‹ Histoire universelleChapitre 8 sur 129 · INTERRÈGNE · texte numérisé non relu

INTERRÈGNE

temple de Janus, dont les portes devaient rester ouvertes pendant la guerre et fermées pendant la paix. On ne les ouvrit point tout le temps qu'il régna; mais il ne fut fermé que deux fois depuis, à la fin de la première guerre punique et après la bataille d'Actium.

Numa savait que la vanité humaine résiste aux hommes et cède au Ciel. Pour donner à ses lois une sanction céleste, il fit croire au peuple qu'elles lui étaient dictées par la nymphe Kgérie qu'il consultait dans un bois sacré, près de Rome.

Romulus n'avait donné que dix mois à l'année : le premier s'appelait mars, du nom de la divinité à laquelle il prétendait devoir la naissance. Numa corrigea cette erreur grossière en y ajoutant janvier et février; de sorte que l'année se trouva composée de trois cent cinquante-cinq jours, de douze mois lunaires avec des intercalations de jours complémentaires, qui au bout de vingt-quatre ans, remettaient les années à peu près d'accord avec la marche du soleil. Jules César compléta, depuis, cette réforme par un nouveau calendrier, qui fut définitivement corrigé en 1582, par Grégoire XIII.

Numa établit des jours nommés /as/?' et nejasti, qui marquaient les temps où il était défendu ou permis de s'assembler et de juger. Il créa plusieurs sacerdoces, l'un pour Mars, l'autre pour Jupiter, et le troisième pour Romulus, qu'on adorait sous le nom de Quirinus. Ces pontifes, pris parmi les patriciens, et présidés par un souverain pontife, étaient choisis par le peuple : leur nombre et celui des augures augmentèrent dans la suite. Ils réglaient les sacrifices, les cérémonies, les jours de [êtes, les expiations, les deuils, les funérailles; surveillaient les ministres subalternes, instruisaient le peuple, expliquaient les prodiges, et jugeaient tous les différends relatifs à la religion. L'établissement des vestales fut réglé par Numa; il en créa quatre : elles n'é- » taient point admises au-dessous de six ans ni au dessus de dix. Elles gardaient le feu sacré et le palladium, et devaient rester vierges; mais, à trente ans, elles pouvaient quitter le sacerdoce, et se marier. La loi Teur accordait de grands privilèges; seules, entre les femmes, elles pouvaient disposer de leurs biens sans curateurs; on les croyait en justice sans serments; un licteur portait devant elles les faisceaux. Si le sort faisait qu'un criminel se trouvât sur leur passage, il recevait sa grâce; elles étaient nourries aux dépens du trésor public. Mais on avait attaché de grandes peines à l'infraction de leurs devoirs. Une vcs'ale laissait-elle éteindre le feu sacré qu'on ne pouvait rallumer qu'aux rayons du soleil, le souverain pontife la faisait frapper de verges. Si elle violait son vœu de chasteté, on l'enterrait vive dans un caveau qu'on murait sur elle, et dans lequel on ne laissait qu'un pain, une cruche d'eau, un fio!e d'huile et un pot de lait. On exigeait d'elles la plus grande décence. Une vestale nommée Pcsthumia fut- appelée en jugement, et blâmée pour s'être montrée en public avec une parure trop recherchée.

Numa, croyant la superstition nécessaire à des peuples trop grossiers pour que la raison seule servît de frein à leurs passions, cherchait tous les moyens

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et saisissait toutes les occasions d'imprimer dans leurs Ames des sentiments religieux. Une affreuse contagion s'étant répandue dans le pays, Numa attribua la cessation de ce fléau à la chute d'un bouclier d'airain tombé du ciel entre ses mains : il prétendit avoir appris de la nymphe Égérie que ce bouclier, tant qu'on le garderait, serait le gage du salut de Rome; et, pour qu'on ne pût le dérober, il en fit faire onze semblables, parmi lesquels il était impossible de le distinguer. On créa des prêtres appelés saliens, qui dansaient et chantaient des hymnes pendant la fête instituée pour rappeler cet événement.

Numa créa un collège de hérauts. Les uns maintenaient l'ordre et le silence dans les assemblées publiques; les autres, nommés féciaux, déclaraient la guerre et la paix. On les envoyait demander justice aux peuples étrangers; ils prenaient les dieux à témoin de leur sincérité, en prononçant contre euxmêmes des imprécations s'ils manquaient à la vérité. Ils fixaient un délai pour la réponse; et, s'ils n'obtenaient pas la réparation demandée, ils rendaient compte au sénat de leur mission, et déclaraient qu'on pouvait prendre les armes.

