Actes del’Acad. d’Upsal, année
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laquelle il donna le nom de nickel. La calcination et la réduction des cristaux verts, que forme le kupfernickel à l’air, lui donnèrent le régule ou nickel métallique. « Ce régule est, dit-il, de couleur d’argent dans l’endroit de la cassure, et composé de petites lames, assez semblables à celles du bismuth; il est dur, cassant et faiblement attiré par l’aimant. » — Les dissolutions du nickel dans l’eau forte, dans l’esprit de sel, etc., sont vertes comme celles du cuivre, et elles donnent de même, avec l’ammoniaque en excès, une belle couleur d’azur. A ces caractères trompeurs, qui auraient pu faire confondre le nickel avec le cuivre, Cronstedt opposa un réactif infaillible : « Le fer et le zinc précipitent, dit-il, le cuivre de toutes ses solutions, tandis qü’ici le fer et le zinc sont sans action; c’est pourquoi le nickel approche beaucoup plus du fer que du cuivre ‘. »
La découverte de Cronstedt fut loin d'être universellement adoptée. Sage et Mennet s’obstinaient à regarder le nickel, non pas comme un métal nouveau, mais seulement comme un composé de différents métaux, séparables les uns des autres par l’analyse. Mais les résultats annoncés par Cronstedt furent confirmés en 1775, par les travaux de Bergmann.
Faggot communiqua, en 1740 , à l’Académie de Stockholm, dont il était membre, des recherches, sur le moyen de garantir le bois de l’action du feu et de la pourriture. Ce moyen consistait à faire macérer le bois dans de l’eau tenant en dissolution de l’alun et du vitriol. Le même chimiste proposa une méthode nouvelle pour évaluer la richesse de la poudre à canon en nitre. Suivant cette méthode, on dissout la poudre écrasée dans de l’eau distillée et on maintient dans la dissolution une balance hydrostatique, dont la tare aura été prise dans une liqueur titrée, normale.
Un autre membre de l’Académie de Stockholm, Funek , montra le premier que la blende, qu'on avait jusqu alors rejetée comme un minerai inutile, non métallifère, contient un métal, le zinc. Il réfuta en même temps une croyance, alors commune à presque tous les chimistes, à savoir que le zinc n’est qu’un alliage, parce que les minerais zincifères renferment presque toujours du plomb et du cuivre. « Mais ces métaux, objecte Funck, n’y existent qu’accidenteilement et en petite quantité; autant vaudrait regarder le soufre
1. Mémoire sur h nickel, dans les Actes de 1 Acad. de Stockholm, année 17.il et 1754.
comme une partie constituante du cuivre et du fer. » — Ceux qui ne connaissent de la science que l’état actuel, ne se doutent guère des obstacles que rencontre l'établissement des vérités les plus simples, dès que ces vérités contrarient une théorie régnante.
Bergmann. — Observateur aussi pénétrant qu’écrivain lucide, Torbern Bergmann (né en 1735 à Catharinenberg en Suède, mort en 1784) doit être compté au nombre des chimistes qui ont le plus puissamment contribué à l’avènement de la chimie moderne. Ses travaux, très-variés, font de lui le prédécesseur immédiat de Priestley, Scheele et Lavoisier. Il débuta fort jeune dans la carrière des sciences; car, en 1758, à l’âge de vingt-deux ans, il occupait une chaire d’histoire naturelle à l’Université d’Upsal, et neuf ans plus tard il succéda à Wallerius dans la chaire de chimie et de minéralogie à l’Université de Stockholm.
Celui de ses mémoires, qui traite de l’acide aérien, mérite une analyse détaillée.
