Voy plus haut, p
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principes qui affectent le goût ou l’odorat ; l’alcool se pénètre, en général, mieux que l’eau du principe odorant (huile essentielle), et l’eau dissout davantage le principe amer.
L’usage de l’eau-de-vie de grain était, dès le xvii® siècle, très-répandu chez les habitants de l’Europe septentrionale. Pour la fabriquer, ils se servent, comme nous l’apprend A. Sala, de grains de blé grossièrement moulus, jettent cette farine dans une cuve, y versent de l’eau tiède, remuent la pâte demi- liquide avec des spatules; ils y ajoutent de la ievûre de bière et abandonnent le tout à la fermentation. « Il faut avoir, ajoute-t-il, quelque pratique pour savoir quand la fermentation est achevée et quand il est temps de soumettre le tout à la distillation pour en retirer l’eau ardente. »
Bien des questions, dont Ja solution préoccupait les anciens, nous paraissent aujourd’hui tellement simples que personne ne songe à s’y arrêter. Ainsi, Y huile ou esprit de vilriol , retiré du vitriol bleu (sulfate de cuivre), est-il le même que celui qu’on relire du vitriol vert (sulfate de fer)? Voilà ce que se demandaient jadis les chimistes. Presque tous admettaient deux produits différents : un esprit de Vénus , contenant un peu de cuivre, et un esprit de Mars, contenant un peu de fer.
Après avoir montré que ces deux produits ne contiennent ni cuivre, ni fer, et qu’ils ne constituent qu’un seul et même composé, Sala essaya d’établir que l’huile ou l’esprit de vitriol n’est qu’une vapeur sulfureuse ayant enlevé quelque chose à l’air ambiant (aè ambiente <ere extractum). On voit qu’il touchait de près la vérité. S'il était parvenu â saisir ce quelque chose qui transforme le soufre en acide et le même corps aériforme qui entretient la combustion et la respiration, il aurait découvert l’oxygène. Mais cette découverte était réservée à d’autres.
Ce fut par la synthèse qu’on arriva d’abord h connaître la composition du cinabre et du nilre. Sala suivit la même voie pour arriver à la connaissance de la composition du sel ammoniac. « Si vous mêlez ensemble, dit-il, une partie de sel volatil des urines (ammoniaque) avec uoe proporlion convenable d’esprit de sel (acide chlorhydrique), vous obtiendrez un produit qui ressemble en tous points au sel ammoniac ordinaire. » C’est, en effet, par la combinai-' son directe de l’ammoniaque avec l’acide chlorhydrique, qu’on obtient le chlorhydrate d’ammoniaque, connu longtemps sous le nom de sel ammoniac.
Otto T&chenius ou Tacken. — Vivant vers le milieu du xvmsiè-
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cle, ce médecin chimiste n’est guère connu que par ses écrits, dont le principal a pour titre t Hippocrates chemicus (Venise, 4068, in-42°).
Tachenius précisa le premier ce qu’il faut entendre par le mot, si usité, de sel. « Tout ce qui est sel se décompose, dit-il, en deux substances, savoir : un alcali (base) et un acide. » Il cite comme exemple le sel ammoniac, « parce qu’on en tire l’esprit de sel, en tout pareil à celui obtenu avec le sel commun, et l’alcali volatil, identique avec celui que l’on extrait de l’urine. » Voilà la composition du sel ammoniac démontrée par l’analyse.
C’est à Tachenius que revient l’honneur d’avoir le premier signalé ce qui se passe quand on traite un alcali par de l’huile ou de la graisse. « Dans la saponification c’est, dit-il, un acide qui se combine avec l’alcali ; car l’huile ou la graisse renferme un acide masqué. »
Il démontra aussi par la synthèse que le sel ou l’eau de Minderer est un composé dé vinaigre ét d’alcali urineux (ammoniaque). — Les sels d’urine proviennent, d’après ses observations, des aliments ingérés dans le tube digestif, l’urine des mourants est presque entièrement privée de sels, et le fer, au lieu de passer dans les urines, est presque entièrement rejeté par les fèces en les colorant en noir. L’infusion de noix de galle lui servait de réactif pour constater que l’urine des malades soumis à un traitement ferrugineux n’est pas colorée en noir. Il appliqua le même réactif aux solutions métalliques de cuivre, de zinc, de plomb, de mercure, d’étain et marqua l’abondance et la couleur de ces précipités. Il constata, entre autres, que l’infusion de noix de galle transforme une solution d’or en une liqueur jaune de succin qui, étendu avec la main sur du papier, brille comme du vernis après avoir été desséché.
