Nova Experim. Magdeb., t. IV
Ce fat avec ce petit appareil que Guericke découvrit que les corps légers, après avoir été d’abord, attirés par la matière électrisée, sont ensuite repoussés, et qu'ils ne sont attirés de nouveau qu'après avoir subi l'approche ou le contact d’un autre corps. Une plume d’édredon, attirée d’abord, puis repoussée, se maintenait ainsi en l’air autour du globe de soufre , jusqu’à ce que l’approche d'un fil de lin la fit attirer de nouveau. L’habile physicien remarqua que la plume d’édredon, repoussée, avait, comme la lune à l’égard de la terre, constamment la même face tournée vers le globe, et que des fils , suspendus librement à une petite distance du globe électrisé, étaient repoussés dès qu’il en approchait le doigt. Il en tira cette conclusion importante que les corps reçoivent me électricité contraire à celle du milieu dans lequel ils sont plongés.
Otto de Guericke fut aussi le premier à constater le bruit et la lumière que produit l’électricité obtenue par frottement. Le bruit était bien faible; car pour l’entendre il était obligé d’approcher l’oreille très-près de la boule électrisée. Quant à la lumière, il ne l’apercevait que dans l’obscurité; il la comparait, chose remarquable, à la lueur que le sucre répand quand on le casse la nuit.
Vers la même époque (milieu du dix-septième siècle), les membres de l’Académie del Cimento firent des expériences sur l’électricité; mais ils n’ajoutèrent rien de nouveau aux faits observés par O. de Guericke ’. ,
Itobert Boyle s’occupa de la même question. Ce fut lui qui introduisit dans la science le mot nouveau d’electricilas, électricité, jusqu’alors fort peu employé 2. Partant de l’hypothèse que l’électricité est un effluve de nature visqueuse, il trouva que le résidu de la distillation de l’essence de térébenthine et de beaucoup d’autres huiles essentielles est aussi électrique que le succin et plus encore que le verre. Il remarqua qu’une substance électrisée attire indifféremment tous les corps, qu’ils soient électriques ou non. C’est ainsi qu’il vit le succin attirer du succin en poudre. Il indique ce fait pour distinguer l’électricité delà propriété de l’aimant, qui n’attire pas l’aimant en poudre.
On doit à R. Boyle la première idée d’une expérience qui devait conduire à la découverte de l’électro-magnétisme. Cette expérience
\. Tentamina, etc., édit. Musschenbroek, t. Il, p. 81 et suiv.
tt. De mechanica electricitatis productione ; Genève, 1694, in-4°, p. 135 et suiv.
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consistait à faire mouvoir une aiguille d’acier (il aurait fallu employer une aiguille aimantée), librement suspendue , au moyen d’une tige électrisée. Il constata que l’électricité persistait plus longtemps que dans les conditions ordinaires, et, comme la tige avait " été assez frottée pour l’échauffer et la rendre luisante, il se borna à conclure de son expérience que les corps électriques acquièrent une plus grande puissance quand ils ont été préalablement chauffés et nettoyés.
C’est aussi R. Boyle qui expérimenta le premier l’électricité dans le vide de la machine pneumatique : il constata que les corps s’y attirent comme dans l’air. Il vit l’étincelle électrique sur un diamant, qu’il avait frotté avec une certaine étoffe. Il n’essaya pas d’expliquer pourquoi une plume d’édredon, après avoir été attirée par des corps électrisés, s’attache aux doigts et à d’autres corps dont on l’approche ensuite.
Les théories de Descartes et de Gassendi sur l’électricité n’ont aucune valeur scientifique : elles sont purement imaginaires.
A la fin du dix-septième siècle, nous n’avons à mentionner qu’une expérience que Newton fit, en 1675, devant la Société royale de Londres. Cette expérience consistait à frotter avec une étoffe un disque de verre, de quatre pouces de diamètre et d’un quart de pouce d’épaisseur, qui était enchâssé dans un anneau de laiton, de manière qu’en posant le disque sur une table, le verre se trouvât éloigné du bois de celle-ci d’environ un huitième de pouce. Dans cet espace interstitiel étaient enfermés de petits morceaux de papier. En frottant la surface externe du disque de verre, on voyait ces morceaux de papier d’abord s’attacher à la surface interne, puis s’en détacher brusquement. Ce mouvement alternatif durait même quelque temps après qu’on avait cessé de frotter le verre. Mais ce ne fut là qu’une simple expérience de curiosité : Newton n’en lira aucune conséquence.
Au commencement du dix-huitième siècle, les physiciens se sont beaucoup occupés de la lueur phosphorescente qu’on observe dans le vide barométrique pendant l’agitation de la colonne mercurielle. Jean Bernoulli 1 y voyait un mouvement de l’éther, qui aurait pénétré par les pores du tube de verre dans ce qu’on appelait le vide de Torricclli. C’était d’ailleurs pour lui et pour presque tous les
1. Mém. de l’Acad. des sciences de Paris, années 1700 et 1701 ; dissert, de mercurio lucente in vacuo; t. II, n* 112 de ses Œuvres.
physiciens d’alors un phosphore particulier, le phosphore mercuriel, noctiluca mercurialis. C’est que le phosphore éclipsait l'électricité, c’était la curiosité à la mode : tout le monde parlait de ce corps étrange qui luit dans les ténèbres.
Hartsoeker attaqua vivement la théorie de Bernoulli !. Cette polémique fit naître une foule de dissertations sur le prétendu phosphore mercuriel, par Weidler, Liebknecht, Heusinger, Mairan, Dufay, etc. Personne ne songeait à l’électricité.
Les étincelles électriques, aperçues parduericke et Boyle, devinrent pour D. Wall un objet d’études particulier *. Ses expériences sur le phosphore, qu’il prenait pour une huile animale concrétée, le portèrent à penser que le succin, qu’il regardait comme une huile minérale concrétée, pourrait bien être une espèce de phosphore. Pour s’en assurer, il fit une série d’expériences sur le succin. En frottant avec la main un gros morceau de succin, taillé en pointe, il obtenait de vives étincelles. Ces étincelles étaient plus \ives encore et accompagnées d’un pétillement caractéristique, quand il frottait rapidement le succin avec une étoffe de laine. Wall observa avec surprise que le doigt qu’on approche du corps ainsi électrisé reçoit un choc sensible, accompagné de celte lumière et de ce bruit caractéristiques qu’il compara le premier à l’éclair et au tonnerre. Il ne se douta guère de l’identité de ces phénomènes 1 2 3.
Ce n’est qu’à partir des travaux de Ilawksbee que l’électricité devint uue des branches les plus importantes de la physique. Ces travaux parurent, en 1709, sous le titre de Physico-mechanical Experiments on various subjects toaching light and electricity producible on the attrition of bodies; Lond., in-4°.
Le prétendu phosphore mercuriel, qui était alors un objet de \ ives controverses, fut l’occasion des recherches de Hawksbee. Cet éminent physicien, dont on ignore les dates de naissance et de mort, eut le premier l’idée que la lumière du vide barométrique pourrait bien n’être due qu’au frottement du mercure contre le verre. Pour s’en assurer, il fit une série d’expériences qui mirent hors de doute l’électricité du verre. Pour représenter une pluie de
1. Eclaircissements sur les conjectures physiques ; année 1710, in-8°.