‹ Histoire universelleChapitre 92 sur 129 · H GALLIEN · texte numérisé non relu

H GALLIEN

aventuriers, et même aux Barbares, que leur féroce vaillance plaçait alors dans les rangs de l'armée, et taisait souvent parvenir aux premiers grades.

L'exemple des succès de Sapor, le spectacle d'un empereur romain réduit en servitude, et l'indolence de Gallien , excitèrent tous les anciens ennemis de Home à l'attaquer. Les Germains, franchissant les Alpes, poussèrent leurs excursions jusqu'à Ravenne ; les Francs ravagèrent les Gaules ; une autre partie de cette confédération belliqueuse, bravant l'Océan sur de frêles vaisseaux, débarqua en Espagne et prit Tarragone ; les Goths et les Scythes exercèrent d'affreux ravages dans l'Asie-Mineure et dans la Macédoine ; les Quades et les Marcomans se rendirent maîtres de la Dacie, de la Pannonie, et les Perses de la Syrie.

Les fléaux du ciel se joignirent à ceux de la terre ; une peste affreuse dévaslait l'Italie : au milieu de ce désordre, l'empereur, tranquillement occupé de festins , de spectacles, se montrait aux Romains en robe asiatique; ses cheveux étaient couverts d'une poudre d'or, pour imiter la couleur de ceux d'Apollon. On le voyait aux bains publics, accompagné d'une foule de courtisanes éhontées ; il en sortait pour consacrer la nuit à des festins dont le luxe rappelait celui de Vitellius. Insensible aux calamités de l'empire, il recevait avec insouciance les nouvelles les plus désastreuses. Lors qu'on lui annonça la révolte des Égyptiens : « Ne pouvons • nous pas, ré- » pondit -il en riant, vivre sans le lin d'Egypte ? » Lui parlait- on de la perte de l'Asie : « Eh bien ! nous nous passerons de soie ; » de l'invasion des Scythes : « Nous chercherons ailleurs du salpêtre ; » de la défection des Gaules : « Qu'importe ! l'État peut subsister sans les casaques et sans les draps » d'Arras. »

Cette lâche apathie inspirait non-seulement un juste mépris, mais le désir général de trouver hors de Rome une force qui pût défendre et sauver l'empire, puisqu'on ne pouvait espérer aucun appui d'un sénat dégradé, d'un peuple esclave et d'un prince corrompu.

11 existait encore dans les camps des hommes habiles, vaillants et fermes , prêts à exposer leur vie , soit pour délivrer leur patrie , soit pour illustrer leur nom , soit enfin pour élever leur fortune. Valérien , éclairé par une .longue expérience, avait confié, sur toutes les frontières, le commandement des légions à des chefs vieillis dans les combats; et comme le mérite et non la faveur dictait ses choix, presque tous ceux qu'il nomma répondirent à son attente par leurs succès : mais, sous le faible Gallien, tous ces généraux, indignés des affronts que recevait l'empire, et honteux d'obéir à un chef qui ne savait pas commander, augmentèrent les maux de l'État, en voulant chacun s'emparer du gouvernement pour le sauver du naufrage.

Lorsque personne n'a de droits antiques et reconnus, tout le mende a des prétentions, et chacun des généraux dont le nom était honoré par quelques victoires crut pouvoir, sans présomption , aspirer à l'empire. Ainsi, au moment où toutes les provinces étaient envahies par une multitude de peuples

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