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barbares, on vit les armées romaines élire chacune pour empereur le général qui la commandait. Tous unis pour détrôner Gallien, ils se déchiraient entre eux pour lui succéder. Cette anarchie militaire lit porter le nom de César à trente tyrans, dont la plupart, aussitôt renversés qu'élevés, parurent et s'évanouirent comme des ombres.
Quelques-uns, plus puissants, plus habiles ou plus heureux, tels que Posthume, Victorin et Tétricus dans les Gaules, Auréole en Illyrie, Odénat et Zénobie en Orient, jouirent plusieurs années de leur puissance, et partagèrent avec le prince qui régnait à Uome un empire que leur courage avait su défendre contre les Barbares.
Macrien, dont la trahison avait causé la ruine de Valérien, leva le premier l'étendard de la révolte. 11 fut élu empereur par l'armée d'Orient, sans cesse attaquée par les Perses, et qui ne recevait de Rome ni ordres, ni argent, ni renforts. On donna le titre de César à ses deux fils, Macrien et Quiétus.
Macrien, par un succès éclatant, justifia d'abord le choix des troupes; il livra bataille aux Perses et les défit. Apprenant ensuite que les légions qui se trouvaient en Grèce venaient de donner l'empire à Valens, il marcha contre lui. Pison, qui commandait son avant-garde, repoussé dans une première attaque, se retira en Thessalie, et prit aussi le titre d'empereur. Valens le poursuivit, le vainquit, le tua, et fut lui- môme ensuite massacré par ses soldats, dont il voulait réprimer la licence.
Macrien, enhardi par la mort de ses deux concurrents, forma le dessein de passer en Italie. Laissant l'armée d'Orient sous les ordres de Quiétus son fils et de Baliste, il se rendit en Thrace à la tête de quarante mille hommes, et en chassa les Goths. Continuant sa route, il entra dans l'illyrie; mais un obstacle qu'il n'avait pas prévu l'arrêta dans sa marche. Auréole, qui commandait en Illyrie et eu Dalmatie, s'était vu forcé par ses légions de recevoir le titre d'empereur. Ce fardeau, plus dangereux que désirable, obligeait celui qui le portait à vaincre ou à périr. Il livra bataille à Macrien, qui fut tué dans le combat, ainsi que son fils. Ce succès rendit Auréole si puissant, que Gallien, n'osant le combattre, conclut la paix avec lui.
Dans ce même temps, l'orgueil de Sapor reçut un juste châtiment, et créa dans l'Asie une puissance nouvelle.
Odénat, prince de Palmyre en Syrie, était chef d'une faible tribu d'Arabes, nommés Sarrasins; redoutant le voisinage et la puissance du roi de Perse, il lui envoya des ambassadeurs charges de lui offrir son hommage et de riches présents. Sapor les reçut avec mépris, joignit la menace à l'insulte, et fit jeter les présents dans la rivière, en ordonnant aux députés de dire à leur prince • qu'il devait venir lui-même se prosterner aux pieds de son maître, les mains » liées derrière le dos. »
Odénat, indigné d'un tel affront, et excité à la vengeance par sa femme Zénobie, princesse babile et Dère, également célèbre par son courage, par son esprit et par sa beauté, prend les armes, se déclare roi de Palmyre, lève des troupes, les grossit [tarde rapides succès, étonne l'ennemi par l'audace de ses
G'rô GALLILN.
entreprises, réunit ses forces à celles des Romains, reprend la Mésopotamie. Nysibe et Carrhes, se voit bientôt à la tête d'une puissante armée, livre bataille au roi de Perse, taille en pièces ses troupes, s'empare de ses femmes, de son trésor, et le poursuit jusqu'à Ctésiphon.
Gallien, heureux d'avoir vaincu sans combattre, nomma Odénat général des armées d'Orient. Le roi de Palmyre parcourut la Perse en conquérant, la livra au pillage, et réduisit en servitude plusieurs satrapes prisonniers qu'il envoya à Rome. L'empereur, pour le récompenser d'avoir fait ce que lui-môme aurait dû faire, et trouvant plus doux de partager l'empire que de le défendre, donna au vainqueur le titre de César, et accorda celui d'Auguste à Zénobie et à ses enfants. Cette faiblesse pouvait s'excuser en l'attribuant à la reconnaissance; mais il acheva de se couvrir d'opprobre et de ridicule, en triomphant lui-môme publiquement des Perses, qu'un autre avait vaincus.
Un méprisable bouffon troubla, par une sanglante raillerie, ce triomphe indécent et puéril. Voyant une foule d'esclaves, achetés dans différents pays pour jouer dans cette cérémonie le rôle de captifs, il courut dans leurs rangs, demandant à haute voix s'il ne pourrait pas trouver parmi eux l'empereur Valérien.
Odénat, poursuivant ses succès, soutenait dignement le rang où l'avait élevé son courage : il combattit, défit et tua Quiétus, fils de Macrien, ainsi que Baliste, qui tous deux venaient d'usurper le titre d'empereur. L'Orient pacifié reconnaissait les lois d'Odénat; une lâche trahison termina sa gloire et sa vie Méon, son neveu, jaloux des préférences et du pouvoir qu'il accordait à son fils Hérode sur ses autres enfants et sur toute sa famille, forma une conspiration contre lui, l'assassina, poignarda aussi Hérode, et périt lui-même sous les coups de ses complices, au moment où il venait de prendre audacieusement la couronne.
Zénobie seule fut reconnue digne de l'empire par les troupes, par les grands et par les peuples d'Asie. Dirigeant son époux par ses conseils , elle l'avait secondé dans les combats. On admirait également ses charmes, sa fierté, ses vertus, son audace. On trouvait en elle la douceur d'une femme et le courage d'un homme. Son mérite personnel suffisait pour inspirer la vénération ; mais le vulgaire y joignait celle qu'attire une antique et illustre origine : on la croyait issue, par ses aïeux paternels, de Sémiramis, et, par sa mère, de Cléopâtre. Gallien, beaucoup moins digne qu'elle du trône, dédaigna de l'admettre au partage de l'empire : il envoya des troupes et des généraux contre elle; ils furent vaincus, et Zénobie jouit de sa puissance et de sa gloire jusqu'au règne d'Aurélien.
Toutes les parties de l'empire se trouvaient tellement disposées à la révolte contre un chef méprisable, que souvent la plus légère étincelle suffisait pour faire éclater le feu de la sédition. Une rixe entre un esclave et un soldat, dam la ville d'Alexandrie, excita du tumulte : les troupes et les citoyens y prirent part; l'autorité civile voulait réprimer ce désordre, les légions se mutinèrent et proclamèrent empereur Émiiien% leur commandant. Mais Théodat, envoyé