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la Ccrmanie, comme si elles eussent voulu éprouver son caractère, tentèrent a la fois de se soulever. Urbicus fit rentrer les Bretons dans le devoir, et ajouta de nouvelles fortifications à la muraille d'Adrien; le sénat lui décerna le nom de Dritannicus. Les Daces se virent promptement punis de leur rébellion, et l'empereur trouva le moyen, sans combattre les Germains, de les ramener à la soumission. Après ces premiers actes de vigueur, Antonin n'éprouva plus la nécessité d'employer la force pour gouverner. Son esprit sage et conci iant rendit la domination romaine si douce, que, selon le rapport d'Aurélius Victor, les peuples tributaires le regardaient moins comme un maître que comme un père, et partout on disait qu'Antonin était « un présent fait à la terre par le » Ciel. »
Les nations les plus éloignées et les plus indépendantes le prenaient pour arbitre de leurs différends. La Bactriane et l'IIyrcanie lui envoyèrent des ambassadeurs. Stangorus et Pharasmane, rois, l'un des Indes, l'autre dlbérie, ainsi qu'Agare, prince arabe, vinrent à Rome pour rendre hommage à ce monarque vertueux. Le roi des Parthes étant entré en Arménie à la tête d'une armée, une lettre d'Antonin suffit pour le déterminer à évacuer ce pays.
Faustine, sa femme, peu digne d'un tel époux, l'affligea par son orgueil et par son inconduite : Antonin montra la même patience que Socrate; il aima mieux souffrir ses caprices que de rendre, par un divorce, ce scandale public. Il supporta ses désordres pendant trois ans. Lorsqu'elle mourut, le sénat lui décerna sans pudeur des statues, des jeux, des temples et des prêtres : Antonin n'aurait pas dû le permettre; il était plus honteux et plus insensé de laisser usurper le ciel par les vices, que de le faire, comme les poètes, assiéger par les Titans.
Il semblait que le destin, aveuglant les hommes, les portât à diviniser tant de princes sanguinaires et de femmes adultères, pour rendre les dieux de l'Olympe méprisables, et pour accélérer la chute du polythéisme. Partout alors, malgré les lumières de ce siècle, les Romains, disposés à rendre un culte religieux au vice, se montraient injustes et cruels pour le culte le plus moral, le christianisme. Ils regardaient les partisans de cette secte comme des hommes turbulents et dangereux, dont les principes tendaient au bouleversement de l'État ; et, lorsque tout le reste de l'empire bénissait la justice et la clémence de l'empereur, les chrétiens, persécutés, se voyaient, sous les plus légers prétextes, emprisonnés, torturés et livrés aux bêtes féroces. Justin, célèbre par son éloquence, et qui le devint plus encore dans la suite par son martyre, entreprit alors de dissiper ces injustes préventions : il publia une éloquente apologie de la doctrine et des mœurs des chrétiens, l'adressa à l'empereur, à ses fils adoptifs, au sénat et au peuple romain, et se plaignit avec force de la violation des lois et de la tyrannie qui infligeait à tant de citoyens des châtiments •tffreux, sans qu'on pût les convaincre d'aucun des crimes dont on ies accusait.
Antonin était digne d'entendre la vérité; il rendit un décret favorable aux chrétiens. « La persécution, dit-il. ne fait qu'accroître leur nombre, et nous dé-