CHIMIE INDUSTRIELLE ET MÉDICALE AU XVIII* SIÈCLE
Depuis la fondation des sociétés savantes, les sciences comme les lettres présentaient une tendance oligarchique, tandis que l’organisation sociale inclinait de plus en plus vers la démocratie. Anciennement, c’était tout le contraire.
Quatre nations viennent ici se placer au premier rang : les Français, les Allemands, les Anglais et les Suédois. C’est à Paris, à Berlin, à Londres et à Stockholm que va se débattre le sort de la science.
Jetons un coup d’œil sur les travaux des chimistes qui, joints à ceux du siècle précédent, composent en quelque sorte l’avantgarde de la révolution qui va bientôt s’opérer dans la science.
A. Chimistes français.
Geoffroy aîné, (né à Paris en 1672, mort en 1731,) qui succéda, en 1712, à Fagon, premier médecin de Louis XIV, dans la chaire de chimie au Jardin du roi, fit faire un grand pas à la science par sa Table des différents rapports observés en chimie entre différentes substances. On y trouve pour la première fois nettement exprimé cet important fait général : « Toutes les fois que deux substances, ayant quelque tendance à se combiner l’une avec l’autre, se trouvent mêlées ensemble, et qu’il survient une troisième qui a plus d’affinité avec l’une des deux, elle s’y unit en faisant lâcher prise à
l'autre, i C’est là-dessus que Geoffroy entreprit d’établir la classification des acides, des alcalis, des terres absorbantes et des substances métalliques *. »
Geoffroy croyait à la génération des métaux et particulièrement du fer qui existe dans les cendres des matières organiques.
Geoffroy Jeune (né à Paris en 1685, mort en 1752), disciple de Tournefort, s’appliqua à l’exercice de la pharmacie et présenta, en 1707, à l’Académie des sciences, un mémoire ayant pour objet l'application de la botanique à la chimie. Frappé de ce que les plantes les plus différentes donnaient toujours à peu près des mêmes principes à la combustion ou à la distillation (seuls modes d’analyse alors connus), Geoffroy jeune pensa qu'il devait y avoir « dans la combinaison de ces principes quelque différence qui occasionne celle qu’on remarque surtout dans la couleur et l’odeur des différentes plantes. » Or, cette différence il la cherchait dans la manière dont l’huile essentielle se trouve mêlée avec les autres principes. C’est ainsi qu’il vit que l’essence de thym, combinée en diverses proportions, avec les acides et les alcalis, donnait à peu près toutes les nuances de couleur qu’on observe dans les plantes. Il découvrit aussiqueles huiles essentielles sont contenues dans des vésicules particulières, disséminées dans certaines parties du végétal. Quant à ces huiles elles-mêmes, il les considérait comme composées d’acide, de phlegme, d’un peu de terre et beaucoup de matière inflammable.
Geoffroy jeune montra, l’un des premiers, que la base du sel marin (soude) est une des parties constitutives du borax *.
Bouiduc (né à Paris en 1675, mort en 1742) simplifia la préparation du sublimé corrosif et fit des recherches sur les eaux minérales.
Louis Lemery (né à Paris en 1677, mort en 17Z|3), fils de Nicolas Lemery dont nous avons parlé plus haut, découvrit, en 1726, par un simple hasard, que le plomb, « lorsqu’il a une certaine forme, fort approchante d’un segment sphérique ou d’un champignon », devient presque aussi sonore que le métal des cloches. Réaumur remarqua que cette observation de Bouiduc m’est vraie qu’à la condition que le plomb ait acquis cette forme par la fusion, et que si on la lui donne à froid, ce métal reste aussi sourd qu'il l’est ordinairement.