Numa, dans l'intention de faire respecter la justice et de rendre les propriétés sacrées, établit des fêtes en l'honneur du dieu Terme : heureuse idée qui déifiait la base de toute civilisation et de toute association politique, la propriété.

Avant son règne, les étrangers regardaient Rome comme un camp menaçant: sous son gouvernement, on la considéra comme une ville sage, comme un temple saint, comme un tribunal juste et vénéré. Ce roi pacifique fit de bons règlements pour la police; et, afin de maintenir l'ordre, l'union et la tranquillité parmi les citoyens, il classa le peuple en corporations dans lesquelles il mêla politiquement les Sabins avec les Romains.

Comme il savait que l'extrême pauvreté éteint l'amour de la patrie, et dispose à la sédition, il partagea les terres conquises entre les pauvres, et mit l'agriculture en tel honneur, que longtemps après lui les généraux d'armée et les premiers magistrats se faisaient gloire de conduire la charrue, et d'employer au labourage ces nobles mains qui avaient tenu les balances de la justice et le glaive de la victoire.

L'histoire n'a point à parler des exploits, des conquêtes et des triomphes de Numa; mais elle nous apprend que, pendant un règne de quarante-trois années, on ne vit à Rome ni guerres ni révoltes, et que le bonheur public fut le fruit de ce sommeil de la gloire militaire. Les étrangers, admirant les vertus d'un peuple dont ils avaient redouté la naissance, prenaient alors les Romains pour arbitres de leurs différends. Enfin Numa réalisa cette idée d'un ancien sage qui dit que « le monde ne serait heureux que lorsqu'on verrait la » philosophie sur le trône. »

Quelques auteurs ont cru sans fondement que Pythagore avait formé ce grand roi. Pythagore ne parut que cent cinquante ans après, sous le règne de Tarquin. Numa congédia la garde créée par Romulus ; « Je ne voudrais pas,

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» disait-il, régner sur un peuple qui m'inspirerait quelque méfiance. » Il érigea un autel à la Bonne Foi.

Ami des lettres comme de la religion, il prétendait avoir commerce avec les Muses, dont il nommait l'une Tacita, pour faire entendre probablement par cette allégorie combien le silence et la méditation étaient utiles à l'esprit.

Quelques auteurs veulent nous faire douter de la vérité de cette histoire qu'il est si désirable de croire. Plutarque dit que, les registres de Rome ayant éU> pillés par les Gaulois, tout ce qu'on nous raconte de ces premiers temps a été imaginé pour flatter l'orgueil du peuple romain et la vanité des anciennes maisons. Cette opinion n'est pa^ probable; si les archives furent détruites, la tradition a dû facilement y suppléer dans un pays où les mêmes familles se sont conservées tant de siècles.

Numa mourut à quatre-vingt-trois ans, après quarante-trois années de règne. Dans sa vieillesse, son corps était resté exempt d'infirmités, comme son âme de vices. Les Patriciens portèrent son lit de mort; tous les prêtres formèrent son cortège, et les sanglots du peuple prononcèrent son oraison funèbre. 11 avait défendu qu'on le brûlât. 11 fut enterré, dans un cercueil de pierre, au pied du Janicule; et, suivant ses ordres, on enferma dans un autre cercueil de pierre quatorze livres qu'il avait composés.

Cinq cents ans après on retrouva ces deux cercueils. Il ne restait aucun vestige de sa personne; mais ses manuscrits étaient entiers; Pétilius, préteur, qui les lut, ayant déclaré au sénat que leur publicité nuirait à la religion, on les brûla,

(An de Rome 82. — Avant Jésus-Christ 670. )

Après un court interrègne, le peuple élut pour roi Tullus Hostilius, et le sénat confirma l'élection. Ce prince était petit-fils de la Sabine Hersilie, dont le courage désarma et réunit deux peuples prêts à s'égorger. Tullus, né à Médullie, ville albaine et colonie romaine, y possédait de grandes terres qu'il partagea entre les plus pauvres de ses concitoyens, dès qu'il fut sur le trône.

La population de Rome augmentait; le nouveau roi enferma le mont Célius dans la ville. Différent de Numa, son caractère était belliqueux; il joignait l'habileté d'un général à la vaillance d'un soldat.

Dans ce temps, Cluilius, dictateur d'Albe, jaloux de la grandeur de Rome, permit à la jeunesse albanaise de piller les terres des Romains. Ceux-ci s'en vengèrent par des représailles; des deux côtés on se plaignit, et on demanda réparation.

