Annales de Chimie, t. LXXXIII, p. i06, et 1. LXXXV p
à Vesoul en 1791, mort à Paris en 1820) eurent l’heureuse audace de comparer la capacité calorifique, variable suivant l’état physique des corps, avec la capacité atomique (composition chimique) invariable. Il devait a priori paraître oiseux de chercher un rapport entre la chaleur spécifique et le poids atomique. Cependant ce rapport existe, pourvu que l’on considère les corps dans l’état où ils possèden lies chaleurs spécifiques les moins variables, c’est-à-dire aux points les plus éloignés de leur terme de fusion ou de liquéfaction, aux températures les plus basses pour les solides et aux températures les plus élevées pour les gaz où vapeurs. Ce fut aveG cette restriction que Dulong et Petit parvinrent à découvrir la loi qui porte leur nom et qu’ils énoncèrent ainsi : Le produit AC delà chaleur spécifique C par C équivalent chimique A d’un corps simple quelconque est un nombre constant. L’équivalent d’un corps simple représente le poids d'un nombre égal d’atomes de ce corps, comme le produit de cet équivalent par la chaleur spécifique exprime la chaleur spécifique atomique ou la chaleur requise pour échauffer de 1 degré le même nombre d’atomes de tous les corps simples; en d’autres termes, il faut une même quantité de chaleur pour échauffer également un atome de tous les corps simples i. Cet autre énoncé fait comprendre toute l'importance de la loi, .que Dulong et Petit démontrèrent par des expériences trop peu nombreuses *.
En multipliant ses expériences, M. Régnault a montré que la loi de Dulong et Petit s’applique à tous les corps simples, et que les produits de la chaleur spécifique par l’équiyaient de ces corps sont tous compris entre 37 et et bien qu’ils n’expriment pas absolument le même nombre, ils sont cependant assez rapprochés les uns des autres pour qu’on puisse regarder la loi comme exacte. Il fit voir aussi que, pour satisfaire à la toi énoncée, il faut, pour certains corps, prendre un multiple ou uu sous-multiple des équivalents adoptés par les chimistes, qu’il faut, par exemple, doubler l’équiva-
1. Il Importe de rappeler ici que la chaleur spécifique (capacité calorifique) d’uo corps est la quantité de chaleur exprimée en calories, qu est nécessaire pour élever de 0° à 1° t kilogr. de ce corps. La chaleur spécifique C d’un corps quelconque peut donc s’exprimer par Q == C 1*, en désignant par Q la quantité de chaleur absorbée par l’unité de poids d’une substance chauffée de 0° à t°.
2. Recherches sur la mesure des températures et sur les lois de la communication de la chaleur, dans les Annales de Physique et de Chimie , année 1818.
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.lent du carbone, prendre la moitié des équivalents du chlore, de l’iode, du brome, etc.
M. Régnault confirma et généralisa de même la loi de Neumann, d’après laquelle la chaleur spécifique atomique (le produit de l’équivalent d’un corps par sa chaleur spécifique) constante pour les sulfates (SO*RO) et les carbonates (CO’ RO), mais qu'elle a des valeurs différentes pour les sels formés par des acides différents. Il examina un très-grand nombre de substances classées chimiquement par groupes, et il en déduisit que, pour tous les composés de même formule et de constitution chimique semblable, le produit de F équivalent total par la chaleur spécifique est le même.
Enfin, pour établir une relation entre la chaleur atomique d’un composé et celle de ses éléments, M. "Wcestyn a supposé que « les corps simples exigent la même quantité de chaleur pour s’échauffer également, soit quand ils sont libres, soit quand ils sont engagés dans une combinaison quelconque. » Cette hypothèse a été confirmée par les expériences de M. Régnault.
Le pyromètre. Mesure de la dilatation des corps. — L'idée mère de l’invention du pyromètre remonte à 1671. C’est l’année où Rieher fût chargé par l’Académie des sciences d’observer sous l’équateur la longueur du pendule à secondes. Il constata que l’horloge à pendule qu’il avait apportée avec lui de Paris, retardait à Cayenne (à 5“ lat. sept.) de deux minutes par jour, et qu’il était obligé d<* raccourcir le pendule de 1 ± de ligne, pour lui faire accomplir 3600 oscillations par heure. Il en conclut avec raison que la pesanteur est plus faible aux environs de l’équateur que dans d’autres régions4. Mais les physiciens, partisans des doctrines de Descaries, se refusèrent à admettre une diminution de la pesanteur dans la zone équatoriale, et ils attribuèrent à l’action de la chaleur l’allongement du pendule à secondes, et par suite la nécessité de le raccourcir. Cette opinion prévalut pendant plus d’un demi-siècle, bien que Newton eût démontré que l'action de la température équinoxiale était beaucoup trop faible pour expliquer les observations de Rieher, et qu’il eût conclu de la diminution de la pesanteur dans la légion équatoriale à un aplatissement de la terre aux pôles. La manière de voir de Newton resta comme non avenue. Ce ne fut qu’après 1730 que l’obstination des Cartésiens fut vaincue par l’évidence : le sys-
1. Rieher, Observations astronomiques et physiques faites à Cayenne; Paris, 1679, in-fol.
lème de Newton ayant trouvé quelques partisans, on commença à comprendre la nécessité de soumettre la question du pendule à un examen rigoureux.
Musschenbroek fut le premier qui employât, sous le nom de pyromètre (de jny >, feu, et juIt/js», mesure), un instrument destiné à mesurer la dilatation des métaux sous l’influence de la chaleur K « Tous les corps solides sur lesquels j’ai fait, dit-il, des expériences, se raréfient en tous sens par le moyen du feu qui les pénètre ; c’est ce que nous faisons voir à l’œil d’une manière évidente à l’aide de notre pyromètre qui indique de très-petites raréfactions des corps, et même jusqu’à la 1 1 * y- partie d’un pouce rhénan; je
donne à chacune de ces parties le nom de degré Les métaux,
les demi-métaux, etc., mis entre le pyromètre, lorsqu’ils sont froids et rendus ensuite chauds par le moyen d’une flamme d’alcool, s’allongent, se dilatent et s’étendent dans tous les sens. Cela se constate à l’aide d’un cône de cuivre qui, quand il est froid, s’ajuste exactement dans le trou rond d’une plaque de métal, par lequel on le fait passer, tandis qu’après avoir été chauffé, on ne peut plus du tout l’y faire passer. Si l’on chauffe la plaque où est ce trou, et qu’on ait soin de tenir le cône froid, celui-ci y passera facilement 2. »
Ellicot proposa, en 1736, un pyromètre qui était trop compliqué pour avoir été généralement adopté ®.
Bouguer se servit, pendant son voyage à l’équateur, d’un instrument de son invention pour faire ses expériences sur la dilatation des métaux *.
Les pyromètres de Smealon, de Nollet, de Guyton de Morveau étaient construits sur le même principe que celui de Musschenbroek.
Ferdinand Berthoud (né en 1725, dans le canton de Neufchâtel, mort à Groslay, près de Montmorency, en 1807) fut amené, par la construction de ses pendules compensateurs, à imaginer une méthode particulière pour connaître les rapports de dilatation de différents métaux. Cette méthode consistait à placer dans une étuve, sur une plaque de marbre verticale, les barres métalliques dont on vou-
1. Tentamina experim. in Acad, del Cimento ; t. II, p. 12 (Leyde, 1731, in-4°).