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CHAPITRE PREMIER

Introduction a Pliî-loiie ion aine. — Premiers peuples d'Italie. — Première civilisation. — Division t!e l'Italie en petits États. —Adoption de la religion des Grecs. — Événements avant la fondation de Rome. — Origine de Romulus et de Rémus son frère. — Leurs premiers exploits. — Mort de Remus. — Fondation de Rome par Romulus. — Avènement de Romulus. — Son administration. — Institution du patronage. — Législation. — Enlèvement des Sjbines. — Premières conquêtes de Romulus.

— Trahison et mon de Tarpéia. — Paix entre les Romains et les Sabins par l'intercession des Sabine?.

— Règne de Romulus et de Tatius. — Mort de Tatius. — Mort de Romulus. — Origine du nom de Rome. — Interrègne. — Élection de Numa. — Son gouvernement pacifique. — Sa législation. — Institution des vestales. — Création des hérauts. — Autres institutions de Numa. — Sa mort. — Élcc lion de Tullus Hostilius. — Déclaration de gueire entie Rome et Albe. — Combat des Horaces et des Coriaces. — Mort de Camille. — Jugement d'Horace sauvé par son père. — Nouvelle guerre. — Trahison des Albains. — Supplice de Mélius Suffélius. — Destruction de la ville d'Albe. — Victoires cl conquêtes de Tullus Hostilius. — Sa mort. — R'gne d'Anchus Martius — Ses victoires. — Première pri on. — Origine de Lucius Tarquin. — Mort d'Ancus Martius. — Usurpation et élection de Tarquin l'Ancien. — Ses constructions. — Origine de Tullius Servius. — Mort de Tarquin l'Ancien. — Usurpation de Tullius Servius. — Son élection. — Ses conquêtes. — Première monnaie. ■ — Etablissement du cens. — Affranchissement des esclaves. — Mariage des filles de Servius. — Crimes de Lucius et de Tullie. — Usurpation et parricide de Tarquin. — Mort de Servius. — Parricide de Tuliie.

— Tyrannie de Tarquin le Superbe. — Mort de Turnus Herdo. — Artifice de Sextus Tarquin. — Constructions de Tarquin dans Rome. — Origine du nom de Capitule. — Offrande de Brutus à Delphes.— Dispute entre Sextus Tarquin, Collatin et des officiers. — Viol et mort de Lucrèce. — Serment de Brutus. — Abolition de la royauté. — Exil de Tarquin.

Ainsi que le voyageur qui suit le cours des grands fleuves avant de s'em- I); rquer sur l'Océan destiné à les engloutir tous dans son sein, nous avons d'abord parcouru 1 histoire des Égyptiens, des Juifs, des Phéniciens, des empires de l'Asie, des royaumes, des États libres de la Grèce, des républiques de Sicile et de Carihage; nous allons maintenant raconter les faits de ce peuple romain, qui devint le maître du monde.

Ici un nouveau spectacle va s'offrir à nos regards. Nous ne nous égarerons plus, comme en Egypte, dans l'obscurité d'une tradition antique et mystérieuse, qui, mêlant peu de vérités aux contes forgés par une caste de prêtres, ne nous laisse d'autres garants (pie de vieux inonumepts'et d'indéchiffrables hiéroglyphes.

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Nous no serons plus, comme en Palestine, dans un pays sacré, où toutes les lois sont des oracles, et tous les événements des miracles.

IVous avons quitté cette voluptueuse Asie, où régnaient ensemble la mollesse, le luxe, l'ignorance et le despostisme.

Nous sommes sortis de cette patrie des fables, de ce pays des prodiges, de celte Grèce si pittoresque, que l'imagination quitte à regret, parce qu'elle y trouvait tout mobile et varié comme elle. Le temps, qui fait naître et qui efface tout, a flétri les couleurs de ce riant tableau, où nous avons vu rassemblés, dans le plus étroit espace, toutes les grandeurs, toutes les petitesses, toute la sagesse, toute la folie humaine, les tyrans les plus cruels, les rois les plus vertueux, les conquérants les plus renommés, les sages les plus célèbres, les meilleures lois, les peuples les plus libres, les esclaves les plus soumis, des vertus éclatantes, des vices déifiés, des modèles dans tous les genres de talents et d'arts, de luxe et d'austérité, enfin toutes les formes de gouvernement et d'anarchie.

La Sicile nous a donné d'autres leçons. Le sort s'est plu à nous y présenter ie contraste des rois les plus éclairés et des tyrans les plus farouches, pour nous apprendre à quel degré de bonheur un peuple peut être conduit par des monarques sages, tels que les Gélon et les Hiéron, ou par des chefs semblables à Timoléon, et tous les maux qui peuvent affliger une nation lorsqu'elle laisse un pouvoir absolu à des monstres semblables aux Denys et aux Agathocle.

