‹ Histoire universelleChapitre 63 sur 129 · IRAI AN · texte numérisé non relu

IRAI AN

qu'il s'y soumettait iui-même le premier. Lorsqu'il nomma Suburranus préfet du prétoire, en lui remettant le glaive qui était la marque de sa dignité, il lui dit : « Employez cette épée que je vous confie, pour moi si je me conduis bien, » contre moi si je gouverne mal. »

Lors juc Pline lui adressa ces paroles : *• Vous avez vécu avec nous; vous » avez ressenti nos souffrances, partagé nos périls, nos alarmes, seul apanage » alors de la vertu -, vous avez vu combien les mauvais princes étaient détestés. » môme par ceux qui les pervertissaient; vous vous souvenez des vœux et des » plaintes que nous formions : aujourd'hui vous régnez; votre conduite comme » empereur est conforme aux sentiments que vous montriez comme particu- » lier, » cet éloge n'était que la répétition d'un mot de Trajan; il disait souvent : « Je veux gouverner comme je désirais, étant citoyen, qu'on nous gou- » vernât. »

Trajan, quoique prince, eut des amis, parce qu'il savait aimer; et, comme il était sincère, il entendit la vérité; car Pline dit avec raison : >< Tout prince qui » se plaint qu'on le trompe, a probablement trompé le premier. » Il montra plusieurs fois cette noble confiance qui n'appartient qu'aux grandes âmes, et que le vulgaire traite de témérité. Quelques amis trop soupçonneux voulurent lui persuader que Licinius Sura conspirait contre ses jours; il alla chez lui, renvoya sa suite, soupa dans sa maison, pria son chirurgien de panser un mal qu'il avait à l'œil, et se fit raser par son barbier. Le lendemain il dit à ses courtisans : « Si Sura avait voulu me tuer, il l'aurait fait hier. »

Lorsque le sénat lui décerna des statues, on ne regarda point cet hommage comme un acte d'adulation : il était aussi digne de cet honneur que Brutus; l'un avait chassé de Pvome les tyrans, l'autre la tyrannie.

Les soins de l'empire et son assiduité au travail n'altéraient pas l'enjouement de son humeur. On le voyait gai et familier dans les repas qu'il donnait à ses amis, ou qu'il recevait d'eux sans cérémonie. 11 se livrait quelquefois à l'amusement de la chasse; mais, différent des autres princes qui faisaient parquer les animaux pour les tuer en foule sans risques, il voulait acheter le plaisir par la fatigue et par le danger.

La plupart des hommes, semblables à une cire molle, prennent l'empreinte et la forme que leur donnent ceux qui les gouvernent. Les mœurs de Trajan réformèrent les mœurs publiques. Il n'exerça point les fonctions de censeur; sa vie entière et le discernement de ses choix tenaient lieu de censure. La conduite de Trajan servait d'exemple aux bons et de leçon aux méchants.

La plus scandaleuse licence s'était toujours montrée sans frein dans les spectacles des pantomimes; Titus les avait proscrits; le peuple corrompu avait forcé Nerva à les rappeler. Ce même peuple, revenu au sentiment de la pudeur, demanda lui-même leur bannissement.

Trajan, s'imposant la simplicité, réservait la magnificence pour l'empire; mais il voulait l'embellir sans l'épuiser. L'ordre le plus sévère dans ses finances et la vente des domaines inutiles au trône lui fournirent les moyens d'exécuter ses vastes desseins. Il enrichit Piome* de superbes monuments, re-

leva plusieurs villes ruinées, fortifia toutes les frontières, creusa le port de Centumeelles (Civita-Vecehia), construisit des ponts solides sur le Tage et sur le Danube, éleva une chaussée sur les marais Pontins, et ouvrit une grande route qui conduisait du Pont-Euxin jusque dans les Gaules; mais il savait que ce n'est point assez pour un peuple fier et libre d'être bien gouverné, s'il n'a point de part au gouvernement.

