‹ Histoire universelleChapitre 91 sur 129 · GALLIEN · texte numérisé non relu

GALLIEN

(An de Rome 1012. — De Jésus-Christ 2C0. )

Talleau du r\ne ! onleux de G pilier). — Son élévation a l'empire. — Son potïivit. — Dégradation du sénat. — Invasion lies B .ri aie*. — Insouciance de Gallien. — Anarchie militaire. — Ambition de» généraux. — Rè^ne des trente tyrans. — Révolte de Macrien. — Son élévation à l'empire. — Sa victoire sur les Perses. — Auréole est nommé empereur. — Mort de Macrien et de son fils. — Succès d'Odénat, roi de Palmure. — Mort d'Odénat et de Méon, son assassin. — Élévation de Zénobie au trône. — Rév» lteà Al xandiie. — Insurrection en Mœsie. — Poslhumius est proclamé empereur. — Guerre entie Gatl'en et Posthumius. — Mort de Posthumius. —Règne de Télricus. — Mort de Gallien, de son fils et de Valétien.

Rome, sur le penchant de sa ruine, ne pouvait chercher un remède à ses maux et un terme à l'anarchie militaire dans l'établissement d'un trône héréditaire. L'élection, soit qu'elle vînt du sénat ou du peuple, soit qu'ils ne fissent que confirmer le choix des armées, satisfaisait l'amour-proprc des Romains : c'était encore une ombre de liberté ; l'adoption même leur paraissait préférable au hasard de la naissance; et, par un sort remarquable, l'expérience vint encore joindre sa force à celle des mœurs pour les empêcher de perpétuer le pouvoir dans une famille. Un grand nombre d'empereurs élus et de princes adoptés avaient relevé la gloire de l'empire, étendu ses limites et retardé sa décadence, tandis que, excepté Titus, tous ceux qui avaient succédé à leur père, tels que Domitien, Caracalla, Commode, Héliogabale , n'avaient été que de vils et lâches tyrans.

Le règne de Gallien dut, plus que tout autre, faire craindre au peuple la transmission du pouvoir par droit de naissance. Ce prince , que son père Valérien avait décoré du titre de César, flétrit son nom par son ingratitude, le souilla par ses débauches , le rendit odieux par sa férocité, et livra par sa

GALLILIM. OU

laiblesse, aux fureurs des factieux et aux ravages des Barbares, ce vaste empire qui , démembré pendant sa vie , aurait infailliblement péri , si quatre princes, habiles et courageux, élus successivement par le sénat, n'étaient venus rassembler ses débris, relever sa force, et lui rendre pour quelque temps une nouvelle existence.

Valérien languissant dans les fers, le sénat, le peuple et les armées reconnurent Gallien comme seul empereur. Nul ne semblait devoir être plus animé que lui contre les Perses; il avait à la fois son père à délivrer et l'empire à venger : mais les hommes sont plus gouvernés par leurs passions que par leur devoir, et leur intérêt même cède à leur caractère. Gallien, doué d'une imagination vive, s'était montré dans sa jeunesse éloquent orateur, poète élégant; il avait cultivé la philosophie, et Plotin , célèbre alors, lui avait inspiré tant de goût pour la doctrine académique , qu'il voulut, dit-on, fonder en Campanie une république organisée comme celle de Platon. Les plus habiles généraux lui apprirent l'art de la guerre dans les Gaules et dans la Germanie. Il avait combattu avec courage et succès sous les ordres du fameux Aurélien. Home fondait sur lui de grandes espérances; il n'en réalisa aucune. Son caraelère était sans force, son esprit sans jugement, son ardeur sans constance, son âme sans vertus; il n'avait du courage que par accès, s'arrachait avec peine à la mollesse, lorsque l'intérêt de sa vie ou de son pouvoir l'exigeait impérieusement, et retombait ensuite dans son indolence, entraîné par la force de ses vices.

Voluptueux comme Héliogabale, débauché comme Néron, étranger à tout sentiment de gloire et de patriotisme, il n'aimait dans le pouvoir suprême que la funeste liberté de se livrer sans frein aux plus honteuses voluptés : régner, pour lui, c'était jouir, et il lui importait peu que le trône fût avili, que l'empire fût démembré, et que les étrangers outrageassent la majesté romaine, pourvu que son repos dans Rome ne fût point troublé, et qu'on le laissât jouir d'une table délicate et d'un palais somptueux, rempli d'histrions, de courtisanes, et qui ressemblait plus au sérail d'un monarque d'Orient qu'à la cour d'un empereur romain.

Son ingratitude pour son père dévoila promptement sa bassesse et sa lâcheté. La captivité de Valérien, loin de l'indigner et de l'exciter à la vengeance, ne parut à cette âme vile qu'un événement heureux, puisqu'il relevait au trône. Il en parla au sénat avec une indifférence qu'il voulait faire regarder comme sloïque. « Je n'ignorais pas, dit-il, que mon père était soumis, comme » tout autre homme, aux vicissitudes humaines. »

Le premier acte de son autorité compléta la dégradation du sénat : comme il craignait l'ambition des membres de ce corps et leur influence sur les armées, il défendit par un décret aux sénateurs d'exercer aucun emploi militaire. La vanité en gémit d'abord, la peur s'y soumit, la mollesse s'y accoutuma; et le résultat de celte loi honteuse fut de ne fermer les avenues du trône qu'aux personnages les plus illustres, les plus digues d'y prétendre, et de les ouvrir aux

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