‹ Histoire UniverselleChapitre 160 sur 184 · Acta chem. Bohn. T. IL · texte numérisé non relu

Acta chem. Bohn. T. IL

d’en tirer de grands bénéfices. Tout allait bien, tant que les Espagnols n’avaient pour ainsi dire qu’à se baisser pour ramasser l’argent et l’or natifs, ou qu’à torturer les indigènes pour leur faire apporter leur métal ; mais, dès qu’il fallut mettre la main à l’œuvre, fouiller dans les entrailles de la terre pour en arracher les trésors cachés, déployer de l’activité et faire preuve d’intelligence, — il n’y eut plus d’Eldorado : l’Amérique devint pour ces indignes exploitants une terre maudite.

En France, les travaux métallurgiques furent encouragés par plusieurs ordonnances de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV. Ce fut sous le règne de Louis XIII que vint en France une fameuse aventurière, la baronne de Beausoleil, qui fit paraître deux mémoires ; l’un, dédié au roi, avait pour litre : Véritable déclaration faite au roi et nos seigneurs de son conseil des riches et inestimables trésors nouvellement découverts dans le royaume de France ; l’autre, dédié au cardinal Richelieu, était intitulé : La restitution de Pluton ; œuvre auquel il est amplement traité des mines et minerais de France, etc.

La baronne raconte sérieusement qu’elle a vu, dans les mines de Neusol et de Chemnitz en Hongrie, à quatre ou cinq cents toises de profondeur, « de petits nains, de la hauteur de trois ou quatre paulmes, vieux et vcstus comme ceux qui travaillent aux mines, se servir d’un vieux robon et d’un tablier de cuir qui leur pend au fort du corps, d’un habit blanc avec capuchon, une lampe et un baston à la main, spectres espouvantables à ceux que l’expérience dans la descente des mines n'a pas encore assurez. » — Après avoir énuméré les mines, découvertes en grande partie à l’aide de la boussole et de la baguette en coudrier, la baronne se résume en ces termes : « Nous demandons, moi et mon mari, seulement la sécurité des biens que nous avons employés, et des deniers que nous emploierons et dépenserons, ci-après, pour remplir vos coffres de thrésors et de finances, pour enricnir vos sujets, en ayant dans vos provinces des fontaines qui jetteront l’or et l’argent comme le bras, et le tout par des moyens aussi justes et iunocents que l’innocence même. » La baronne de Beausoleil vil, comme elle devait s’y attendre, sa requête rejetée. Mais ce rejet donna lieu à des réclamations nombreuses et à des procès qui eurent un grand retentissement, et dans lesquels furent impliqués plusieurs hauts personnages.

En Allemagne, la guerre de Trente ans, comme en Angleterre la guerre civile, avait paralysé toutes les branches de l’industrie.

TEMPS MODERNES 445

Les riches mines du Harz, de la Saxe et de la Bohème furent fermées, faute d’exploitants.

Les mines de mercure d’istia devinrent, dès 1660, très-lucratives pour la maison d’Autriche. — En Suède et en Norwège la métallurgie entra dans une phase de prospérité à partir de la seconde moitié du dix-septième siècle.

Une étude plus approfondie de la métallurgie appela l’attention des chimistes sur un fait capital, signalé déjà par plus d’un observateur, celui de l’augmentation du poids des métaux par leur calcination. Mais aucun ne poussa l’examen de ce fait aussi loin que le pharmacien périgourdin, Jean Rty, qui posa la question et la résolut en ces termes :

c Response favorable à la demande, pourquoi l estain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine.

« A cette demande doncques, appuyée sur les fondements déjà posés, je responds et soustiens glorieusement que ce surcroît de poids vient de l’air qui, dans le vase, a esté espessi, appesanti et rendu aucunement adhésif i*ar la véhémente et longuement continue chaleur du fourneau, lequel air se mesle avec la chaux et s’attache à ses plus menues parties1 ».

Le principe sur lequel Rey fondait son explication était la pesanteur de i’air. « L’air, dit-il, est un corps pesant, et, comme tel, il peut céder à l’étain et au plomb des molécules pesantes qui, par leur addition, augmentent nécessairement le poids primitif de ces métaux. » — A propos de la fixation des « molécules aériennes, » l’auteur constata que, passé un certain terme, le métal n’augmenté plus de poids, et qu'il se maintient dans un état constant. « L'air espaissi s’attache à la chaux (métallique), et va adhérant peu-à-peu jusqu’aux plus minces de ses parties ; ainsi son poids augmente du commencement jusqu’à la fin. Mais quand tout en est affublé, elle n’en sçauroit prendre davantage. Ne continuez pas votre calcination soubs cet espoir : vous perdriez votre peine. »

Cette citation laisse entrevoir la connaissance de la loi des combinaisons en proportions définies.

1. Essays sur la recherche de la cause pour laquelle l' estain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine; Bazas, 1630, in-8, opuscule réédité par Gobet, Paris, 1777.

CHIMIE DES GAZ DANS LA SECONDÉ StOITIÉ DU XVII* SIÈCLE

La chimie des gaz ou chimie pneumatique date des travaux de Van-Helmont et de Boyle. Ces travaux furent continués par Wren, Ilook, mais surtout par Mayow, et Jean Bernouilli.

Pour recueillir le fluide élastique (gaz acide carbonique), qui se dégage d’une matière en fermentation, Ch. Wren se servait d’une vessie adaptée au goulot du ballon qui contenait le mélange fermentescible. Il constata que ce fluide élastique ressemblait à l’air et pouvait être absorbé par l’eau. Cette expérience fut faite en 1664.

Une expérience analogue fut faite, dans la même année, en présence de la Société royale de Londres par Hooke. Ce physicien chimiste employa, à cet effet, un matras à deux ouvertures, à chacune desquelles s’adaptait un tube en verre ; il y introduisit des coquilles d’huîtres concassées (carbonate de chaux) et de l’eau-forte. Le gaz acide carbonique qui se dégageait par la réaction des deux matières, fut recueillie dans une vessie. Mais ce fluide élastique ne devint l’objet d’aucun examen.

Moray, Birth, Boccone, Pozzi, la Morendière, etc., racontèrent des cas nombreux d'asphyxie, occasionnés par des gaz irrespirables. Ant. Portius composa toute une dissertation sur l'irrespirabilité de l’air de la grotte de Chien, près de Naples l. Jessop, Lister, Browne, Ilogdson , Shirley, etc., rapportent un grand nombre d’accidents, arrivés dans les mines d’Angleterre par suite de l’explosion d’airs inflammables. Leurs observations se trouvent consignées dans les premiers volumes de la Société royale de Londres,

jean Mayow. — Frappé de ces phénomènes étranges qui se passent dans le monde des fluides élastiques, J. Mayow (né en 1645, mort en 1679) se livra à une série de travaux qui devaient particulièrement contribuer au développement de la chimie des gaz. Ces travaux ont été imprimés dans un livre fort remarquable, qui a pour titre : Tractatus quinque medico-physici , quorum primus agit de sale nitro et spirüu nitro-aereo ; secundus de respiratione, etc., Oxford, 1674, in-8°. Avant d’en donner une analyse succinte, nous devons rappeler, une fois pour toutes, que le mot sel avait alors

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