Les chimistes et alchimistes s’étalent servis indifféremment de Peau commune et de l'eau distillée. Tachenius signala le premier la différence qui existe entre ces deux eaux. « L’eau de rivière, l’eau de puits, enfin l’eau commune, contient, dit-il, du sel qui est nécessaire aux plantes et même aux animaux. C’est pourquoi une dissolution d’argent (nitrate d’argent) y détermine un trouble, un précipité blanc, absolument comme si l’on avait versé un peu d’eatl salée dans cette dissolution.
. Tachenius a le premier établi que la silice est un acide : il s’appuyait sur ce que la silice est susceptible de se combiner avec la potasse pour former la liqueur des cailloux, qui est, selon lui, un
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véritable sel. Mais il en donna encore une autre preuve, plus convaincante. < La silice n’est attaquée par aucun acide ; l’eau forte même ne la corrode pas. Pourquoi? Parce que la silice est elle-même de la nature d’un acide, et que si elle contenait seulement la moindre parcelle d’un alcali, les acides l’attaqueraient en s’y combinant.
Ce même observateur a le premier signalé un des faits fondamentaux de la chimie, à savoir que tout acide est déplacé de sa combinaison par un autre acide plus puissant; et il ajoute que l’acide qui se combine ainsi avec un alcali augmente nécessairement de poids d’une manière constante. — Quant à l'esprit acide vital, que l’auteur surnomme fils du soleil, c’est un être imaginaire. Mais, chose digne de remarque , il lui fait jouer le même rôle qu’à l’oxygène, appelé par Lavoisier esprit générateur des acides. II le fait intervenir dans la formation du nilre, dans les phénomènes de la végétation et de la fermentation, et 11 soutient que cette intervention s’opère par l’intermédiaire des rayons solaires.
Tachenius connaissait le fait de l’augmentation du poids du plomb par la transformation de ce métal en minium. Mais l’explication qu’il en donne est assez embarrassée. Il semble attribuer la cause de ce(te augmentation à un esprit acide de bois, ou plutôt avec Boyle, à la flamme. Dans tous les cas, il ne partage pas l’opinion de ceux qui, s’étant également aperçus de l’augmentation des poids des métaux pendant leur calcination, l’avaient attribuée à la fixation de certaines particules aériennes.
Joachim Beeher. — Fortement enclin à l’esprit de système, J. Beeher (né à Spire en 1635, mort en 1682) visita les principales contrées de l’Europe sans s’établir nulle part. C’est ainsi qu’on le trouve tour à tour en Bavière, en Autriche, en Hollande, en Suède, en Angleterre, etc. Ses ouvrages, parmi lesquels on remarque Œdipus chymicus (Amsterd. 1664, in-12») et Physica subterranea (Francf. 1669, in-8°), sont écrits dans un allemand entremêlé de beaucoup de phrases latines.
En traitant des métaux, Beeher les regarde comme composés de trois éléments, d’une terre vitrifiable, d’une terre volatile, et d’un principe igné, combustible. Ces éléments remplaçaient, dans l’esprit de l’auteur, le sel, le soufre, le mercure, éléments des alchimistes. Quant au spiritus esurinus ou solum catholicum , qui devait faire croître les minéraux, exister dans les sels, dans les eaux, etc.,
on a de la peine d’y reconnaître, comme on l’a voulu, l’oxygène ou l’acide carbonique.
Becher fut le maître de Stahl, l’auteur de la théorie du phlogistique.