Trajan se montrait plutôt chef de la république qu'empereur : il bannit du sénat le silence, la peur, et y rappela la liberté. Ce corps, condamné par les tyrans à ne s'occuper que de formes vaines et d'affaires puériles, redevint le centre de la législation, le surveillant de l'autorité impériale, le juge des \illcs, l'arbitre des étrangers; et l'empereur, lui soumettant tous ces actes, encourageait les sénateurs à combattre librement ses avis.

Les citoyens, revenus à leur dignité, se rendaient aVec leur ancien zèle aux élections, donnaient sans gêne et sans crainte leurs suffrages; aussi le nom de Trajan était couvert d'éloges qui partaient du cœur. Dès qu'il paraissait aux yeux du peuple, on n'entendait que ce cri, digne récompense d'un bon règne : « Heureux citoyens! heureux empereur! puisse-t-il toujours être aussi bon, » et entendre de nous les mêmes vœux ! »

Beaucoup de ces hommes, si indulgents pour eux-mêmes et si sévères pour les autres, ont a^usé Pline de flatterie, parce qu'il a dignement loué un grand prince. Peu d'entre eux cependant se permettraient peut-être de donner aux princes de leur temps les sages conseils que cet illustre consul, dans son panégyrique, adressait à Trajan : « N'écoutez point, lui disait-il, les rapports secrets; » jugez-nous d'après l'opinion publique. Dans un conciliabule mystérieux, un » seul peut être trompé par un seul^, mais personne n'en impose à tous, et tous » ne peuvent jamais tromper personne. » Et comment un consul digne des anciens temps de Rome aurait-il cru mériter quelque blâme en louant un empereur qui ajouta lui-même au serment de fidélité que l'usage prescrivait de lui prêter, cette noble restriction : « Pourvu que l'empereur gouverne suivant les » lois et pour l'avantage de la république? »

On vit sans cesse Trajan montrer le plus scrupuleux respect pour les institutions antiques; et toutes les fois qu'il obtint le consulat, il se soumit avec exactitude à toutes les formalités imposées aux autres candidats. Enfin, renouvelant le serment des anciens consuls, il dévouait lui et sa famille à l'exécration des dieux et des hommes, dans le cas où il enfreindrait les lois.

/\ fiable pour tout le monde, ses grâces répandaient la joie, ses refus disaient l'espérance. Peu savant dans les lettres, il favorisa constamment ceux qui les cultivaient. Pline, Plutarque, Tacite, furent élevés par lui aux plus grands honneurs.

La fin de son règne aurait été moins éclatante, mais plus heureuse, s'il avait

outé les conseils pacifiques de Plutarque; mais il était Romain, et la passion de la gloire militaire l'emporta sur les avis de la sagesse. « Je sens, disait-il » à ce philosophe, que la nature m'a destiné, non à feuilleter des livres, mais » à manier des armes. » Cependant, '.avant d'entreprendre une nouvelle guerre,

il parcourut l'Afrique, i! y rétablit l'ordre, en releva les villes délruites par les discordes civiles, et s'étonna de l'ancienne puissance deCarthagc en voyant ses ruines. Il visita ensuite l'Espagne, son berceau, et rebâtit les colonnes d'Hercule. La flatterie voulait leur donner son nom; il la méprisa. D'Espagne il passa en Asie, sans vouloir s'arrêter en Italie, disant que jamais il ne ramènerait une armée à Rome qu'en triomphe.

Les Parlhes étaient le seul peuple qui balançât alors la puissance romaine. Crassus avait péri sous leurs coups; ils avaient contraint les aigles d'Antoine à prendre la fuite; et si les noms d'Auguste et de Titus parvinrent à les intimider, personne encore n'était parvenu à les vaincre. Le désir d'acquérir le premier cette gloire appela l'empereur en Orient.

