CHAPITRE PREMIER
Strabon , Pline, Ptolémée, donnèrent dans le siècle que nous abordons la description du monde connu, et firent comme un inventaire des pays dominés ou exploités par Rome. Nous nous proposons de les parcourir sur leurs traces, sans négliger les historiens
etles compilateurs , pour connaître le théâtre de l’humanite :i;
(1) 11 faut ajouter à ces trois géographes DENYs PÉRIÉGÈTE, auteur d’un abrégé en beaux vers grecs, Ieprhynois oixoupévnc, et Pomponius MÉLA, non moins aride qu’obscur dans le sien. Le premier ne fait guère que mettre Strabon en vers ; l’autre suit Ératosthène, en nous conservant des détails empruntés sans doute à des ouvrages qui n’ezistent plus, et dans lesquels il n’eut pas assez de critique pour faire un choix éclairé. Le naufrage qui a englouti tant d'ouvrages a épargné le Périple de la mer Rouge, d'ARRIEN, négociant romain, probablement établi à Alexandrie; et les Séathmi Parthici d'Isidore de Charax, compilation ridicule sur ces peuples redoutables.
Voyez parmi les modernes :
GossELIN, Géographie des Grecs analysée. — Recherches sur la géographie des Grecs.
GATTERER, Géographie pour servir d’Introduction à l'histoire universelle (en allemand).
MaNNenr, Géographie des Grecs et des Romains.
Asie,
Asie en deçà du Taurus,
lire région.
Les anciens divisaient la terre en cinq zones : deux glacées aux pôles, une torride entre les tropiques, inhabitées et inhabitables, et entre elles deux zones tempérées, de Pane à l’autre desquelles il était impossible de passer. Les CA he 1 géographiques étaient donc limitées à notre zone septentrionale, qui, en excluant les antipodes , embrassait trois parties du globe, l'Asie, la Libye et l’Europe , environnées par l’Océan (1).
L’Asie était, au dire de Strabon, la contrée la mieux connue des géographes, grâce aux expéditions d'Alexandre; mais ils étaient abusés par la fausseté des relations et l’erreur des méridiens auxquels ils rapportaient les lieux. Le Taurus (et ils comprenaient sous ce nom des montagnes tout à fait distinctes de cette chaîne) traversait , selon les anciens , l’Asie entière, à commencer par le pays qui se trouvait en face de Rhodes jusqu’à Thiné, dernière limite orientale, sur une longueur de quarante-cinq mille stades; de sorte que cette partie du monde s’étendait pour eux partie en deçà , partie au delà du Taurus.
L’Asie en deçà du Taurus avait pour limites le Tanaïs , les Palus Méotides, l'Euxin , l'Océan septentrional , la mer Caspienne, et la langue de terre qui la sépare de l’Euxin.
Au nord, les Scythes erraient sur des chars; plus loin, venaient les Sarmates, issus des premiers, etles Scyraces, dont quelques-uns étaient nomades et d’autres agriculteurs, ayant pour capitale Uspa , vaste amas de huttes d’osier, à trois jours de marche du Tanaïs. Sous le règne de Ciaude, ils furent exterminés par les Romains , aidés des Aorses , autre nation des rives septentrionales de la mer Caspienne, qui mettait sous les armes deux cent mille cavaliers; ses marchands allaient sur des chameaux, à travers l'Arménie et la Médie, chercher les riches produits de l'Inde et de la Babylonie. Peut-être appartenait-elle à la célèbre famille des Huns (2).
Diverses nations, désignées par les Grecs sous le nom de Méotes, habitaient dans le voisinage des Palus Méotides ; aux environs du Bosphore étaient les Sindes , les Aspurgiens , les Achéens et les
Mazre-Brun, Histoire de la Géographie.
WWALCKENAER, Géographie ancienne, historique et comparée des Gaules Cisalpine et Transalpine, suivie de l'analyse géographique des itinéraires anciens ; Paris, 1839.
(1) Voy.le Songe de Scipion.
(2) Denys Périégète, contemporain de Strabon, place les Ouni aux mêmes lieux où ce dermer met les Aorses. Ptolémée fait habiter les Chuni sur le Borysthène. Aior en langue scythe signifie homme, et il paraîtque Hun a la même signification.
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PEuxin, et déposaient leur butin de les forêts de NA ne montagnes escarpées. Plus à l'intérieur se trouvaient les Ziges, les Cercètes, qui peut-être sont les aïeux des Circassiens ; les Macropogons , ou Longues-Barbes; les Phthirophages ou Mange-Vers : les vaillants Soanes, dont le pays renfermait des mines d’or. Plus loin, dans la Géorgie , étaient les Ibères, divisés en quatre castes : les princes , les prêtres, les guerriers et les serfs. L’Albanie avait pour habitants des peuples assez policés et enrichis par le commerce.