Hostilius fit un bon accueil aux envoyés d'Albe, mais différa sa réponse. Les ambassadeurs de Rome furent reçus par les Albains avec hauteur, et on

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leur refusa toute satisfaction. C'était ce qu'Hostilius avait prévu. Ce relus ayant mis la justice de son cote, avantage que la religion et la bonne foi du siècle rendaient alors très-important, Rome déclara la guerre.

Les deux armées se mirent en campagne.: elles étaient près d'en venir aux mains, lorsque Cluilius mourut subitement dans sa tente. Métras SufTétius lui succéda. Ce nouveau dictateur, plus juste et plus pacifique que son prédécesseur, voulut prévenir r effusion du sang par un accord : il demanda une conférence au roi de Rome, l'obtint, et lui représenta les dangers d'une guerre ruineuse, dont les Étrusques profiteraient pour attaquer et pour écraser les deux peuples affaiblis par leurs divisions. On convint de part et d'autre qu'au lieu de risquer une bataille sanglante, trois combattants, choisis par chaque parti, décideraient la querelle, et que le peuple vaincu serait entièrement soumis au vainqueur. Ainsi, trois Albains et trois Romains se virent chargés de la destinée de leur patrie.

Il existait alors dans l'armée romaine trois frères distingués par leur force et par leur bravoure. Ils portaient le nom d'Horaces. Le sort voulut aussi qu'une seule famille albaine, celle des Curiaces, s'honorât du courage de trois guerriers qui l'emportaient sur tous les autres par leur adresse et par leur intrépidité. Le choix de Rome et d'Albe tomba sur eux.

Le jour pris pour le combat, ils s'avancent dans la lice; les deux armées les entourent; leurs parents, leurs chefs, leurs concitoyens les couvrent d'armes superbes, les conjurent d'assurer leur indépendance, les exhortent à soutenir l'honneur de leur pays , et donnent le signal avec l'inquiétude que doit causer un moment si critique, mais avec la confiance qu'inspiraient à chaque parti l'ardeur, la force et l'adresse des jeunes guerriers : étonnant spectacle, où deux peuples nombreux, ne courant aucun danger personnel, étaient agités par la crainte de l'issue d'un combat où un si petit nombre de combattants devait décider de leur sort.

Animés du courage et chargés des intérêts des deux armées, les six guerriers s'avancent; leurs yeux se menacent; leurs épées brillent : ils s'attaquenc, ils se pressent; l'air retentit du choc de leurs glaives et de leurs boucliers. Les deux peuples, présents à cette lutte terrible, attentifs, immobiles, silencieux, suivent des yeux tous leurs mouvements, et semblent avoir perdu la voix et la respiration.

Les trois Albains voient les premiers couler leur sang; mais impatients de ven-

r leurs blessures, ils percent et renversent deux Romains qui tombent morts L'arène. Au bruit de leur chute, Albe pousse des cris de joie, et Rome frémit de crainte : un seul Horace lui reste; entouré par ses trois ennemis, sa défaite semble inévitable. Cependant, Horace n'avait point reçu de blessures; trop faible pour combattre à la fois ses trois adversaires, mais plus fort que chacun d'eux, il prend la fuite pour les séparer, certain qu'ils le suivraient 1 lus ou moins lentement, selon que leurs blessures leur laisseraient plus ou luoins de vigueur.

Les Romains, qui ne démêlent pas son artifice, s'indignent de sa lâcheté et

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l'accablent d'imprécations. Albc triomphe ; elle crie à ses combattants de hâter leur marche et d'achever leur victoire. Mais tout à coup Horace, voyant les trois Curiaces, qui le poursuivaient, assez éloignés l'un de l'autre, s'arrête, se retourne, se précipite sur celui qui était le plus près, l'attaque, le perce et le tue avant que ses frères, excités par les cris des Albains, puissent arriver à son secours. L'espoir renaît dans le cœur des Romains; ils encouragent Horace du geste et de la voix : plus ardent que leurs vœux, plus rapide que leurs pensées, il atteint le second Curiace, et l'étend sans vie sur l'arène. Tout le camp d'Albe jette un cri de terreur : il ne restait plus de chaque côté qu'un combattant, mais aucune blessure n'affaiblissait la vigueur du Romain; l'Aibain, épuisé par une longue course et par le sang qui sortait de son flanc, se traîne, peut à peine soutenir ses armes, et ne présente qu'une victime au vainqueur. Ce ne fut plus un combat, mais un sacrifice. Horace, certain de son triomphe, s'écrie : « J'ai offert deux Albains aux mânes de mes frères; j'offre » le troisième à ma patrie. Je termine, en l'immolant, la querelle des deux » peuples , et je donne à Rome l'empire sur Albe. » A ces mots , il enfonce le glaive dans le sein de son ennemi et lui enlève son armure.

