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» fendons de les inquiéter. Si quelqu'un les accuse sans qu'ils aient enfreint les » lois, et seulement parce qu'ils sont chréliens, on doit les absoudre et punir » l'accusateur. •
Tant que ce prince vécut, l'Église jouit d'une profonde tranquillité. Comme les intentions de L'empereur étaient toujours pures, il ne sentait pas le besoin de les cacher, et ses édits furent toujours motivés. Quoiqu'il fût doué d'un grand discernement, il se défiait de ses lumières; et, dans les questions épilieuses, il consultait modestement les plus savants jurisconsultes, Marcellus Jabolinus, et d'autres personnages illustres, livres vivants dont il aimait à s'entourer.
Aussi constant que sévère dans ses choix, l'intrigue, qui ne se plaît qu'au changement, ne trouvait ni espoir ni aliment dans sa cour. Les courtisans ne pouvaient prendre que le masque de la franchise pour plaire à un prince aussi sincère. 11 était si ennemi de tout art et de toute fausseté, que, lorsqu'on lui proposa de remplacer par des dents artificielles celles qui lui manquaient, il répondit en riant : « Rien de faux n'entrera jamais dans ma bouche, ni n'en « sortira. »
Son système pacifique devait trouver beaucoup de détracteurs an milieu d'un peuple guerrier; mais, lorsqu'on vantait en sa présence, avec l'expression du regret, les exploits de César et de Trajan, il répétait le mot de Scipion : « Je trouve plus de gloire à sauver un citoyen qu'à tuer mille « ennemis. »
Si les orages politiques ne troublèrent pas l'empire, il fut désolé par plusieurs fléaux de la nature; mais l'ordre que maintenait Antonin dans ses dépenses le mit à portée de réparer largement les perles que firent éprouver à Naibonne, à Antioche, à Carthage, de grandes disettes, des incendies, des tremblements de terre, et à Rome une forte inondation du Tibre.
Après avoir pourvu aux besoins de la république, il ne négligea point ce qui pouvait augmenter son éclat. Les ports de Terracine et de Gaëte, les bains d'Ostie, les aqueducs d'Antium, furent d'illustres monuments de sa grandeur. L'an 900 de Rome, il célébra les jeux séculaires avec une grande pompe, et satisfit la passion du peuple pour les spectacles par de magnifiques combats de gladiateurs et de bêtes féroces.
Les princes qui régnent suivant la justice ne craignent pas la lumière; Antonin protégea les lettres et encouragea les talents. L'époque du règne d'Adrien n'avait produit d'autres écrivains que le sage Plutarque, Anïep Suétone et Fiorus : PblégOD, affranchi de ce prince, avait aussi compost beaucoup de livres, dans un desquels les historiens ecclésiastiques ont remarqué un passage où cet auteur parlait de l'éclipsé arrivée, le jour de la Passion, dans la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade. Le temps où vécut Antonin tut le plus fécond en savants. On y vit briller Appien d'Alexandrie, auteur de L'histoire éloquente d<s guerres civiles de Rome; Galien de Pergame, émule dHippOCrate; Maxime de Tyr, platonicien; Llien, naturaliste; l'abréviateur Justin; Diogène Laerce, auquel on doit les Vies de plusieurs philoso-
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plies, et l'éloquent Ilérode Atticus, dont malheureusement aucun ouvrage entier n'est parvenu jusqu'à nous. Apollonius, le stoïcien, vivait encore dans ce temps : l'empereur 'le lit venir à Rome pour donner des leçons de philosophie à Marc- Aurèle. A son arrivée, ce philosophe orgueilleux refusa de se rendre au palais, soutenant que c'était au disciple à venir trouver le maître. Antonin, après avoir dit qu'il s'étonnait qu'Apollonius trouvât le chemin plus long de sa maison au palais que de Chalcis à Rome, lui envoya Marc-Aurèle. Ainsi, la modestie, sous la pourpre impériale, visita humblement la vanité sous le manteau de la philosophie.
Toutes les réformes' ordonnées par l'empereur dans la législation parurent dictées par la justice et par l'humanité. Il défendit d'ajouter des tortures aux supplices: « La mort, disait-il, expie le crime et sert d'exemple; les tour- » ments n inspirent que la pitié pour les criminels. »
11 ne permit pas aux maris coupables d'infidélité d'accuser leurs femmes d'adultère. Toutes les lois fiscales furent adoucies par lui. On conspira une fois contre ce bon prince : le sénat exila les conspirateurs; mais l'empereur défendit de pousser plus loin les informations. « Ne cherchez pas, dit-il, les » complices; il me serait trop pénible de savoir que plusieurs citoyens ne » m'aiment pas. » Après une longue résistance, le sénat, triomphant de sa modestie, le força d'accepter le titre de père de la patrie-, et le prince qui le mérita le mieux fut celui qui le refusa le plus longtemps.
L'an 161 de Jésus-Christ, Antonin, attaqué soudainement, à la suite de son repas, d'une fièvre violente, prévit sa mort, confirma l'adoption de Marc- Aurèle, fit transporter dans l'appartement de ce prince l'image d'or de la Fortune qu'on gardait toujours dans la chambre de l'empereur, donna pour dernier mot d'ordre au tribun l'égalité d'âme; et, tranquille à la fin d'une carrière remplie de vertus et exempte de vices, il parut s'endormir plutôt qu'expirer.
