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quences, et qui l’a élevé à la hauteur d’un principe, on ne devra jamais séparer le nom de Lavoisier de la découverte de l’oxygène. En effet, sans le génie fécondant de Lavoisier, les importants travaux de Pi ieslley qui découvrit l’oxygène, ne seraient jamais devenus la base d’une chimie nouvelle.
Etat des corps. — Priestley se faisait des corps aériformes (gaz) une tout autre idée que Lavoisier. Ce qui fixait l’attention du premier n’attirait que médiocrement celle du second : il est si difficile de distinguer le principal de l’accessoire. L’^taf aériforme , cette condition changeante où un corps matériel se trouve être devenu quelque chose d’invisible et d’impalpable, voilà le principal pour Priestley ; ce n’était là qu’un accessoire pour Lavoisier. De là deux théories inconciliables, dont on trouve déjà des traces chez les philosophes grecs, et dont il faut chercher l’origine dans la nature humaine.
Pour désigner un gaz, Priestley employait toujours deux noms: l’un constant, — c’était le nom du genre ; — l’autre, variable, — c’était le nom de l’espèce. — De là des dénominations telles que, air fixe , air inflammable , air nitreux, air phlogistiqué , air déphlogisliqué , etc. Ces divers fluides étaient, suivant Priestley, de l’air, de l’air commun, diversement transformé ou modifié ; le principal agent de ces transformations ou modifications devait être le phlogistiqué. — Cette manière de voir s’accordait parfaitement avec la doctrine des anciens concernant la composition de la matière. D’après cette doctrine, l’air, l’eau, la terre étaient les éléments des corps , non pas dans le sens qu’on y attache aujourd’hui, mais parce que tous les corps de la nature se présentent à nous dans l’état aériforme , dans l’état liquide, dans l’état solide, auxquels il faut encore ajouter l’état igné. Ces différents états de la matière, ayant pour type l’air, l’eau, la terre et le feu, voilà les éléments, selon l’idée de la plupart des philosophes anciens. C’est ainsi que la chaux, la silice, l’argile, la magnésie, etc., étaient des terres, c'est-à-dire des modifications particulières de la terre ou de ce qui se présente à nous à l’état solide. Si cette manière de voir était exacte, tous les objelsqui tombent sous les sens ne seraient que des modifications diverses ou des états allotropiques de l’air, de l’eau, de la terre et du feu. Ce dernier élément (chaleur et lumière réunies) avait de tout temps embarrassé les physiciens. Aussi favaient-ils tantôt admis, tantôt retranché du nombre des éléments. Pour tout concillier, Stahl le supposait fixé et inégalement répandu, sous le nom de phlogistiqué,
clans tons les rorps matériels. Cette hypothèse tendait à tont ramener à l’unité de substance à travers les évolutions et les formes si variées de la matière. •
Destruction de la théorie du j)hlogistique. — En déclarant le phlogistique line chose fictive, imaginaire, Lavoisier fit un vrai coup d’Etat scientifique. Pour le justifier, il eut d’abord soin de faire ressortir les contradictions des stahliens qui, pour faire concorder l’expérience avec la théorie, étaient obligés de présenter le phlogistique, tantôt comme quelque chose de pesant, tantôt comme ne pesant rien. Mais, en supprimant le pblogistique, il maintenait essentiellement la distinction des corps en solides , liquides* t gazeur. Dans sa conviction, « la même substance peut être solide, liquide ou aériforme, suivant les conditions où elle se trouve» ; l’état de gaz ou de fluide aériforme n’est qu’un accident qui ne change pas la nature du corps, il n’en modifie, ni la simplicité, ni la composition. Afin de mieux faire saisir ce qu’il ne cessait de répéter depuis plusieurs années, il s’élança, par une contemplation hardie, dans l’infini de l’espace. <t Considérons un moment, disait-il, ce qui arriverait aux différentes substances qui composent le globe, si la température en était brusquement changée. Supposons, par exemple, que la terre se trouve transportée tout-à-coup dans une région où la chaleur habituelle serait supérieure à celle de l’eau bouillante : bientôt