Rome triomphante, Albe consternée, se réunirent pour célébrer les funcv railles des deux Romains et des trois Curiaces morts dans ce combat. Du temps d'Auguste, on voyait encore leurs tombeaux placés dans le lieu où chacu d'eux avait péri.

Les passions les plus nobles, lorsqu'elles sont portées à l'excès, deviennent fanatisme et conduisent au crime. L'amour de la patrie et la haine de ses ennemis enflammaient le cœur d'Horace, et l'avaient fait triompher des Albains ; mais il ne pouvait supporter qu'une âme romaine demeurât indifférente à la victoire de Rome, et qu'elle plaignît les vaincus. En rentrant dans la ville, il rencontra sa sœur Camille; elle aimait l'un des Curiaces, et devait l'épouser. A la vue de son frère revêtu de la cotte d'armes de son amant, elle arrache ses cheveux, déchire ses vêtements, verse un torrent de larmes, se frappe le sein, éclate en sanglots, et s'adressant avec fureur au meurtrier du malheureux Albain : « Tu es, dit-elle, le plus féroce de tous les hommes ; tu m'as privée de » mon époux, le sang de Curiace coule sur tes armes! tu insultes à ma dou- » leur et tu triomphes de ton crime! Puissent les dieux te punir! puissent-ils » immoler aux mânes de mon Curiace le dernier Romain sur les débris de » Rome! »

Horace furieux de voir sa sœur irritée de sa victoire et affligée de la joie publique, et de l'entendre former des vœux contre son pays, n'écoute ni la raison, ni la pitié, ni la nature; emporté par une rage forcenée il enfonce son glaive dans le sein de Camille, en s'écriant : « Sœur dénaturée, tu oublies ta » patrie et tes frères; va rejoindre ton Curiace, et qu'ainsi périsse toute Ro- » maine qui pleurera un ennemi de Rome ! »

Ce crime glaça d'horreur le sénat; Horace fut appelé en jugement. Le roi chargea deux juges, nommés duumvirs, de prononcer sur son sort. Justement condamné, il allait tomber sous la hache du licteur, lorsque le vieil Horncç.

son père, s'avançant au milieu de l'assemblée du peuple, arrête le coup fatal, invoque les antiques lois, rappelle ses droits paternels, prétend qu'il est le premier juge de sa famille, et qu'il aurait lui-même tranché les jours de son fils s'il lavait jugé digne de mort; il appelle au peuple de l'arrêt des duumvirs.

A l'aspect de ses cheveux blancs, de sa profonde douleur, les citoyens émus l'entourent et lui prêtent une oreille attentive. « Romains, dit-il, je vous con- » jure de me laisser le seul enfant qui me reste : toute ma famille vous a été » sacrifiée : so u (Tri rez- vous qu'on enchaîne la main qui vous rend libres? » Laisserez-vous traîner au supplice ce guerrier dont l'ennemi n'a pu sou- » tenir les regards? L'excès de son amour pour vous lui coûtera-t-il la vie? » Mais l'arrêt est prononcé : viens, licteur, lie ces mains victorieuses; couvre » d'un voile funèbre la tête du libérateur de la patrie; frappe celui qui a donné » l'empire au peuple romain. Maïs quel lieu choisiras-tu pour le supplice? » Sera-ce dans ces murs? ils viennent d'être témoins de son triomphe. Hors des » murs? au milieu du camp romain? entre les tombeaux des Curiaces? tu ne » trouveras pas un seul lieu où tu ne rencontres un monument de sa gloire » et une sauvegarde contre son supplice. »

Le peuple, entraîné par la reconnaissance et par la pitié fit taire les lois, et accorda la vie au coupable; mais, pour concilier la clémence et la justice, on le fit passer sous un joug qu'on appela solive de la sœur, et il fut condamné à une amende que son père paya.

Après avoir satisfait en quelque sorte à la justice des hommes, Horace offrit aux dieux des sacrifices expiatoires, et Rome érigea un tombeau où l'on renferma les restes de l'infortunée Camille.

