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Mém. de l’Acad., année

Heiiot (né à Paris en 1685, mort en 1761) contribua aux progrès de la teinture par sa Théorie chimique de la teinture des étoffes. Il partit des principes que voici : « Dilater les pores de l’étoffe à teindre, y déposer les particules d’une matière étrangère, et les y retenir, ce sera bon teint. Déposer ces matières étrangères sur la seule surface des corps, ou dans des pores dont la capacité ne soit pas suffisante pour les recevoir, ce sera le petit ou faux teint, parce que le moindre choc détachera les atomes colorants. Enfin, il faut que ces corps soient couverts d’une espèce de mastic, que nj l’eau de pluie, ni les rayons de soleil ne puissent altérer. > — Ce ■sont ces principes que Hellot essaya de mettre en pratique.

Rouelle ( Guillaume-François ), originaire de Normandie (né en 1703, mort à Paris en 1770), fut le maître de Lavoisier. Démonstrateur du cours de chimie de Bourdelin au Jardin du Roi, esprit original, aimant la contradiction, Rouelle s’attachait par ses expériences à donner plus souvent un éclatant démenti aux théories du professeur *.

1. Grimra, dans sa Correspondance, a raconté beaucoup d’anecdotes sur le compte de Rouelle qui arrivait dans l’amphithéâtre, en habit de velours, perrnque poudré, petit chapeau sous le bras. Très calme au début de la leçon, il s'échauffait peu à peu ; si sa pensée venait à s’embarrasser , il s’impatientait, posait son chapeau sur une cornue , ôtait sa perruque, dénouait sa cravate ; enfin, tout en continuant à parler, il déboulonnait son habit et sa veste, et les quittait l’un après l’autre. Dans ses manipulations, Rouelle était ordinairement assisté de son neveu. Mais cet aide ne se trouvait pas toujours sous la main. Rouelle l’appelait en criant à tuetète : « Neveu, éternel neveu ! » et l’éternel neveu ne venant pas, il s’en allait lui- même dans les arrière-pièces de son laboratoire chercher les objets dont il avait besoin. Cela ne l’empêchait pas de continuer sa leçon comme s’il était en présence de ses auditeurs. A son retour, il avait ordinairement fini la démonstration commentée, et rentrait en s’écriant i « Oui, messieurs ! voilà ce que j’avais à vous dire. » Alors on le priait d) recommencer, oe qu'il faisait de la meilleure grâce du monde, croyant seulement avoir été mal compris. Dans sa pétulance et sa distraction, il émettait souvent des vues neuves, hardies, profondes ; il décrivait des procédés dont il eût bien voulu dérober le secret à ses élèves, mais qui lui échappaient à son insu, dans la chaleur de l’improvisation ; puis il ajoutait : « Ceci est un de mes arcanes que ne dis" à personne, » et c’était là précisément ce qu’il venait de révéler à tout le monde. Ses récriminations et ses plaintes faisaient en quelque sorte partie de son cours. Aussi était-on sûr d’entendre, à telle leçon, une sortie contre Macquer ou Malouin, contre Pott ou Lehmann ; à telle autre, une diatribe contre Buffon ou Bordeu. Dans son emportement, il ne se faisait faute d’aucune injure ; mais la plus

Par l’originalité de ses leçons, Rouelle fut un de ceux qui réussirent le mieux à populariser la chimie en France. Parmi ses travaux, la plupart publiés sous forme de mémoires dans le recueil de l’Académie des Sciences, on remarque particulièrement celui qui traite De l'inflammation des huiles essentielles au moyen de l’esprit de nitre. On y trouve, entre autres, un procédé aussi simple qu’ingénieux. Ce procédé, présenté de nos jours comme nouveau, consistait à distiller l’acide nitrique (esprit de nitre) avec l’acide vitriolique. Son inventeur en comprenait, de plus, parfaitement la théorie. « L’acide vitriolique ne sert, dit Rouelle, qu’à concentrer davantage l’acide nitreux (nitrique), et à le dépouiller de la plus grande partie de son phlegme (eau), cet acide ayant plus de rapport avec l’eau que l’acide nitreux ; toutes les fois qu’on mêle un acide vitriolique bien concentré à un acide nitreux phlegmatique (aqueux), le premier se charge du phlegme du second, et l’en dépouille. Cela nous offre donc un moyen de portqr l’acide nitreux à un état de concentration beaucoup plus considérable que celui auquel on peut espérer parvenir par la distillation. »