l’eau, tous les liquides susceptibles de se vaporiser à des degrés voisins de l’eau bouillante, et plusieurs substances mêmes se transformeraient en fluides aériformes qui deviendraient partie de l’atmosphère. Ces nouveaux fluides aériformes se mêleraient à ceux déjà existants, et il en résulterait des décompositions réciproques, des compositions nouvelles... On pourrait, dans celte hypothèse, examiner ce qui arriverait aux pierres, aux sels et à la plus grande partie des substances fusibles qui composent le globe : on conçoit qu’elles se ramolliraient, qu’elles entreraient en fusion, et formeraient des liquides; ou, si, par un effet contraire, la terre se trouvait tout-à-coup placée dans les régions très-froides, par exemple de Jupiter ou de Saturne, l’eau qui forme aujourd’hui nos fleuves et nos mers, et probablement le plus grand nombre des liquides que nous connaissons, se transfoimeraient en montagnes solides , en rochers très-durs, d’abord diaphanes comme le cristal de roche, mais qui avec le temps, se mêlant avec des substances de difTt rentes natures, deviendraient des pierres opaques diversement colorées. Une partie des substances cesserait d’exister dans l’état de fluide invisible,
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faute d’un degré de chaleur suffisant; il reviendrait donc à l'état de liquidité, et ce changement produirait de nouveaux liquides, dont nous n’avons aucune idée. »
Tel est le point de vue élévé d’où Lavoisier considérait l’état des corps. Si les uns sont naturellement solides, les autres liquides, d’autres gazeux, cela tient au plus ou moins de chaleur que la planète reçoit du Soleil : si la terre venait à changer sa distance moyenne à l’astre central de notre monde, les objets dont s’occupe la chimie changeraient d’état, mais non de composition. Bref, l’idée sur laquelle il revient souvent et qui fait de lui le véritable promoteur de la chimie pneumatique, c’est que les mots air, vapeur, fluide élastique, etc., n’expriment qu’un simple mode de la matière.
Cette manière de voir érigée en principe, était d’une vérité trop frappante pour être bien comprise. C’est ce que Lavoisier nous apprend iui-mème. « Ce principe que je n’ai cessé, dit-il, de répéter depuis plusieurs années, sans jamais avoir eu la satisfaction d’être entendu, va nous donner la clef de presque tous les phénomènes relatifs aux différentes espèces d’air et à la vaporisation. » — De là il part pour établir que si la chaleur change les corps en vapeur, la pression de l’atmosphère apporte à ce changement une résistance d’une valeur déterminable, et que la tendance des corps volatiles à se vaporiser est en raison directe du degré de chaleur auquel ils sont exposés, et en raison inverse du poids ou de la pression qui s’oppose à la vaporisation.
Le génie est prophète. Ce que Lavoisier avait dit au sujet de certains corps composés, réputés simples, devait se réaliser. Après avoir défini la chimie « la science qui a pour objet de décomposer les différents corps de la nature, » il complète ainsi sa définition : « Nous ne pouvons donc pas assurer que ce que nous regardons comme simple aujourd’hui le soit en effet ; tout ce que nous pouvons dire, c’est que telle substance est le terme actuel auquel arrive l’analyse chimique, et qu’elle ne peut plus se diviser au-delà, dans l’état actuel de nos connaissances, fl est à présumer que les terres (la chaux, la magnésie, l’alumine, etc.) cesseront bientôt d’être comptées au nombre des substances simples : elles sont les seules de cette classe qui n’aient point de tendance à s’unir à l’oxygène, et je suis bien porté à croire que cette indifférence pour l’oxygène tient à ce qu’elles en sont déjà saturées. Les terres, dans cette manière de voir, seront peut-être des oxydes métalliques... »
Ce qui avait porté Lavoisier à parler ainsi c’était le rôle, trop ex-
clusif, qu'il faisait jouer à l’oxygène. Il était convaincu que l’oxygène entrait clans la composition de tous les corps, tant acides que basiques. Si cette conviction lui faisait, d'un côté, entrevoir la vérité, elle l’exposait, de l’autre, à des erreurs funestes.
