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CHAPITRE VI

(An de Rome 807. De Jésus-Christ 55. )

Élévation de Néron à l'empire. —Son gouvernement. — Crimes d'Agrippine. — Mort de Britannicus. Conspiration d'Agrippine contre Néron. — Sa disgrâce. — Débauches de Néron. — Guerre avec les Parthes. — Amour de Néron pour Poppée Sabina, femme d'Othon. — Mort d'Agrippine. — Remords de Néron pour son parricide. — Guerre en Bretagne. — Victoire des Romains. — Mort de Burrhus. ««- Retraite de Sénèque. — Nouveaux crimes de Néron. — Son union avec Poppée après la répudiation de sa femme Octavie. — Mort de Traséas. — Victoires de Corbulon. — Départ de Néron pour la Grèce.

— Son retour à Rome. — Mort de sa femme Poppée. — Incendie à Rome ordonné par Néron. — Massacre des chrétiens. — Prodigalité de Néron. — Conspiration contre lui — Mort d'Épicharis et d'autres conjurés. — Révolte des Juifs. — Commandement et victoire de Vespr-ien en Orient. — Révoile dans les Gaules. — Élévation de Galba à l'empire. — Lâcheté de Néron. — Ses nouveaux crimes.

— Révolte contre lui. — Sa fuite. — Sa mort.

Au moment où Claude expirait, l'artificieuse Agrippine, feignant une vive ouleur, serrait le jeune Britannicus entre ses bras, l'assurait qu'elle voyait en lui le vrai portrait de son père , et l'accablait de perfides caresses, ainsi qu'Octavie et Antonia ses sœurs. Par ses ordres , la garde empêchait toute communication au dehors; ses émissaires répandaient dans la ville de fausses nouvelles de la santé de l'empereur, et l'encens fumait dans les temples, pour remercier les dieux de la convalescence d'un monarque qui n'existait plus.

Pendant ce temps Néron, conduit par Burrhus, et environné de soldats dévoués, se rend au camp, harangue les prétoriens, leur distribue de l'argent, mime par des promesses; ils le proclament empereur. Le but d'Agrippine élant alors atteint, elle ouvre les portes du palais, publie la mort de Claude et le choix de l'armée que le sénat confirme par crainte , et le peuple par attachement pour la famille de Cermanicus.

Néron, après avoir rendu les derniers devoirs à son père adoptif, prononça dans le sénat son oraison funèbre composée par Sérïèque. On L'écollta paticm-

ment lorsqu'il parla des aïeux de Claude, de leur gloire, et des victoires que les armes romaines avaient remportées sous son règne; mais, quand on l'entendit vanter les lumières et la prudence de ce prince imbécile, le sénat, perdant sa gravité, l'interrompit par un rire général; cependant, par une déplorable inconséquence, cette servile assemblée, adoptant les conclusions de l'orateur, plaça Claude au rang des dieux; et le même Sénèque, qui, dans cette apologie, divinisait cet empereur stupide, publia une satire appelée Apocoloquinte, dans laquelle, avec plus de raison et non moins d'inconvenance, il le comparait aux plus lourds et aux plus vils animaux.

Au reste, dans les autres parties de-sa harangue, Néron donna aux Romains les plus douces espérances; il promit de laisser un libre cours à la justice, de ne jamais exposer la vie et la fortune des citoyens aux rigueurs d'un tribunal secret, de fermer l'oreille aux délateurs, de sacrifier l'intérêt privé du prince à l'intérêt public, de donner au mérite seul les emplois si longtemps prodigués à la faveur et à la fortune. Enfin il invita le sénat à reprendre ses antiques droits, se réservant seulement le commandement et l'administration de l'armée.

Tous les historiens s'accordent à dire que, pendant cinq ans, Néron tint fidèlement ses promesses : depuis même, un de ses successeurs, Trajan, dit que ces cinq premières années pouvaient être comparées aux règnes des meilleurs princes. Ce fut pourtant dans ces années, qu'on regarde comme une époque si heureuse, que ce jeune monstre empoisonna son frère Britannicus, et fit assassiner sa mère. Alors ses vices et ses forfaits ne sortaient pas de l'enceinte du palais; Néron était un tyran dans sa famille, mais il laissait Sénèque, Burrhus et le sénat gouverner l'empire.

Au commencement, Néron, né loin du trône, parut sentir qu'il devait le sceptre comme le jour à Agrippine : lorsque le commandant de la garde vint lui demander le mot d'ordre, il répondit : « La meilleure des mères. » Déférant pour ses avis , soumis à ses ordres, il l'entourait de sa garde , lui prodiguait les honneurs décernés à Livie, suivait sa litière à pied; et cette ambitieuse princesse, au comble de ses vœux, se flattait de l'espérance de régner toujours sous le nom de son fils.

Néron, éclairé par Sénèque. dirigé par Burrhus, diminua les impôts qui pesaient sur les provinces, rétablit par des pensions la fortune de plusieurs sénateurs pauvres et vertueux : encore imbu des principes de philosophie qu'on s'efforçait de graver dans son cœur, et que ses passions fougueuses effacèrent bientôt, il se montra quelque temps humain et même sensible.

Un jour on présentait à sa signature un arrêt de mort. « Je voudrais, » s'écria-t-il, ne savoir point écrire. »

Le sénat, accoutumé à la flatterie, lui prodiguait des éloges exagérés; il répondit : « Attendez pour me louer que je l'aie mérité. » Loin de se rendre inaccessible, comme ses prédécesseurs, il se montrait affable et populaire, admettait indifféremment tout le monde à ses jeux; et Rome, trompée, regardait alors ce fléau du monde comme un présent du Ciel. Elle oubliait que

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