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AGRHFP1NE ET -i.OT,

NÉKON. 477

le cruel Tibère, que l'insensé Caligula et l'imbécile Claude avaient ainsi commencé. Ces premiers Césars, qu'une basse flatterie divinisa, auraient au moins dû être placés par elle parmi les sirènes, dont la voix flatte ceux qu'elles veulent dévorer; elles offrent d'abord à l'œil enchanté les formes séduisantes d'un corps, dont les extrémités se terminent en monstres effroyables.

L'orgueil d'Agrippine fut la première cause des égarements de son fils; elle aigrit son amour-propre, et lassa sa patience en voulant prolonger son enfance et son asservissement. Jalouse du crédit des ministres de Néron, elle détruisait l'effet de leurs sages conseils par ses railleries, et corrompait le cœur du jeune prince par son exemple. Livrée à ses affranchis, implacable dans ses vengeances, elle fit périr Julius Silanus, proconsul, premier époux d'Octavie. Narcisse reçut la mort par ses ordres : cet ancien favori du dernier empereur ne méritait pas de regrets; cependant, en mourant, il fit une action digne déloges; il brûla tous les papiers de Claude qui pouvaient compromettre et exposer au ressentiment d'Agrippine un grand nombre de personnes attachées à Britannicus.

De jour en jour l'impératrice augmentait ses prétentions; elle recevait avec Néron les ambassadeurs, et forçait le sénat à tenir ses séances dans le cabinet de l'empereur, afin que, cachée derrière un rideau léger, elle pût assister aux délibérations. Elle aspirait ouvertement à l'empire, et semblait vouloir tenir son fils en minorité perpétuelle. D'un autre côté, Sénèque et Burrhus, qui connaissaient le caractère impétueux de leur élève, favorisèrent son penchant pour les plaisirs, dans l'espoir qu'ils amolliraient son àme farouche : ils aimaient mieux voir régner le désordre dans ses mœurs que dans l'empire. Ils se trompèrent. Lorsqu'on ouvre le cœur humain à une passion, les autres y pénètrent ; Sénèque et Burrhus permirent la volupté à Néron, la cruauté la suivit.

Néron devint épris d'une affranchie nommée Acte ; Agrippinc, jalouse -de tout empire, voulait renverser cette obscure rivale : dans une âme immorale, une mère lutte sans succès contre une maîtresse. Néron, entraîné par sa passion, aigri par ses jeunes favoris Othon et Sénécion, dont les penchants étaient ï-ans cesse contrariés par l'impératrice, secoua le joug d'Agrippine. Sa vendeance commença par la destitution de Pallas, son amant. Déjà dissimulé, quoique jeune, il continue à rendre des hommages apparents à celle dont il renverse le crédit; il lui envoie de magnifiques présents. Agrippinc, furieuse, l'écrié • qu'on la pare en la dépouillant. » Imprudente dans son courroux, elle ne se borne pas à des plaintes touchantes; elle éclate en reproches, ajoute la menace aux injures, et, sans mesure dans sa douleur comme sans frein dans sun ambition, elle annonce le dessein de rendre le trône à son légitime possesseur, de couronner Britannicus, et de révéler aux prétoriens ses artifices, môme ses crimes.

Inspirer la crainte à Néron, c'était prononcer l'arrêt de Britannicus, c'étaii briser la faible barrière qui retenait le jeune tyran sur les bords du crime. >eron, décidé à faire périr son frère, commet ce premier forfait avec le sang-

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froid d'un scélérat consommé. Il invite le jeune Britannicus à un festin : à peine l'infortuné prince a touché de ses lèvres la coupe fatale, le poison subtil, apprêté par Locuste, saisit et glace ses sens; il tombe renversé sur son lit, et expire. Tous les spectateurs consternés fixent leurs yeux incertains sur l'empereur, cherchant dans ses regards la règle de leur conduite ; Néron, sans changer de visage, dit : « Cet accident ne doit causer aucune inquiétude; ce n'est » qu'un accès d'épilepsie; le prince y est sujet depuis son enfance. » On emporte la victime; ses funérailles sont faites à la hâte et sans pompe; son corps exposé était couvert d'un enduit préparé pour cacher les effets du poison. Une pluie, tombée du ciel par torrents, rendit l'artifice inutile, et dévoila le crime.

