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2. Le nom de borax vient de l’arabe baurach (nitre et borax)*

Ce sel, que les Grecs et les Romains paraissent avoir connu sous le nom de chrysocolle (soudure d’or), était primitivement tiré des lacs du Tibet eL de l’Inde. Quelle est sa nature ou sa composition ? Zwelfer, Berger et d’autres, regardaient le borax comme un alcali fixe naturel; Homberg le définissait un sel urineux minéral; Melzer le prenait pour un sel marin minéral, composé d’un principe terreux vitrifiable, d’alcali urineux, d'un acide subtil et de phlogislique ; enfin on avait émis les hypothèses les plus étranges sur la composition du borax. Ce qui contribuait à entretenir les chimistes dans ces hypothèses c’est que la matière organique grasse dont le tinckal ou borax brut est toujours sali, donne naissance, par la distillation et la combustion, à des produits empyreumatiques, ammoniacaux, propres à embrouiller plutôt qu’à éclaircir la question ; car cette matière grasse , purement accidentelle , était considérée comme essentiellement inhérente à la composition même du borax.

Tel était l’état de la question lorsque Potl fit, en 1741, paraître sa Dissertation sur le borax. Ce chimiste prétendait, avec Geoffroy et Lemery jeune, que le borax est t une substance saline, composée d’un alcali et d’un acide ‘. » Quel est cet acide? Ce n’est pas, répondirent Pott et Neumann, l’acide vitriolique, puisque le borax, chauffé par le charbon, ne donne point de foie de soufre ; ce n’est pas non plus l’acidé muriatique, puisque traité par l’esprit de nilre, il ne donne pas d’eau régale. Cependant on savait qu’en soumettant une solution chaude de borax à l’action de l’acide vitriolique, on obtient un précipité blanc, appelé set sédatif, et que la liqueur où le précipité se dépose, laisse, par l’évaporation, du sel de Glauber (sulfate de soude). Ce fait, publié en 1702 par Homberg, était alors connu de tous les chimistes, et aucun n’osait pourtant soutenir, excepté Baron, que le prétendu sel sédatif est un acide particulier (acide boracique ou borique), combiné avec l’alcali (soude) du sel de Glauber. Homberg s’était complètement mépris sur la nature de son sel sédatif, qu’il regardait comme un produit du vitriol de fer, et qu’il nommait indifféremment sel volatil narcotique de vitriol, sel volatil de borax, fleurs de vitriol philosophique , sel blanc des alchimistes, fleurs de Diane, etc. Pour Potl enfin, le sel Sédatif, dont il décrivit très bien les principales propriétés, était « un sel neutre, composé de quelques molécules de vitriol et de borax » ; et cela, ajoute-t-il

1. Neumann (né en 1683, mort en 1737), collègue de Polt à PAcndémiede Berlin, se fit connaître par sa dissertation sur le camphre, qu’il était parvenu à extraire de l’huile essentielle de thym.

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parce qu’il colore la flamme de l’alcool en vert, comme le fait, à un degré intense, le vitriol de cuivre.

Le principal mérite de Polt est d’avoir découvert Vacide succinique cristallisé par la distillation de l’ambre, et d’avoir fait le premier connaître les principales propriétés de cet acide.

Pott se fît aussi connaître, moins avantageusement que par ses travaux, par la violence de ses polémiques avec plusieurs savants de son temps, notamment avec le médecin de Frédéric II, avec Eller, qui a le premier étudié les altérations qu’éprouvent les globules du sang par le contact de diverses substances chimiques.

Marggraf. r— Expérimentateur habile, sobre d’hypothèses, logicien sévère, André-Sigimond Marggraf (né à Berlin en 1709, mort en 1780), membre de l’Académie de Berlin, a introduit dans l’analyse des matières organiques la voie humide, et découvert le sucre indigène. Ses travaux, insérés dans le recueil des Mémoires de l’Académie de Berlin, ont été, en grande partie, traduits en français par Formey, et publiés sous le litre d'Opuscules chimiques; Paris, 2 vol. in-8°.

