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CHALEUR

La chaleur nous met en rapport direct avec le soleil, ce foyer duinonde. Mais le soleil n’est pas la seule source de chaleur; il y en a beaucoup d’autres, dont la plupart se trouvent pour ainsi dire sous notre main. Par cela même qu’elle est universellement répandue, la chaleur est un des phénomènes les plus intéressants à étudier.

Les anciens physiciens, qui se donnaient tous le titre de philosophes, aimaient mieux disserter sur l 'essence de la chaleur qu’interroger la nature. C’était leur coutume d’aborder les problèmes du monde pai le côté le plus difficile.

Suivant Iléraclite, la chaleur ou le feu (rè «c p) était la cause de tous les changements, de toutes les transformations dont le monde physique est le théâtre. Ainsi considérée, la chaleur était une force.

Héraclite vivait, il importe de le rappeler, environ 500 ans avant l’ère chrétienne.

Démocrite, Leucippe et leurs disciples considéraient la chaleur comme un élément formé d’atomes ronds, très-mobiles, et émanant des substances ignées par un écoulement continuel.

Aristote et les péripatéticiens parlaient de la chaleur comme d’une qualité occultç qui réunit les choses homogènes et désunit les choses hétérogènes. Cette doctrine fut vivement critiquée par leurs adversaires, prétendant que la chaleur ne pouvait avoir en même temps la faculté de dissocier les éléments et de les combiner. Les expériences récentes de M. H. Sainte-Claire Deville ont donné sur ce dernier point raison aux aristotéliciens : à une très-haute température les composés se décomposent et leurs éléments ne se combinent plus.

Au moyen âge on se bornait à commenter les opinions émises par les philosophes de l’antiquité. A l’exemple des épicuriens et des péripatéliciens, les scolasliques continuaient à considérer la chaleur comme une qualité originairement inhérente à un corps particulier qui pour les uns était le feu lui-même, pour les autres la partie invisible et volatile du feu. Ainsi considérée, la chaleur était

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quelque chose de matériel, qu’aucune puissance humaine ne pourrait ni créer ni anéantir.

Au xviic siècle, . les physiciens, à la fois philosophes et mathématiciens, tels que Bacon, Descartes, Boyle, Newton, commencèrent à envisager la chaleur sous un point de vue tout différent. Abandonnant l’ancienne manière de voir, ils conçoivent la chaleur comme quelque chose qu’on peut produire mécaniquement dans un corps. Le chancelier Bacon (né en 1560, mort en 1626) définit positivement la chaleur un mouvement d'expansion et d'ondulation dans les particules d’un corps. « Si vous pouvez, ajoute-t-il, exciter dans quelque corps naturel un mouvement qui l’oblige de se dilater, vous y produirez de la chaleur *. » — Descartes et ses disciples adoptèrent cette doctrine, à quelques modifications près.

R. Boyle s'étend beaucoup sur la chaleur considérée comme mouvement. « Quand un forgeron bat, dit-il, vivement un morceau de fer, le métal devient très-chaud, bien que le marteau et l’enclume soient froids. Il n’est donc pas nécessaire qu’un corps, pour donner de la chaleur, soit chaud lui-même. » Il conclut de là que dans le cas en question la chaleur vient du mouvement des particules du fer, mouvement produit par la force de bras du forgeron. Afin de mieux se faire comprendre, Boyle cite un autre exemple, h Pour enfoncer, dit-il, avec un marteau un clou dans une planche de bois, on donne d’abord plusieurs coups sur la tête du clou, qui s’enfonce sans s’échauffer sensiblement Mais dès que le clou est enfoncé jusqu’à la tête et qu’il ne peut plus avancer, un petit nombre de coups suffiront pour lui donner une chaleur très-sensible. » Le célèbre physicien explique ce faitpar la raison que le clou, une fois enfoncé dans le bois, ne pouvant plus visiblement transmettre le mouvement qu’il continue à recevoir, le communique aux molécules du fer, et que c’est dans la vibration intérieure de ces molécules que consiste la nature de la chaleur. Boyle s’attacha enfin à montrer comment la chaleur peut être produite mécaniquement et chimiquement 1 2.

Newton adopta la doctrine de Boyle. Mais il émit d’abord des idées très-confuses sur le feu et la flamme 3. Sensible au reproche

1. De inter pretatione naturæ, p. 348 et suiv. (Francf., 1665, in-fol.).

2. De mechanica caloris origine seu productione, dans Expérimenta et observât., etc., sect. II, p. 12 (Genève, 1694, in-8°). Dominé par la théorie du phlogistique, Boyle distinguait le feu de la chaleur, et le considérait comme quelque chose de pondérable.

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