On n’ailait plus alors dans la Colchide chercher la toison d’or mais des toiles fines, de la cire, du goudron, et l’on n’y avait lus à redouter les terribles Amazones. à
La deuxième région s’étendait de la rive orientale de la mer Caspienne jusqu’aux portions de la Scythie qui confinent à l’Inde et à l'Océan oriental. Ces pays étaient occupés, sans parler des Scythes, par les Hyrcaniens , les Sogdiens et les Bactriens : ces derniers faisaient anciennement dévorer leurs vieux parents ar les chiens; mais les usages grecs finirent par s’introduire Hat eux, et alors s’embellirent leurs villes de Balk et de Maracanda ( Samarkand ). Les mines de l’Asie septentrionale enrichissaient ces populations et d’autres moins considérables. La Scythie propre devait se diviser en Sarmatique et en Asiatique , la pare correspondant à la Tartarie, l’autre au Mogol. Les peuples qui avaient pris part aux vicissitudes des régions civilisées FN sent de l’histoire après Mithridate ; peut-être prospérèrent-ils au cœur de la Russie, jusqu’à l’époque où , les Germains et les Huns ayant abandonné la rive droite de l’Elbe , ils y revinrent, mélés aux Sarmates , sous le nom nouveau de Suèves (1). ! j
Lorsqu'on se dirigeait de la Bactriane vers la Parthiène , les Portes Caspiennes donnaient entrée, à travers de sombres gor es infestées de serpents, dans les vastes plaines de la Médie fécon. dées par mille ruisseaux. Là , Ecbatane et Ragès conservaient les débris de la magnificence perse, et le mage continuait à rendre au feu un culte innocent , près des sources de naphte. Une partie de la Médie, devenue indépendante au temps d’Alexandre à con: servé jusqu'ici le nom d’Atropatène (Aderbaidjan ). !
Les montagnes qui ferment la Médie à l'occident avaient pour habitants les hordes errantes des Cyrtes, probablement les Kurdes
(1) Hazuinc, Gesch. der Skyten, etc.; Histoire des Scyth jusqu'à nos jours ; Berlin, 1835. ’ A EU ie
HS région.
le région.
IV® région.
pontife exerçait un pouvoir presque souverain sur la ville construite alentour. x ROME SE .
un | rait à la grandeur à laquelle elle parvint sous Adrien. et surtout, au temps des çroisades.. Rae “ ue à . jé Une partie du Pont et le reste de l'Asie Mineure (2), y compris la Cilicie, formaient la quatrième région. Nous connaissons déjà suffisamment la Paphlagonie , aux guerriers courageux : la Bithynie, riche en hois de construction, en marbres, en cd ie Lu en fromages et en fruits, les mêmes, à l'exception de | En sq IN ane
ve ceux de la Grèce; la Mysie, avec la fabuleu Trodde qi |
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(1) Manciptis locuples, eget #ris cappadocum rex. ‘l‘{Hokace:y 10104
(2) Ce nom, que nous donnons à : 14! péninsule! située éntre.lé! Pont-Euxin, l’Archipel, la mer de:Chypte et le Taurus, ne fut en; usage chez les angiens, qu'à l’époque où tout le pays reconnut la domination romaine. … . ont
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RÉVUE DU MONDE. > née” ( Marmarä) S'Lampsaque , aux vins renommés ;, Pergamie, fä cité Ta plus importante, capitale du ays , êt Nicomédie , qui dèvait être la résidence TN ne partie de la Phrygie avait été occupée par les Gaulois et nommée Galatie; riche en blé, ellé avaif iné population belliqueusé. Dans la Phrygie pro- RFI dite, Sinnada élait bâtie en marbre blanc tacheté de rougé le Cémmerce d’Apamée lui avait valu le nom d'Armadium ('Cibolos) : Laddicée!, qui dévait sa richesse à ses troupeaux , fort eslimés, se! parait de monuments. La Catacécaumène , c’est-à dire là Contrée brüléé, devait son nom aux cendres qui semblaient couvrir ses plateaux volcaniques, 6 Se plaisait la vigne ; sur Té$ bords du Méandre abondaiént les sources d'eaux chaudes, ét des efflorescences salines 'engraissaient de nombreux troupeaux 29) 101%998610 119) AD LILI ?S ja to 1 ju j/ ait'4 | 12 ET
aux alentours de Lycäonie (Jcontum, Koniéh}, Capitale du pays ,
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oùll’0n trouvait béaucoup de sources salées, tandis que l’eau douce AR NU SE le 19 DESPERATE 8
"Dans la Lydié , où le Pactole descend du Tmolus en roulant des piles d or, Sarües conservait quelques vestiges de son ancienne magnificence, dé même que Sinope, Amisus'et Ancyre. |
L’Éolide s’étendait le. ong de la mer Égée, puis au midi l’Ionie, à Hquellé sourit le plus béau ciel. Si Milet, mère de quatre-vingts colonies, ayail perdu son opulence et son industrie, Éphèse et Smyrne étaient encore florissantés : venaïent ensuite Halicarnasse, ville dorienne: là volnptueuse ‘Gnidé 3 Lesbos ; Chios, qui produisait la gomme de lentisque ‘ét un vin exquis ; Samos , dépouillée de ses vases et de ses statues ; Rhodes , l'épouse du Soleil, qui avec la liberté avait perdu sa supériorité maritime. k | La Lycie, dont les républiques fédératives virent leur constitution” détuite d’abord par Brutus, puis par l’empereur Claude , offrait ses intrépides marins aux nations voisines.