Les sœurs de ce malheureux prince, Octavie et Antonia, présentes a sa mort,

avaient laissé,' éclater une douleur qui prouva leur innocence. Burrhus et Sénèque, éclairés, mais effrayés, n'osèrent adresser à leur élève des reproches que la vertu devait leur dicter, mais dont leur expérience ne prévoyait que trop l'inutilité.

Néron donna de perfides larmes au prince qu'il avait empoisonné; il implora le secours du sénat, prétendant qu'il avait plus que jamais besoin de son appui, étant privé de celui de son frère. Mais ses passions venaient de rompre la digue qui les retenait; la mort de Britannicus lui ôtait son frein : jusque là les droits de ce prince, et l'estime qu'il inspirait, l'avaient forcé de feindre la vertu, pour combattre dans l'opinion le mérite de son rival.

Agrippine, épouvantée du crime de son fils, prévit le sort qui la menaçait; et, ne pouvant se décider à la retraite, elle voulut se faire un parti, former une ligue contre Néron, gagner par des largesses les tribuns, les centurions, et xciter l'ambition des personnages les plus puissants.

Néron lui retire sa garde, la prive des honneurs de son rang, et la renvoie de son palais. Conservant à peine quelque apparence de respect, il la visite rarement, et accompagné de soldats dévoués.

Si l'affreux caractère de ce prince fut alors entièrement dévoilé aux yeux de sa mère, elle ne tarda pas à connaître la bassesse de sa cour et la lâcheté des Romains. A peine la nouvelle de sa disgrâce se répand, les courtisans l'abandonnent, la foule s'éloigne, les hommages cessent; ses amis mêmes la fuient, l'adulation ne se fait plus entendre, la délation lui succède.

Julia Silana, veuve de Silius, et l'histrion Paris l'accusent de conspirer contre l'empereur, et de vouloir donner son sceptre à Rubellius Plautus, descendant d'Auguste par sa mère. Agrippine répondit à l'accusation « que les soupçons » de Silana ne l'étonnaient point, puisque celte femme n'avait jamais eu de »fils. • Burrhus plaida courageusement la cause de l'accusée; la plainte fut déclarée calomnieuse; on bannit Silana et Paris. Un froid rapprochement fut ïa suite de cette justification.

Burrhus et Sénèque voyaient sans peine Agrippine éloignée; et même avant sa disgrâce, comme elle voulait un jour s'asseoir sur le trône à côté de Néron, qui donnait une audience solennelle aux ambassadeurs, par leur conseil, ce

prince, sous prétexte d'aller au-devant de sa mère, descendit du trône et l'empêcha d'y monter.

Néron, à l'abri des reproches d'Agrippine, et livré aux courtisanes et aux affranchis par des ministres qui voulaient régner, ne garda plus aucune décence dans ses débauches: il passait les nuits dans les rues et les tavernes, déguisé en esclave et entouré d'une foule de jeunes libertins, avec lesquels il attaquait et dépouillait les passants. Il revint souvent de ses orgies battu et couvert de sang. Ayant une nuit rencontré et insulté la femme du sénateur Montanus, celui-ci vengea son outrage et le blessa. Néron ne se croyait pas reconnu; mais, Montanus ayant commis l'imprudence de lui écrire pour s'excuser, Néron dit : « Quoi I cet homme m'a frappé, et il vit encore ! » Et, en môme temps, il lui envoya l'ordre de mourir.

Pour éviter de semblables accidents, Néron, dans ses courses nocturnes, se fit accompagner par des soldats. Toute la jeunesse patricienne imita un exemple si contagieux; et dès que le jour n'éclairait plus la capitale du monde, elle se trouvait exposée à tous les désordres d'une ville prise d'assaut.

Cependant, malgré la honte de ses débauches et l'horreur qu'inspiraient aux honnêtes gens les crimes du palais, le peuple était content : Néron lui prodiguait les jeux, les fêtes, satisfaisait ses besoins par de grandes libéralités; le sénat jouissait d'une pleine liberté dans ses délibérations; la justice était bien rendue, l'ordre régnait dans les provinces, on confiait leur administration à des gouverneurs justes et modérés; les étrangers respectaient les limites de l'empire : l'esprit turbulent des Parthes troublait seul alors la tranquillité générale.

