Œuvres Ae Lavoisier, t. III, p. 773 (Paris, 1867, in
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plus le besoin d’un langage précis, en quelque sorte algébrique, se fait sentir. C’est ce que comprenaient alors tous les chimistes, même ceux qui paraissaient le plus tenir aux traditions du passé.
« Ne faites grâce, écrivait Bergmann à Morveau, à aucune dénomination impropre; ceux qui savent déjà entendront toujours; ceux qui ne savent pas encore entendront plus tôt. »
Après huit mois de conférences, presque journalières, avec ses collègues, Lavoisier communiqua à la séance publique de l’Académie, du 18 avril 1787, les Principes de la réforme et du perfection* nement de la nomenclature de la chimie , et il les développa dans un second mémoire, lu le 2 mai suivant.
L’œuvre collective de Lavoisier, de Morveau, de Berthollet et de Fourcroy, porte particulièrement sur les corps composés. Ces corps ont été divisés en acides, en bases et en sels. La nomenclature de l’école française implique donc une véritable classification des matières dont s’occupe la chimie L
École de Lavoisier. ^
La nomenclature et la théorie de la combustion caractérisent ce ^ qu’on est convaincu d’appeler l’école de Lavoisier ou l 'école chimique française. En renversant le système du phlogistique, Lavoisier se fil de nombreux adversaires, et il ne parvint jamais à convaincre Bergmann, Scheele et Priestley. Quelques-uns, comme Crell, Weslrumb , Wiegleb, Trommsdorf , F. Gmelin, Richter, Léonhardi, essayèrent de concilier les doctrines du phlogistique avec les idées modernes ; mais, chose curieuse à noter, Morveau, Berlhollet et Fourcroy se montrèrent d’abord opposés aux idées novatrices de leur collègue, et ne se iendirent que vaincus par l’évidence.
Morveau * devint un des plus zélés partisans de la chimie moderne. Ses premiers travaux scientifiques se trouvent insérés, sous forme d’articles, dans la Collection académique de Dijon, dans le Journal de Physique, les Annales de chimie et le Journal des mines. On y remarque ses Recherches sur les ciments propres à
1. Voy., pour plus de details , notre Hisl. de la Chimie, t. II, p. 558 et sulv. (2e édit.)
2. Guyton Morveau (né en 1737 à Dijon, mort à Paris en 4816), avocat général au parlement de Dijon, se démit, en 1782, de sa charge pour se livrer entièrement à l'étude de la chimie. A l’époque de la révolution, il fut appelé à jouer un rôle politique. Député en 1791 à l’Assemblée Legislative, qu’il présida l’année suivante, il devint membre de la Convention
bâlir, ses Observations sur la matière métallique, sur le dissolvant du quartz, sur la fusibilité des terres, sur le spath pesant, sur la combustion du diamant, etc. Le travail, où il proposa le premier la réforme du langage chimique, a pour titre : Mémoire sur les dénominations chimiques, la nécessité d'en perfectionner le système, les règles pour y parvenir, suivi d’un tableau d'une nomenclature chimique; Dijon, 1782, in-8.
