ANCUS MART1US
( An de Rome 113. —Avant Jésus-Christ C39. )
L'interrègne ne fut pas long, et le sénat confirma le choix du peuple, qui tomba sur Ancus Martius, né de Pompilia et petit-fils de Numa. Il se montra d'abord disposé à suivre le système pacifique de son aïeul. Il fit graver les règlements de ce prince sur des planches de chêne, et parut ne s'occuper qu'à offrir des sacrifices et à donner des encouragements à l'agriculture.
Les Latins, mal informés, le crurent plus timide que pacifique; ils prirent les armes et pillèrent les campagnes romaines. Ancus ne tarda pas à leur prouver qu'il réunissait dans sa personne les talents de Romulus et les vertus de Numa. Strict observateur des lois et des formes, il demanda justice aux agresseurs. Les Latins répondirent que la mort du roi Tullus, ayant rompu les traités, les dégageait de leurs serments.
Le fécial romain, arrivé sur leur territoire, dit à haute voix : « Écoutez, Jupf- » ter, Junon, Quirinus, dieux du ciel, de la terre et des enfers, je vous prends » à témoin que le peuple latin nous a outragés injustement et que le peuple » romain et moi, du consentement du sénat, nous lui déclarons la guerre. » Cette formule prouve que le gouvernement romain était, du temps de ses rois, plus républicain que monarchique.
Les Romains défirent les Latins, et reprirent sur eux la ville de Politoire, qu'ils avaient conquise. Ancus Martius vainquit aussi les Sabins et les Fidénates, enrichit la ville de nouveaux habitants, enferma dans ses murs le mont Aventin, posa les fondements de la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre, et y construisit un port qui devint pour Rome une source d'abondance et de commerce.
Ce prince bâtit une prison publique afin de comprimer les malfaiteurs. Il fit creuser des salines et distribua du sel au peuple. Ce fut ce même roi qui entoura de murailles et de tours la montagne du Janicule, située au delà du Tibre : il y plaça une forte garnison.
Sous son règne, Lucumon, fils de Démarate, corinthien, s'était enrichi par le commerce : chassé de sa patrie par une faction, il vint se réfugier à Tarquinie, ville de Toscane (Étrurie); il y épousa une femme très-riche dont il eut deux fils, Arons et Lucumon. Arons mourut; Lucumon hérita seul de la fortune de son père, et se maria avec Tanaquil, femme d'une naissance distinguée, dont 1 ambition ne connaissait pas de bornes. Cette femme hautaine ne pouvait supporter d'avoir d'égales dans sa patrie; elle crut que ses grandes richesses lui ferail jouer un rôle plus éclatant dans la ville de Rome, où personne ne la surpassait eu opulence, Son mari se rendit à ses instances, et vint s'y établir. Il
2t TARQUIN L'ANCIEN.
prit le nom de Lucius Tarquin. La fortune l'y suivit et le couronna. Le peuple, qui veut toujours appuyer l'histoire sur des fables et expliquer les grands événements par des prodiges, prétendit dans la suite qu'à son arrivée au Janicule, un aigle, planant sur son char, lui avait enlevé sa toque, et l'avait replacée sur sa tôte.
La véritable cause de la fortune de Tarquin, ce furent ses richesses, ses talents et les lumières que sa famille avait puisées dans la Grèce. Ces grandes qualités lui attirèrent la confiance du roi, qui l'employa avec succès à la guerre et dans les conseils.
Ancus Martius mourut après vingt-quatre ans de règne; il avait conçu une si haute opinion de la sagesse de Tarquin, qu'il lui confia la tutelle de ses enfants.