Le mémoire qui renferme la découverte du sucre de betteraves parut en 17Ü5, sous le titre A' Expériences chimiques faites dans le dessein de tirer un véritable sucre de diverses plantes qui croissent , dans nos contrées. Ce mémoire eut pour point de départ l’idée d’appliquer aux plantes ou racines sucrées le procédé employé pour l’extraction du sel d’oseille et d’autres sels acides par l’évaporation du suc des végétaux. Parmi les racines indigènes les plus sucrées l’auteur place, en première ligne, la betterave , la carotte et le chervis, et il parvint à établir que le sucre qui s’y trouve est en tout pareil au sucre de canne, que ce sucre y existe tout formé, que le meilleur moyen d’extraction consiste à dessécher les racines et à les faire bouillir dans de l’esprit de vin, qui se charge du sucre et le dépose, par le refroidissement, sous forme cristalline.

Voici comment Marggraf arriva à ces résultats merveilleux. « Les plantes que j’ai soumises, dit-il, à un examen chimique pour tirer le sucre de leurs racines, et dans lesquelles j’en ai trouvé effectivement de véritable, ne sont point des productions étrangères; ce sont des plantes qui naissent dans nos contrées aussi bien que dans d’autres, des plantes communes qui viennent même dans un terroir médiocre et qui n’ont pas besoin d’un grand soin de culture. Telles sont la betterave blanche , le chervis ( sisarum Dodonœi) et la carotte (daucys carotta). Les racines de ces trois plantes m’ont

fourni jusqu’à présent un sucre très-copieux et très-pur. Les premières marques caractéristiques qui indiquent la présence du sucre emmagasiné dans les racines de ces plantes, sont que ces racines étant coupées en morceaux et desséchées, ont non-seulement un goût fort doux, mais encore qu’elles montrent pour l’ordinaire, surtout au microscope, des particules blanches et cristallines qui tiennent de la forme du sucre. »

C’est la première fois que nous voyons employer, en chimie, le microscope, comme un auxiliaire de l’analyse. Mais reprenons la description que l’auteur fait d’un procédé qui a servi de base au procédé actuel.

« Comme le sucre, continue-t-il, se dissout même dans f’esprit de vin (chaud), j’ai jugé que ce dissolvant pourrait peut-être servir à séparer le sucre des matières étrangères; mais pour m’assurer auparavant combien de sucre pouvait être dissous par l’esprit de vin le plus rectifié, j’ai mis dans un verre deux drachmes du sucre le plus blanc et le plus fin, bien pilé, que j’ai mêlé avec quatre onces d’esprit de vin le plus rectifié ; j’ai soumis le tout à une forte digestion continuée jusqu’à l’ébullition; après quoi le sucre s’est trouvé entièrement dissous. Tandis que cette dissolution était encore chaude, je l’ai filtrée et mise dans un verre bien fermé avec un bouchon de liège, où, l’ayant gardée environ huit jours, j’ai vu le sucre se déposer sous forme de très-beaux cristaux. Mais il faut bien remarquer que la réussite de l’opération demande qu’on emploie l’esprit de vin le plus exactement rectifié, et que le verre aussi bien que le sucre soient très-secs; sans ces précautions la cristallisation se fait difficilement. Cela fait, j’ai pris des racines de betterave blanche coupées en tranches, je les ai fait sécher avec précaution et les ai ensuite réduites en une poudre grossière; j’ai pris huit onces de cette poudre desséchée, je les ai mises dans un verre qu’on pouvait boucher; j’y ai versé seize onces d’esprit de vin le plus rectifié, et qui allumait la poudre à canon. J’ai soumis le tout à là digestion au feu, poussé jusqu’à l’ébullition de l’esprit dq vin, en remuant de temps en temps la poudre qui s’amassait au fond . Aussitôt que l’esprit de vin a commencé à bouillir, j’ai retiré le verre du feu, et j’ai versé promptement tout le mélange dans un petit sac de toile, d’où j’ai fortement exprimé le liquide qui y était contenu; j’ai filtré la liqueur exprimée encore chaude, j’ai versé le liquide filtré dans un verre à fond plat, fermé avec un bouchon de liège, et Tai gardé dans un endroit tempéré. D’abord l’esprit de vin