Berthollcl (1) débuta, en 1770, par une brochure (Observation sur l'air), où il parle de l'action de l'affinité dans la double décomposition des sels, et laisse déjà entrevoir ce qu'on appelle aujourd’hui la loi de Berthollet. Eu 1785, il montra le premier, par l’emploi de l’eudiomètre de Voila, que l'alcali volatil (ammoniaque) est un composé d’hydrogène, d’azote et d’eau. En 1789, après s’être rallié aux idées de Lavoisier, il fit voirque l 'acide sulfureux «est de l’acide sulfurique surchargé de soufre, » ou, ce qui revient au même, privé d'une partie de son oxygène, et que réciproquement l’acide sulfureux peut prendre les propriétés de l’acide sulfurique, soit par une diminution du soufre, soit par une augmentation de l’oxygène. Dans son mémoire Sur la nature de l'acide prussique et de ses sels, communiqué à l’Académie le 15 déc. 1787, il laissa entrevoir l’existence du radical qui reçut le nom de cyanogène. En 1788, il découvrit l'acide chlorique, qui s’appelait alors acide muriatique suroxygéné, recommanda le premier le chlorate de potasse pour la préparation de l’oxygène, et proposa de le substituer au nitre dans la fabrication de la poudre à canon. Des expériences furent faites à la fabrique des poudres d’Essonne ; elles coûtèrent la vie à plusieurs
nationale, vota avec les membres les plus avancés du parti de la Montagne, et entra en 1793 dans le comité de Défense générale et de Salut public. Envoyé, en 1194, comme commissaire à l’armée du Nord, il créa le corps des aerostalien, et utilisa les ballons pour les reconnaissances militaires à la bataille de Fleurus. De 1800 à 181*, il fut administrateur des monnaies et contribua beaucoup à l’établissement du nouveau système monétaire.
1 . Claude-Louis Berthollet, né eu 1748 à Tailloire près d’Annecy (Savoie), mort en 1822 à Arcueil, près Paris. Reçu docteur en médecine à l’université de Turin, il vint jeune à Paris, entra en 1780 à l’Académie des sciences, et succéda, en 1784, à Manquer comme directeur des Gobelins. Après le traité de Campo-Formio, le vainqueur de l’Italie devint un moment l’élève de Berthollet. Appelé à faire partie de l’expédition d’Egypte, Berthollet fonda, associé à Monge, l’institut du Caire. Créé sénateur et comte de l’Empire, il accepta, à la Restauration, l’un des premiers, la pairie. Il fonda la Société d' Arcueil dont le recueil contient les premiers travaux de Thénard, de Gny-Lussac, de Huroboldt, etc.
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personnes par suite d'une formidable explosion. Dans la même année il découvrit l'argent fulminant. Il parle de cette découverte dans son travail Sur la combinaison des oxydes métalliques avec les alcalis et la chaux. « Si les métaux oxydés, disait-il, se comportent comme des alcalis avec les acides, ils agissent à leur tour comme des acides avec les alcalis, t, Parlant de là il considérait les oxydes métalliques comme un terme intermédiaire entre deux progressions opposées. Ses Éléments de l'art de la teinture (2 vol . in-8, 1791), et son Essai de statique chimique (2 vol. in-8, 1803) ont été mis au rang des meilleurs ouvrages de la chimie moderne. Enfin Berthollet fit, en 1789, une véritable révolution dans le monde industriel en employant le premier le chlore, alors nommé acide muriatique oxygéné, pour ie blanchiment des étoffes.
Fourcroy ‘ répandit, par son enseignement, le goût de la chimie. Son Système des connaissances chimiques (Paris, 6 vol. in-Zi ou 11 vol. in-8, 1801) passa longtemps pour un ouvrage classique.
Chaptal , qui professa jusqu’en 1796 la chimie dans la nouvelle École de Médecine, suivit l’exemple de Fourcroy, de Berthollet et de Morveau. tl fut un moment ministre de l’intérieur.
Parmi les autres partisans des doctrines de Lavoisier, nous citerons : Gingembre, qui découvrit, en 1783, l 'hydrogène phosphore spontanément inflammable à l’air; Bayen, qui découvrit le mercure fulminant ; Jean Darcet, qui attacha son nom à l’ alliage fusible, composé de 8 parties de bismuth, de 5 p. de plomb et de 3 p. d’étain ; Pelletier , qui faillit périr à la suite d’une explosion déterminée par i’action de l’acide nitrique sur l’hydrogène pbosphoré; Parmentier, qui eut la gloire de dissiper les préventions qui s’opposaient à un usage plus général de la pomme de terre.
En Angleterre, Cavendish et Kirwan adoptèrent franchement, après quelques hésilatious, les principes de l’école chimique fian çaise.