De tous les généraux qui l'accompagnèrent, celui qu'il éleva le plus haut, quoiqu'il n'aimât pas son caractère léger, envieux et jaloux, fut Adrien son compatriote, né comme lui à Italica. 11 lui donna en mariage sa nièce Julia Sabina. Adrien montrait autant de passion pour la philosophie, pour l'éloquence et pour les lettres, que Trajan pour la guerre. Ces deux caractères semblaient incompatibles; mais Adrien avait su gagner l'amitié de Plotine, et le crédit de l'impératrice décida sa fortune.

La préférence de Trajan pour les guerriers ne l'empêchait pas de rendre justice aux hommes pacifiques et lettrés, et de les. employer convenablement. Il donna à Pline le gouvernement du Pont et de la Bithynie (1) . Lorsque ce nouveau gouverneur arriva dans sa province, il ne put se déterminer à exécuter, sans de nouveaux ordres, les décrets injustes et rigoureux rendus contre les chrétiens. Non-seulement on les livrait aux plus affreux supplices quand ils professaient publiquement leur culte, mais on les condamnait à la mort, même lorsqu'ils avaient la faiblesse de relier la vérité et de sacrifier aux idoles. On les accusait d'être conduits par un esprit de faction à renverser le trône et les autels, et, par un système d'anarchie, de vouloir établir l'égalité sur les ruines de toutes les institutions : enfin on leur reprochait de se livrer, dans leurs assemblées secrètes, aux vices les plus odieux. Pline prit courageusement leur défense contre ces calomnies. Il écrivit à l'empereur « qu'il ne pouvait se résoudre à faire périr, sur de faux rapports, tant d'in- » nocents, et à condamner ceux-mêmes qui se soumettaient publiquement » aux lois. »

« Après avoir pris, écrivait-il à Trajan, toutes les informations nécessaires, » je me suis convaincu que l'erreur de ces infortunés se borne à s'assembler » un jour marqué avant le lever du soleil. Là ils adorent Christ, qui est leur » Dieu, chantent des hymnes en son honneur : leur serment, loin de les pous- » ser à aucun crime, les oblige au contraire à ne commettre ni vols, ni violence, » ni adultère, à ne retenir aucun dépôt, à ne jamais manquer de foi. Us se re- » tirent après, et se réunissent ensuite de nouveau pour faire en commun » un repas innocent et frugal. »

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Tfelle était alors la prévention publique contre celte nouvelle religion, que Trajan lui-même céda longtemps au torrent, et ne voulut point condescendre

aux vœux de Pline. Il se contenta seulement de modérer la persécution, de défendre qu'on recherchât ceux qui ne professaient la religion chrétienne qu'en secret, et de faire grâce1- au repentir. Ce triomphe tenté par un philosophe païen était réservé aux vertus chrétiennes. Les discours, les écrits et surtout la mort courageuse de saint Siméon et de saint Ignace éclairèrent l'empereur, qui, vaincu par leur fermeté, arrêta l'effusion du sang chrétien.

Avant d'arriver en Asie, Trajan, qui dédaignait de croire aux conspirations, acquit pourtant la preuve certaine que Crassus conjurait contre sa vie. Il le laissa juger par le sénat, qui ne le condamna qu'à l'exil.

Trajan cherchait l'occasion de combattre les Par thés, elle ne tarda pas à se présenter. Chosroës, leur roi, s'empara du royaume d'Arménie et en investit Exédare. L'empereur se plaignit d'abord de celte infraction au traité, et, n'ayant reçu qu'une réponse fière et insultante, il fit déclarer la guerre aux Parthes par le sénat. L'orgueil de Chosroës parut s'abaisser à rapproche de l'armée romaine; il envoya des ambassadeurs à Trajan, sollicita son amitié, écrivit qu'il venait de déposer Lxédare, et pria l'empereur d'accorder à son propre frère l'investiture du trône d'Arménie, comme Néron l'avait donnée à Tiridate.