Nicolas Lefèvre. — N. Lefèvre, auteur d’un Traité de chimie (Paris, 1660, in-8°), premier ouvrage de ce genre, fut appelé par Vallol, premier médecin de Louis XIV, à occuper, après la mort de Davisson, la chaire de démonstrateur de chimie au Jardin du Roi.
Les cours de chimie que les élèves suivaient dans cet établissement, étaient faits concurremment par un professeur et un démonstrateur. Le premier, planant dans les régions abstraites des systèmes, était l’incarnation de la Théorie ; par une coutume traditionnelle, le premier médecin du roi en remplissait le rôle. Dès que le docteur avait cessé de parler, on voyait apparaître le démonstrateur qui devait appuyer les aperçus du professeur par des arguments ante oculos : il personnifiait la Pratique. Il va sans dire que les expériences du démonstrateur ne confirmaient pas toujours les paroles du maître, qui avait soin de se retirer après avoir terminé la première partie de la leçon. Cette mise en scène était en quelque sorte la réalisation des Dialogues de Bernard Palissy entre la Théorique et la Practique, qui ne s’accordaient presque jamais entre elles : curieux mode d’enseignement qui fut suivi au Jardin du Roi, pendant plus d’un siècle, jusqu’à la mort de Rouelle.
Lefèvre ne resta pas longtemps simple démonstrateur. Vers 1664, il fut appelé par Charles II, roi d’Angleterre, à diriger le laboratoire de Saint-James. 11 devait sa réputation à son ouvrage, qui eut rapidement jusqu’à cinq éditions et fut traduit dans les principales langues de l’Europe. On sentait depuis longtemps le besoin de réunir en un corps de doctrine des matériaux dispersés un peu partout. Le Traité de chimie de Lefèvre répondait à ce besoin de l’époque; et c’est ce qui en explique le succès.
La définition que l’auteur donne de la chimie est beaucoup trop générale ; cette science aurait « pour objet toutes les choses naturelles que Dieu a tirées du chaos par la création » : ce serait, en un mot, la science universelle. La division, qu’il fait ensuite de la chimie en trois espèces, est mieux fondée. « L’une, dit-il, qui est tout à fait scientifique et comtemplative, peut s’appeler philosophique; elle n’a pour but que la contemplation et la connaissance de la nature et de ses effets, parce qu’elle prend pour son objet les choses qui ne sont aucunement en notre puissance. La seconde es-
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pèce. peut s’appeler iatrochymie , qui signifie médecine chimique : elle n’a pour but que les opérations auxquelles toutefois elle ne peut parvenir que par le moyen de la chimie contemplative pt scientifique. La troisième espèce s’appelle chyrnie pharmaceutique, qui n’a pour but que les opérations auxquelles l’apothicaire ne doit travailler que selon les préceptes et sous la direction des iatrochimisles. »
Les préceptes qu’il donne aux pharmaciens sur le choix des vaisseaux, sur l'application des différents degrés de chaleur, sur la distillation et particulièrement sur la préparation des sirops, méritent d’être rappelés, c II faut que, dit-il, quand les apothicaires cuiront des sirops de fleurs odorantes, on ne sente point leurs boutiques de trois ou quatre cents pas, ce qui témoigne la perle de la vertu essentielle des parties volatiles des fleurs et des écorces odorantes ; si ce n’est que ces apothicaires veuillent faire sentir leurs boutiques de bien loin par une vaine politique, qui néanmoins est très-dangereuse et très -dommageable à la société. »
Le principal mérite de Lefèvre est d’avoir l’un des premiers fait ressortir l’importance des solutions saoulées, c’est-à-dire saturées. Et il cite comme exemple le sel marin. « Prenez, dit-il, quatre onces de sel ordinaire, faites-les dissoudre dans huit onces d’eau commune à chaud, et vous verrez que l’eau ne se chargera que de trois onces de ce sel, et qu’elle laissera la quatrième, quoique vous fassiez bouillir l’eau et que vous l’alliez avec ce sel. » — Il applique ce fait à tous les dissolvants (menstrues) en général, et se résume en ces termes : « Lorsque le menstrue est ainsi saoulé et rempli, soit à froid ou à chaud, il est impossible à l’art de lui en faire prendre davantage, parce qu’il est chargé selon le poids de nature, qu’on ne peut outre-passer, si on ne veut tout gâter. » Et, pour donner à cette loi un cachet classique il cite, avec beaucoup d’à-propos, ces vers d’Horace :
Est modus in rebas, sunt certi denique fines,
Quos ultraque citraque nequit consistere rectum.