Cavendish (né à Nice en 1731, mort à Londres en 1810) mil noblement son temps et sa fortune au service de la science. Ses expériences sur l’hydrogène remontent à 1765. Il trouva la com-
I. Adrien-François Fourcroy (né à Paris en 1755, mort en 1809) obtint en 1784, par la protection de Bufîon, la chaire de chimie au Jardin du Roi, fit, en 1792, partie de la Convention nationale, entra dans le comité du Salut public, devint, après le 18 Brumaire, directeur général de l’instruction publique, et mourut le jour où il fut créé sénateur et comte de l’Empire avec une dotation de 20,000 fr. de rente.
position de l’acide nitrique dans la même année où Bertholiet découvrit la composition de l’ammoniaque. Kirwan (né vers 1750 en Irlande, mort en 1812), longtemps fidèle à la doctrine du phlogislique, s’avoua loyalement vaincu par les démonstrations que lui opposèrent Lavoisier, Bertholiet, Fourcroy.
En Allemagne , la chimie pneumatique ou antiphlogistique , c’est ainsi qu’on y appelait l’école française, rencontra dans Gœtlling, Gren, elGirtanner, des adversaires décidés.
GœUliny (né à -Bernbourg en 1755, mort professeur à Iéna en 1809) enseignait, entre autres, que l’oxygène est le résultat d’une combinaison particulière du calorique avec l’azote, et que l’azote provient de l’union de la lumière avec l’oxygène. — Gren (né à Bernbourg en 1760, mort professeur à Halle en 1798) fut l’auteur d’une théorie mixte, d’après laquelle le phlogislique serait une base expansible qui, par son union avec le calorique, produirait la lumière. Quant au calorique, ce serait, non pas un fluide, mais une force primordiale, expansive, cause du mouvement des molécules de la matière. — Girtanner {aé à Saint-Gall en 1760, mort professeur à Gœtlingue en 1800), auteur d’une Nouvelle nomenclature chimique à l'usage des Allemands (Gœtlingue, 1791, in-8), croyait avoir trouvé «que la base de l'acide muriatique (chlorhydrique) est l’hydrogène, que cet élément, au premier degré d’oxydation forme l’eau et, au second degré, l’acide muriatique, de la même manière que l’azote au premier degré d’oxydation forme l’air atmosphérique, et, au second, l’acide nitrique. » — C’est le cas de rappeler que rien n’est séduisant comme l’erreur.
Senebier (né à Genève en 1742, mort en 1809), auteur de l’Art d’observer, continua de croire au plilogistique, malgré les travaux de Lavoisier, qu’il cite souvent dans ses Recherches sur l’influence de la lumière pour métamorphoser l'air fixe en air pur par la végétation (Genève, 1783, in-8). Dans cet ouvrage il compléta les expériences d'Ingenhousz (né à Bréda en 1730, mort près de Londres en 1799), qui avait découvert, d’accord avec Priestley, que les végétaux dégagent, sous l’influence du soleil, un air éminemment respirable (oxygène), et que, pendant la nuit, fis dégagent, au contraire, un air irrespirable (acide carbonique).
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LA CHIMIE AU XIXe SIÈCLE
Humphry Davy continua clignement l’œuvre commencée par Lavoisier. Né en 1778 à Penzance, petite ville du comté de Cornouailles en Angleterre, il perdit à seize ans son père, et sa mère resta avec la charge de cinq enfants. Dans l’espoir de se suffire bientôt à luimême, il se mit aussitôt en apprentissage chez un apothicaire de la localité. Enflammé de l’amour de la science, il construisit ses premiers appareils avec quelques tubes de verre qu’il avait achetés, sur ses petites épargnes, à un marchand de baromètres ambulant; il les compléta avec de vieux tuyaux de pipe et avec une seringue dont l’avait gratifié le chirurgien d’un navire français, échoué près de Land’s End. Le voisinage de la mer le conduisit à faire de l’air contenu dans les vésicules de certaines algues l’objet de ses premières recherches. Il montra que les plantes marines décomposent, comme les plantes terrestres, l’air, sous l’influence de la lumière, et il adressa son travail au docteur Beddoes qui le publia, en 1798, dans ses Contributions to physical and medical Knowledge. Le docteur Beddoes, ayant fondé à Clifton, près de Bristol, un établissement qui, sous le nom d'institution pneumatique, avait pour but d’appliquer les gaz au traitement des maladies pulmonaires, résolut de s’attacher le jeune chimiste, et chargea un de ses amis de négocier auprès de l’apolhécaire de Penzance la résiliation du contrat d’apprentissage. La négociation ne fut pas longue : l’apothicaire ne demandait pas mieux que de se défaire d’un apprenti qu’il considérait comme « un bien pauvre sujet. » Davy entra, en 1799, à l'Institution pneumatique de Clifton.
