères chroniques.

Le fait de la coloration rouge du verre par l’or avait été déjà signalé par Libavius. Les chimistes, à l’exception de Boyle, n’y firent pas grande attention. Ce fut accidentellement que Glauber découvrit cette propriété de l’or. « Je fis, raconle-t-il, fondre, il y a quelques années, dans un creuset, de la chaux d’or, calcem solis; et voyant que la fusion s’opérait difficilement, j’y ajoutai un peu de flux salin. L’opération étant terminée, je retirai le creuset du feu, et je fus fort surpris de trouver, à la place de l’orque j’y avais mis, une masse vitreuse d’un beau rouge de sang. Les fondants que j’avais employés étant des sels blancs, je ne pouvais attribuer cette coloration qu’à l’âme de l'or ( anima auri). »

Le parti que Glauber sut tirer de cette observation montre toute sa sagacité d’opérateur. Pour obtenir la même coloration il proposa un moyen détourné, mais extrêmement ingénieux. Ce moyen consistait à précipiter l’or de sa dissolution dans l’eau régale par la liqueur des cailloux, et à faire fondre le précipité dans un creuset. « La couleur jaune se convertit en une couleur pourpre des plus belles. » — L’auteur ajoute que le même procédé pourra s’appliquer à tous les autres métaux pour la préparation des verres colorés ou des pierres précieuses artificielles.

Curieux de se rendre compte des phénomènes soumis à son observation, Glauber se demandait ce qui se passe lorsqu’on verse la liqueur des cailloux dans une solution d’or. Voici à ce sujet sa manière de voir : « L’eau régale qui tient l’or en dissolution, tue le sel de tartre (potasse) de la liqueur des cailloux (silicate de potasse), de manière à lui faire abandonner la silice ; et, en échange, le sel de tartre paralyse l’acP'on de Peau régale, de manière à lui faire lâcher l’or qu’elle avait dissous. C’est ainsi que la silice et l’or sont tous deux privés de leurs dissolvants. Le précipité se compose donc à la fois d’or et de silice, dont le poids réuni représente celui de l’or et de la silice employés primitivement. » — De celte manière de voir à la loi d’échange ou de double décomposition il n’y avait qu’un pas.

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A l’exemple cité nous devons en joindre un autre pour faire mieux ressortir toute l’habileté de Glauber à saisir la nature des réactions chimiques. On préparait depuis longtemps le beurre d'antimoine en soumettant à la distillation un mélange de sublimé corrosif et d’antimoine naturel (sulfure d’antimoine). Mais personne n'avait su expliquer celte réaction. Voici l’explication qu’en donna Glauber.

« Dès que le mercure sublimé (perchlorure de mercure), mêlé avec l’antimoine, éprouve l’action de la chaleur, l’esprit, qui est combiné avec le mercure, se porte de préférence sur l’antimoine, et l'attaque en abandonnant le mercure, pour former une huile épaisse (beurre d’antimoine) qui s’élève dans le récipient. Le beurre d’antimoine n’est donc autre chose qu’une dissolution de régule d’antimoine (antimoine métallique) dans de l’esprit de sel. Quant au soufre de l’antimoine (naturel), il se combine avec le mercure, et donne naissance à du cinabre qui s'attache au col de la cornue; une partie du mercure se volatilise. Celui qui s’entend bien à la manipulation peut retrouver tout le poids du mercure employé. »

Cette explication, contre laquelle il n’y avait rien à objecter, de- • vait servir, dans l’esprit de l’auteur, h renverser la théorie erronée, traditionnelle, d’après laquelle le beurre d’antimoine était l’huile de mercure, oleum mercurii, et le précipité blanc qui se produit quand on y ajoute l’eau, le mercure de vie, mercurius vitæ.