Christophe Glaser. — Après son départ pour l’Angleterre, Lefèvre fut remplacé dans la place de démonstrateur au Jardin du Roi par un chimiste allemand, Ch. Glaser, natif de Bâle, et auteur d’un Traité de chimie (Paris, 1663), également fort estimé alors. Par le crédit de Vallot, premier médecin du roi, Glaser cumula la place de démonstrateur avec celle de pharmacien de la cour, et dut, plus lard, quitter la France par suite du fameux procès de l’empoison-
neuse marquise de Brinvilliers, dans lequel il avait été impliqué.
Glaser peut être considéré comme l’inventeur du nitrate d’argent fondu dans des lingotières. Voici son procédé, décrit par lui-même ; « Après avoir fait cristalliser la dissolution d’argent dans l’eau-forte, mettez ce sel (nitrate d’argent cristallisé) dans un bon creuset d’Allemagne un peu grand, à cause que la matière en bouillant au commencement s’enfle, et pourrait verser et B’en perdre. Mettez votre creuset sur petit feu, jusqu’à ce que les ébullitions soient passées, que votre matière s’abaisse au fond ; et à ce moment vous augmenterez un peu le feu, et vous verrez votre matière comme de l’huile au fond du creuset, laquelle vous verserez dans une lingotière bien nette et un peu chauffée auparavant, et vous la trouverez dure comme pierre, laquelle vous garderez dans une boite pour vos usages. > — . Ce mode de préparation de la pierre infernale est employé encore aujourd’hui.
En projetant les fleurs de soufre sur du nitre en fusion, Glaser obtenait le sel ou la pierre de prunelle (sulfate de potasse fondu), ainsi pommé parce qu’il était préconisé comme un remède efficace contre les fièvres prunelles ou ardentes. Ce sel antifébrile reçut depuis lors le nom de sel polychreste (c’est-à-dire très-utile) de Glaser.
Cet habile manipulateur sentait toute la valeur des détails de pratique. « Je fais profession, s’écriaibil, de ne dire que ce que je ais, et de n’écrire que ce que je fais. »
Nicolas Lemery. — Disciple de blaser, N. Lemery (né à Rouen en 16Z16, mort à Paris en 1699), faisait, en 1672, un cours de chimie à Paris dans la rue Galande, alors peuplée d’élèves. Après la révocation de l’édit de Nantes, Lemery fut obligé, comme protestant, d'abandonner son enseignement et la pharmacie qu’il avait fondée . Après avoir vécu quelque temps en Angleterre, il abjura le protestantisme et rentra dans son pays.
Le Cours de chymie de Lemery, qui parut pour la première fois à Paris en 1675, in-8°, eut encore plus de succès que les Traités de chimie de Lefèvre et de Glaser. Le programme, que l’auteur se proposait de réaliser, était celui d’un partisan décidé de la méthode expérimentale. « Les belles imaginations des autres philosophes touchant leurs principes physiques, élèvent, disait-il, l'esprit par de grandes idées, mais elles ne prouvent rien démonstrativement. Et comme la chimie est une science démonstrative, elle ne reçoit pour fondement que celui qui lui est palpable et démonstratif. »
C’est à Lemery que revient l’honneur d’avoir l’un des premiers
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nettement distingué la voie humide de la voie sèche, distinction si importante en chimie organique. Voici comment il s’exprimait relativement au sel acide de potasse (il comprenait sous cette dénomination générale le bitartrate, le bioxalate etc., retirés de certains sucs végétaux abandonnés à la cristallisation). < On peut dire que ce sel acide est le véritable sel qui était dans la plante, puisque les moyens qu’on a employés en l’en tirant, sont naturels et incapables de changer sa nature. » Puis, l’auteur ajoute qu’il en est tout autrement du sel fixe « obtenu par la violence du feu. » — On sait depuis que les tartrate, oxalate, malate, citrate, etc., de potasse, qui existent naturellement dans les plantes, sont changés, par l’incinération, en carbonate de la même base. Déjà fiemery semblait persuadé que le sel alcalin (des cendres) provient de la destruction du sel acide par voie sèche.