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y est devenu trouble, et, au bout de quelques semaines, il s’est formé un produit cristallin, ayant tous les caractères du sucre, médiocrement pur et composé de cristaux compactes. En dissolvant de nouveau ces cristaux dans de l’esprit de vin, on les obtient plus purs. »

Cette opération ne devait servir que de moyen pour s’assurer si une plante contient du sucre, et en quelle quantité. Ce fut ainsique Marggraf parvint à établir que la betterave blanche contient environ 6 pour cent de sucre. « Ce qui mérite, ajoute-t-il, d’être remarqué en passant, c’est que la plus grande partie du sucre se sépare de l’esprit de vin par la cristallisation et que la partie résineuse demeure dans l’esprit de vin. De plus, il parait que dans celte opération, l’eau de chaux vive n’est point du tout nécessaire pour dessécher le sucre et lui donner du corps, mais que le sucre existe tout fait, sous forme cristalline, au moins dans nos racines. »

Mais le procédé d’extraction décrit ayant été trouvé trop coûteux pour être industriel et praticable, Marggraf en chercha un autre. 11 trouva donc « que ce qu’il y avait de mieux à faire c’était de suivre la route ordinaire , en ôtant à ces racines fleurs sucs par expression, en évaporant le suc exprimé, pour le soumettre à la cristallisation, et en purifiant les cristaux qui prennent naissance. » — L’auteur ne manque pas d’observer que la carotte se prêle plus difficilement que la betterave à l’extraction du sucre, à cause d’une matière glulineuse (pectine), qui entrave la cristallisation; qu’il faut apporter beaucoup de soin au râpage, etc. Mais la plus grande difficulté consistait à retirer de la betterave un sucre parfaitement blanc. Enfin il réussit à obtenir « un sucre semblable au meilleur sucre jaunâtre de Saint-Thomas, j

Marggraf termine son travail, à tous égards si remarquable, par les réflexions suivantes sur la culture des plantes zaccharifères : « Quoique ces racines (betterave, carotte, etc.) fournissent toujours, dit-il, une quantité quelconque de sucre, il pourrait cependant arriver que dans telle année elles en donnassent une plus grande quantité que dans telle autre, suivant que le. temps est plus humide ou plus sec. On doit aussi faire attention à la parfaite maturité de ces racines. C’est vers la fin d’octobre et de novembre qu’elles sont les meilleures... Il y a lieu de croire que ces racines, après qu’elles ont poussé des tiges, des feuilles, m$is surtout des graines, sont moins propres à l’extraction du sucre. »

Quant aux avantages économiques du sucre indigène, ils n’échap-

pèrent pas non plus à la sagacité de l’auteur. « Le pauvre paysan, au lieu d’un sucre cher ou d'un mauvais sirop, pourrait, ajoute-t-il, se servir de noire sucre des plantes, pourvu qu’à l’aide de certaines machines il exprimât le suc des plantes, qu’il le séparât en quelque façon, et qu’il le lit épaissir jusqu’à la consistance de sirop. Le suc épaissi serait assurément plus pur que la mélasse; et peut-être même ce qui resterait après l’expression pourrait avoir encore son utilité. Outre cela, les expériences rapportées mettent en évidence que le sucre peut être préparé dans nos contrées tout comme dans celles qui produisent la canne à sucre. »

La découverte de Marggraf était entièrement oubliée, lorsqu’à l’époque du blocus continental elle fut reprise par des chimistes et des industriels qui en eurent la gloire et le profit. Aujourd’hui le sucre , grâce à son extraction de la betterave , est devenu une denrée de première nécessité.