« Prenez, dit-il, celte poudre blanche, appelée mercure de vie, et chauffez-la dans un creuset : vous la transformerez en un verre d’antimoine, et vous n’en tirerez pas une trace de mercure. » — Pour achever sa démonstration, il proposa un procédé qui permettait d’obtenir le beurre d’antimoine ou la prétendue huile de mercure, sans l’emploi du sublimé corrosif. Ce procédé, qui est encore aujourd’hui en usage, consistait à traiter les fleurs (oxyde) d’antimoine par l’esprit de sel. L’auteur ne manque pas d’ajouter que l’on obtient des produits analogues (chlorures), en traitant l’arsenic, le zinc, l’étain, etc., par l’esprit de sel (acide chlorhydrique).

Ces idées, parfaitement justes, furent repoussées comme des innovations dangereuses par les conservateurs de l’autorité traditionelle. Mais, convaincu d’avoir pour lui la vérité, et voulant couper court à de vaines controverses, il finissait ses démonstrations par ces paroles : c Au reste je ne prétends imposer mes idées à personne : que chacun garde les siennes, si bon lui semble. Je dis ce que je sais dans le seul intérêt de la science. *

Ce mépris des discussions oiseuses et cet amour pur de la science éclatent à chaque page dans les écrits de Glauber.

jean Kunckel. —Fils d’un alchimiste du duc de Holstein, Kunckel (né à Rendsbourg en 1630, mort en 1 702) fut un des partisans les plus décidés de la méthode expérimentale que François Bacon avait, non pas créée, mais essayé de codifier. Il occupait la chaire de chimie à l’université de Wiltemberg lorsqu’il fut, en 1659, appelé à Berlin pour diriger les fabriques de verre et le laboratoire de l’électeur de Brandebourg. Le roi de Suède, Charles XI, qui l’avait pris à son service, lui conféra des titres de noblesse sous le nom de baron de Lœwenstern

Kunckel combattit les doctrines des alchimistes tout à la fois avec les armes de l’expérience et de la satire. C’est ainsi qu’il regardait le soufre fixe des métaux comme un élément imaginaire . « Moi, vieillard, qui me suis, dit-il, occupé de chimie pendant soixante ans, je n’ai pas encore pu découvrir ce que c’est que le sulfur fixum, et comment il fait partie constitutive des métaux. » — Raillant avec esprit les alchimistes qui ne s’entendent pas entre eux parce qu’ils ne donnent pas au même mot le même sens, il ajoute : c Les anciens ne s’accordent pas sur les espèces de soufre. Le soufre de l’un n’est pas le soufre de l’autre. A cela on me répond que chacun est libre de baptiser son enfant comme il l’entend. Soit. Vous pouvez même, si bon vous semble, appeler âne un bœuf; mais vous ne ferez jamais croire à personne que votre bœuf est tin âne. > Voici comment il s’exprime à l’égard des alchimistes qui s’attribuaient noD-seulement le pouvoir de transmuter les métaux, mais de créer des êtres vivants à l’aide de certains éléments, « En chimie il y a des décompositions, des combinaisons, des purifications; mais il n'y a pas de transmutations. L’œuf éclot par la chaleur d’une poule. Avec tout notre art, nous ne pouvons faire un œuf ; nous pouvons le détruire et l’analyser, voilà tout. »

L ’alkahest de Paracelse et de Van Helmont, ce fameux dissolvant universel qui passait pour dissoudre tous les corps de la nature, fut particulièrement l’objet de la verve ironique de Kunckel. « Mais si Valhaheet, observe-t-il spirituellement, dissout tout ce qui est, il doit dissoudre aussi le vase qu’il renferme ; s’il dissout la silice, il doit dissoudre le verre, qui est fait avec de la silice... On a beau-

1. Les principaux écrits de Kunckel ont paru après sa mort, sous le titre de Laboratorium chimicum, etc., (Hamb. 1716, in-8, et Berlin 1767, in-8.)