1) appela particulièrement l’attention des chimistes sur l’antimoine naturel (sulfure d’antimoine) « composé, disait-il, de soufre et d’une substance fort approchante d’un métal ( stibium ). Car
il savait que le fer, avec lequel on préparait le régule d’antimoine, avait pour effet c d’enlever à cet antimoine naturel les parties sulfureuses qui s’opposent à la formation des cristaux de l’antimoine, disposés en forme d’étoile. »
Plus d’un siècle avant Berthollet, Lemery prétendait expliquer les phénomènes de l’éclair et dq tonnerre par l’inflammation de l’hydrogène, gaz recueilli pour la première fois par Boyle, qui le confondait avec l’air commun. < Si l’on met, dit-il, dans un malras de moyenne grandeur, trois onces d’huile de yitriol, et douze onces d’eau commune, qu’on jette à plusieurs reprises une once de limaille de fer, il s’y fera une ébullition et une dissolution du fer qui produit des vapeurs blanches, lesquelles s’élèveront jusqu’au haut du matras. Si l’on présente à l’orifice du cou de ce vaisseau une bougie allumée, la vapeur prendra feu à l’instant, et à un temps donné fera une fulmination violente, puis s’éteipdra. Si l’on continue à mettre un peu de limaille de fer dans le matras, et qu’on en approche de la bougie allumée comme devant, réitérant le même procédé quatorze ou quinze fois, il se fera des ébullitions et des fulminations semblables aux premières, pendant lesquelles le malras se trouvera souvent rempli d’une flamme qui pénétrera et circulera jusqu’au fond de la liqueur. Il arrivera même quelquefois que la vapeur se Liendra allumée comme un flambeau au haut du cou du matras pendant plus d’un quart d'heure. Il me parait que cette fui-
mination représente bien en petit la matière sulfureuse qui brûle et circule tout enflammée dans l'eau deà nues, pour faire l’éclair et le tonnerre. ï — C’est ainsi que t la vapeur qui s’enflamme au contact d’une bougie allumée, > que l’air inflammable avait été obtenu plus de cent ans avant d’avoir été décrit sous le nom d'hydrogène, comme un élément de l’eau.
Parlant de ce fait qu’un mélange de parties égales de limaille de fer et de soufre pulvérisé et humecté d’eau, s’échauffe tellement qu’on a peine d’y toucher, Lemery expliqua l’origine des volcans, des tremblements de terre, etc., par la combustion naturelle de substances minérales.
Le mélange, spontanément inflammable, de limaille de fer et de soufre humectés, reçut le nom de volcan artificiel de Lemery.
Rappelons encore que nous devons à Lemery l’emploi de l’aimant pour constater la présence du fer dans des produits d’incinération. A cet effet, Lemery se servait d’un couteau aimanté, t On s’apercevra, dit-il, que beaucoup de particules du charbon se hérissent et seront attirées par le couteau, s’y attachant de même que la limaille de fer s’attache à l’aimant. Cette expérience montre que le charbon contient du fer. »
Guillaume Homberg. — Fils d’un officier au service de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales, G. Homberg (né en 1652 à Batavia, mort à Paris en 1715) vint fort jeune en Europe. Appelé en France par Colbert, il fut nommé en 1691 membre de l’Académie des Sciences, et enseigna la chimie au régent dont il devint premier médecin. A l’âge de cinquante-six ans, il épousa une femme (la fille de Dodarl) qui l’aidait dans ses travaux de laboratoire.