La Cilicie était divisée en deux parties : l’une, la Cilicie propré, l'autre, à laquelle on donnait l’épithète d'aspera, à cause de ses montagnes couvertes de cèdres et de sapins. Chypre était renomrnée par ses fruits délicieux ; on disait que sés figuiers et ses grenadiers avaient élé plantés par la déesse de la volupté, objet du culte rincipal. Le laudanum que distillaient ses arbustes, ses huiles pales” son miel aromatique, les énormés ceps de ses vignes, son froment réchérché, le chanvre, le bois, les pierres précieuses, le jaspe , l’asbeste, le cuivre enfin (xéxpoc), dont l’île
tira:sonnom ,-enrichissaient un million d'habitants.
‘La'mer Noire, semée de ‘bas:fonds êt d'écueils à fleur d’eau ‘ agitée par des tempêtes fréquentés et souvent couverte de brouil-
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6 SIXIÈME EPUQUE.
lards, rendue chaque jour plus dangereuse, comme lavait prédit Polybe, n’était accessible qu’ä des navires d’une forme particulière, et requérait des connaissances spéciales. Les sept-bouches du Danube s’obstruaient de sables, à tel point qu’on abordait difficilement à Salmydesse, et le pôtt dé Siope était inaccessible aux gros bâtiments. La Chersonèse Taürique offrait, au contraire, des mouillages excellents, et les bois que le Don et le Dniéper amenaient par trains flottants étaient travaillés dans les chantiers de Panticanée.
Au midi du Taurus, on rencontre, vers l’est , les Indiens; à l’occident de ceux-ci, sur un sol stérile, habitent les Ariens, puis les Perses, les Susiens, les Babyloniens ; viennent ensuite la Mésopotamie, la Syrie, l'Arabie. L'histoire de ces divers pays est longue, mais les géographes d’alors n’ajoutèrent que bien peu aux notions imparfaites que l’on en avait déjà. Le lion de B. ,\ lone avait cédé son trône fastueux à Séleucie près du Tigre, où se transportèrent six cent mille habitants de la ville de Sémiramis. Il n’apparaissait plus de vestiges de cette vaste Ninive, dont il fallait one jours pour fairele tour. Les villes qu’avaient fondées les Séleucides, non encore épuisées par l’avidité des proconsuls, subsistent toujours dans la haute Syrie, où l’Oronte, élevé par des machines ingénieuses , répandait la fécondité. Antioche lutte de splendeur avec Rome et Alexandrie, en invitant ses voluptueux habitants aux théâtres, au cirque, aux bosquets lubriques de Daphné , jusqu’au jour où s’élèveront pour la sanctifier le siége de saint Pierre et le tombeau de saint Barnabé. Laodicée $’enorgueillit de son port et de ses vignes ; le territoire d’Apamée suffit à nourrir une armée. Palmyre grandit au milieu de ses palmiers et de ses ruisseaux limpides, aux bords desquels viennent se reposer les caravanes ; ais près d’elle s'élève Bérée qui, sous le nom d’Alep, doit grandir sur ses ruines.
Le Liban et l’Anti-Liban , couronnés de cèdres que protégent les neiges au milieu d’une contrée brûlante, donnaient asile aux lturéens (Druses ; à leur pied prospéraient Damas et Balbek. La pourpre de Tyr, le verre de Sidon, rappelaient l'antique cominerce de la Phénicie. Gaza, Ascalon , Béryte , Césarée , Héliopolis cultivaient les sciences , faisaient un grand trafic et recherchaient 18 voluptés. La Galilée et la Judée s'étaient vu ravir le sceptre des rois, mais non leur culture et leur industrie ; les malheurs éprouvés y ravivaient l'espoir du Libérateur promis.