Néron, docile encore à l'avis de ses sages conseillers, nomma Corbulon pour les combattre. Ce général soutint dans cette contrée l'honneur des armes romaines, reprit l'Arménie sur les Parthes, et s'empara d'Artaxate.

L'empereur s'était dégoûté d'Octavie; ses douces vertus ne pouvait retenir longtemps un cœur corrompu qui ne trouvait d'attrait qu'au vice. Il devint éperdument amoureux de Poppée Sabina épouse d'Othon, son favori, qui, par imprudence ou immoralité, lui vantait sans cesse les charmes de sa femme. Elle joignait les agréments de l'esprit à ceux de la ligure, toutes les qualité qui excitent l'amour, aucune de celles qui inspirent l'estime. Elle se montrait toujours à demi voilée, non pour écarter la curiosité, mais pour l'irriter. Elle écoutait indifféremment les vœux légitimes ou coupables, et ne cédait qu'à ceux qui pouvaient être utiles à son ambition. L'intérêt fut toujours le seul but et la seule règle de ses sentiments; elle attira Néron par ses artifices, et l'enflamma par sa résistance.

L'empereur, pour se délivrer d'un obstacle redoutable, éloigna Othon, et lui donna le commandement de la Lusitanie. Othon, voluptueux dans une cour corrompue, parut un autre homme dans sa province; il sut l'administrer avec justice, douceur et fermeté. Poppée, trop orgueilleuse pour se contenter d'être maitresse de Néron, voulut partager son trône et faire répudier Octavie. Ce prince, entraîné par sa passion, craignait cependant les reproches de Burrhus et de Bénèque, le ressentiment d'Agrippine, et l'estime que les vertus de la sœur do

Brilannicus inspiraient aux Romains. Les larmes et les artifices de Poppée Remportèrent: « Pourquoi différer de m'épouser? disait-elle; me trouvez-vous » trop peu de charmes, ou craint-on que je ne vous découvre le mécontente- »> ment du peuple qui s'indigne de voir César tenue en tutelle par sa mère, et » traité comme un enfant par ses précepteurs? Si vous n'osez former nos » nœuds, rendez-moi à Othon; j'aurai la consolation de n'apprendre que de » loin, et par le bruit public, la servitude honteuse où vit l'empereur. »

Agrippine voulut vainement lutter contre le pouvoir de Poppée; on prétend môme qu'accoutumée au crime, et connaissant les vices de Néron, elle essaya de lui inspirer un amour incestueux; ses séductions n'eurent pas plus de succès que ses reproches. Trop violente pour se contenir, elle renouvela ses menaces; et Néron, qu'aucun forfait ne pouvait effrayer, jura la mort de sa mère.

Après avoir employé inutilement trois fois le poison contre lequel elle s'était prémunie par des antidotes, il feignit de se réconcilier avec elle, trompa sa défiance par de fausses confidences, par de feintes caresses, et lui persuada de faire un voyage sur les côtes de Calabre, pour assister à une solennité qu'il voulait, disait-il, présider. Ce monstre lui avait fait préparer un vaisseau qui devait, à un signal convenu, s'ouvrir par le milieu. Agrippine revenait de Baies sur le navire que commandait Anycétus; elle était accompagnée de Crespérius Gallus et d'Ascéronia Polla; tout à coup le plancher de la chambre, chargé de plomb, s'enfonce et tombe. Crespérius est écrasé; la poutre qui portait Agrippine la soutient. Le tumulte produit par cet accident empêche les agents du complot de faire jouer les ressorts qui devaient ouvrir le bâtiment; mais bientôt, excités par leur perfide chef, ils se jettent tous du même côté, et renversent le navire. Tous ceux qu'il portait tombent dans la mer; Ascéronia, dans l'espoir d'être secourue, s'écrie: « Je suis l'impératrice : » on l'assomme à coups de rames. Agrippine, gardant le silence, ne reçoit qu'un coup d'aviron sur l'épaule, se sauve à la nage, et regagne les barques du rivage, qui la ramènent près du lieu où se trouvait Néron. Feignant de tout ignorer, elle charge un affranchi d'instruire son fils du danger qu'elle avait couru.

