‹ Histoire universelleChapitre 53 sur 129 · OTHON · texte numérisé non relu

OTHON

(An de Rome 822. —De Jésus-Christ 70. )

Élévation (VOlhon à l'empire. — Sa générosité envers Marius Celsus. —-Guerre civile entre Olhon et Vitellius. — Préparatifs de guerre. — Rivalité de Vespasien et de Mucieu, réconciliés par Titus, ûls de Vespasien. — Bataille de Bébriac. — Victoire de Vitellius.— Abdication d'Othon. — Son discours à ses soldats. — Ses derniers moments. — Sa mort.

Dès que Galba fut mort, tout changea de face dans Rome ; on aurait cru voir un autre sénat et un autre peuple. Les mêmes hommes qui tout à l'heure avaient déclamé contre les vices et contre l'audace sacrilège d'Othon, se précipitaient maintenant à ses pieds, exaltaient ses vertus, le [félicitaient de son

triomphe, et le remerciaient d'avoir délivré les Romains d'une oppression insupportable. Moins le zèle était sincère, plus il était exagéré.

Othon, d'une ancienne maison, originaire d'Étrurie, éloquent, brave, spirituel, eût été digne de gouverner l'empire, s'il eût été moins gouverné luimême par ses passions. Dans ses premières années, corrompu par les exemples du siècle, séduit par les charmes de Poppce, il avait partagé les débauches de Néron : envoyé en Lusitanie, il y développa de grandes qualités. 11 était affable, généreux; mais sa prodigalité aurait été peut-être plus funeste aux Romains que l'avarice de Galba.

Lorsqu'il eut reçu les félicitations des patriciens et du peuple, il se rendit au sénat. Ce corps, impatient de montrer sa lâcheté, prévint ses excuses par des hommages, et lui décerna le nom d'Auguste avec tous les titres de ses prédécesseurs. 11 remercia les sénateurs de leur empressement, leur dit qu'il ne s'était emparé du pouvoir que dans le dessein d'obéir au sénat et au peuple, et promit de ne se gouverner que par leurs avis. Comme il se trouvait le premier César nommé par les prétoriens, il paya leur zèle par une magnifique gratification. Récompensés de leur infidélité, ils se crurent dès ce moment le droit de disposer de l'empire.

Le nouvel empereur surprit le public par sa conduite ; on le vit, contre l'attente générale, renoncer à la mollesse, négliger les plaisirs et s'appliquer aux affaires.

Marius Celsus, comblé de bienfaits par Galba, lui restait fidèle, et persistait courageusement à défendre son règne et à honorer sa mémoire. Othon, irrité, ordonna de l'amener devant lui : Celsus, après avoir déclaré avec fermeté ses sentiments, ajouta ce peu de mots : « La reconnaissance est une vertu qui de- » vrait plutôt attendre d'un prince juste des récompenses que des châtiments. » L'empereur, frappé de cette vérité, l'embrassa et lui donna une grande charge auprès de sa personne.

Le supplice du lâche Tigellin et la restitution des biens des exilés concilièrent à Othon l'affection publique; mais le sort ne l'avait pas destiné à réaliser les espérances du peuple. Quinze jours avant la mort de Galba, les légions de la Basse-Germanie, se croyant autant de droits pour donner un chef à l'empire que celles d'Espagne , avaient proclamé Vitellius empereur. Elles persistèrent dans leur choix après la nomination d'Othon, et méprisèrent les décrets du sénat, qu'elles regardaient comme dictés par la crainte et par la violence.

Cette nouvelle consterna les Romains; ils avaient sacrifié leur liberté à leur repos, et préféré la domination d'un seul maître aux tyrannies successives et sanglantes des grands qui se disputaient le gouvernement de la république. Ce saciiiice devenait inutile, l'empire allait voir recommencer les querelles et les proscriptions du triumvirat, et ils se trouvaient près de retomber dans toutes les horreurs des guerres civiles.

Othon, pour se concilier l'opinion générale, essaya de détourner l'orage par des négociations. Connaissant le caractère avare, indolent et voluptueux de Vitellius, il lui offrit* s'il voulait renoncer à ses prétentions, une retraite tran-

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quille et des trésors immenses; Vitellïus, de son côté, lui fit les mômes propositions. On lui croyait un parti dans Rome; la jalousie, la méfiance et la peur désunissaient celui d'Olhon. Le sénat, intimidé par tant de révolutions successives, craignait l'événement, et se montrait indécis; chacun réglait sa conduite, son maintien, ses paroles, sur le plus ou le moins de confiance ou de crainte qu'inspiraient les nouvelles qu'on recevait. Othon seul, courageux et vigilant pour conserver le trône comme pour l'acquérir, pressait avec activité les préparatifs de guerre; il se vit bientôt à la tête d'une armée nombreuse, mais plus forte en apparence qu'en réalité. L'âge et une longue paix avaient affaibli les anciens sénateurs; les patriciens avaient perdu l'habitude des camps ; les chevaliers, amollis par les voluptés, frémissaient de se voir exposés aux périls et aux fatigues de la guerre, et les prétoriens, quoique braves, étaient moins aguerris que les légions de Germanie. Cependant tous les hommes légers, qu'éblouit la présence du pouvoir, et dont les regards ne s'étendent pas dans l'avenir, ne parlaient que d'espérances et de triomphes ; les hommes sages ne voyaient dans les divers résultats de ces dissensions que des malheurs pour la république, et les intrigants épiaient les événements pour en profiter.

Les armées de Germanie, du Rhin et des Gaules embrassaient toutes le parti de Vitellius. Ce prince indigne non-seulement du trône, mais même du commandement que lui avaient donné les favoris de Galba, ne trouvait d'autre avantage dans le rang suprême que celui de pouvoir satisfaire sans contrainte la brutalité de ses grossières passions; consumant à table et dans l'ivresse ses nuits et ses jours, son indolence aurait été incapable de disputer le trône à son rival; mais l'activité de ses lieutenants, Valens et Cécinna, fit sa fortune et lui valut la victoire.

Ses généraux rassemblèrent avec rapidité toutes les troupes , enrichirent le trésor par d'horribles pillages, détruisirent Divodunum (Metz) qui leur refusait des secours, dévastèrent THelvétie qui se déclarait contre eux, intimidèrent les Lyonnais disposés en faveur d'Othon par leur attachement pour Néron; enfin, par la promptitude de leur marche, ils déterminèrent les provinces septentrionales d'Italie à embrasser leur cause ; car alors le parti qui inspirait le plus de crainte semblait le plus légitime.

Dans l'Orient on méprisait presque également Othon et Vitellius : les armées belliqueuses de ces contrées, commandées par des capitaines habiles, ne reconnaissaient que l'autorité de leurs chefs. Vespasien, guerrier infatigable, sévère dans ses mœurs, tempérant, sobre dans ses plaisirs, modeste dans ses vêtements, marchait toujours à la tête des troupes, traçait lui-même leur camp, partageait leurs travaux et leurs périls, déconcertait les mesures de l'ennemi par sa vigilance, l'effrayait par son intrépidité : soldat vaillant, capitaine expérimenté, il aurait égalé la renommée des généraux anciens s'il se fût montré moins cupide.

Son collègue Mucien, magnifique, généreux, éloquent, imposait le respect au peuple et aux soldats rar son instruction dans les affaires civiles et par la di-

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