HISTOIRE DE DIVERS INSTRUMENTS D’OPTIQUE
Lunettes achromatiques. — Nous avons vu plus haut que les images colorées, produites par les lentilles de verre, avaient porté Newton à sübstituer aux lunettes les télescopes à miroirs ' métalliques. Mais les opticiens n’avaient jamais renoncé à l’espoir d’obtenir des lunettes achromatiques, c’est-à-dire sans les images colorées que produit r aberration de réfrangibilité. Newton eut l’idée de remédier à l’aberration de sphéricité, dont nous avons parlé plus haut, par des objectifs composés de deux verres dont l’espace intermédiaire serait rempli d’eau. Euler reprit cette idée pour l’appliquer à l’aberration de réfrangibilité. « Urne parait, dit-il, probable qu'une combinaison de corps transparents pourrait remédier à cet inconvénient (aberration de réfrangibilité), et je suis persuadé que, dans nos yeux, les différentes humeurs s’y trouvent arrangées en sorte qu’il n’en résulte aucune différence de foyer *. » Fort du principe qu’il faut imiter la nature, il proposa de former des objectifs de verre et d’eau, qui se rapprocheraient le plus des combinaisons de l’œil. Un opticien anglais, Dollond père (né en 1706, mort en 1761) voulut tirer parti des indications d’Euler; mais il fut aussitôt arrêté par cette considération que ses expériences devaient contredire cette proposition fondamentale de l’Optique de Newton : « Toutes les fois que
1. Voy. Fischer, Geschichte de r Physik, t. III, p. 183 et suiv., et t. IV, p. 769 et suiv.
2. Dans le recueil des Mém. de l’Acad. de Berlin, année 1747.
les rayons de lumière traversent deux milieux de densité différente, de manière que la réfraction de l’un détruise celle de l’autre et que, par conséquent, les rayons émergents sortent parallèles aux incidents, la lumiè:e sort toujours blanche. »
Un physicien suédois, Klingenstierna (né en 1689, mort en 1767), fit, en 1755, ressortir, dans un écrit envoyé à Dollond, l’erreur de la proposition ou loi que Newton n’avait fondée que sur une seule expérience. Il y montra que la prétendue loi n’est vraie que pour le prisme employé dans cette expérience, qu’elle ne se vérifie pas avec un prisme de substance différente, que chaque angle exigerait une loi particulière, enfin que l’énoncé de Newton (loi newtonienne de h dispersion), pris dans sa généralité, est contraire à l'expérience. Il montra, en même temps que la loi de la dispersion, déduite de l’analyse par Euler, n’ètait pas plus exacte que celle de Newton. Ce travail du physicien suédois, qui fut, en 1761, communiqué à Clairaut, inspira à Dollond quelque doute sur l’exactitude de la loi de son illustre compatriote. Il se mit à comparer le pouvoir dispersif au pouvoir réfringent dans l'eau, dans le verre ordinaire (crown-glass) et dans le verre qui contient de l’oxyde de plomb ( flint-glass ), et il trouva une grande différence dans leur rapport Ainsi, tandis que, dans l’eau, la réfraction des rayons rouges aux rayons violets était comme 133 à 134 = 77 à 77,5, elle était, dans le erown-glass, comme 154 : 156 = 77 à 78, et dans le flint-glass comme 196 à 200 = 77 à 78,5. Ces expériences furent continuées par E. Zeilher, et surtout par le docteur Blair, qui essaya d’établir « que non-seulement le pouvoir dispersif des corps suit une autre foi que le pouvoir réfringent, mais encore que le rapport dans le pouvoir dispersif des différentes couleurs est variable pour chaque corps. »
Les différences, offertes par le verre commun et le verre plombifère, furent pour Dollond un trait de lumière. Il en conçut Tespérance que, par la combinaison de ces deux verres, les objectifs des télescopes réfracteurs pourraient être faits de telle manière que les images formées par eux ne fussent pas affectées par la réfrangibilité des rayons de lumière. Il résolut donc d’employer le crown-glass et le flint-glass (verre de cristal), après avoir mesuré leurs quantités de réfraction, ce qu’il fit par un procédé analogue a celui qu’il avait employé pour le verre et l’eau. Il trouva que leurs pouvoirs dispersifs étaient comme 3 à 2, en sorte que le spectre coloré, qui avait deux pouces de longueur dans un prisme de verre
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commun, avait trois pouces de longueur dans un prisme de verre de cristal *.
Les premières lunettes qui furent construites sur ces données par Dollond reçurent du docteur Blair le nom d 'achromatiques. Cette invention parut si étonnante, que le premier mouvement des savants et d’Euler lui-même fut de la révoquer en doute. Plus tard on essaya d’en disputer l’honneur à Dollond ; mais ces effort^ échouèrent; c’est bien à l’opticien anglais, d’origine française *, que revient la gloire de la correction de l’aberration de réfrangibilité, une des inventions les plus utiles au progrès de la science.
Loupe. Microscope. — Le cristallin d’un œil de poisson, une goutte de rosée, d’une huile essentielle, etc., ont pu fournir l’idée du verre grossissant le plus simple, connu sous le nom de loupe, en latin luba ou lupia. Layard a trouvé, dans les ruines de Ninive, des lentilles de cristal de roche, qui ne devaient avoir que l’usage de nos loupes. Divers passages d’Aristophane 1 2 3 4 5, de Pline *, île Sénèque s, montrent que les anciens connaissaient la propriété qu’ont les globes de verre, les pierres transparentes taillées en prisme de lentille, dégrossir les objets. Mais ces indications sont trop vagues pour décider si les anciens connaissaient le microscope simple et la lunette d’approche.
Le microscope fut inventé au commencement du xvn* siècle, peu de temps après le télescope. Les uns en attribuent l’invention à Zacharie Jansen, de Middelbourg, les autres à Corn. Drebbel, d’autres encore au Napolitain Fr. Fontana. Quoi qu’il en soit, on se servait primitivement de simples globules de verre légèrement aplatis, à foyer très-court, qu’il fallait par conséquent approcher de très-près des petits objets pour les voir grossis. L’homme aurait pu se passer de cet intermédiaire, si son œil était organisé de manière à pouvoir être mis presque en contact avec l’objet à distinguer. Mais comme la vision distincte ne s’exerce qu’à une certaine distance de l’objet, l’artifice en question, qui rapproche de l’œil, non pas l’objet lui-même, mais, ce qui revient au même, son image, a pu, par un bonheur inouï, remédier au défaut de notre organisa-