Dans un mémoire Sur les sels neutres, présenté en 1756 à l’Académie, Rouelle distingua le premier les sels en sels acides, en sels moyens (neutres) et en sels avec excès de base; il établit en même temps que, dans les sels acides, l’excès d’acide se trouve, non pas simplement ajouté, mais combiné, et que la combinaison de l’acide avec la base a des limites. Cette dernière remarque pouvait le conduire à la loi des proportions fixes. — Contrairement à la théorie de la plupart des chimistes d’alors, il démontra que le sel lixiviel (potasse) existe déjà dans les plantes avant leur incinération K

Baron (né à Paris en 1715, mort en 1768) éclaircit l’histoire jusqu’alors si obscur du borax , et il parvint à établir que « le sel sédatif, nom donné à l’acide borique, est toujours le même par quelque acide qu’il ait été retiré du borax; qu’on peut régénérer le borax en unissant le sel sédatif avec le sel de soude, qu’on peut artificiellement faire deux espèces de borax, différentes, par leurs bases, de celui qui est connu jusqu’ici, savoir l’une en combinant le sel sé-

commune, l’épithète qui résumait tous ses griefs, c’était celle de plagiaire. Pour témoigner toute son horreur pour l'altentatde Damiens, il ne manquait pas de dire que c’était un plagiat. « Oui, messieurs, s’écriait-il tous les ans à certain endroit de son cours, en parlant de liordeu , c’est un de vos gens, un frater, un plagiaire, qui a tué mon frère que voilà. »

1. Roux, Journal de Médecine, t. X L, p. 163 ; t. XLVI1I, p. 299,

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dalif avec l’alcali du tartre (potasse), — borax de potasse, — et l’autre en le combinant avec l’alcali du sel ammoniaque — borax d’ammoniaque, — enfin que la dénomination, imposée par Ilomberg, de sel volatil narcotique du vitriol, est impropre en tous points, puisque ce sel est très-fixe par lui-même et n’est sublimable que par son eau de cristallisation, qu’il ne participe en rien, lorsqu’il est bien préparé, de l’acide vitriolique employé pour décomposer le borax, et qu’il n’est point narcotique 1 . »

Duhamel du Monceau et Grosse. Initié à presque toutes les sciences, Duhamel du Monceau (né à Paris en 1700, mort en 1785) affirma l’un des premiers que la base du sel marin (soude) est un alcali différent de l’alcali (potasse), qu’on retire des plantes terrestres. Pour s’assurer si celte différence tient à celle des plantes ou des terrains, il fit semer des kali ( salsola soda), plante riche en soude, dans sa terre de Donainvilliers, et suivit ces expériences pendant un grand nombre d’années. Se défiant de ses connaissances, il pria Cadet d’examiner les sels que contenaient les cendres des kalis de Donainvilliers, et ce chimiste remarqua que la première année l’alcali minéral (soude) y dominait encore; que dans les années suivantes, l’alcali végétal (potasse) augmentait rapidement; enfin qu’il se trouvait presque seul après quelques rotations végétatives.

Duhamel observa le premier sur de jeunes animaux nourris par la garance qui rougit les os, que l’ossification s’opère par les lames du périoste comme la formation du bois par l’endurcissement de la partie interne des couches corticales. On sait que ces expériences, confirmées et continuées par d’autres observateurs, amenèrent la découverte de la grande loi de la rotation permanente de la matière d’un corps vivant, la forme restant attachée à son type.

Duhamel publia, de concert avec Grosse, l’histoire de l 'éther, liquide qui doit son nom à sa fluidité extrême. L'éther (sulfurique), dont on attribne à tort la découverte à Frobenius, et qui à cause de cela s’appelait liqueur de Frobenius, était connu avant ce chimiste. Newton avait déjà dit que l'éther s’obtient par un mélange d’huile de vitriol et d’esprit de vin. Mais personne n’avait encore aussi bien que Grosse approfondi la question . Sachant que, pendant

1. Mém. de l’Acad. des Seien . 1747 et 1748. — François llœfer, qui découvrit l’acide borique dans les eaux de Monterotondo près de Sienne, observa l’un des premiers que l’acide borique communique à l'alcool qu’on brûle une flamme verte. Fr. Hœfer était contemporain de Baron.