Deux ans après ces événements (1), les Albains soumis, mais qui conservaient dans leur cœur le ressentiment de leur défaite, promirent secrètement aux Fidénates et aux Véiens de favoriser leurs armes s'ils les tournaient contre Rome. Ces peuples lui déclarèrent la guerre. ïullus se mit à la tête des troupes romaines pour les combattre. Rientôt les armées furent en présence; au moment où la bataille s'engageait, les Albains, placés à l'aile droite des Romains, s'en séparent et se retirent sur une montagne. L'armée romaine, effrayée de cette défection imprévue, se trouble et s'ébranle; Tullus, après avoir fait vœu de créer douze nouveaux prêtres saliens, et de bâtir des temples à la Pâleur et à la Crainte, parcourt les rangs, et dit aux soldats que la retraite des Albains n'est qu'une manœuvre ordonnée par lui-même : et en même temps, il commande à sa cavalerie d'élever ses lances en chargeant, et de s'étendre afin de cacher aux ennemis le mouvement de l'armée albaine. Ces ordres exécutés eurent un plein succès. Les Fidénates crurent que les Albains manquaient à leur engagement; troublés et découragés, par la privation de ce secours, ils n'opposèrent qu'une faible résistance aux Romains, et prirent la fuite. Un grand nombre de leurs soldats se noyèrent dans le Tibre.

d) An de Rome 85. Avant Jdsus-Clirisl GG7.

22 TULLUS I10ST1LIUS.

Métius Suffétius, voyant la victoire de l'armée romaine, se joint à elle avec ses Albains, poursuit l'ennemi, et félicite Tullus sur son triomphe. Le roi dissimule son courroux, ordonne pour le lendemain un sacrifice, laisse les Albains dans une pleine sécurité, court à Rome, informe le sénat de leur trahison, fait adopter la résolution hardie qu'il conseille, rejoint son camp dans la nuit, et ordonne au vaillant Horace d'aller droit à Albe avec l'élite de la cavalerie et de l'infanterie.

Le lendemain, à l'heure du sacrifice, comme les deux peuples, suivant l'usage, s'y trouvaient sans armes, une légion romaine, portant des épées cachées, environne l'assemblée : « Romains, dit le roi, jamais les dieux ne vous » ont montré tant de faveur et ne vous ont fait remporter une victoire plus » éclatante et plus inespérée. Vous aviez à lutter à la fois contre le courage de » vos ennemis et contre la trahison de vos alliés : votre courroux ne doit point » s'étendre sur les Albains, ils n'ont fait qu'obéir à leur chef. C'est Métius qui » est seul coupable; seul il a excité les Fidénates à la guerre ; seul il a man- » que à sa foi; seul il a rompu les liens qui unissaient nos deux pays. Je ferai » de ce traître un exemple qui inspirera l'effroi à ses imitateurs; j'ai résolu, » pour le bonheur du peuple romain, de transporter les Albains à Rome, » d'associer leur sénat au nôtre, et de ne faire qu'un seul peuple des deux » nations.

» Pour vous, Métius, je vous laisserais la vie si Ton pouvait compter sur » votre parole; servez de leçon aux hommes; vous avez déchiré la commune » patrie, soyez de même déchiré. » A ces mots, il le fait écarteler par deux chars attelés de quatre chevaux. Cet affreux supplice remplit les deux armées d'horreur et d'effroi.

Pendant ce temps Horace portait à Albe les ordres du roi et le décret du sénat. Les habitants, immobiles et consternés, virent démolir leur ville, gui avait duré cinq cents ans, et furent transfères à Rome, dont ils accrurent la puissance et la renommée.

Tullus fit encore la guerre aux Fidénates, gagna sur eux une bataille et s'empara de leur ville. Il combattit aussi les Sabins, les défit, s'enrichit de leurs dépouilles, et força trente villes latines, autrefois colonies d'Albe, à se soumettre au peuple romain. Cette guerre dura cinq ans, et se termina par une paix glorieuse.

Quelque temps après, une pluie de pierres tombée sur le mont Albain, et d'autres prétendus prodiges firent croire au peuple que l'on avait irrité les dieux des Albains en négligeant leur culte. La peste, exerçant de grands ravages, augmenta la superstition. Le roi s'efforça d'apaiser les dieux par des expiations. Il mourut après un règne de trente-deux ans.

Les uns disent que, lorsqu'il offrait un sacrifice secret, Jupiter le foudroya pour n'avoir pas observé les rites prescrits ; d'autres croient qu'Ancus Martius, petit-fils de Numa, le fit assassiner. S'il ne commit pas ce crime, il eu profita.

Tullus fut un des plus grands rois de Rome; il montra beaucoup d'habi

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