Parmi les autres travaux de Marggraf, nous signalerons ceux qui ont pour objet :

Le phosphore et ses composés. — Dans quel état le phosphore existe-t-il dans l’urine ? Comment s’explique son extraction? Voilà des questions qu’il était réservé à Marggraf de résoudre. Cet habile observateur démontra que le phosphore existe dans l’urine à l’état de sel (phosphate) cristallisable, et qu’après la séparation de ce sel ce qui reste de l’urine n’est guère propre à la production du phosphore. — D’où vient le phosphore dans les urines? Un alchimiste aurait répondu que cette substance est engendrée de toute pièce dans le corps de l’homme. Mais voici la réponse de Marggraf : « Comme les végétaux nous servent continuellement de nourriture, il y a toute apparence que c’est là la source du phosphore qui est en notre corps. » — Marggraf savait que le phosphore est susceptible de former des combinaisons particulières (phosphures) avec les métaux, à l’exception de l’or et de l’argent. U connaissait aussi l’acide phosphorique, qu’il obtenait en brûlant le phosphore à l’air. « Ce produit flaconneux, étant pesé encore chaud, avait pris, remarque-t-il, une augmentation de poids de trois drachmes et demi (environ 13 grammes).' » Si Marggraf avait cherché la cause de cette augmentation de poids dans l’air, il aurait pu arriver à la découverte de l’oxygène.

Le zinc. — Marggraf insista l’un des premiers sur la nécessité de réduire le minerai de zinc flans des vaisseaux fermés, à l’abri du contact de l’air, « duquel s’ensuivrait l’inflammation du zinc une

fois formé. >» C’était le seul moyen d’obtenir le zinc métallique. Celui-ci était recueilli dans des récipients contenant un peu d’eau froide.

L eplâtre (gypse). — C’est à Marggrnf que l’on doit la connaissance de la composition de la pierre à plâtre. Il était parvenu à cette découverte par ce simple raisonnement : Le tartre vitriolé (sulfate de potasse), qui a été calciné avec du charbon, fait effervescence avec les acides en exhalant une odeur puante du soufre. Or, le plâtre se comporte à peu près de la même façon. Il est donc, selon toute apparence, composé d’acide vitriolique et d’une terre alcaline. L’habile chimiste se confirma dans cette idée en voyant que le plâtre, traité par l’alcali fixe (potasse), donnait du tartre vilriolé et de la chaux. Il constata la même réaction pour le spath pesant (sulfate de baryte), et il en conclut de même que ce produit se compose d’acide vitriolique et d’une terre alcaline.

La soude , appelée substance alcaline du sel commun. — Marggraf parvint le premier à distinguer nettement la soude de la potasse. A cet effet, il montra, par des expériences exactes, que le sel commun se compose d’acide muriatique et d’un alcali particulier, et non pas d’une terre alcaline, comme on l’avait cru jusqu’alors; qu’on obtient l’acide du sel commun sous forme de vapeurs blanches, en traitant ce sel par l’acide du nitre, que cet acide du sel (acide muriatique) précipite en blanc la dissolution d’argent; qu’en traitant le nitre cubique (nitrate de soude), résidu de l’opération précédente, par le charbon, on obtient un sel alcalin (carbonate de soude), très soluble dans l’eau, mais qui se distingue de l’alcali fixe (carbonate de potasse), extrait des cendres des végétaux, en ce qu’il n'est pas comme celui-ci déliquescent à l’air. Voici, en somme, les caractères principaux, indiqués par Marggraf pour distinguer l’alcali fixe végétal (potasse) de l’alcali du sel commun (soude) : a, l’alcali du sel commun donne, avec l’acide du vitriol, des cristaux de sel de Glauber (sulfate de soude), différents de ceux du tartre vitriolé (sulfate de potasse) : les premiers sont plus solubles dans l’eau que les derniers; — b, l’alcali du sel commun donne avec l’eau forte (acide nitrique) du nitre qui cristallise en cubes, tandis qu’avec l\i Icali végétal il donne du nitre qui cristallise en prismes; le nitre cubique produit avec la poussière de charbon une flamme jaune, et le nitre prismatique une flamme bleuâtre; — c, en combinant l’acide muriatique avec l’alcali du sel commun on reproduit le sel commun, tandis que ce même acide donne avec l’alcali végétal le sel digestif

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de Sylvius (chrorure de potassium). En conséquence de ces caractères distinctifs, Marggraf donna à l’alcali du sel commun le nom d’alcali fixe minéral, pour le mettre pour ainsi dire en opposition avec l’alcali fixe végétal.

