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gnité de ses formes. Tacite remarque qu'en réunissant les qualités de ces deux hommes on en aurait fait un excellent empereur.
L'ambition les rendit d'abord rivaux et presque ennemis. Titus, fils de 'Vespasien, les rapprocha : ce jeune prince, destiné par le sort à faire trop peu de temps le bonheur du monde, avait reçu du Ciel un charme auquel rien ne résistait. Vespasien et Mucien, unissant leurs vues, et réglant leur conduite avec prudence, avaient reconnu Galba. Titus même était parti d'Asie dans l'intention de venir demander ses ordres ; mais il apprit en Grèce la mort de l'empereur, et revint sur ses pas. Les généraux jugèrent convenable de faire prêter serment à Othon par leurs légions, mais elles obéirent avec une froideur qui prouvait leur mécontentement.
Les armées de Dalmatie, de Pannonie et de Mœsie, se déclarèrent plus franchement; elles se disposaient à marcher au secours d'Othon, qui aurait probablement triomphé s'il eût attendu ce renfort. C'était l'avis de ses généraux, Suétone, Celsus et Gallus, hommes expérimentés, dont le courage égalait la prudence; mais Licinius, préfet du prétoire et favori d'Othon, l'empêcha de suivre leurs sages conseils. N'écoutant que son impatience, et brûlant d'arrêter la marche des vitelliens déjà entrés en Italie, Othon laissa le gouvernement de Rome au consul Titien son frère, et à Flavius Sabinus, préfet de la capitale et frère de Vespasien. Il harangua le sénat avec modération, sans se permettre aucune injure contre son rival, rejoignit son armée, et rencontra près des Alpes celle de son ennemi.
Cette armée était séparée en deux corps; Cécinna en commandait un, et Valens l'autre. Vitellius restait dans la Gaule, attendant des renforts de Germania et de Bretagne. Valens ressemblait à Antoine par son audace, par son ambition sans bornes, par sa licence sans frein. Cécinna, son égal en bravoure, le surpassait en éloquence : il éblouissait la multitude par son faste, et se faisait haïr des grands par sa fierté.
Au moment où l'Italie, en proie au pillage de ces deux armées, attendait leur choc avec effroi, chacun se rappelait les cruelles dissensions de César et de Pompée, d'Antoine et d'Octave , et les jours funestes de Pharsale et d'Actium.
Dans les deux armées on entendait le même cri : « Rome et l'empire! » et les deux partis n'étaient animés que de la même passion, celle de s'enrichir et de commander.
Othon montrait en public beaucoup de confiance et de fermeté; mais, entré dans sa tente, il était troublé par des songes, et plus probablement par des remords; car, dans l'obscurité de la nuit, il croyait voir l'ombre de Galba l'accablant de reproches et l'arrachant de son lit.
Cécinna trop pressé de vaincre seul, fut repoussé dans deux combats. Craignant que Valens ne vint lui enlever l'honneur de cette guerre , il se décida à tenter de nouveau le sort, et perdit, près de Crémone, une troisième bataille. Valens vint enfin se réunir à lui, et tous deux se décidèrent à risquer une affaire générale.
L'armée d'Othon était campée à Bébrîac, entre Crémone et Vérone. L'empc-
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reur pressait le combat. En vain Suétone et Celsus lui représentèrent qu'il devait tirer la guerre en longueur; que les troupes ennemies, dépourvues de vivres, commençaient à déserter, et qu'il fallait au moins, avant de combattre, attendre l'arrivée des légions de Pannonie , de Mcesie et de Dalmatie ; les courtisans soutenaient, au contraire, qu'il était urgent de terminer les malheurs publics, de soulager les peuples, et que le parti légitime devait plus se fier à la justice de sa cause et à la faveur des dieux qu'au secours des provinces.
Olhon, las de la guerre, se rangea de leur avis, et déclara qu'il préférait le danger d'une prompte ruine à la prolongation de ses inquiétudes. La bataille fut résolue; et, contre l'avis des généraux, on décida qu'Othon ne serait pas présent au combat, afin qu'en cas de revers on ne se trouvât pas sans ressources. 11 se retira à Brixellum, près de Rhége. De ce moment sa cause fut perdue; son absence découragea les troupes; et les généraux, mécontents, mal obéis et gênés par les ordres qu'on leur envoyait de loin, n'eurent plus pour ainsi dire que le titre du commandement.
