Klaproth, Sur l’invention de la boussole, p
MOUVEMENT
fidèles ce qu’est pour les marins la trémontaigne (étoile polaire), et que ceux-ci ont un art infaillible, il ajoute :
Un art font qui mentir ne peut Par la vertu de l’amamêre (aimant),
Une pierre laide et brunière,
Où li fer volontiers se joint,
Ont; si esgardent le droit point,
Puis qu’une aguile l’ait touchée Et en un festu (fétu) l’ont fichée,
En l’aigue la mettent sans plus,
Et li festu la tient dessus;
Puis se tome la pointe toute Contre l’cstoile, si sans doute Que jà por rien ne faussera Et mariniers nul doutera.
Les auteurs qui ont parlé de la boussole au xine siècle sont Jacques de Vitry, qui assista, vers 1204, à la quatrième croisade ; Gauthier d'Espinois , chansonnier contemporain de Thiebaud VI, comte de Champagne ; Albert le Grand , dans son Livre des pierres , attribué à Aristote; Vincent de Beauvais, dans son Spéculum naturale , et Brunetlo Latini. Ce dernier , qui composa en 1260 son Trésor, écrit en langue française , emploie , dans sa description de la boussole, presque les mômes termes que Guyot de Provins. « Les gens, dit-il, qui sont en Europe , nagent-ils à tramontane de vers septentrion, et les autres nagent-ils à celle du midi, et que ce soit la. vérité, prenez une aiguille d’ayamant, ce est calamite, vous trouverez qu’elle a deux faces, l’une gist vers une tramontane, et l’autre gist vers l’autre, etc. » Et dans un fragment de lettre, Brunetlo raconte que le moine anglais Bacon lui montra à Oxford l’aiguille aimantée : « Il (Roger Bacon) me montra la magnete, pierre laide et noire obe (où) le fer volontiers se joint , l’on touche ob une aiguillet, et en festue l’on fiche ; puis l'on met en l’aigue et se tient dessus, et la pointe se tourne contre l’estoite, quand la nuit fut tembrous (ténébreuse) , et on ne voie ne estoile ne lune, poet (peut) li marinier tenir droite voie1. »
En résumé, il parait certain que la boussole aquatique , ou l’aiguille aimantée , soutenue par un petit roseau (fétu) et nageant dans un vase plein d’eau, était déjà en usage dès le commencement
t. Monthly Magazine, juin 1802.
du xni® siècle chez les Arabes aussi bien que chez les Européens. Vasco de Gaina , qui doubla, en 1Û98, le cap de Bonne-Esperance, trouva que les pilotes de l’Arabie et de l’Inde se servaient très-habilement des cartes marines et de la boussole. Mais leurs connaissances, ainsi que celles des Européens, ne s’étendaient pas encore au delà de l’action directrice de l’aiguille aimantée.
l’électricité et le magnétisme DEPUIS LE XVIe SIÈCLE jusqu’à nos jours
Electricité. — Depuis une longue série de siècles on admettait qu’il n’y avait qu’une seule substance, l’ambre jaune (succin), qui, après avoir été frottée, fût capable d’attirer les corps légers, lorsque Guillaume Gilbert vint tout à coup élargir le champ de l’observation par la publication de son ouvrage qui a pour litre : De magnete, magneiicis corporibus et de magno magnete tellure , physiologia nova, plurimis argumentis demonstrata-, Londres, 1600, in-û. Ce grand physicien (né en I5Û0 à Colchester, mort en 1603) donna une liste des substances qui ont la même propriété attractive que le succin. Parmi ces substances on voit pour la première fois figurer, d’une part , le verre et toutes les pierres précieuses artificielles qui ont le verre pour base; de l’autre, les résines, la gomme laque, la colophane, le mastic, le soufre, elc. C’est à ces deux groupes de substances que l’on emprunta, par la suite, la division de l’électricité en vitrée et en résineuse. Gilbert donna aussi une liste de substances qui n’acquièrent, en aucun cas, la propriété d’attirer les corps légers; ces substances sont les perles, le corail, l’albâtre, le porphyre , la silice, le marbre, l’ivoire, les os, les bois durs, les métaux, etc. De là une nouvelle division, abandonnée depuis, celle des substances électriques et des substances non électriques. En parlant de la nécessité de frotter les corps pour en manifester l’électricité, Gilbert remarqua le premier que l’air sec, par les vents du nord ou de l’est, est extrêmement favorable à la production de l’électricité, et que celle-ci dure plus longtemps au soleil que dans l’ombre, bien que les rayons solaires, condensés par une lentille, n’activent en aucune façon la vertu attractive du succin. Il constata de même que l’humidité affaiblit les effets de l’électricité, et que les corps électriques perdent leur propriété après la combustion ou la torréfaction. Pour mieux observer le phénomène de l’attraction, Gilbert fit des expériences fort curieuses avec des lamelles métalli-
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ques de 3 à 4 pouces de long, qu’il tenait horizontalement en équilibre, comme on le fait pour l’aiguille aimantée, sur la pointe d’un support vertical ; puis il approchait de l'extrémité de ces lamelles les corps électrisés par le frottement. Il donnait ainsi la première idée d’un électromètre. En variant ses expériences, il remarqua qu’une goutte d’eau, posée sur une surface seche, s’allonge en forme de cône du côté du corps électrisé qu’on lui offrait. En présentant ce même corps devant une lampe allumée, il ne vit pas le moindre mouvement à la flamme, d’où il crut devoir conclure que l’électricité n’exerce aucun effet sur l’air.
Les phénomènes électriques et magnétiques avaient été jusqu’alors généralement confondus. Gilbert distingua le premier les uns des autres en montrant que : 1° l’humidité dissipe l’électricité, tandis qu’elle n’a aucune action sur l’aimant qui, pour manifester sa force, n’a pas besoin d’être frotté et dont la vertu attractive n’est pas même arrêtée par l’interposition de corps solides ; 2° l’aimant n’a de l’action que sur des corps magnétiques, homogènes avec lui, tandis que l’électricité fait sentir son effet sur un grand nombre de corps, nullement homogènes entre eux; 3* l’aimant peut attirer des masses considérables, tandis que l’électricité n'attire que des corps légers ; 4° dans l’action électrique, le corps électrisé seul agit en attirant vers lui, en ligne droite, le corps non électrisé, tandis que dans le magnétisme l’action des corps est réciproque.
Suivant la théorie de Gilbert, l’électricité consiste dans des effluves qui prennent naissancè par le frottement de certains corps, effluves qui auraient pour effet l’attraction d’autres corps. Cette action serait comparable à celle de deux gouttes d’eau qui, en se rapprochant, finissent par se confondre. Si les métaux ne sont pas, disait Gilbert, électrisables, cela lient à ce que les effluves qu’ils émettent sont d’une nature trop grossière, terrestre.
Otto de Guericke interrogea , comme Gilbert, l’expérience pour s’éclairer sur la nature de l’électricité. Son principal appareil était un globe de soufre, qu’il avait obtenu en faisant fondre du soufre dans un globe de verre, qu’il brisait après le refroidissement de la masse ; traversé par un axe ou tige de fer, ce globe de soufre était porté sur une planche de bois, tourné avec une manivelle, et frotté par la main qu’il touchait pour être electrisé. C'était la machine électrique en germe *.