la distillation du mélange d’huile de vitriol et d’esprit-de-vin, il se dégageait des substances différentes, Grosse voulut d’abord s’assurer de la nature de ces substances : « Pour cela je m’avisai, dit-il, de piquer avec une épingle la vessie qui joint le récipient au bec de la cornue, afin de discerner par l’odorat les différentes liqueurs à mesure qu’elles se succéderaient. La première ne sentait presque que l’esprit-de-vin, approchant cependant un peu de l’eau de Rabel (mélange d’alcool et d’acide sulfurique) ; la deuxième passa en vapeurs blanches, et sentait beaucoup l’éther, ce qui me fit juger qu’elle était la seule qui le contînt, et que les autres ne servaient qu’à l’absorber; la troisième avait une odeur de soufre des plus pénétrantes. » — Cette étude préalable, qui atteste beaucoup de sagacité, inspira à Grosse le mode de préparation suivant : « Je distillai, dit-il, trois parties d’huile de vitriol sur une partie d’espritde-vin très-rectifié, jusqu’à ce que j’aperçus à la voûte de la cornue les vapeurs blanches dont j’ai parlé; alors je cessai le feu, On a par ce moyen la liqueur qui contient l’éther, seulement un peu mêlée d’esprit-de-vin qui passe d’abord, et puis d’un peu d’esprit sulfureux qui vient ensuite, malgré la cessation du feu. Lorsqu’on veut avoir l’éther seul, il faut employer l’eau commune pour le séparer ; et si on ne trouve pas cet éther assez sec (privé d’eau), on peut fe rectifier par une lente distillation, et alors l’^tfter monte avant l'esprit-de-vin, qui cependant passait toujours le premier dans la première opération. »

Ce mode de préparation de l’éther fut perfectionné par Cadet et Baumé.

Macquer (né à Paris en 1718, mort en 178à) s’occupa, l’un des premiers, de l’analyse du bleu de Prusse qu’il regardait comme une combinaison de fer avec une substance particulière que les alcalis enlèvent aux produits charbonneux. Il en donna comme preuve que l’alcali, digéré sur le bleu de Prussese, charge de cette substance et ne laisse plus qu’une chaux de fer, tandis que ce même alcali, ainsi saturé et versé dans une dissolution de fer, reproduit le bleu de Prusse.

Directeur de la manufacture royale des porcelaines de Sèvres, Macquer montra le premier que le diamant perd plus de poids, quand on le calcine dans le vide, et qu’il se dissipe, au contraire, quand on le calcine au contact de l’air. Ce fut le début de ces expériences qui, confirmées par Rouelle, Darcet et Cadet, amenèrent Lavoisier à découvrir l’identité du carbone avec le diamant.

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Tiiiet, l’un des principaux collaborateurs de Macquer, présenta, en 1763, à l'Académie des Sciences, un mémoire sur Y Augmentation réelle de poids qui a lieu dans le plomb converti en litharge, dans lequel il montra tout ce qu’il y a d’étrange (relativement aux idées alors régnantes) dans le fait de cette augmentation qu’il dit être d’un huitième : « C’est là, ajoute-t-il, un vrai paradoxe chimique, que l’expérience met hors de tout doute ; mais, s’il est facile de constater ce fait, il ne l’est pas autant d’en rendre une raison suffisante; il. échappe à toutes les idées physiques que nous avons, et ce n’est que du temps qu’on peut attendre la solution de cette difficulté. » — La solution complète de cette difficulté se fit attendre encore dix ans : Lavoisier la donna dans son célèbre mémoire Sur la décomposition de l'air par l'oxydation du plomb et de l'étain.

Parmi les savants français qui méritèrent bien de la chimie industrielle d’alors, citons encore : Réaümdr (né en 1683, mort en 1757), qui publia des mémoires, remplis de faits nouveaux, sur la porcelaine, sur le fer et l’acier, sur la nature des terres, sur la pourpre qu’on retire de certains coquillages ; — Lassone (né en 1717, mort en 1788), qui se-fit remarquer par ses recherches sur les grès cristallisés de Fontainebleau, sur quelques combinaisons de l’acide borique, sur le phosphore; — Boqoet (né à Paris en 1746, mort en 1780), qui essaya de rattacher la chimie plus étroitement à la physiologie et à l’histoire naturelle.

B. Chimistes allemands.

Les chimistes allemands étaient à cette époque généralement trop imbus de la théorie de Stahl 1 pour admettre les idées nouvelles qui commençaient à se faire jour. Il y eut cependant quelques observateurs, exempts de tout esprit de système; tels étaient Pott et Marggraf, dont nous allons dire un mot.

Pott. — Disciple de Stahl et de Frédéric Hoffmann, Pott (né en 1692, mort en 1777 à Berlin) fut un des chimistes les plus laborieux de son temps. Parmi ses nombreux travaux, la plupart insérés dans le recueil des mémoires de l’Académie de Berlin dont il était membre , nous ne mentionnerons que celui qui a pour objet le borax 2.

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