‹ Histoire universelleChapitre 6 sur 129 · INTERRÈGNE ET NUMA P0MPIL1US · texte numérisé non relu

INTERRÈGNE ET NUMA P0MPIL1US

(An de Rome 37. Avant Jésus-Christ 7 15.)

Rome, cette ville depuis si superbe, qui, moins de quarante ans après sa fondation, croyant déjà fixer les regards des dieux, concevait l'espoir de dominer la terre, n'offrait encore qu'une bourgade composée de quelques maisons et d'un grand nombre de cabanes rangées sans ordre. Ses étendards étaient des faisceaux de foin; ses trophées, des gerbes de blé; ses trésors, des troupeaux. On n'y voyait encore rien de grand que le courage et l'ambition de

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ses habitants. Son territoire demeura longtemps resserré dans un étroit espace; et cependant ses premiers monuments publics, sous les successeurs de Romulus, annonçaient la ville éternelle.

On admirait encore, du temps de Denys d'Halicarnasse, les murs, les aqueducs, les égouts construits par Tarquin. Ce vrai principe de la grandeur des Romains leur fut donné par Romulus. Il leur fît adopter l'habitude de prendre chez les peuples vaincus tous les règlements et tous les usages utiles. Ce fut ainsi qu'après avoir triomphé des Sabins, descendants des Lacédémoniens, ses soldats s'armèrent de leurs boucliers, et quittèrent celui des Argiens. 11 leur apprit aussi à s'attacher les peuples conquis, en les laissant se gouverner euxmêmes; et, malgré la haine des Romains contre la royauté, il est incontestable que la plus grande partie de leur gloire et de leur puissance doit être attribuée à la sagesse et aux talents de leurs rois.

Les historiens ne sont pas d'accord sur l'origine du nom de Rome. Ce mot en grec voulait dire force ou puissance. Les uns racontent qu'une Troyenne, nommée Rome, craignant que les Troyens ne se rembarquassent, conseilla à ses compagnes de mettre le feu aux vaisseaux, et que cette violente détermination les fixa en Italie.

D'autres disent que Rome était fille dltalus et d Eucharia, ou de Téléphus, fils d'Hercule; d'autres, d'Ascagne. Suivant quelques versions, Rome fut fondée par Romanus, fils d'Ulysse et de Circé; ou par Romus, fils d'Emation, envoyé en Italie par Diomède; ou par Romis, tyran des Latins et vainqueur des Toscans.

. La version la plus commune nous vient de Fabius Pictor, qui la tenait de Dioclès le péripateticien. Il rappelle que les anciens Latins nommaient la mamelle ruma: ce qui fit donner au fondateur de Rome le nom de Romulus, en mémoire de la louve qui l'avait allaité, et Rome s'honora du nom de son fondateur. On prétend aussi que ce prince, en travaillant aux fondations de sa ville, trouva dans la terre la statue du dieu Consus, d'où, sont venus les noms de conseils et de consuls.

Après la mort de Romulus, les Sabins et les Romains réunis ne purent, pendant quelque temps, s'accorder sur le choix de son successeur. Chacun des deux peuples prétendait à l'honneur de donner un roi à l'Etat, et aucun citoyen n'avait assez de prééminence pour fixer les suffrages. Dans cette incertitude, le sénat élut un interroi qu'on renouvelait tous les cinq jours. Depuis, on continua dans la république d'observer cet usage, et de confier à un interroi le gouvernement jusqu'à l'élection de nouveaux magistrats.

L'interrègne plaisait au sénat, disposé à prolonger son indépendance; mais, craignant que le peuple ne fît un choix sans le consulter, il lui proposa adroitement d'élire un roi, et se réserva le droit de confirmer l'élection.

Le peuple, satisfait de cette déférence, laissa au sénat le choix du monarque. On vit souvent à Rome ce noble débat, salutaire effet des égards réciproques que le sénat et le peuple avaient l'un pour l'autre : gage heureux d'une union sans laquelle il ne peut exister ni force ni esprit public.

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