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bassade, espérant L'adoucir par ses présents; et lui imposer par l'appareil de sa puissance (1).
Les ambassadeurs trouvèrent Probus assis sur L'herbe, velu d'une simple casaque, portant sur la tête un bonnet de laine. Une purée de pois, quelques morceaux de viande salée étaient les seuls mets de sa table frugale. Il invita les fiers satrapes à partager ce modeste repas. Si la simplicité du chef des Romains les surprit, la hauteur menaçante de son langage les ût trembler. Ayant ôté son bonnet, et offert à leurs regards son front chauve et totalement dégarni de cheveux, il leur adressa ces paroles : « Dites à votre maître que, s'il » ne répare pas tous nos griefs, et s'il ne rend pas à l'instant tout ce qu'il nous » a enlevé, avant un mois il verra toutes les plaines de son royaume aussi ra- » ses et aussi nues que ma tète. Je refuse vos présents; cette faible partie de » vos richesses nous est inutile; elles seront toutes à nous, lorsque nous vou- » drons nous en emparer. »
Varanne, effrayé par le récit de ses ambassadeurs , vint trouver lui-même l'empereur, et conclut la paix, en se soumettant à toutes les conditions qu'il voulut lui prescrire.
L'Orient étant pacifié, l'empereur voulut repeupler la Macédoine, la Thrace et le Pont, tour à tour dévastés par les Alains, par les Sarmates, par les Goths et même par les Romains. Il y transporta, pour y former des colonies, un grand nombre de prisonniers francs, bourguignons et vandales, avec une multitude de Bastarnes. Il espérait se servir utilement de ces Barbares en les éloignant de leur patrie , et en les disséminant dans les armées et dans les provinces. « Il faut, disait-il , que leurs secours se sentent et ne s'aperçoivent pas. »
Tout lui obéit : les Francs seuls trompèrent sa prévoyance par une audace qui paraîtrait incroyable, si la suite des temps n'avait prouvé à l'univers qu'ils étaient destinés à le parcourir, à le vaincre et à se relever avec gloire des plus désastreux revers.
Cette troupe téméraire, exilée dans le Pont, se réunit, s'arme, s'empare de quelques vaisseaux, traverse le Bosphore , entre dans la mer Egée, ravage les côtes de l'Asie et de la Grèce, aborde en Sicile, pille la ville de Syracuse, éprouve un échec près de Carthage, perd la moitié de ses forces, garde son courage, franchit le détroit, conquiert partout des subsistances par ses armes, tourne l'Espagne, côtoie la Gaule, entre dans le Rhin, et, chargée de butin et de gloire, revoit enfin sa patrie. Cette Odyssée des premiers Français aurait mérité un Homère.
Probus pouvait pallier les maux de l'État, mais non les guérir; on ne guérit pas de la décrépitude : l'empire romain, miné par la richesse, par la corruption et par les vices, s'ébranlait , s'ouvrait, s'écroulait de toutes parts, malgré efforts de quelques grands hommes qui, semblables à de robustes étais, -0 (tenaient avec peine le faite de cet édifice antique et colossal.
Les légions qui se trouvaient en Egypte, lasses d'un chef qui comprimait la
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licence et commandait l'ordre, se révoltèrent : elles élurent pour empereur leur général Saturnien. En vain il refusa ce dangereux honneur, en vain il répondit à leurs acclamations par ces seules paroles: « Hélas! que voulez-vous? » en créant sans nécessité un empereur, vous ne faites que priver la républi- » que d'un général utile. » L'armée persistant à vaincre ses refus, il tenta vainement de se dérober au trône, et se réfugia en Phénicie. La rébellion l'y poursuivit et le contraignit à régner. Probus lui promit sa grâce s'il déposait les armes. Saturnien voulait se soumettre; ses troupes n'y consentirent pas, et le forcèrent de combattre. 11 fut vaincu et tué près d'Apamée, emportant les regrets de l'empereur.
Une autre révolte éclata dans les Gaules et en Germanie : Bonose et Procule se revêtirent de la pourpre impériale. Le premier n'avait d'autre mérite aux yeux des soldats que de boire avec excès; l'autre, né parmi les Francs, se vantait d'égaler Hercule, et ne l'imitait que par son inconstance et par l'excès de ses débauches : tous deux furent vaincus. Bonose s'étant étranglé et suspendu $ux branches d'un arbre , Probus lui fit cette épitaphe satirique : Ici pend une outre et non un homme.
Les Germains livrèrent eux-mêmes Procule, qui subit la mort. Les Barbares, profitant de cette diversion, s'étaient révoltés dans la Thrace; Probus les vainquit, les dispersa, et revint jouir à Rome d'un triomphe mérité.
Comme ce grand prince croyait , avec raison , que l'oisiveté était la source de la plupart des désordres qui avaient ébranlé l'empire, il occupa, pendant la paix, les soldats à de grands travaux, creusa des canaux, répara les routes, et fit planter en Pannonie, en Espagne et en Gaule, des vignes dont jusque là on avait défendu la culture dans ces contrées. Ainsi les vins fameux qui alimentent aujourd'hui le luxe de nos Apicius modernes , doivent leur origine au plus frugal des empereurs romains.
Varanne, roi de Perse, faible à l'aspect du danger, avait repris son audace en voyant le péril s'éloigner : ii menaçait de nouveau l'Arménie. L'empereur partit de Rome dans l'intention de le combattre. Arrivé en Pannonie, près de Sirmich, il voulut, par affection pour son pays natal, faire dessécher par ses troupes les marais nombreux qui en rendaient l'air insalubre. Jusque là sa sévérité, imprimant le respect, avait maintenu son autorité ; mais, la poussant peut-être alors jusqu'à l'excès, il fatigua et souleva ses soldats : les châtiments aigrirent les esprits, une sédition éclata, et quelques-uns de ces factieux, aveuglés par leur rage, poignardèrent ce grand homme qui avait ressuscité leur gloire. J'i périt à cinquante ans, après six années de règne (1).
L'armée sentit bientôt toute l'étendue de sa perte : consternée de son crime, elle éleva un monument à sa victime, et y grava cette épitaphe : « Ci-gît l'em- » pereur Probus. 11 renversa tous les usurpateurs , triompha de tous les Bar- » bares, et se montra, par sa probité, digne de son nom »
(I) An de Jésus-Christ 282.
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