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coup discuté sur ce grand dissolvant de la nature : les uns le font dériver du latin alMi est ; les autres de deux mots allemand ail geist (tout esprit) ; enfin d’autres le font venir de ailes ist (c’est tout). Quant à moi, qui ne crois pas au dissolvant de Paracelse et de Van Helmont, je l’appellerai par son vrai nom : Ailes Lügen ist (c’est tout mensonge). *

Les recherches sur le rubis artificiel (verre rouge) étaient depuis Libavius, Glaser et Boyle, à l’ordre du jour. Écoutons Kunekel raconter la découverte du pourpre de Cassius, qui en forme la base. < L’honneur de la découverte du rubis artificiel revient à notre siècle ; car les verres rouges des anciens ne sont que des verres peints d’un seul côté : lorsqu’on en ràcle la surface, on aperçoit au-dessous de cette couche un verre grossier, verdâtre. Voici comment se fit cette découverte. Il y eut un docteur en médecine nommé Gassius, qtri avait trouvé le moyen de précipiter l’or par l’étain, ce dont Glauber lui donna peut-être la première idée. Ce docteur* essaya, mais en vain, d’incorporer son précipité dans le verre. Dès que j’en eus entendu parler, je me mis à faire également des essais du même genre, et je réussis à obtenir du verre d’un beau rouge : la couleur s’était complètement identifiée avec le verre. Lè premier de ces verres ainsi fabriqués, je l’offris à l’électeur Frédéric-Guillaume, mon prince et seigneur, qui m’envoya 100 ducats de récompense, Peu de temps après , le prince archevêque de Cologne me chargea de lui faire un calice de verre rouge d’un pouce d’épaisseur. Je me mis à l’œuvre et je réussis. Ce calice était très-beau, et pesait vingt-quatre livres. Je reçus, comme prix la somme de 800 thalers (environ 3000 fr.). L’électeur de Saxe fit présent de quelques-uns de ces verres à la reine Christine, qui résidait alors à Rome ; et bientôt l’usage des verres rouges rubis se répandit, mais seulement parmi les grands seigneurs. >

Kunekel eut, l’un des premiers, des idées fort exactes, sur la fermentation qu’il supposait de même nature que la putréfaction. < Dans le règne animal, dit-il, la fermentation s’annonce par une odeur fétide ; dès que la fermentation cesse, cette odeur disparaît aussi... Une température douce et humide hâte la fermentation ; c’est aussi se qui accélère la putréfaction. »

Il n’ignorait pas que par une première fermentation, les matières sucrées donnent de l'esprit de vin, et qu’en poussant la fermentation plus loin, il ne se produit plus que du vinaigre, « Quelques théoriciens (c’est ainsi qu’il nomme les alchimistes) prétendent que

l’esprit de Tin est une espèce d’huile. Mais aucun des caractères propres à l’huile n’est applicable à l’esprit de vin ; car celui-ci ne nage pas sur l’eau, il ne dissout pas le soufre, et ne forme pas de savon avec les alcalis. Donc l’esprit de vin n’est pas une huile. »

Cette manière de raisonner et de conclure conformément à la méthode expérimentale était, vers le milieu du dix-septième siècle, encore une grande nouveauté.

Kunckel savait aussi que les acides et une température trop basse empêchent la fermentation. « Si, en faisant fermenter du sucre, vous y ajoutez, dit-il, quelques gouttes d’huile de vitriol (acide sulfurique), vous verrez aussitôt la fermentation s’arrêter. Le froid agit de la même façon. » — Le fait est exact; mais voici l’application qu’il en tire. Attribuant les maladies, si nombreuses, de l’estomac, à une sorte de ferment, il préconise les substances contraires à la fermentation pour combattre ces maladies. « Les maux d’estomac ont, dit-il, pour cause des impuretés, qui fermentent ; caron les guérit facilement au moyen des acides ou des plantes amères : les acides et les plantes amères arrêtent la fermentation. Le sucre, au contraire, favorise les maladies d'estomac, parce qu’il augmente la fermentation. »