Le premier gaz que le jeune chimiste eut à expérimenter dans l’établissement du docteur Beddoes, était le protoxyde d'azote, décrit par Priestley sous le nom d'oxyde nitreux. Un célèbre praticien, le docteur Mitchell, avait présenté ce gaz comme le principe immédiat de la contagion et capable de déterminer les plus terribles effets si on le respirait en quantité même très-minime. C’était pour vérifier celte théorie que te choix de Davy s’était porté sur le gaz en question. Les premières expériences faites avec du gaz impur, n’ayant donné aucun résultat concluant, il se mit, le 12 avril 1799, à respirer le protoxyde d'azote pur. Davy n’avait alors que vingt-un ans; sa mort était certaine pour peu que la théorie du docteur Mitchell fût vraie. Mais il ne songea pas même à faire
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valoir son courage : le gaz pénétra dans les poumons sans y produire aucun malaise sensible. Ce succès l'engagea à recommencer en variant les proportions du gaz inspiré. De ces expériences qui se continuèrent pendant pins de six mois, nous ne rapporterons que celle qui se fit le 26 décembre 1799 en présence du docteur Kinglake. Nous en empruntons le récit à Davy lni-mème. Après avoir rappelé les sensations éprouvées dans les expériences précédentes, il continue en ces termes : « Bientôt je perdis tout rapport avec le monde extérieur; des traces de visibles images passaient devant mon esprit comme des éclairs, et se liaient avec des mots de manière à produire des représentations entièrement nouvelles. Je créais des théories, et je m’imaginais que je faisais des découvertes. Quand M. Kinglake m’eut fait sortir de ce genre de demidélire, l’indignation et le dépit furent les premiers sentiments que j’éprouvais à la vue des personnes qui m’entouraient. Mes émotions étaient celles d'un sublime enthousiaste. Pendant une minute je me promenais dans la chambre, tout à fait indifférent à ce qu’on me disait. Après avoir recouvré mon état normal, je me sentais entraîné à communiquer les découvertes que j’avais faites pendant mon expérience. Je faisais des efforts pour rappeler mes idées ; elles étaient d’abord faibles et indistinctes; puis elles firent soudain explosion, et je m’écriai avec solennité et comme d’inspiration : Rien n’existe que la pensée, l’univers se compose d’impressions, d’idées, de plaisirs et de peines 1 .
Ces expériences produisirent une grande sensation. On s’en exagéra la portée. Lès plus enthousiastes voyaient déjà dans le protoxyde d'azote, qui reçut le nom de gaz hilarant , le moyen de varier les jouissances de la vie. Ce qu’il y eut de plus certain c’est que le nom de Davv devint rapidement populaire sur le continent comme dans les lies Britanniques.
Le comte de Rumford venait de créer à Londres un établissement, devenu depuis célèbre sous le nom d'institution Royale : Davy y entra, en 1801, comme professeur de chimie. Malgré son air juvénile et ses manières un peu provinciales, il sut, dès sa première, leçon, charmer son auditoire par la lucidité de sa parole, et le jeune professeur devint bientôt l’homme à la mode dans la capitale de la Grande-Bretagne. Aussi fut-il comblé de distinctions et d’honneurs.