Après avoir présenté l 'oxygène, par le nom même qu’il lui avait donné, comme le générateur de tous les acides, Lavoisier se trouva en présence d’une difficulté, insoluble par son système. Je veux parler de l’acide obtenu par la réaction de l’acide sulfurique sur le sel marin ( murias ), et qui, à cause de cette circonstance, portait alors le nom d’acide muriatique (esprit de sel des anciens). Voici le raisonnementqu’il fit, non point pour rectifier, mais pour corroborer, à ce qu’il s’imaginait, son système. « Quoiqu’on ne soit pas encore parvenu, disait-il, ni à composer, ni à décomposer l'acide qu’on retire du sel marin, on ne peut douter cependant qu’il ne soit formé comme tous les autres de la réunion d’une base acidifiable avec l'oxygéne. > Voyez comme l’esprit de système rend hardiment affirmatif l’esprit le plus réservé ! — « Nous avons, continue Lavoisier, nommé cette base inconnue base muriatique, radical muriatique, en empruntant ce nom au latin murias, donné anciennement au sel marin. Ainsi, sans pouvoir déterminer quelle est exactement la composition de l’acide muriatique, nous désignerons sous cette dénomination un acide volatil, dans lequel le radical acidifiable lient si fortement à l'oxygène qu'on ne connait jusqu'à présent aucun moyen de les séparer. »
Dans les paroles que nous venons de souligner, Lavoisier faisait en quelque sorte un appel à tous les chimistes pour chercher à confirmer — quoi ? une erreur, née. d’une doctrine préconçue, trop exclusive.
Quand on se trouve une fois engagé dans la voie de l’erreur, on ne rencontre plus que des exceptions ou des singularités ; c’est ce que montre l’histoire de l’analyse de l’acide muriatique. Mais laissons encore la parole au maître. « Cet acide présente, au surplus, dit Lavoisier, une particularité très-remarquable; il est comme l'acide du soufre, susceptible de plusieurs degrés d’oxygénation; mais, contrairement à ce qui a lieu pour l’acide sulfureux et l’acide sulfurique, l’addition d’oxygène rend l’acide muriatique plus volatil, d’une odeur plus pénétrante, moins soluble dans l’eau, et diminue ses qualités d'acide. » — Ce dernier point, caractéristique du chlore, appelé par suite d’une fausse théorie, acide muriatique oxygéné, — aurait été un trait de lumière, si l’esprit de système ne rendait pas aveu-
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gle. Mais continuons à citer Lavoisier. — * Nous avions d’abord été tenté d’exprimer ces deux degrés de saturation, comme nous avions fait pour l’acide du soufre, en faisant varier les terminaisons : nous aurions nommé l’acide le moins saturé d’oxygène acide muriateux , le plus saturé, acide muriatique; mais nous avons vu que cet acide, qui présente des résultats particuliers et dont on ne connaît aucun exemple en chimie, demandait une exception, et nous nous sommes contenté de le nommer acide muriatique oxygéné. »
Défions-nous du recours aux exceptions ! Il y a souvent là-dessous plus d’une de ces redoutables erreurs qui nous font lâcher la vérité alors que nous la tenons. Cet acide muriatique oxygéné exceptionnel était précisément le radical que Lavoisier cherchait, c’était le chlore , qui avait été déjà découvert par Seheele, mais qui ne fut démontré comme un radical ou corps simple que par Davy; se combine, — ce qui renversait la théorie de Lavoisier, — avec l’hydrogène, l’un des éléments de l’eau, pour former l’acide muriatique, nommé aujourd’hui acide chlorhydrique. Mais n'anticipons pas.
Le mystérieux radical de l’acide muriatique devint pour Lavoisier l’objet de ses préoccupations : il y revint souvent, et chaque fois avec une certaine hésitation, comme s’il doutait qu'il s’était trop aventuré. « Nous n’avons, dit-il, nulle idée de la nature du radical de l’acide muriatique ; ce n’est que par analogie, plutôt que parsuite d’une théorie préconçue, que nous concluons qu’il contient le principe acidifiant ou oxygène. M. Berlhollet avait soupçonné que ce radical pouvait être de nature métallique ; mais, comme il paraît que l’acide muriatique se forme journellement dans des lieux habités, il faudrait supposer qu’il existe un gaz métallique dans l’atmosphère, ce qui n’est pas sans doute impossible, mais on ne peut l’admettre au moins que d'après des preuves. » — Ce qui entretenait Lavoisier dans son erreur c’est que son acide muriatique oxygéné s’obtenait en distillant de l’acide muriatique sur des oxydes métalliques, tels que les oxydes de manganèse et de plomb. Et comme dans cette opération ces oxydes perdaient leur oxygène en modifiant l’acide muriatique, le moyen de faire autrement que de penser avec Lavoisier que l’acide muriatique s’était oxygéné ! — Cette manière de voir, fondée sur un fait d’expérience, était pourtant complètement erronée, ainsi que le démontra plus tard Davy.