Acide aérien. — Bergmann commença, en 1770, ses recherches sur l’acide aérien (air fixe de Black, gaz acide carbonique des chimistes actuels); et il en communiqua les principaux résultats à Priestley avant de les publier, en 1774, dans les Mémoires de l’Académie de Stockholm. Trois procédés sont recommandés par lui comme les plus convenables pour obtenir l’acide aérien. Le premier consiste à verser de l’acide vitriolique sur des pierres calcaires; le deuxième, à calciner de la magnésie blanche; et le troisième, à recueillir le fluide élastique qui se dégage pendant la fermentation. L’appareil, destiné à le recueillir, était celui de Haies, légèrement modifié. La principale modification qu’y apporta Bergmann c’était de faire passer le gaz dans des flacons de lavage, afin de l’avoir parfaitement pur et exempt de l’acide qu’il aurait pu entraîner. Il constata ainsi que l’acide aérien est soluble, que l’eau en absorbe à peu près son volume à la température de 10° C., et que celte solubilité diminue avec l’élévation de la température. Il trouva aussi que la densité de l’eau mêlée d’acide aérien, àla température de 2°, est à la densité de l’eau distillée comme 1,015 est à 1,000. C’est dans sa dissolution dans l’eau que « l’acide aérien affecte, dit-il, la langue d’une légère saveur aigrelette, assez agréable : c’est là le véritable esprit des eaux minérales froides acidulés. C’est par ce moyen et en ajoutant quelques sels dans une juste proportion, qu’on imite parfaitement les eaux de Selz, de Spa et de Pyrmont. Je fais usage de ces eaux artificielles depuis huit ans, et j’en éprouve les plus heureux effets* » — D’après cette dernière
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indication, la découverte de l’eau gazeuse artificielle, médicinale, remonte au moins à 17C6 *.
Pour montrer que l’air fixe est un acide, Bergmann se servait de la teinture de tournesol. Il constata en même temps, qu’il suffit d’une très-petite quantité de ce gaz pour rougir toute une bouteille de cette teinture, et que celle-ci redevient bleue par l’effet de la chaleur. « A la vérité, ajoute-t-il, les acides minéraux, versés à très-petite dose dans cette teinture, paraissent produire également une altération aussi peu durable ; mais, en examinant la chose de plus près, on découvre l’illusion. Le suc de tournesol, qui a été préparé avec des matières alcalines, en retient toujours une portion ; au moment où l’alcali (carbonate de potasse) s’unit à l’acide, il laisse échapper son air fixe qui colore la liqueur, et celui-ci s’évaporant, la teinte rouge disparaît. Supposons que la saturation de l’alcali exige une quantité d’acide égale à tn, il est évident qu’on
peut en ajouter dix fois ^ avant que la saturation soit complète
(en supposant tn > 10), et qu’à chaque fois on produira une couleur rouge passagère; mais, quand on aura une fois atteint le point de saturation, l’acide que l’on versera au-delà produira une altération constante, et détruira par degrés la couleur bleue ; d’où il résulte que c’est l’air fixe et non l’acide minéral qui produit la coloration rouge toutes les fois qu’elle disparaît. »
Les paroles citées (enferment tous les éléments de l’ alcalimétrie. Mais Bergmann ne s’arrête pas simplement à la saveur et à la réaction, offertes par la teinte de tournesol pour se prononcer sur l’acidité de l’air fixe; il fait ressortir l’importance des combinaisons que ce gaz peut produire avec les alcalis et les oxydes (chaux) métalliques. Il cherche dans quelles proportions il se combine avec les bases pour former des carbonates, qu’il nomme sels aérés. La méthode générale qu’il emploie ici, témoigne d’une exactitude jusqu’alors inaccoutumée. Il importe de la faire connaître. « Soient, dit l’auteur, deux fiacons dont l’un plus grand, contenant un poids déterminé d’alcali (carbonalé) dissous dans l’eau, pèse (y compris cette dissolution et le bouchon), comme A, et dont l’autre plus petit, rempli d’un acide quelconque, ait un poids égal à B; que l’on verse dans le grand flacon une portion de l’acide du pej.it, et qu’on
1. C’est donc à tort que Priestley a revendiqué pour lui l’honneur de cette découverte (Voy. notre Hist. de la Chimie, t. II, p. 436, 2' édit.)