Examen chimique de l'eau. — Marggraf expliqua le premier pourquoi les eaux dites dures ou séléniteuses, sont impropres à la cuisson des haricots, pois, lentilles, etc. « C’est que, dit-il, pendant la cuisson, un peu de terre se sépare toujours de ces eaux et va s’atacher à la surface des légumes, et le reste de l’eau ne peut pas s’y insinuer aussi promptement. » — Pour s’assurer si les eaux sont ferrugineuses il employa le premier la lessive du sel alcalin calciné avec du sang (cyano-ferrure de potassium ). Ce réactif lui donna des précipités de bleu de Prusse, non-seulement avec les eaux ferrugineuses, mais avec presque toutes les macérations aqueuses de matières organiques. Ces précipités bleus sont-ils réellement dus à l’action du fer? Pour s’en assurer, il prescrivit de les calciner d’abord, puis de les chauffer fortement avec un peu de charbon ou de graisse dans un creuset fermé. « Après l’opération, on trouvera, ajoute-t-il, une poudre noirâtre dans le creuset; qu’on approche de cette poudre un bon aimant, et on le verra attirer les particules du fer. »

Analyse de l'argent par la vive lumière. — Dans un mémoire publié, en 1749, dans le recueil des Mémoires de l’Académie de Berlin, on trouve les premiers indices d’une méthode analytique, dont on attribue l’invention à Gay-Lussac, et qui a été depuis substituée à la coupellation. « Pour préparer, diLMarggraf, l’argent corné (chlorure d'argent), on prend par exemple, deux onces d’argent qu’on dissout à chaud dans cinq onces d’eau forte. Si l’argent contient de l’or, celui-ci se déposera. Cette solution d’argent est ensuite, précipitée par une solution de sel commun pur; on ajoute de celle-ci jusqu’à ce qu’il ne se manifeste plus de trouble. On laisse reposer la liqueur pendant une nuit; le lendemain on en retire la liqueur simple qui surnage; on lave et on dessèche le précipité blanc, qui pèse deux onces, cinq drachmes et quatre grains. L’augmentation du poids vient de l’acide du sel commun; par conséquent dans un once de ce précipité il se trouve six drachmes et quelques grains. Si l'opération dont on vient de parler, se fait avec un argent qui ne soit point d’un aussi bon aloi que par la coupelle, on comprendra facilement que le précipité doit être moins pesant, parce qu’il ne se piécipile ici autre chose que l'argent, le cuivre restant en dissolu-

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tion. Il faut avoir soin de laver le précipité avec de l’eau distillée. » — Pour réduire le chlorure d'argent (lune cornée), l’auteur avait imaginé un procédé assez ingénieux. Ce procédé consistait à dissoudre le chlorure d’argent dans de l’ammoniaque, à introduire dans cette dissolution six parties de mercure pour une partie de chlorure d’argent, et à laisser reposer le mélange. « On y trouve le lendemain un bel arbre de Diane, qui n’est autre chose qu’un amalgame d’argent. On sépare le mercure par la distillation, et l’argent reste pur. j — L’argent coupellé n’est jamais aussi pur que celui obtenu par la méthode que Marggraf a esquissé.

Musc artificiel. — En traitant l’huile essentielle du succin par l’acide du nitre concentré, Marggraf obtint une résine jaune qui a l’odeur du musc, sans conserver le moindre vestige de 1 odeur de l’huile du succin. Cette découverte eut lieu en 1758. Elle n’a guère jusqu’à présent servi qu’à la sophistication du musc naturel.