Kunckel doit être considéré comme un des promoteurs de la médecine chimique. L’un des premiers il distingua nettement le blanc (oxyde) d’antimoine, obtenu par la calcination, du régule d’antimoine (antimoine métallique) ou de l’antimoine désoxydé par le charbon. Il fit en même temps ressortir l’importance de cette distinction, par une singulière histoire d’empoisonnement. Une femme demanda à un pharmacien du régule d’antimoine pour se purger. Le pharmacien voulant montrer à sa cliente toute sa science, lui dit : Attendez un peu ; je vais chasser auparavant le poison par le feu. Et aussitôt il se mit à calciner l’antimoine (à le convertir en oxyde métallique). La malheureuse femme qui prit celle poudre, eut, comme on le devine, des vomissements atroces, et elle faillit trépasser. La dose de l’antimoine métallique, que le pharmacien avait calcinée pour en chasser, à ce qu’il prétendait, le poison, avait été de 35 grains.

Les premières observations qui aient été faites relativement à l’action que la lumière exerce sur la végétation, remontent à Kunckel. Cet habile expérimentateur constata que les plantes que l’on fait croître dans l’obscurité n’atteignent jamais leur perfection, qu’elles n’acquièrent surtout aucune odeur aromatique.

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C’est encore Kunckel qui a le premier signalé le fait qui devait, un siècle et demi plus tard, conduire H. Davy à l’invention de la lampe de sûreté. Voici de fait : « Lorsqu’on interpose entre la flamme el le métal qu’elle fait fondre, une gaze métallique, l’action de la flamme est suspendue f. »

Enfin Kunckel a attaché son nom à la découverte du phosphore par les documents curieux qu’il nous a transmis. Cette découverte fut précédée de celle du phosphore de Baudouin, dont Kunckel raconte l’histoire en ces termes, a U y eut à Grossenhayn en Saxe un savant bailli du nom de Baudouin, qui vivait dans la plus grande intimité avec le docteur Früben. Un jour il leur vint à tous deux l’idée de trouver un moyen de recueillir l’esprit du monde, spiritum mundi. A cet effet, ils firent dissoudre de la craie dans de l’esprit de nitre, et évaporèrent la liqueur jusqu’à siccité. Le résidu attirait fortement l’eau (humidité) de l’air. Cette eau, ils l’en retiraient par la distillation : c’était là leur esprit du monde, qu’ils vendaient fort cher (environ 2 francs les 35 grammes). Tous, seigneurs et vilains, voulaient faire usage de cette eau... C’était le cas de dire, ajoute Kunckel, que la foi opérait des miracles ; car l'eau de pluie aurait été tout aussi bonne. » — Un jour la cornue, où avait été calciné le nitrate de chaux (la craie avec de l’esprit de nitre), se brisa ; Baudouin remarqua que le résidu luisait dans l’obscurité, el qu’il n’avait la propriété de luire ainsi qu’après avoir été exposé à la lumière du soleil.

« Baudouin courut aussitôt, continue Kunckel, à Dresde pour communiquer ce résultat au conseiller de Friesen, à plusieurs ministres de la cour, et enfin à moi. Je fus, je l’avoue, émerveillé de eette singulière expérience; mais il ne me fut pas permis de toucher la matière de mes mains. Pour obtenir cette faveur, je fis une visite à M. Baudouin, qui me reçut fort poliment, et me donna une belle soirée musicale. Bien que j’eusse causé avec lui toute la journée, il me fut impossible d’en apprendre le fin mot. La nuit étant venue, je demandai à M. Baudouin si son phosphorus , c’est ainsi qu’il appelait son produit de la cornue, pouvait aussi attirer la lumière d’une bougie, comme il attire celle du soleil. Il se mit sur-le-champ à en faire l’expérience. Toutefois je n’eus pas encore le bonheur de loucher le produit en question. — Ne serait-il pas, lui disais-je alors, plus convenable de lui faire absorber la lumière à distance au moyen d’un miroir concave? — Vous avez raison, ré-

t. Kunckel, Laboratorium, p. 23.