les bouche aussitôt légèrement l’un et l’autre; dès que Peflervescence aura cessé, qu’on verse de nouveau de l’acide, ayant toujours soin de fermer tout de suite le flacon, et que l'on continue ainsi jusqu’à saturation. Supposons qu’apres cela le poids du premier soit a, et celui du second b; il est certain que B— b ayant été versé dans le grand flacon, la perle du petit devrait répondre à ce que l’autre a gagné, ou B— b = a— A. Or, c’est ce qui n’arrive pas, à moins que l’on n’emploie un alcali parfaitement caustique; autrement on trouve toujours B— b > a— A ; et la différence (B— b) — (A + a) indique le poids de l’air fixe qui a été dégagé. Il faut que l'effervescence se fasse lentement, sans augmentation de chaleur, et que le flacon soit d’une grandeur convenable, afin d’éviter qu’il ne sorte un peu de vapeur humide avec l’air fixe, ce qui serait une cause d’erreur... Si on évapore ensuite jusqu’à siccilé la dissolution contenue dans le grand flacon, et qu’on calcine doucement le résidu pour enlever l’eau de cristallisation et l’acide surabondant qui peut s’y trouver, on reconnaîtra à l’augmentation du poids connu de l’alcali et de l’air fixe qui en a été dégagé, quelle est la quantité d’acide nécessaire à la saturation de l’alcali privé d’eau et d’air. »
Cette méthode qui est applicable à tous les sels, donna à son auteur les résultats suivants pour la composition des aérales (carbonates) :
100 parties d’aérale de terre pesante (carbonate de baryte) se composent de 7 parties d’acide aérien .
G .j p. de baryte.
S p. d’eau.
100 parties d’acrate de chaux se composent de 31 parties d’acide aérien.
35 p. de chaux.
il p. d’eau.
100 p. d’acratc de magnésie se composent de 23 parties d'acide aérien.
45 p. de magnésie.
30 p. d’eau.
Bergmann remarqua en outre que le carbonate de chaux et le carbonate de magnésie se dissolvent dans un excès d’acide, et que c’est pourquoi on peut les rencontrer dans beaucoup d’eaux minérales. Il fit la mèms remarque pour le fer et le manganèse. 11 observa aussi que la liqueur des cailloux, exposée à l’air libre, dépose peu à peu de la terre siliceuse par suite de l’absorption de l’acide aérien, et que celle séparation de silice est très - lente dans des flacons dont le col est étroit ou qui sont à moitié bouchés.
Voici comment Bergmann e.-siya de justifier ,'e qualificatif d’né-
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rien ou à' atmosphérique qu’il a donné à l’acide carbonique. « L’acidité de Pair fixe étant démontré, il y a plusieurs raisons pour le nommer acide aérien ou atmosphérique. Il a, en effet tellement la légèreté, la transparence, l’élasticité de Pair, que ce n’est que depuis très-peu de temps qu’on a commencé à l’en distinguer. De plus, cet océan d’air qui environne notre terre, et qu’on nomme atmosphère , n’est jamais sans une certaine quantité d’air fixe : cela se manifeste journellement par divers phénomènes. L’eau de chaux, exposée à Pair libre, fournit de la crème de chaux, ce qui n’arrive pas dans les bouteilles bien bouchées. La chaux vive exposée longtemps à Pair recouvre à la fin tout ce qu’elle avait perdu au feu, et redevient absolument terre calcaire, au point de ne pouvoir plus servir à la préparation du mortier qu’après qu’on l’a de nouveau privée de son acide. La terre pesante (baryte) et la magnésie recouvrent de même à Pair leur poids, et la faculté de faire effervescence avec les acides; les alcalis purs perdent à Pair leur causticité, etc. »>
Bergmunn explique parfaitement par la densité de l’acide aérien, (plus grande que celle de Pair) les cas d’asphyxie qui arrivent dans certaines localités à la surface du sol. Il cite, comme exemples, la source d’eau minérale de Pyrmont, où les oies, ayant le cou trèslong, peuvent seules nager sans être incommodées, les sources de Schwalbach, la grotte du Chien près de Naples, etc. — Après avoir montré que l’acide aérien est impropre à entretenir la flamme, et que les armes à feu ne peuvent faire explosion dans un semblable milieu, l’auteur expose une série d’expériences faites avec une précision teile qu’elles pourraient servir de modèle à tous les physiologistes expérimentateurs. Il est permis d’en conclure que l’acide carbonique tue non pas seulement par privation d’air respirable, mais en exerçant une action délétère sur l’économie, particulièrement sur le sang et tout le système circulatoire.