G. Chimistes suédois.

C'est à Upsal et à Stockholm que s’était concentré le mouvement scientifique de la Suède. Dès l’année 1720, une réunion de savants, parmi lesquels on remarque Brandt et Wallerius, publiait par cahiers trimestriels, soit des mémoires originaux, soit des dissertations inaugurales ou des analyses de travaux étrangers. Celte réunion forma le noyau de l'Académie des sciences d' Upsal, fondée en 1728. Celle de Stockholm ne fut instituée qu’en 1739, sous les auspices de Linné, d’Alslrœmer, etc.

Brandt. — George Brandt (né en 1694, mort en 1768) attacha son nom à l’histoire de l'arsenic et du cobalt. L’arsenic blanc était déjà connu des anciens; mais il faut venir jusqu'au dix-huitième siècle pour apprendre que cette substance est une chaux (oxyde) métallique, soluble dans la potasse et précipitable par les acides; qu'il est fusible, qu’il communique au verre de plomb une couleur rouge, qu’il rend les métaux cassants, etc. Ces faits se trouvent exposés dans un mémoire de Brandt publié, en 1733, dans les actes de l’académie d’Upsal. Brandt obtint le premier le régule d’arsenic (arsenic métallique) en chauffant doucement jusqu’au rouge une pâle d’arsenic blanc avec de l’huile.

Le minerai de cobalt avait été pendant longtemps confondu avec le minerai de cuivre; mais toutes les tentatives qu’on fit pour en retirer ce métal, échouèrent; Peut-être est-ce à cette circonstance qu’est

dû le nom de cobalt (de l’allemand Kobalt, lutin) dont le minerai était, dès le seizième siècle, employé pour la préparation de l’émail bleu. En 1742, Brandt annonça que la propriété de ce minerai de produire un smalt bleu vient d’un métal particulier ou plutôt d’un demi-métal. Il constata que le régule de cobalt (cobalt métallique) est de couleur grise, un peu rosé, atlirable à l’aimant, grenu ou fibreux, suivant le degré de chaleur employé pour sa fusion.

Dans un mémoire, qui a pour litre Expériences sur le vitriol de fer, Brandt commit une de ces erreurs qui doivent être soigneusement mises en relief dans une histoire philosophique de la science. On savait depuis longtemps que les pyrites (sulfure de fer et de cuivre), exposées à l’air humide, se changent en sulfates. Plusieurs chimistes, entrevoyant la vérité, partirent de là pour admettre dans l’air l’existence d’un fluide élastique particulier, qui se Axerait sur le soufre pour le changer en huile de vitriol (acide sulfurique). Brandt rejeta celte explication, en niant l’existence d’un fluide élastique capable de produire un tel changement. Et il n’éprouva aucun embarras pour y substituer une explication de son crû. « L’huile de vitriol ne dissout point, dit-il, le fer, à moins qu’on ne l’étende d’une certaine quantité d’eau ; il en est de môme de l’acide vitriolique contenu dans la pyrite grillée; il n’agit, sur la chaux (oxyde) de fer, qu’à la condition de s’être préalablement chargé d’une quantité d’humidité atmosphérique suffisante pour pouvoir la dissoudre *. »

Celte explication devait sembler parfaitement légitime à une époque où l’oxygène n’était pas encore découvert. Il fut donc impossible à Brandt de connaître le rôle que joue ce gaz dans la formation du vitriol, par suite de l’oxygénation du fer et du soufre. Son explication était fausse parce qu’il lui manquait la connaissance d’un terme dans la série du progrès. Les savants d’aujourd’hui, malgré leur sagacité, sont-ils bien sûrs de ne pas se trouver, pour leurs explications, dans le môme cas que l’habile et sagace chimiste Brandt?

Cronstedt. — Minéralogiste plutôt que chimiste, Cronstedt (né en 1722, mort en 1765) découvrit le nickel. En analysant le minerai, connu sous le nom de kupfemickel, il constata que les réactions observées ne doivent pas toutes être mises sur le compte du cuivre, mais qu’elles proviennent d’une substance particulière, à

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