Carthage, pendant plusieurs siècles, nous a montré les effets d'une sage liberté et d'un heureux balancement de pouvoirs; mais l'excès de son opulence, la corruption qui en fut la suite, sa décadence et sa ruine nous ont prouvé que le ciment des États est la vertu, et qu'ils tombent dès qu'elle cesse d'être leur soutien.

Nous entrons enfin dans Rome : là nous trouverons encore quelques fables grossières près de son berceau; mais le peuple romain, dès ses premiers pas nous frappe par un caractère de force, de gravité, de grandeur, que nulle part ailleurs nous n'avons rencontré; son enfance ressemble à celle d'Hercule, dont les jeunes mains étouffaient des serpents.

Son premier roi, qu'elle adore comme le fils de Mars, change des bergers en ttéros, assujettit des brigands à des lois sages, les soumet à une discipline savante; il rend redoutables à ses voisins les murs dont il vient de poser les fondéments; il étend son territoire par des conquêtes, augmente sa population par des traités, annonce aux siècles et aux nations la domination de Rome, et disparaît aux yeux de ses sujets, dont la crédule admiration le place dans les cieux auprès de Jupiter.

Ses successeurs, doués de grandes vertus et de rares talents, unissent, par un intérêt commun, le trône, le peuple et les grands; ils confient le dépôt de la liberté aux plébéiens, le maintien des lois et des vertus aux sénateurs, celui de la force publique aux rois. Ils attachent le riche au pauvre et le pauvre au riche par une utilité réciproque, par les droits et par les devoirs du patronage. Ils lient tous les citoyens à l'État par une religion qui préside à leurs desti-

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nées, qui règle toutes leurs actions, et qui les force à tout sacrifier à l'amour de la gloire et de la pairie. Un tyran veut en vain détruire ce grand ouvrage; la liberté, gravée dans toutes les âmes, lui résiste; son tronc tombe; la république s'élève et étonne l'univers par des prodiges d'héroïsme et de vertu, jusqu'au moment où l'excès de sa grandeur et de sa puissance corrompt ses mœurs, lui fait adopter les vices des peuples conquis, soumet les maîtres de la terre à des tyrans, et livre enfin aux Barbares du Nord cette Rome si longtemps capitale du monde par ses armes, et réservée à l'cMre encore pnr la croix.

Ailleurs, on peut rechercher la gloire des siècles passés dans les monuments échappés aux ravages du temps; mais à Rome, ce sont surtout les hommes qu'il faut étudier. Ces illustres Romains, dont nous allons étudier l'histoire, sont les plus beaux et les plus grands monuments de leur patrie.

L'histoire des temps qui ont précédé Romulus ne nous offre rien de certain sur les premiers peuples qui habitèrent l'Italie. Cette contrée est une presqu'île bornée au nord par les Alpes, qui la lient au continent. Ces montagnes présentent trois passages principaux : l'un au nord, l'autre au midi, et le troisième à l'est. On peut présumer que la même cause qui attira, douze siècles après, tant de malheurs et tant de Barbares en Italie, y conduisit d'abord les premiers hommes qui la peuplèrent, et que les nations du Nord, les Celtes, les Pelages, les lllyriens, cherchant de plus doux climats, ou chassés par d'autres hordes plus septentrionales, peuplèrent l'Italie par les mêmes motifs qui les portèrent dans la suite à la ravager.

Cette. population sauvage n'avait qu'un culte grossier et des habitudes nomades; mais l'influence d'un beau ciel et d'un pays fécond adoucit ses moeurs, et commença la civilisation de ces Barbares. Cessant d'être chasseurs, ils devinrent patres et agricoles. Plus tard, des colonies grecques et asiatiques y portèrent leurs lois, leurs arts et leurs sciences. L'Italie éprouva le même sort que la Grèce peuplée aussi par les Pelages, quand les Égyptiens y arrivèrent, et on dut y voir de même le combat de la civilisation contre la barbarie, de la lumière contre la nuit, des dieux contre les Titans.

De toutes parts on cultiva des champs, on bâtit des bourgs; mais, comme cette civilisation naissante n'était l'ouvrage ni d'un seul homme ni d'un seul peuple, l'Italie se trouva divisée en un grand nombre de petits États qui adoptèrent la forme monarchique, parce que leurs guerres continuelles leur faisaient sentir la nécessité d'un chef. Cependant ils bornèrent toujours l'autorité de ce chef, pour conserver une partie de leur antique indépendance.

C( s petits États, quoique séparés, se confédéraient souvent et formaient des nations, comme les Latins et les Étrusques, les plus fameux alors de tous les peuples de cette contrée. Ces confédérations avaient probablement pour causes la communauté d'origine et la conformité de langage.

Les Étrusques occupaient ce qu'on appelle à présent la Toscane et la cote de la Méditerranée jusqu'au détroit. Les Latins habitaient l'État romain actuel et le reste du midi de l'Italie. Toutes ces petites cités ou monarchies combattaient, fréquemment pour se disputer un charnu ou pour se venger d'une in-

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