Composition de l’air. — Bergmann émit le premier sur cet important sujet une opinion que son ami et disciple Scheele devaitconïirmer. « L’air commun est, dit-il, un mélange de trois fluides élastiques, savoir, de l'acide aérien libre, mais en si petite quantité qu’il n’altère pas sensiblement la teinture de tournesol ; d’un air qui ne peut servir ni à la combustion, ni à la respiration des animaux, et que nous appellerons air vicié (azote), jusqu’à ce que nous connaissions mieux sa nature; enfin, d’un air absolument nécessaire au feu et à la vie animale, qui fait à peu près le quart de l’air commun, et que je regarde comme l’air pur (oxygène;. »
Si cette manière de voir, que devait sanctionner l’expérience, avait eu pour but de renverser les théories des écoles régnantes, Bergmann aurait été traité de révolutionnaire, et il aurait devancé Lavoisier. Mais il n’alla pas jusque-là.
Analyse des eaux. — En déterminant les quantités des sels contenus dans les eaux par le poids des précipités, Bergmann fut Tundes créateurs de l 'analyse quantitative. Il proposa aussi plusieurs réactifs nouveaux , tels que le cyanoferrure de potassium jaune (préparé en faisant bouillir quatre parties de bleu de Prusse avec une partie de potasse) pour précipiter le fer de ses dissolutions; l’acide oxalique, appelé alors acide du sucre (obtenu en traitant le sucre par l’acide nitrique), pour précipiter la chaux de ses dissolutions; l’acide vitriolique, pour précipiter la baryte; l’ammoniaque pour déceler les sels de cuivre ; le nitrate d’argent, pour reconnaître la présence du sel marin; le sucre de saturne pour les foies de soufre, etc.
Acide du sucre. —Bergmann fut le premier à produire artificiellement une matière organique. L’acide oxalique existe naturellement dans l’oseille (rumex acetosa ) et dans beaucoup d’autres plantes. L’habile chimiste suédois l’obtint en traitant le sucre par l’acide nitrique. Mais s’il ne reconnut pas d’abord l’identité de l’actcfe du sucre avec l’acide oxalique, il indiqua un excellent moyen pour connaître la composition de l’acide cristallin qu’il avait découvert « Une demi-once de cristaux donne, dit-il, à la distillation près de 100 pouces cubes de fluides élastiques, dont moitié est de l’acide aérien (acide carbonique), qu’on sépare aisément par l’eau de chaux, et moitié un air qui s’allume, et donne une flamme bleue (oxyde de carbone). » — U est impossible d’énoncer en moins de mots de plus grands résultats. Ainsi, le chimiste qui avait découvert le composé nouveau, en fit en même temps connaître le3 principes de composition, et parmi eux se trouve un corps également nouveau, l 'oxyde de carbone, qui uni à son volume de gaz acide carbonique, reconstitue l’acide oxalique.
Le mémoire sur les acides métalliques (publié en 1781, dans les Actes de l’Académie de Stockholm) renferme la première description qui ait été donnée de l’acide molybdique et de l 'acide tungstique, qui paraissent avoir été découverts presque en même temps par Bergmann et Scheele.
Magnésie et chaux. — La plupart des chimistes d’alors regardaient la magnésie comme une modification ou une transmutation de la chaux. Cette manière de voir, empruntée à l’alchimie, attira
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l’attention de Bergmann. Après avoir montré que la magnésie forme avec l’acide vitriolique (sulfurique) un sel très-soluble, qu’avec le vinaigre elle donne un sel à peine cristallisable, etc., tandis que la chaux donne avec l’acide citrique un sel peu soluble, qu’avec le vinaigre elle forme un sel d’une belle cristallisation, etc., l’auteur arrive à faire quelques réflexions qu’il est bon de rappeler, en tout temps. « Il n’est guère possible, dit-il, qu’une même matière prenne des caractères aussi différents. Cependant tant qu’il n’est question que de possibilité, je n’ai rien autre chose à répondre, sinon que nous ne sommes pas encore assez avancés dans la science chimique pour juger sûrement a priori si la nature peut ou ne peut pas opérer de semblables transmutations. Mais gardons-nous de conclure à la réalité du fait, d’une possibilité même accordée ou difficile â détruire : ce serait ouvrir la porte à une infinité de métamorphoses semblables à celles d’Ovide.... N’abandonnons donc point l’expérience, qui doit être pour nous le vrai fil d’Ariane. » Par son travail sur les Attractions électives >, où se trouve les premières Tables d’affinité, Bergmann tenta, l’un des premiers, d’imprimer à sa science de prédilection une marche vraiment scientifique.