Dès 1803, il entra à la Société Royale de Londres, qu’il présida
1. Œuvres de H. Davy (réunies par John'Davyl, t. III, p. 209.
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depuis la mort de J. Banks. En 1812, il fut créé baronnet, et élu, en 1819, l’un des huit associés étrangers de ITnstitut de France. Dans cet intervalle il visita le continent, séjourna quelque temps à Paris (depuis le milieu d’octobre jusqu’à la fin de décembre 1813) et se trouva à Reims en avril 1814.
Après son retour à Londres au printemps de 1815, Davy inventa la lampe des mineurs, qui devait sauver la vie à des milliers d’ouvriers. On dépensait tous les ans des sommes considérables pour la réparation des navires dont les doublages en cuivre étaient oxydés par l’eau de mer. Davy fut invité à y porter remède. Voyant dans ce phénomène une action électro-chimique, il imagina de neutraliser l’état électrique du cuivre par de petits clous de fer, dont un seul devait préserver de l’oxydation au moins un pied carré de cuivre. On croyait tout possible à cet homme de génie : on lui commandait, pour nous servir d’une expression de Cuvier, une découverte comme à d'autres une fourniture. Le prince-régent, devenu roi sous le nom de Georges IV, chargea Davy de dérouler les manuscrits carbonisés, qu’on venait de retirer des fouilles d’Herculanum et de Pompéi. L’éminent chimiste profita de ce second voyage en Italie pour analyser les couleurs dont se servaient les peintres de l’antiquité, et pour étudier les volcans. Ce fut pendant ces pérégrinations de valétudinaire qu’il écrivit ses Consolations en voyage, ou les Derniers jours d’un philosophe, que Cuvier appelait « l’ouvrage de Platon mourant. »
La santé de Davy, toujours fort délicate, déclina rapidement. Il se hâta de retourner dans sa patrie. Mais à peine arrivé, à Genève il expira, en 1829, à l’àge de cinquante et un ans. Son tombeau se voit, dans le cimetière de Genève, à côté de celui de Pictel : il est marqué par une simple pierre, portant pour toute épitaphe ce mot : Spero (J’espère)! Il errait sur les lèvres du mourant qui mettait son espérance dans une autre vie.
Travaux de Davy. — A la terre la poussière du corps, ànous la pensée qui vivifie. Lavoisier avait soupçonné que la potasse, lasoude, la chaux, la magnésie, etc., qui passaient pour des corps simples, pourraient bieu êlre des corps composés. Ce que Lavoisier n’avait qu'entrevu, Davy le réalisa au moyen de l’action décomposante de la pile de Volta. C’est ainsi qu’en employant une batterie de 250 plaques (cuivre et zinc) il découvrit d’abord le potassium, et démontra que la potasse est un composé de potassium et d’oxygène. Rien n’égaüa sa pm quand il vit apparaître le potassium $aus fprme de
petits globules d’un vif éclat métallique, tout à fait semblables aux globules de mercure, percer la croûte de la potasse et s’enflammer au contact de l’eau et de l’air. « Il se promenait dans sa chambre, raconte son frère, en sautant comme saisi d’un délire extatique; il lui fallut quelque temps pour se remettre et continuer ses recherches *. » La découverte du potassium fut presque immédiatement suivie de celle du sodium, extrait de la soude.
Ces découvertes ne furent pas acceptées sans contestation. Les uns prétendaient que Davy s’était trompé; les autres, que le potassium et le sodium, loin d’être des corps simples, n’étaient que des combinaisons d’hydrogène ou de carbone avec les alcalis. Pour répondre à ses contradicteurs, Davy répéta ses expériences, et montra par l’analyse que le potassium et le sodium non-seulement ne contiennent ni hydrogène ni carbone, mais qu'ils ne peuvent brûler, en se changeant en potasse et en soude, qu’au contact de matières oxygénées et qu’on ne peut les conserver que dans des liquides exempts d’oxygène, tel que le pélrol. Ayant ainsi démontié que la potasse et la soude sont de véritables oxydes, il assimila, par une conception hardie, le potassium et le sodium à de véritables métaux.