pondit-il. — Et il alla aussitôt chercher lui-même son miroir, et cela avec tant de précipitation qu'il oublia sur la table la substance que j’étais si curieux d’examiner de près. La saisir de mes mains, en enlever un morceau avec les ongles et le mettre dans ma poche, tout cela fut l’afTaire d’un instant. » — Baudouin revient, l’expérience commence, mais Kunckel ne dit pas si elle réussit. — « Je lui demandai, continue-t-il, s’il ne voudrait pas me faire connaître son secret. Il y consentit, mais à des conditions inacceptables. J’envoyai alors un messager à M. Tutzky, qui avait longtemps travaillé dans mon laboratoire, et le priai de se mettre immédiatement à l’œuvre en traitant la craie par l’esprit de nitre (car je savais qu’on avait employé ces deux substances pour la préparation de l’esprit du monde), de calciner le mélange fortement et de m’informer du résultat de l’expérience par le retour du messager. » — L’expérience réussit, comme on le pense bien, au-delà de toute espérance, et le même soir Kunckel offrit à Baudouin un échantillon de son phosphorus, — en retour de sa soirée musicale. Il est difficile d’avoir en même temps autant d’esprit que de sagacité.

Les détails, concernant la découverte du phosphore proprement dit, font encore mieux ressortir les qualités de Kunckel.

c Quelques semaines après la découverte du phosphore de Baudouin, je fus obligé de faire un voyage à Hambourg. J’avais emporté avec moi un de ces têts luisants, pour le montrer à un de mes amis. Celui-ci, sans paraître surpris me dit ; « Il y a dans notre ville un homme qui se nomme le docteur Brand; c’est un négociant ruiné qui, se livrant à la médecine, a dernièrement découvert quelque chose qui luit dans l’obscurité. » — Il me mit en rapport avec Brand. Celui-ci ayant donné à un de ses amis 1$ petite quantité de phosphore qu’il avait obtenu par son procédé, je dus me rendre chez cet ami pour voir ce corps luisant. Mais, plus je me montrais curieux d’en connaître la préparation, plus on se tenait sur la réserve vis-à-vis de moi. Pans l’intervalle , j’envoyai à M. Krafft, à Dresde, une lettre dans laquelle je lui fis part de la nouvelle. Krafft, sans me répondre, se met aussitôt en route, arrive à Hambourg et achète, à mon insu, le secret de la préparation du phosphore pour 200 thalers (environ 750 francs). »

Nous passons sous silence les démêlés que Kunckel eut d’une part, avec Krafft, et de l’autre, avec Brand : ils se jouaient évidemment de lui. Enfin, sachant que Brand avait travaillé sur l’un'ne, il se mit lui-même à l’œuvre. « Rien ne me coûta; et, au bout de quel-

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ques semaines, je fus assez heureux pour trouver, à mon tour, ce phosphore... Le secret de Braud devint bientôt si vulgaire, que ce docteur tudesque, le vendit, par besoin, à d’autres personnes, pour

10 thalers (environ 35 francs). Quant à moi, je fais ce que personne ne sait encore : mon phosphore est pur et transparent et d’une grande force. Mais je n’en fais plus maintenant, parce qu’il donne lieu à une foule d’accidents. »

Ces faits, auxquels une simple analyse aurait ôté le charme de leur récit, se passèrent de 1668 à 1669. Kunckel n’y mit pas autant de mystère que Brand; car il communiqua gratuitement son procédé à plusieurs personnes, entre autres à llomberg qui fit le premier connaître en France la manière de faire le phosphore brûlant de Kunckel.

Homberg répéta le procédé de Kunckel dans le laboratoire de l’Académie des sciences, et en donna la description suivante.