Trajan répondit que l'amitié se prouvait par des faits, non par des paroles, et qu'il se déciderait en Syrie sur le parti qu'il lui paraîtrait convenable de prendre. Des deux côtés on ne songea plus à négocier, mais à combattre. Les Komains entrèrent en Arménie, et la conquirent en peu de temps, malgré les efforts que Perthamasiris, frère de Chosroës, fit pour la défendre. Ce prince, après plusieurs défaites, espérant désarmer le vainqueur par sa soumission, prend le parti de venir trouver Trajan dans son camp. Il le voit assis sur sou tribunal, se prosterne devant lui, et met son diadème à ses pieds. A ce spectacle, l'armée romaine jette un cri de joie, et salue Trajan imper ator. Cette exclamation effrayait le prince, qui la prenait pour un cri de fureur; Trajan le rassura sur sa vie, mais lui refusa l'investiture qu'il désirait, et le laissa se retirer en liberté. Une nouvelle bataille eut lieu. Le prince parthe, vaincu, y périt, et laissa les Romains possesseurs de l'Arménie.

L'empereur, émule d'Alexandre, et, aussi rapide que lui dans ses succès, battit les Parthes, conquit la Mésopotamie, força Chosroës à conclure la paix et à donner des otages, reçut du sénat le nom de Parthique, soumit l'Arabie- Petrée, la réduisit en province romaine, et se rendit maître <le l'ibérie, de l'Albanie, de la Colchide, de tous les pays situés entre le Pont-Luxin et la mer Caspienne. La fortune, qui comblait Trajan de ses faveurs, lui refusa un historien : quelques fragments de Dion etd'Aurélius Victor nous ont seuls transmis une légère esquisse de ses exploits, et la plupart des grandes actions da ce héros sont tombées dans l'oubli, parce qu'aucune plume immortelle ne ::ous les a conservées.

\ous savons qu'un de ses meilleurs généraux fut Lusius Quiétus. 11 était né en Mauritanie; Trajan réleva au consulat. Le peuple romain, en se mêlant M. 3:,

ainsi à d'autres peuples, pouvait acquérir quelques grands talents; mais il altérait peu à peu la force de ses droits, la majesté de son nom, et préparait la ruine de sa puissance, en la partageant avec les Barbares.

Quelques historiens rapportent que Trajan revint à Rome en 865, et qu'il retourna ensuite en Syrie; mais ils ne nous apprennent aucun événement marquant, pendant ce court séjour en Italie. Lorsqu'il revint à Antioche, un épouvantable tremblement de terre désola cette contrée. Le consul Pédo et une immense quantité de personnes y périrent. Trajan se sauva par une fenêtre de son palais, et fut blessé. Décidé à porter ses armes aussi loin qu'Alexandre, il voulut, avant d'entreprendre de nouvelles conquêtes, consulter, et même éprouver l'oracle d'Héliopolis : il lui adressa d'abord un papier blanc cacheté; on le lui renvoya sans qu'il parût avoir été ouvert. Par un nouveau message, l'empereur demanda formellement quel serait le succès de sa nouvelle expédition; il reçut, pour réponse, une baguette coupée en plusieurs morceaux. Son ambition l'expliqua comme un présage du démembre- . ment total de l'empire des Parlhes. Après sa mort, on l'interpréta autrement, et on crut que l'oracle avait voulut annoncer que ses cendres seules retourneraient à Home.

Trajan, profitant des dissensions qui affaiblissaient les Parthes, mit en fuite leurs troupes, passa le Tigre sur un pont de bateaux, et jouit avec orgueil du plaisir de camper dans la fameuse plaine d'Arbelles. La terreur de son nom aplanissait devant lui tout obstacle. Il s'empara des villes de Ctésiphon et de Suze, y trouva d'immenses trésors, fit prisonnière la fille de Chosroës, et se rendit maître du magnifique trône d'or du roi des Parthes. Chacune de ces conquêtes méritait un triomphe. Le sénat, croyant devoir récompenser par des honneurs nouveaux des actions sans exemple, décerna, par un décret, à l'empereur, des triomphes dont il le laissait le maître de fixer le nombre.