Théorie de la combustion et de la respiration. — Pour Lavoisier la combustion était tout à la fois un phénomène universel et l’indice d’une méthode analytico-synthélique. C'était la combustion
(oxydation) des métaux qui l’avait conduit à la découverte de la composition de l’air. En brûlant le phosphore dans l’air il avait obtenu l’acide phosphorique sous forme de flocons blancs, et il avait pu déterminer la quantité d’oxygène employée à la transformation du phosphore en acide phosphorique. Des expériences semblables, faites avec le charbon et le soufre, lui donnèrent les acides que ces corps produisent en se combinant avec l’oxygène.
Le plus remarquable de tous les phénomènes de combustion c'est celui qui amena la découverte de la composition de l'eau. Les esprits étaient depuis des siècles tellement dominés par l’idée que l’eau est un élément, que ni Mayow, ni Boyle, ni Lemery, qui connaissaient déjà l’air inflammable (hydrogène), ne pouvaient s’imaginer que cet air entrât dans la composition de l’eau. Les premiers doutes sérieux sur la simplicité de l’eau ne remontent qu à l’année 1776 ou 1777. « A cette époque, raconte Lavoisier, Macquer ayant présenté une soucoupe de porcelaine blanche à l’air inflammable qui brûlait tranquillement à l’orifice d’une bouteille, il observa que cette flamme n’était accompagnée d’aucune fumée fuligineuse , il trouva seulement la soucoupe mouillée de gouttelettes assez sensibles d’une liqueur blanche comme de l’eau, et qu’il a reconnue, ainsi que \f. Sigaud, qui assistait à cette expérience, pour de l’eau pure L »
Une flamme sans fumée était un phénomène trop curieux pour ne pas devenir un objet de discussion ; Lavoisier n’admettait pas d’abord, dans l’expérience de Macquer, la formation de l’eau : il voyait que l’air inflammable devait, en brûlant, donner de l’acide vitriolique et de l’acide sulfureux (provenant de l’acide sulfurique employé pour la préparation de l’hydrogène). Bucquet pensait, au contraire, qu’il devait y avoir formation d’air fixe (acide carbonique). Mais il renonça à son opinion après s’être assuré, de concert avec Lavoisier, que dans la combustion de l’air inflammable il ne se produit pas de gaz qui soit, comme l’acide carbonique, précipitable par l’eau de chaux. Mais l’opinion de Lavoisier n’était pas mieux fondée que celle de Bucquet. Lavoisier y avait été conduit par une théorie imaginaire, suivant laquelle « il se produit, dans toute combustion, un acide, que cet acide était l’acide vitriolique, si l’on brûlait du soufre ; l’acide phosphorique, si l’on brûlait du
1. Mém. lu à l’Acwd. des Sciences à la rentrée publique de la Saint- Marlin 1783.
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phosphore ; l’air fixe, si l’on brûlait du charbon. ■> D’après celte théorie, l’air inflammable devait, par sa combustion, également donner un produit acide.
