‹ Histoire UniverselleChapitre 90 sur 184 · Quæst. Hist. nat · texte numérisé non relu

Quæst. Hist. nat

lion. Soit KL un petit objet, perceptible à l’œil nu à la distance cd = 20 centimètres. Si l’on met cet objet au foyer de la lentille ab, l’œil placé derrière celle-ci, en o, saisira les rayons lumineux qui, après leur réfraction, sortent de la lentille considérablement écartés,

et il verra l'objet, d’où ces ravons étaient partis, sous l’ang.eagrana ,c<dig. 27), exactement comme s 1 objet lui-même eût été, au lieu de son image, rapproché de l'œil jusqu’en kl. Voilà l’artifice réalisé par ce qu’on appelle le microscope simple.

On en trouvera le pouvoir amplifiant si l’on divise 20 centimètres (distance de la vision distincte à l’œil nu) par la distance focale de la lentille. Si cette distance est de 2 millimètres (un cinquième de centimètre), le microscope grossira 100 fois; si elle n'est que de 1 millimètre, il grossira 200 fois, etc. Mais il y a des limites au pouvoir amplifiant des lentilles.

Le microscope à eau, imaginé par Gray, est tout ce qu’il y a de plus simple. Ce physicien anglais , qui vivait dans la première moitié du xvme siècle, prescrivait, pour faire son microscope, de prendre une lame de métal (de plomb ou de cuivre) d’un tiers de ligne d’épaisseur, d’y faire un orifice rond , bien net, avec une grosse épingle, et de mettre dans cet orifice, avec la pointe d’une plume, une petite goutte d’eau. La gouttelette d’eau s'arrondissant en convexité sphérique remplaçait la lentille de verre. L’instrument de Gray, c’est la goutte de rosée convertie en microscope.

Les naturalistes s’intéressèrent vivement au perfectionnement d'un instrument qui devait tant contribuer aux progrès de la zoologie et de la botanique. Ils eurent bientôt l'idée de saisir l’image d’une lentille, non plus par l’œil nu, mais à l’aide d’une seconde lentille ; la première devenait alors l’objectif, et la seconde l’oculaire. Ce fut la première idée du microscope composé, auquel Harlsoeker, Musschenbroek, Adams et beaucoup d’autres attachèrent leur nom. Avec le progrès de la science, l’attention des opticiens se fixa principalement sur la fabrication des objectifs composés, pour la plupart, de deux ou trois lentilles achromatiques Ires-petites, superposéeset séparées pardes distances réglées expérimenlalement. l'œus passons sous silence les innombrables formes données aux microscopes par leurs supports, leur mode d’éclairage, leur ajustage

MOUVEMENT

de tubes, etc. : ce ne sont là que des accessoires. Les lentilles, voilà le principal, bien qu’elles frappent beaucoup moins le regard du vulgaire que ne le font les accessoires.

Dans un microscope, la distance entre l’oculaire et l’objectif reste invariable ; le foyer de l’objectif est seul, au moyen d’une vis, rapproché ou éloigné de l’objet à examiner par transparence. C est ce qui différencie le microscope du télescope, où l’oculaire est, suivant les distances, rapproché ou éloigné de l’objectif, dont le foyer reste invariable '.

Les premières observations scientifiques faites avec le microscope ne paraissent pas être antérieures à 1625. Notons que les importantes découvertes que l’on doit à Borelli, Hodierna, R. Hooke, Grew, Malpighi, Leuwenhoek, Bonnani, Baker, Trembley, Needham, ont été faites avec le microscope simple. Tous reconnurent la nécessité d’avoir un moyen d’apprécier ou de mesurer les dimensions des objets, artificiellement grossis. Parlant de ce principe signalé plus haut, que la quantité de grossissement pour le microscope simple dépend de la distance à laquelle on voit l’objet au foyer de la lentille (distance focale), comparée à la distance de l’objet distingué à la vue simple, Henri Baker (mort à Londres en 1774) publia une table où la distance focale est calculée sur l’échelle d’un pouce, divisé en 100 parties, la vue distincte des objets à l’œil nu étant évaluée à la distance de 8 pouces. Si l’on suppose une lentille dont la distance focale soit d’un 1 0° de pouce, l’objet paraîtra quatre-vingts fois plus près qu’à la vue simple; car un dixième de pouce est contenu 80 fois dans 8 pouces. On verra donc l’objet 80 fois plus long et autant de fois plus large : c'est ce qu’on nomme le grossissement linéaire, ou grossissement ordinaire. Pour avoir le grossissement de la surface, on n’a qu'à multiplier 80 par 80, ce qui donne 6400; ce nombre, multiplié par 80 = 512000, donnera le cube ou le volume de l’objet. Ces évaluations dégrossissement ne sont plus usitées.

Mais il ne suffit pas de connaître la force des lentilles, il faut encore savoir quelle est la grandeur réelle des objets que l’on examine, lorsque ces objets sont excessivement petits; car la connaissance de leur grossissement ne conduit qu’à un calcul imparfait de leur véritable grandeur, llooke, Leuwenhoek, Jurine, etc., ont

1. Voy. llurting, Das Mikroskop, Théorie , Gebrauch und Geschichte, p. 573 et suiv. (Brunswick, 1859.)

inventé à cet égard des méthodes qu’il serait trop long de détailler

Chambre obscure. — Jean-Baptiste Porta (né à Naples en 15A0, mort en 1615) paraît avoir eu le premier l’idée de disposer une chambre complètement obscure, de manière à servir à des expériences d’optique. Dans le 17e chapitre de sa Magia naturalts, ce célèbre physicien raconte comment, sans autre préparation qu’une ouverture pratiquée à la fenêtre d’une chambre obscure, caméra obscura , on voit se peindre au dedans les objets extérieurs avec leurs couleurs naturelles; puis il ajoute : « Mais je vais dévoiler un secret dont j’ai toujours fait un mystère avec raison. Si vous adaptez une lentille de verre à l’ouverture, vous verrez les objets beaucoup plus distinctement, et au point de pouvoir reconnaître les traits de ceux qui se promènent au dehors, comme si vous les voyiez de près. » L’auteur aurait pu ajouter que les objets qu’on voit ainsi paraissent renversés et que l’ouverture doit être trèspetite pour avoir des images bien nettes.

Les physiciens songèrent bientôt à réduire la chambre obscure à un petit espace, à en faire des instruments portatifs de formes et de dimensions variables. La chambre noire de ’S Gravesande a la forme d’une chaise à porteur; le dessus est arrondi en arrière, courbé en avant, et saillant vers le milieu. Mais son volume et sa lourdeur la rendaient incommode. L’abbé Nollet imagina une chambre noire beaucoup plus légère; elle a la forme d’une boîte, de peu de volume et facile à transporter. C’est sur ce modèle qu’ont été faites depuis toutes les chambres noires, qui peuvent servir à copier des paysages, des portraits et même des dessins. Les images, faciles à redresser avec deux ou trois verres leniiculaires, peuvent être obtenues plus ou moins grossies. Un phénomène qui frappa les premiers observateurs, c’est que les images des personnes qui marchent, outre leur mouvement progressif, présentent un mouvement ondulatoire comme celui de chaises roulantes, ce qui tient au mouvement alternatif d’élévation et d’abaissement du corps sur les jambes.

Chambre claire. — Wollaston inventa, en 1809, la chambre claire, caméra lucida, dont l’idée première paraît appartenir à Hooke1. La construction de cet instrument, plus avantageux aux dessina tours que la chambre noire, repose sur le fait suivant : Si l’on re-

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