Trajan avait enfin surpassé en fortune .les plus célèbres généraux de la republique. 11 ne lui restait plus qu'à jouir en repos de sa renommée; mais quel homme peut tenir la coupe de la gloire sans s'enivrer ? Trajan savait l'art de vaincre; il n'eut point l'art, plus difficile, de s'arrêter dans la victoire, et de borner ses conquêtes pour les consolider. Oubliant que des peuples nombreux peuvent être longtemps vaincus sans être soumis, et qu'il est imprudent de laisser derrière soi tant d'ennemis qui n'attendent qu'une occasion favorable pour se venger, il traversa le golfe Persique, passa l'île d'Grmus, conquit toute la côte de l'Arabie-Heureuse, et projetait des conquêtes plus éloignées; mais l'affaiblissement de ses forces le contraignit d'y renoncer. Jaloux de la gloire du héros macédonien, il regrettait vivement de n'être plus assez jeune pour porter ainsi que lui ses armes dans les Indes.

Après avoir vu la mer orientale, il regagna l'embouchure du Tigre, le remonta, traversa l'Euphrate, et arriva enfin à Babylone. Il n'y vit que de faibles vestiges de sa gloire passée. Le Ciel semblait vouloir éclairer les Romains sur la vanité des grandeurs humaines, en conduisant leurs aigles et leur empereur sur les débris de Carthage et de tfabvlone-

Trajan lionora les mânes d'Alexandre par un sacrifice offert à ce héros au milieu des ruines du palais qu'il avait jadis occupé. La fortune de l'empereur était à son terme. Les orages qu'il aurait dû prévoir vinrent bientôt obscurcir les derniers jours de son règne. La révolte éclata en Syrie, en Judée, en Egypte, et dans le pays des Parlhes. Maximus, lieutenant de l'empereur, perdit en Syrie, contre les rebelles, une bataille et la vie. Lusius, plus heureux, reprit sur eux Nisibe, et emporta Édesse d'assaut. Roscius Clarus et Julius Alexandre soumirent Séleucie. Chosroes, semblable alors à Darius, parcourait L'Asie, errant et fugitif. Trajan donna le trône des Parlhes à un prince nommé Parthamaspate, et le couronna lui-môme dans Ctésiphon. Marchant ensuite en Arabie, il éprouva, pour la première fois, un revers au siège d'Atra. Son génie et son courage ne purent vaincre larésistance des habitants. Ayant réuni toutes ses forces pour donner un dernier assaut, il fut repoussé, blessé, et se vit contraint de lever le siège. La révolte des Juifs eut toute la violence des guerres entreprises par le désespoir et par le fanatisme. Soulevés à la fois à Cyiènc, en Egypte, en Chypre et dans la Mésopotamie, ils égorgèrent dans ces contrées une foule de Grecs et de Romains, dont ils livrèrent aux chiens les cadavres sanglants. On raconte même que ce peuple furieux partagea avec eux cette horrible nourriture. Dion, toujours exagéré, porte à quatre cent soixante mille hommes le nombre de leurs victimes.

Lupus, préfet d'Egypte, battu dans un premier combat par les Juifs, et forcé de se retirer à Alexandrie, égorgea tous ceux qui se trouvaient dans cette ville. L'empereur envoya en Egypte contre les révoltés une forte armée commandée par Marcius Turbo. Ce général les défit, les dispersa, les poursuivit sans relâche, et ne parvint à rétablir la paix que par d'horribles massacres. Les Juifs perdirent enfin une bataille en Mésopotamie, et y furent tous exterminés.

L'ordre étant partout rétabli par la victoire, Trajan vint passer l'hiver en Syrie. 11 comptait retourner au printemps à Babylone; mais une attaque d'apoplexie interrompit le cours de ses projets, et le laissa dans un état de langueur qui lui fit prendre la résolution de revenir à Rome. Il chargea son neveu Adrien du commandement de l'armée d'Orient. Dès que les Parthes surent la nouvelle du départ de l'empereur, ils déposèrent leur nouveau roi, et replacèrent sur le trône Chosroes, qui redevint en peu de temps maître de l'Arménie et de la Mésopotamie : ainsi il ne resta des conquêtes de Trajan que le sou- \< nir et le regret du sang qu'elles avaient coûté.