« Prenez de l’urine fraîche, tant que vous voudrez ; faites-la évaporer sur un petit feu jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un résidu bruD, presque sec. Mettez ce résidu se putréfier dans une cave pendant trois ou quatre mois; puis prenez-en deux livres et mêlez-les bien avec le double de menu sable ou de bol. Mettez ce mélange dans une bonne cornue de grès lutée ; et, ayant versé une pinte ou deux d’eau qommune dans un récipient en verre qui ait le col un peu long, adaptez la cornue à ce récipient et placez-la à un feu nu. Chauffez d’abord faiblement pendant deux heures; augmentez ensuite peu à peu le feu jusqu’à ce qu’il devienne très-violent, et continuez à chauffer ainsi pendant trois heures de suite. Au bout de ce temps, il passera dans le récipient d’abord un peu de phlegme, puis un peu de sel volatil, puis beaucoup d'huile noire et puante; enfin la matière du phosphore passera sous forme de nuées blanches, formant aux parois du récipient une mince pellicule jaune, ou bien la matière tombera au fond du récipient sous l’orme de grains de sable.

11 faudra alors éteindre le feu et ne pas ôter le récipient ; car le phosphore pourrait brûler si on lui donnait de l’air, pendant que le récipient qui le contient est encore chaud. Pour réunir ces petits grains, ou les met dans une lingotière de fer-blanc; et, ayant versé de l’eau sur ces grains, on chauffe la lingotière pour les faire fondre comme de la cire. Alors on verse de l’eau dessus jusqu’à ce que la masse du phosphore soit coagulée en un bâton dur, ressemblant à de la cire jaune 1. »

1. Mém. de l’Acad. des sciences de Paris, T. X. (présenté le 30 avril 1692).

Telle est l’histoire de la découverte du phosphore. Elle soulève une question litigieuse. Le procédé de Kunckel, décrit par Homberg, est au fond le même que celui de Boyle L Guidés par leur sagacité, et travaillant à l’insu l’un de l’autre, ils étaient arrivés presque simultanément au même résultat. N’est-ce pas à eux que revient l’honneur de cette découverte plutôt qu’à Brand, qui ne vendait son secret qu’à beaux deniers comptants et à la condition de ne le communiquer à personne?

Angelo Sala. — Natif de Vicence, Sala passa depuis 1602 presque toute sa vie en Allemagne où il pratiquait la médecine et la chimie. Dans ses écrits, publiés à Francfort en 16à7, in-ô% il se montre ennemi du charlatanisme et des vaines théories.

Le principal mérite de Sala est d’avoir fait le premier une étude approfondie et vraiment scientifique des préparations antimoniales. Il insiste surtout sur la réserve extrême avec laquelle il faut les employer en médecine. « Quiconque aime sa santé doit, dit-il, se tenir en garde contre ce gerye de médicaments. Outre l’arsenic qui s’y trouve naturellement, l’antimoine peut, en se combinant avec d’autres corps, acquérir des propriétés vénéneuses, de même que le mercure qui, en lui-même n’est pas un poison, peut le devenir à l’état de sublimé. »

Indépendamment des oxydes et sulfures d’antimoine, Sala connaissait Vémétique; car il parle, en termes précis, d’un précipité antimonial, qu’on obtient en le faisant bouillir jusqu’à décoloration dans une liqueur alcaline de sel de tartre. Il parle aussi de la préparation de V émétique ferrugineux, dans lequel le peroxyde de fer remplace exactement l'oxyde d’antimoine.

Sala a le premier parlé du sel d'oseille (bioxalale de potasse) sous le nom de tartre; car tous les produits acides ou salins retirés, nonseulement du vin, mais du mûrier, du tannin, etc., étaient pour lui des tartres. « Pour faire du tartre bien acide, il faut, dit-il, exprimer le suc de l’oseille ( rumex acelosa), et le clarifier avec du blanc d’œuf. Cela fait, il faut filtrer la liqueur, l’évaporer, redissoudre le résidu dans l’eau bouillante et l’abandonner à la cristallisation. » li’auteur soutient avec juste raison qu’il n’est pas indifférent de traiter les racines, les tiges, les feuilles, les fruits des végétaux par l’alcool ou par l’eau; car il y a, remarque-t-il, des cas où l’un de ces véhicules est plus apte que l’autre à se charger des

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