Nous avons montré plus haut que Homberg avait le premier fait connaître en France le phosphore, sur les indications de Kunckel. Il le considérait, non pas comme un élément, mais comme « la partie la plus grasse de l’urine, concentrée dans une terre fort inflammable. » Et à cette occasion il remarque que toute urine n’est pas propre à donner du phosphore; qu’il faut qu’elle provienne de personnes qui boivent de la bière. « Tous les essais qu’on a faits, ajoute-t-il, avec l’urine devin ont manqué ou produit si peu d’effet qu’à peine a-t-on pu s’en apercevoir. » — Cette observation parait assez fondée, quand on songe que les grains de céréales, employés dans la fabrication de la bière, sont riches en phosphates, sels dont le jus de raisin est presque entièrement dépourvu.
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Le phosphore de Homberg , qu’il ne faut pas confondre avec le phosphore extrait des urines, est, comme l’auteur le rapporte luimême, dû au hasard. Voulant un jour calciner un mélange de sel ammoniac et de chaux vive, il fut surpris de voir que ces substances produisaient, par la fusion, une masse blanche qui avait la propriété de jeter un éclat lumineux à chaque coup de pilon, « à peu près comme quand on pile du sucre dans un milieu obscur, mais avec beaucoup plus d’éclat. » — Voici en quels termes, Homberg décrit le mode de préparation de son phosphore. « Prenez une partie de sel ammoniac en poudre, et deux parties de chaux vive; mêlez-les exactement , remplissez-en un creuset, et mettez-le à un petit feu de fonte. » — On voit, d’après cela, que le phosphore de Homberg n’était autre chose que du chlorure de calcium, sel qui attire, ce que l’auteur n’ignorait pas, fortement l'humidité de l’air.
Les travaux de Homberg sur la saturation des acides par les alcalis indiquaient la voie qui devait conduire à la loi des équivalents et des proportions définies, c La force des acides consiste, dit l’auteur, à pouvoir dissoudre; celle des alcalis consiste à être dissolubles; et plus ils le sont, plus ils sont parfaits en leur genre. » — Substituez aux mots dissoudre et dissolubles ceux de neutraliser et de neutralisables, et vous aurez la définition des acides et des bases, telle qu’on la donne aujourd’hui.
Pour montrer que le même alcali se combine dans des proportions différentes avec des acides différents , Homberg traitait une quantité déterminée (une once) de sel de tartre calciné (potasse) avec de l’esprit de nitre en excès (acide nitrique concentré). Puis, après avoir évaporé la liqueur jusqu’à siccilé, il pesait le résidu : l’augmentation du poids de la potasse indiquait la quantité d’acide absorbée. Généralisant ce fait, il dressa une table des différentes proportions d’acides volatiles (susceptibles d’être chassés par l’évaporation), se combinant avec la même quantité de base. Il s’attacha ensuite à montrer que « la quantité d’un acide que prend un alcali est la mesure de la force passive de cet alcali. » — Enfin il fit voir que la chaux éteinte (carbonate de chaux) dissout la même quantité d’acide que la chaux vive. Cette expérience lui servait d’argument pour réfuter la théorie de quelques chimistes qui prétendaient que la chaux perdait sa force alcaline par la calcination.
Le duc d’Orléans avait acheté pour son maître de chimie une lentille ardente, de trois pieds de diamètre, venant des ateliers du célèbre opticien Tschirnhauscn. C’est avec cette lentille que Homberg
lit ses expériences mémorables sur la fusibilité et la volatilité des métaux.
CHIMIE TECHNIQUE ET MÉTALLURGIQUE AU XVIIe SIÈCLE
A mesure que nous avançons, nous voyons se multiplier le nombre des chimistes qui essayaient de répandre le goût des travaux de laboratoire au profit des arts industriels. Stiesser, f. M. Hoffmann, Mayow, Eschbolu, Bohn, Bourdelin, Podart et tant d’autres, s’empressèrent de communiquer au public les résultats 4e leurs expériences, leurs acta laboratorii.