L'empereur ne daignait plus voiler aux yeux de ses ministres ses exécrables projets, il consulte Burrhus et Sénèque sur les moyens de consommer son crime. Consternés, ils gardent d'abord un profond silence; toutes les lois divijies et humaines étaient violées; les liens de la nature étaient rompus; une lâche peur triomphe du devoir et de la vertu. Sénèque interroge par un signe Burrhus pour savoir si ses soldats obéiraient à un parricide; Burrhus répond que les prétoriens respectaient trop la fille de Germanicus pour la frapper, et qu' Anycétus était seul capable d'exécuter cet ordre barbare. Dans cet instant on annonce l'envoyé d'Agrippine; il entre. Néron fait jeter un poignard entre ses jambes, ordonne qu'on l'arrête, l'accuse d'avoir attenté à ses jours, commande son supplice, et prononce l'arrêt de sa mère.

Anycétus, avec quelques soldats de la marine, se rend chez Agrippine; elle était couchéej la seule femme au i se trouvait près d'elle prend la fuite: un

centurion frappe de son bâton la tète de l'impératrice; cet te princesse découvrant alors sa poitrine, la présente au meurtrier : « Percez mon sein, dit-elle ; il le mérite, il a porte Néron. » A ces mots elle expire sous leurs coups. Néron arrive peu d'instants après, examine son corps dépouillé, et dit froidement : « Je ne croyais pas qu'elle fût si belle. - 11 écrivit ensuite au sénat pour se justifier, accusa sa mère, et soutint qu'il avait été forcé à cette action pour sauver sa propre vie.

Sénèque se couvrit d'une tache ineffaçable en composant cette apologie. Le sénat se rendit complice du crime en l'approuvant. On décerna des prières solennelles pour remercier les dieux d'avoir garanti le prince des fureurs de sa mère ; et le peuple, digne par sa bassesse d'avoir Néron pour maître, vint en foule au-devant du parricide, et le reçut en triomphe.

Mais quand la lâcheté des hommes trompe le crime et rassure le coupable par de perfides hommages, le Ciel place dans l'àme du criminel un juge pour le condamner, un bourreau pour le punir. Néron, dévoré de remords, s'entoure vainement de vils esclaves qui s'efforcent de dissiper ses terreurs ; il craint l'éclat du jour, et ne peut supporter les ombres de la nuit; les voûtes de son palais retentissent de ses gémissements; à toute heure on l'entend s'écrier qu'il voit sa mère couverte de sang, et qu'il est poursuivi et déchiré par le touet des Furies.

Depuis ce moment, le reste de sa vie ne fut qu'un affreux délire, et les excès d'orgueil, de fureur, de crime et de débauche auxquels il se livra, ne firent qu'abrutir son esprit sans étourdir son cœur.

Ne pouvant plus se soustraire au jugement des hommes pour ses actions, il il se flattait follement de conquérir leur admiration par ses talents. Cet insensé, oubliant la dignité de son rang, montait publiquement sur le théâtre, jouait de la lyre, chantait; et, tyran jusque dans ses plaisirs, il défendait à tout assistant de sortir. On vit de malheureuses femmes enceintes accoucher au spectacle : ses gardes épiaient le maintien et les regards des spectateurs; il fallait applaudir sous peine de mort.

Le colosse romain miné au dedans par ses vices et par sa corruption, se faisait encore craindre au dehors par sa grandeur imposante. La bravoure fut la dernière vertu que conserva Rome; ot, dans les camps, on retrouvait encore les Romains : ils ne s'attiraient plus l'estime par leur justice, mais ils se faisaient craindre et respecter par leurs armes.

Suétonius Paulinus, envoyé contre les Bretons révoltés, s'empara de l'île de- Mona ^Anglesey;, plus défendue par la superstition que par le courage : les nains reculèrent d'abord devant les druides; mais, triomphant enfin de la crainte que leur inspiraient les idoles, les pierres des sacrifices et les bois sacrés, ils portèrent la flamme dans ces sombres forêts, et détruisirent à la fois la liberté et la religion de ces peuples infortunés.

Quelques centurions romains, méprisant trop les Barbares pour respecte!- à leur égard le droit des gens, insultèrent Boadicée, reine des Isséniens, et outragèrenl ses filles. La honte réveilla le courage; les peuples bretons, qui avaient supporté d'énormes impôts, ne purent souffrir d'être humiliés; ils se lèvent s'aiment, et se révoltent tous à la fois.

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