Il mourut dans la soixante-quinzième année de sa vie, la vingt-troisième de son règne. Un regret universel et des larmes sincères honorèrent sa mémoire. Le plus grand éloge qu'on puisse faire de cet excellent empereur se trouve contenu dans ces paroles adressées au sénat par son illustre successeur : « Je » retrace sans cesse à mon esprit, dit Marc-Aurèle, les qualités de mon père » adoptif, que je veux, que je dois prendre pour modèle. Rien n'égalait la dou-
* ceur de son caractère, la sagesse de son esprit, sa prudence avant d'a- » gir, la fermeté de ses résolutions : ennemi de la vaine gloire, indifférent » pour les honneurs et les distinctions qui ne flattent que la vanité, le désir seul » de remplir ses devoirs dirigeait ses actions : de là son amour pour le travail, » son assiduité à l'étude, sa disposition à écouter tout avis utile, sa justice » inflexible, son habileté pour distinguer les circonstances qui permettent » l'indulgence de celles qui exigent la rigueur. Il remplissait les devoirs d'ami » comme ceux d'empereur : jamais ceux qu'il aimait ne sentaient le poids de » son autorité; son amitié complaisante ne connaissait pas l'exigence; il dési-
* rait le sentiment, et non l'hommage. Ceux qui s'étaient attachés à Antonin,
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» homme privé, ne le trouvèrent jamais changé par sa fortune : fidèle et con- » stant, ses affections n'étaient point impétueuses; mais si elles n'allaient ja- » mais jusqu'à la passion, d'un autre côté elles ne laissaient à craindre ni le » dégoût ni le caprice.
•> Modéré dans ses désirs, il se contentait de peu : toujours content do
• son sort, rien n'altérait la sérénité de son âme : aucun trouble, aucun » désordre secret ne l'empêchait d'exercer sa sagacité pour prévoir l'avenir. » Un premier coup d'œil, un premier mouvement ne décidèrent jamais ses » jugements et ses démarches; il examinait tout en détail, sans s'émouvoir, » sans s'agiter, sans donner aux choses plus d'importance qu'elles n'en mé- » ri ta i en t.
» L'ordre le plus sévère régnait dans les finances de son gouvernement; il » supportait sans s'irriter les railleries de ceux qui taxaient d'avarice son éco- » nomie.
» Trop grand pour être vain, la flatterie fut sans pouvoir auprès de lui; il » supprima toutes ces acclamations banales prodiguées aux tyrans comme aux » bons princes, et qui ressemblent plus à la licence qu'au respect.
» Il honorait les dieux sans superstition, et cherchait à se concilier raffec-
• tion des hommes sans se rendre populaire aux dépens de sa dignité. Uno » sagesse uniforme l'éloignait de tout excès, le maintenait toujours dans un » juste milieu. L'attrait des innovations ne pouvait l'en détourner. Son aflfa- » bilité n'avait rien d'affecté, parce qu'elle venait du coeur.
» Toujours simple et sans faste, il prouvait par son exemple qu'un prince, » pour se faire respecter, n'a besoin ni de pourpre sur ses habits, ni d'or- » nements sur son trône, ni de statues dans son palais, ni de gardes près » de sa personne; et qu'en se rapprochant, dans sa manière de vivre, des » citoyens, il n'en conserve à leurs yeux que plus d'élévation et do vraie » grandeur.
» Son esprit était orné, mais dans la juste mesure qui convient à un prince. » On ne trouvait pas en lui un érudit, un rhéteur, un sophiste, mais un sage. Sa » raison, perfectionnée par la lecture et par la méditation, le rendait capable » de commander aux autres et de se gouverner lui-môme. Comme il ne so » piquait pas d'exceller dans les sciences, dans les lettres et dans les arts, il na » se montra jamais jaloux de la supériorité des hommes qui en faisaient leur
• unique étude. Sa munificence encourageait leurs succès; il honorait les vrais » philosophes, et méprisait ceux qui abusaient de ce nom pour masquer leurs
• erreurs ou leurs vices.
» Il ménageait sa santé, mais sans délicatesse; sa sobriété lui fut plus utile » que ses médecins, et la tempérance conserva sa force.
» La solidité de son esprit rendait sa conduite aussi régulière que ses pen- » secs étaient justes. Ses occupations, ses amusements furent constamment les » mômes : un jour de sa vie ressemblait à tous les autres.
■ Son administration était franche et sans mystère. Au comble de la gran* » deur, il ne s'abandonna point aux délices de la vie; il savait jouir des plai-
» sirs avec modération, et supporter les privations sans regrets. Ses largesses, «réglées par la justice, n'avaient point pour objet de capter la faveur de la » multitude, mais d'acquitter une dette demandée par le besoin ou exigée par » la coutume.
» S'il donna des jeux et des spectacles, ce ne fut point par faste, mais pour » se conformer aux usages. Tous les ouvrages qu'il construisit furent des mo- » numents, non d'orgueil, mais d'utilité.
» On n'inventa dans son palais ni de nouveaux mets, ni de nouvelles modes, » ni de nouvelles voluptés : ce qu'on trouvait de plus simple était ce qui lui » plaisait davantage. Exempt de dureté, de témérité, de cupidité, bon, sage » et modéré en tout, il méritait qu'on lui appliquât ce q-Yon a dit de Socratc, • qu'il était le seul mortel capable de s'abstenir et de jouir des biens dont le » commun des hommes n'a jamais ni la sagesse de bien user, ni la force » de se priver. »
Après avoir entendu cet éloge de la sagesse prononcé par la vérité, le sénat décerna unanimement à Antonin le Pieux les honneurs divins. Son apothéose n'étonna ni le Ciel ai la terre.
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