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Annales de Physique et de Chimie, t. I, p. 245 et suiv

3. Thomas Young, né en 1773, mort en 1829 à Londres, s’était appliqué à presque toutes les sciences, mais plus particulièrement à 1 ’ histoire naturelle, à la physique et à l’archéologie égyptienne.

sa véracité s’il venait, sans autre explication, annoncer que celte eau si limpide, il peut à volonté lui communiquer les couleurs les plus resplendissantes; qu’il sait la rendre violette, bleue, verte; qu’il sait la rendre jaune comme l’écorce du citron, rouge comme l’écarlate, sans pour cela altérer sa pureté, sans la mêler à aucune substance étrangère, sans changer les proportions de ses éléments constitutifs. Le public ne regarderait- il pas notre physicien comme indigne de toute croyance, lorsqu’il ajouterait que, pour engendrer la couleur dans l’une, il suffit de l’amener à l’état d’une véritable pellicule, — pellicule d’une bulle de savon; — que mince est pour ainsi dire synonyme de. coloré ; que le passage de chaque teinte à la teinte la plus différente est la suite nécessaire d’une simple variation d’épaisseur de la lame liquide; que cette variation, dans le passage, du rouge au vert, par exemple, n’est pas la millième partie de l’épaisseur d’un cheveu! » — Hooke avait montré que, pour chaque espèce de couleur simple, il existe dans les lames minces de toute nature une série d’épaisseurs croissantes où aucune lumière ne se réfléchit. Ce fait devait donner la clef de tous ces phénomènes. Young fil un pas décisif en assimilant les lames minces à des miroirs épais de même substance. Si dans certains points (taches obscures) aucune lumière ne -se voit, il n’en conclut pas que la réflexion y ait cessé : il suppose que dans les directions spéciales de ces points les rayons réfléchis par la seconde face, allant à la encontre des rayons réfléchis par la première, les anéantissent complètement. C’est à ce conflit de rayons que Young donna le nom A' interférence.

La théorie de Th. Young fut d’abord accueillie avec une dédaigneuse incrédulité. Comment s’imaginer, en effet, que de la lumière ajoutée à de la lumière engendrerait des ténèbres !

Cependant l’auteur avait pour lui une expérience facile à répéter. Cette expérience consistait à amener deux rayons d’une même source à se croiser, par des roules légèrement inégales, en un certain point de l’espace (d’une chambre obscure), et à placer dans ce point une feuille de papier blanc. Chaque rayon, pris isolément, y produit le plus vif éclat. Mais quand les rayons se réunissent de manière à arriver simultanément sur la feuille, on voit aussitôt à la clarté succéder l’obscurité la plus complète. Un phénomène du même genre s’observe quand on regarde la flamme d’une bougie par deux fentes très-minces, faites très-près l’une de l’autre dans du papier carton.

MOUVEMENT

Young constata, en outre, que deux rayons ne s’anéantissent pas toujours complètement dans leur point d’intersection; qu’on n’y observe quelquefois qu’un anéantissement partiel, et que quelquefois les rayons s’ajoutent en doublant l’effet lumineux : tout dépend de la longueur des routes parcourues, et cela suivant des lois très-simples. Les différences de route qui amènent les rayons de lumière à s’anéantir par leur entre-croisement, n’ont pas la même valeur pour les rayons diversement colorés. Ainsi, quand deux rayons blancs se croisent, l'un de leurs éléments constitutifs, le rouge par exemple, peut se trouver seul dans des conditions d’anéantissement. Or, le blanc moins le rouge, c’est du vert. Les interférences se manifestent donc sans l’aide d’aucun prisme. Quel champ de recherches ouvert à l’esprit d’investigation, quand on songe que, dans l'immensité de l’espace, il n’existe pas un seul point où d’innombrables rayons de même origine n’aillent se croiser après des réflexions plus ou moins obliques ‘ 1

Les physiciens flottaient dans un grand état d’incertitude au sujet de ces phénomènes, quand Fresnel 2 vint s’emparer des faits généraux établis par Young. L’habile physicien français fit une série d’observations délicates, d’où il était permis de conclure que deux rayons lumineux ne peuvent jamais se détruire s’ils n’ont pas une origine commune, c’est-à-dire s’ils n’émanent pas l’un et l’autre de la même particule d’un corps incandescent ; que parmi les innombrables rayons de nuances et de réfrangibilités différentes dont la lumière blanche se compose, ceux-là seuls sont susceptibles de se détruire qui possèdent des couleurs et de's réfrangibilités identiques, et qu’ainsi, par exemple, un rayon rouge ne détruira jamais un rayon vert.

Fresnel remarqua qu’il suffit de connaître la plus petite différence de chemin parcouru pour laquelle deux rayons se superposent sans s’influencer, pour obtenir ensuite toutes les différences de route qui donnent le même résultat : on n’a qu’à prendre le double, le triple, le quadruple, etc., du premier nombre; que si l’on a noté de même la plus petite différence de route qui amène l’anéantissement de deux rayons, tout multiple impair de ce premier nombre sera l’indice d’un semblable anéantissement ; enfin que les différences ou

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