Les souverains rivalisèrent de zèle pour favoriser le développe* ment d’une science qui promettait tant de merveilles. Charles XI, roi de Suède, fonda en 1683, à Stockholm, un laboratoire modèle, dont Hierne et Wallerius eurent successivement la direction. Aux termes du programme proposé, on devait étudier la nature des métaux, perfectionner la composition des médicaments, analyser les terres les plus favorables à l’agriculture, trouver une matière propre à couvrir les maisons, qui réunisse à la légèreté le pouvoir de résister aux incendies, chercher le moyen de garantir le fer de la rouille, le bois de la pourriture, etc. Parmi les premiers travaux sortis de ce laboratoire, nous signalerons particulièrement ceux de Hierne Sur l'acide de la fourmi et Sur f augmentation du poids des métaux par la calcination.
On savait depuis longtemps que les fourmis rougissent les fleur* humides de la chicorée sauvage, de la bourrache, etc., sur lesquels on les fait courir, J. Wray eut le premier, en 1670, l’idée de soumettre les fourmis à la distillation, t! parvint ainsi à constater que ces insectes, seuls ou humectés d’eau, donnent une liqueur trèsacide, semblable à l'esprit de vinaigre. Hierne reprit le travail de Wray, inséré dans les Transactions philosophiques de Londres. Il remarqua que, dans la distillation des fourmis, il y a trois liquides différents qui passent successivement dans le récipient : le premier est l’acide de la fourmi (aGide formique) faible; le second est franchement acide, plus fort que le premier; enfin celui qui passe le dernier n’est plus que de l’alcalil vojati (verdissant le sirop de violettes).
Après avoir reconnu l’exactitude du fait de l’augmentation du poids des métaux par la calcination, Hierne cherche à l’expliquer par la fixation d’une espèce d’acide gras et sulfureux (acidum pingue
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et sulphureum), contenu dans le bois et les charbons. Il avoue cependant que cette explication laisse beaucoup à désirer, puisque les métaux se convertissent en chaux (oxydes) sans l’intermédiaire du bois et des charbons *.
La découverte des mines du Pérou contribua au progrès de la chimie métallurgique. Ces mines d’argent consommaient des quantités énormes de mercure depuis l’adoption du procédé d’amalga-r mation. Ce procédé présentait de grands avantages à côté de grands inconvénients . Ceux-ci venaient principalement de la perte considérable du mercure dont le prix allait en augmentant, Alonso Barba, qui fut pendant plusieurs années curé à Potosi, nous a donné à cet égard des renseignements curieux dans son ouvrage intitulé ; El arte de los métallos, en que se enseüa el verdadero benejicio, etc., Madrid, 1640, in 4°. « L’usage du mercure était, dit-il, rare, et on en consommait très-peu avant ce siècle d’argent ; on ne s’en servait que pour des compositions pharmaceutiques dont on pouvait très-bien se passer,.. Mais, depuis que par Je moyen du mercure on sépare l’argent des minerais moulus en farine, la quantité de ce métal qu’on emploie à cette opération est presque incroyable. Si l’argent qu’on a tiré des mines du Pérou a rempli le monde de richesses, on a perdu ou employé au moins une fois autant de mercure; de telle façon qu’encore aujourd’hui (vers l’année 1610) celui qui travaille le mieux consomme le double de mercure de ce qu’il peut tirer d’argent, et il est rare qu’il ne s’en perde pas davantage. On a commencé à Potosi, en 1574, à se servir du procédé d’amalgamation, et jusqu’à présent on a porté aux caisses royales de cette ville, pour le compte du roi d’Espagne, plus de 204,700 quintaux de mercure, sans compter ce qui y est entré par d’autres voies. » — Cette quantité de mercure fut consommée dans l’espace d’environ trente-cinq ans, depuis 1574 jusqu’en 1609.
A. Barba attribua cette perte du mercure à la construction défectueuse des appareils dans lesquels on chauffait les pinas : on appelait ainsi des masses d’argent de forme pyramidale, contenant encore une quantité notable de mercure qui n’avait pas passé par les pores des toiles. — L’eau forte, dont l’usage avait été gardé jusqu’alors comme un secret, aurait pu servir avantageusement dans l'affinage des mines d’or et d’argent. Mais le mode de préparation coûteux de cet acide, et son emploi défectueux, ne permettaient pas