Quelques historiens rapportent que les deux armées, prêtes à en venir aux mains, s'arrêtèrent et furent quelques moments tentées de déposer leurs armes, et de laisser au sénat la décision du sort de l'empire. Tacite ne croit pas que les satellites d'Othon et de Vitellius eussent été capables de concevoir cette idée généreuse : « Depuis longtemps, dit-il, les soldats de tous les partis, cor- » rompus par les mêmes vices et poursuivis également par les dieux, étaient » portés à la discorde avec la même rage et avec la même soif de crimes. L'o- » piniâtreté ne leur manquait pas, et, si chacune de nos guerres civiles se ter- » mina par une seule action , la lâcheté des princes en fut la seule cause. »
D'autres croient que ce bruit d'un accommodement n'était qu'une ruse des généraux de Vitellius pour endormir leurs ennemis. Ce qui est certain, c'est qu'ils surprirent l'armée d'Othon en l'attaquant à l'improviste. Celle-ci soutint vaillamment le choc, reprit l'offensive, chargea les vitelliens, enfonça leurs premières lignes, et leur enleva même une aigle. Cécinna et Vaîens rallièrent leurs troupes, le combat fut opiniâtre et sanglant; mais enfin les vitelliens, ayant pris en flanc les troupes d'Othon, y jetèrent le désordre. Les prétoriens, amollis par un long séjour à Rome, abandonnèrent le champ de bataille; les autres suivirent ce contagieux exemple; leur retraite devint une déroute, et l'on fit un horrible carnage des vaincus.
Un prétorien courut porter cette désastreuse nouvelle à l'empereur : il ne voulait pas le croire, et l'accusait de lâcheté; le soldat, pour le convaincre et pour se justifier, se tua à ses pieds.
Olhon, certain de son malheur, déclara qu'il ne voulait pas être plus longtemps cause de la perte d'hommes si braves et si dignes d'une meilleure destinée ; en vain toute l'armée accourant près de lui renouvela ses serments, jurant de le défendre et de le venger. Plautius Firmus, préfet du prétoire, se jetant à ses genoux, le supplia de ne point abandonner des troupes si fidèles; il lui représenta inutilement que le courage trouve de la gloire dans l'infortune, et que le désespoir ne convient qu'à la faiblesse. Rien ne put ébranler la
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résolution d'Othon. « Amis, leur dit-il , je n'attache pas assez de prix à ma vio » pour tenter de la conserver en exposant votre courage et vos vertus à de » nouveaux Dérils. Plus vous me prouvez qu'il me reste encore d'espoir si je » veux prolonger mon existence, plus ma mort sera belle.
» Nous nous sommes mesurés, la fortune et moi; j'apprécie ses faveurs, » et je sens qu'il n'est pas difficile de renoncer à une félicité dont on doit jouir » si peu de temps.
» Home aura dû à Vitellius le commencement de la guerre : elle me devra le » bonheur de la voir terminée. Cet exemple fera honorer par la postérité la » mémoire d'Othon. Que Vitellius jouisse à son gré des embrassemenls de son » épouse, de ses enfants, de son frère, que je lui ai conservés; je n'ai besoin » ni de vengeance ni de consolation : d'autres auront gardé l'empire plus » longtemps que moi ; aucun ne l'aura quitté plus courageusement.
» Comment pourrais-je souffrir qu'une si brillante jeunesse et tant de braves » légions soient encore écrasées et perdues pour Rome? Votre fidélité voulait » périr pour moi; je ne lui demande que d'approuver ma fermeté. Mais ne per- » dons pas un temps précieux : je veux garantir votre sûreté et conserver mon » courage; s'étendre en paroles dans ses derniers moments est une sorte de » lâcheté. Adieu ! souvenez-vous, quelle que soit la cause de ma destinée, que » je ne me plains de personne; car celui qui accuse les dieux et les hommes » tient encore à la vie. »
Après ce discours, il pria ceux qui l'entouraient de se soumettre promptement à Vitellius afin d'éviter sa vengeance. Rentré chez lui, il écrivit deux lettres de consolation, l'une à sa sœur, l'autre à Messaline sa femme, autrefois promise à Néron. Il leur recommanda ses cendres. Son neveu, Salvius Coccéinus, se livrait au désespoir; il raffermit son courage : « N'oubliez pas, lui dit-il, que » vous êtes neveu d'un empereur, mais prenez garde aussi de vous en trop » souvenir. »
Il brûla ensuite tous les papiers qui pouvaient compromettre ses amîs; il leur distribua son argent et ses bijoux. Tout à coup, entendant un grand tumulte dans la rue, il dit : « Je vois bien qu'il faut encore ajouter une nuit à ma » vie. » Il en consacra une partie à rétablir l'ordre. S'étant enfin renfermé, il choisit de deux poignards le plus aigu, le plaça près de son lit, et dormit paisiblement quelques heures. A son réveil, il enfonça le poignard dans son cœur, et expira. Un profond gémissement annonça sa mort. Les soldats vinrent en foule baiser ses mains et lui rendre les derniers honneurs. Plusieurs se tuèrent sur son bûcher: on publia qu'il n'avait point enlevé l'empire à Galba par ambition, mais dans le dessein de rétablir la liberté. L'amour du bien publie, qu'il montra sur le trône, répara la honte tic sa jeunesse, et le courage de sa mort lit oublier la mollesse de sa vie. Il mourut trois mois et cinq jouis après Galba.
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