Trajan dépérissait chaque jour; il fut frappé à Sélinonte, en Cilicie, d'une seconde attaque d'apoplexie qui termina sa vie. Plotine, sa femme, tint quelques jours sa mort secrète. Elle fit croire à tous ceux qui l'entouraient que l'empereur avait adopté Adrien. L'impératrice écrivit ensuite au sénat pour l'informer de cette adoption; et, sur sa foi seule, il fut reconnu et proclame i Rome.

Adrien, compatriote, allié de Trajan, nommé par lui tribun du peuple, pré-

ir et chef de l'armée, aspirait depuis longtemps au trône. Dans la guerre

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des Daces il s'était tellement signalé, que Trajun lui donna un magnifique diamant qu'il avait reçu de Ncrva. Ce don parut alors présager son adoption. Depuis il gouverna avec sagesse, combattit avec gloire en Pannonic, et vainquit les Sarmatcs. II était soutenu près de l'empereur par le crédit de Platine, par celui de Lucinius Sura, et surtout par l'utilité de ses services. Son éloquence, son esprit le rendaient nécessaire à l'empereur, qui le chargeait de rédiger ses discours et ses lettres. Cependant Servianus, son beau-frère, l'aima et Cestius, ministres et favoris de l'empereur, balançaient son crédit, et cherchaient à le perdre dans l'esprit de ïrajan qui l'estimait, mais ne l'aimait pas.

La plupart des historiens assurent que l'empereur, incertain dans ses projets, avait voulu transmettre sa puissance, d'abord à Servianus, ensuite à Lusius, enfin à Nerrantius Priscus, célèbre jurisconsulte. Il dit même un jour à celui-ci : « Si le destin tranche mes jours, je vous recommande le sort des « provinces. » Plusieurs fois il avait montré le dessein de laisser le choix d'un empereur à la décision du sénat. Quoi qu'il en soit, il paraît certain que, Si Adrien mérita l'empire par ses talents, il ne le dut qu'à l'amitié et peutêtre à l'artifice de Plotine.

Trajan avait vécu soixante-quatre ans; son règne dura dix-neuf années. Ses vertus éclatantes, mêlées de quelques taches légères, comme tout ce qui est humain, lui méritèrent la vénération et l'amour des peuples. Sa renommée inspirait tant de respect qu'après le triomphe de l'Église chrétienne, ennemie inflexible de la gloire des païens, plusieurs saints, et entre autres saint Thomas, prétendirent que le pape saint Grégoire avait obtenu de Dieu le salut de cet empereur, cinq siècles après sa mort. Il résulte de cette fable une grande vérité, c'est qu'une vertu éclatante triomphe de l'envie, de la h.aine et du temps.

Comme général, il égala les plus célèbres guerriers; restaurateur de la displine, modéré dans ses châtiments, magnifique dans ses récompenses, il commandait moins par son autorité que par son exemple. Le premier dans l'attaque, le dernier dans la retraite, Plutarque rapporte qu'il ne disait jamais faiies, mais faisons; allez, mais allons, bataillez, mais bataillons. Comme prince il fit observer la justice, respecter la propriété et fleurir le commerce. Ce fut lui qui prononça le premier cette belle maxime : « 11 vaut mieux que dix » coupables se sauvent que de condamner un innocent. » Jamais administration ne fut à la fois plus éclatante et plus économe, plus ferme et plus douce. Ennius Priscus lui demandait un jour comment il était parvenu à se faire plus aimer que tous ses prédécesseurs, il répondit: « En pardonnant à ceux qui » m'ont offensé, et en n'oubliant pas ceux qui m'ont servi. » Enfin l'éloge de Trajan pourrait se réduire à ce peu de mots : « Seul de tous les conquérants » du monde, il mérita de recevoir et de conserver le titre de très-bon. » Trajan mourut l'an 869 de Rome, de Jésus-Christ 117,

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