‹ Histoire UniverselleChapitre 50 sur 184 · M. Jamin, Cours de Physique, t. II, p. 1CG (2e édit · texte numérisé non relu

M. Jamin, Cours de Physique, t. II, p. 1CG (2e édit

MOUVEMENT

comme l’aiguille d’une montre nous parait sans mouvement, parce qu’elle tourne très-lentement, ainsi un corps, qui a fort peu de chaleur nous doit paraître comme s’il n’en avait point du tout. »

Abordant ensuite le vif de la question, Mariotte ajoute « que si on insiste et qu’on objecte que le froid agit, puisqu’il engourdit et fait mourir les animaux, qu’il durcit les eaux et fait fendre les arbres, et que par conséquent ce n’est pas une privation, on pourra répondre que ce que nous souiTrons par le froid procède de ce que notre chaleur naturelle se dissipe par l’attouchement des choses beaucoup moins chaudes que nous ; car les qualités se communiquent et passent d’un sujet en un autre, comme une boule qui roule, rencontrant une pierre immobile, lui communique une partie de son mouvement qu’elle perd. »

Mariotte cite comme un exemple de l’erreur du jugement, fondé uniquement sur les sens et non corrigé par le raisonnement, la croyance commune que les caves sont plus froides l'été et plus chaudes l’hiver ; il attribue très-bien ce fait à ce que la température varie beaucoup moins à une certaine profondeur qu’à la surface du sol. v Pendant les premières chaleurs de l’été, quand même, dit-il, elles seraient très-grandes, les caves très-profondes doivent être moins échauffées qu’au commencement de septembre, parce que la chaleur s’insinue peu à peu dans la terre, et qu’il faut beaucoup de temps avant qu’elle ail pénétré jusqu’à 30 ou 1x0 pieds de profondeur; car même lorsque le soleil luit tout le jour, la surface de la terre est plus échauffée à trois heures après midi qu’à dix ou onze heures du malin, et il fait ordinairement moins chaud au solstice d’été qu’un mois ou six semaines après, et par la même raison la plus grande chaleur des caves profondes doit être vers la fin de l’été, et le plus grand froid vers la fin de l’hiver. » A l’appui de cela, l’auteur expose une série dobservations thermométriques, qu'il avait faites pendant trois années consécutives (de 1670 à 1673) dans les caveaux de l’observatoire de Paris *.

L’abbé Teinturier, de Verdun, contemporain de l’abbé Mariotte, avait fait une expérience dont l’explication embarrassait singulièrement les physiciens. Cette expérience consistait à entourer le thermomètre, au moyen d’un soufflet, de forts courants d’air. Pendant que ces courants déterminaient sur la peau une sensation de

1. Essai du chaud et du froid, p. 186 et suiv., dans tes Œuvres de Mariotte (La Haye, 1740, in-4°).

froid, ils avaient, contrairement à ce qu’on en devait attendre, pour eflet de faire monter très-sensiblement la colonne du liquide thermométrique. Cassini répéta l’expérience de l’abbé Teinturier, et obtint constamment le même résultat. Ce physicien astronome y vit la confirmation de l’hypothèse de la chaleur-mouvemeut : l’air agité par le soufflet produit, se disait-il, en réalité, de la chaleur, bien que la peau n’en reçoive qu’une sensation de froid, due à ce que l’air ambiant, toujours d’une température inférieure à celle de notre corps, se renouvelle rapidement, et que chaque couche ainsi renouvelée nous enlève une certaine quantité de chaleur *.

Cependant les expériences de la Hire, père et fils, ne s’accordaient pas tout à fait avec celles de l’abbé Teinturier et de Cassini : par l’effet du soufflet, ils voyaient le liquide thermométrique tantôt s’élever, tantôt s’abaisser, tantôt rester stationnaire. Ces résultats, en apparence contradictoires, pouvaient s’expliquer par l’action de l’humidile (vapeur aqueuse) déposée sur les thermomètres de différentes sortes dont s'étaient servis les de la Hire.

Chaleur latente. —On a lieu de s’étonner qu’aucun des nombreux physiciens qui se sont occupés de la détermination des deux points fixes du thermomètre, n’ait essayé d’expliquer pourquoi la température reste invariable, quelle que soit la quantité de chaleur qu’on applique à la glace fondante ou à l’eau bouillante. Ce n’est qu’en 1762 qu’un physicien chimiste, Black, essaya le premier de se rendre compte de ce singulier phénomène. Black demanda d’abord, en interrogeant la nature, pourquoi la glace fond si lentement par l’action de la chaleur. Une première expérience lui apprit que, pendant que l’eau à 0° s’élève à la température de 7° (du thermomètre Fahrenh.}, la même quantité de glace également à 0° exige, quoique soumise A la même chaleur que l’eau, un temps 21 fois plus long pour arriver à la même température de 7°, soit 7° x 21 = 147°, et qu’il y a par conséquent IfiO degrés de chaleur absorbés, que le thermomètre n’indique pas *. Pour mieux s’assurer de l’absorption ou du

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