Cependant divers indices le firent douter de l’exactitude de sa théorie, du moins en ce qui concernait la combustion de l’hydrogène. Pour éclaircir ses doutes, il fit construire deux Misses pneumatiques, dont l’une devait fournir l’oxygène et l’autre l’hydrogène en assez grande quantité ; des tuyaux à robinet permettaient de conduire ces deux gaz à volonté dans une cloche où devait se faire ia combustion. Cette importante expérience fut faite le 2 U juin 1783. Le résultat ne fut [vas douteux. « L’eau obtenue, soumise à toutes les épreuves qu’on peut imaginer, parut, raconte Lavoisier, aussi pure que l’eau distillée : elle ne rougissait nullement la teinture de tournesol, elle ne verdissait pas le sirop de violette, elle ne précipitait pas l’eau de chaux, enfin par tous les réactifs connus on ne put y découvrir le moindre indice de mélange. » A cette expérience assistaient Laplace, Le Roi, Van der Monde et de Blagden, secrétaire de la Société royale de Londres. < Ce dernier nous apprit, ajoute Lavoisier, que M. Cavendish avait déjà essayé, à Londres, de brûler de l’air inflammable dans des vaisseaux fermés et qu’il avait obtenu une quantité d’eau très -sensible. n Mais Cavendish ne lut son mémoire, où il rendait compte de ses expériences à la Société royale de Londres, qu’en 178à, tandis que Lavoisier avait lu le sien, le 25 juin 1783, à l’Académie des Sciences de Paris, où il proclama que l'eau n'est point un élément, mais quelle est composée d'air inflammable et d'air vital. Cette différence de dates tranche la question de priorité en faveur du chimiste français *.
Après avoir montré la composition de l’eau par la synthèse, Lavoisier voulut encore la faire voir par l’analyse. U fut ainsi conduit à décomposer l’eau en la faisant passer sur du fer incandescent. Il constata que dans cette expérience le métal s’oxyde, pendant que l’hydrogène se dégage, et qu’on peut, inversement, régénérer l’eau par l’action de l’hydrogène sur l’oxygène qui avait été absorbé par le métal.
D’après les idées de Lavoisier, la respiration n’est qu’un cas particulier de la combustion. Dès 1777, l’éminent chimiste soutenait que t la respiration est une combustion lente d’une portion de carbone contenue dans le sang, et que la chaleur animale est en-
1. Voy. notre Hist. de la Chimie, t. II, p. 519 et 521 (2* édit.)
tretenue par la portion du calorique qui se dégage au moment de la conversion de l’oxygène en acide carbonique, comme il arrive dans toute combustion de charbon. » Plus tard il émit l'opinion que <r très-probablement la respiration ne se borne pas à une combustion du carbone, mais qu’elle est encore la combustion d’une partie de l'hydrogène contenue dans le sang ; de là une formation à la fois d’eau et d’acide carbonique pendant l’acte de la respiration L »
Analyse des matières organiques. — Lavoisier tenait un journal de toutes ses expériences de laboratoire. Sur un des feuillets de ce journal, on trouve à la date du 18 avril 1788, une expérience inachevée, qui avait pour but de recueillir les produits de la combustion de 1000 grains de sucre mêlés avec 10000 gr. d’oxyde rouge de mercure. Le mélange était placé dans une terrine, et les produits passaient : 1° dans un matras vide; 2° dans un flacon contenant de l’eau ; 3° dans deux autres flacons, renfermant de la potasse caustique liquide, pesée avec soin avant et après l’expérience, et dont l’augmentation de poids représentait le poids de l'acide carbonique produit par la combustion du sucre. L’oxygène que le mercure avait abandonné étant connu, celui que l’acide carbonique contenait l’étant également, il était facile de savoir par induction si l’hydrogène avait trouvé dans la matière même la quantité d’oxygène nécessaire à sa conversion en eau, s’il en avait cédé au carbone, ou s’il en avait pris à l’oxyde de mercure 2.
Le même procédé avait été appliqué par Lavoisier à l’analyse des principales résines. Il s’agissait de s’assurer combien la saudaraque, la gomme laque, le galipot, etc., exigeaient d’oxyde de mercure pour leur combustion complète. Recueillir et apprécier, au poids et au volume, les quantités d'acide carbonique et d’eau résultant d’une combustion, telle fut, en résumé, la méthode analytique de Lavoisier. Elle forme encore aujourd’hui la base de l’analyse des matières organiques.
Nomenclature chimique. — Vers le milieu de l’année 1786, Guyton Morveau, Berthollet et Fourcroy se joignirent à Lavoisier pour examiner un projet de nomenclature, proposé par G. Morveau en 1783, et pour arrêter ensemble le plan d’une réformée xigée par le progrès de la chimie. Plus une science se perfectionne,
1 . Mém. inséré dans le recueil de la Société de médecine, année 1783.