Ces résultats le firent naturellement songer à décomposer par le même moyen les terres alcalines, telles que la chaux, la baryte, la strontiane, la magnésie. Les premiers essais échouèrent. Il modifia alors son procédé. Sur quelques indications, fournies par Berzélius et Pontin, engagés dans les mêmes recherches, il mettait les terres alcalines, légèrement humectées et mêlées d’oxyde de mercure, en contact avec des globules de ce métal ; il obtenait ainsi des amalgames, d’ou il expulsait ensuite le mercure par la distillation. Le barium, le strontium, le calcium et le magnésium furent découverts par ce moyen, en très-petites quantités, il est vrai, mais suffisantes pour montrer les propriétés les plus caractéristiques de ces éléments nouveaux.
Le corps que Scheele avait découvert en traitant l’acide muriatique (chlorhydrique) par l’oxyde de manganèse, et qu’il avait nommé acide muriatique dêphlogistiqué, occupait singulièrement l’attention des chimistes depuis la fin du xvme siècle. Berlhollet en avait fait l’objet d’une série d’expériences, et, de ce que ce corps, dissous dans l’eau, dégageait de l’oxygène sous l’influence de la lumière.
1. John Davy, Memoirt of th. life of sir Humphry Davy, p. 109.
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il en avait conclu que c’élait une combinaison d’oxygène avec l’acide muriatique, et il lui avait donné le nom d'acide murialique oxygéné. Quant à l’acide muriatique, Berthollet, d’accord avec Lavoisier, le regardait comme une combinaison de l’oxygène avec un radical encore inconnu.
Davy hésitait à adopter cette manière de voir de l’école française. Si, se disait-il, l’acide muriatique était de l’oxygène uni à un radical inconnu, on pourrait le décomposer facilement au moyen d’un corps avide d’oxygène, conséquemment propre à mettre le radical en liberté. Pour s’en assurer, il essaya, dès 1808, l’action du potassium sur le gaz acide muriatique (chlorhydrique) humide, et il vit constamment se former de l’hydrogène. Il constata, en outre, que, sans l’intervention de l’eau ou de ses éléments, il lui était impossible d’obtenir, avec l’acide muriatique oxygéné sec (chlore), les moindres traces d’acide muriatique.
Les expériences du chimiste anglais furent répétées, en France, par Gay-Lussac et Thénard; elles donnèrent exactement les mêmes résultats. Grand fut l’embarras des deux chimistes français ; car ils s’étaient ouvertement déclarés pour la théorie de Lavoisier, d’après laquelle tous les acides avaient l’oxygène pour élément acidifiant. « L'eau, se disaient-ils, est donc un ingrédient nécessaire à la formation de l’acide muriatique ; mais comment se fait-il qu’elle y adhère avec tant de force qu’on ne puisse l’en retirer par aucun moyen ? Ne serait-ce pas seulement par un de ses deux éléments, par l’hydrogène, qu’elle concourt à former cet acide î Et l’oxygène qui se produit dans cette opération et que l’on croyait provenir de l’acide muriatique oxygéné, ne serait-il pas simplement l’autre élément de l’eau î Mais alors ni l’acide murialique oxygéné, ni l’acide muriatique ordinaire, ne contiendrait de l’oxygène : l’acide, muriatique ne serait que l'acide muriatique oxgéné, plus de l'hydrogène *. »
Ces dernières paroles montrent que les deux chimistes français allaient saisir la vérité; ils la tenaient déjà, quand l’autorité du système régnant la leur fit lâcher aussitôt. Ils ne représentaient leur manière de voir que comme l’expression d’une hypothèse possible; mais cette hypothèse ils n’osaient la soutenir en face de leurs vieux maîtres, Berthollet, Fourcroy, Chaptal, pour lesquels la théorie de Lavoisier était comme une seconde religion.