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RÈVUE Du MONDE. 7
sables qui s'étendent de la Syrie et de l Euphrate jusqu’à la mer Rouge; elles t-:nsportaient les marchandises de l’Inde et de PAfrique , l’encens, la myrrhe, les baumes de leür pays, aux miarchés de la Syrie et de l'Égypte. Si l'expédition de Gallus nié profita en rien aux Romains , elle fournit du moins quelques renseignements sur un peuple qui sauvä sa farouche indépendance des vainqueurs de tant d’autres nations, et qui, six siècles après, devait soumettre des populations immenses à ses lois et à ses croyances. Cent cheïiks dominäient patriarcalèment sur les tribus, faisant payer cher tout attentat à une liberté qu’ils ne perdirent en partie qu’au moment où ils se transportèrent sur un sol moins stérile. Sans demeuré fixe, sans tariages durables, la femme leur apportait en dot une tente et une lance; ne connaissant ni le pain ni le vin, ils allaient vêtus d’amples manteaux, coiffés d’un turban, chaussés de larges bottes , et portaient une ceinture d’étoffe légère. Quelques-uns , fidèles à la tradition d’Ismaël, avaient en horreur de se nourrir de chair scnolante ; d’autres, au contraire, s’abreuvaient dé sang humäïin ét mangeaient tiêmé la chair de leurs ennemis. Ceux qui se mettaient à la soldé des Romains où des Perses laissaient après eux, cofnme les sauterelles , la trace de leur passage ; d’autres allaient en course montés sur des barques de cuir.
La côte du Malabar entre Goa et Bombay avait reçu le nom de Côte des pirates, à cause des forbans qui n’ont jamais cessé de linfester, jusqu'aux Marattes d’aujourd’hui.
Au temps de Ptolémée , les connaissances relatives à l'Asie méridionale s'étaient accrues ; mais les géographes modernes discutent encore sur les concordances à établir entre ses indications incertaines ét les pays actüels. Déjà, du temps d'Hérodote, les caravanes avaient fait connaître aux Grecs la chaîne de l'Indou-Kho et le groupe des montagnes neigeuses qui s’étendent au nord-est, depuis le Caboul jusqu’au Cachemir ; leurs itinéraires indiquaient les stations d’Ottospana (Candahur) et de Kaspapiro (Cachemir). Aristote, avant l'expédition de son royal élève, donnait lenom de Parnasos au grand plateau de l'Asie centrale. Ératosthène connaissait l’Hémodon ou l’Himaon, c’est-à-dire l’'Hymalaïa, et savait que les Macédoniéns lui avaient donne le nom de Caucase indien. Ptolémée distingue la chaîne des Sariphes (entre Hérat et Deh-Zunghi) de celle du Paropamise, cette dernière du Caucase indien , qui se prolonge jusqu’aux sources du Gange, et le Caucase de l’'Hémodon, qui cotoie le Népaul. Ptolémée indique avec précision la direction de la chaine du Rolor, appelée lnavus
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Afrique.
que l'Asie intérieure se distinguait en Asie en deçà dé dort. et.en Asie au delà des mênies montagnes (1).
Quant à l'Asie orientale ; les découvertes des anciens ne dépass sdrent pas la Sérique ; mais quel est le pays auquel ils donnaient. ce nom? Pline et Méla disent que des Sères habitaient au milieu des régions orientales, dont les Soythes et les Indiens accupuient les deux extrémités ; or, comme, selon eux ; l’Asie finit quélque peu à l’est du Gange et quelque pou au nord de la mer Caspienne, il est évident qu’ils plaçaient les Sèvres dans le Thibet (2), d’où l'on tirait d’excellent fer, des pelleteries , des boules aromatiques (malabathrum), et surtont le sericum :et la serica materies, Lorsque les communications furent rompues par les guerres avec les Parthes, la soie devint une denrée très-précieuse jusqu’au temps de Justinien, époque à laquelle les vers à soie et l’art de les élever furent introduits en Europe.
Les utiles éxplorations d'Alexandrie se dirigeaient vers le golfe Arabique:et la mer des Indes. Catte ville égyptienne, devenue grecque, puis romaine , était extrêmement peuplée et très-riche, grâce à son commerce ; mais son goût pour les plaisirs et l’inconslance de sa volonté l'empêchaient de se rendre redoutable, Un préfet romain siégeait sur le trône des Pharaons et des Ptolémées ; aux prêtres , gardiens jaloux des doctrines secrètes, avaient suc cédé des rhéteurs avides de disputer et de vils imposteurs, qui, à l’aide de théurgies et de sortiléges, ne songeaient qu’à tirer de l’argent du peuple, et à gagner, par des flatteries , la protection des rois.
L'Afrique était comparée à un triangle rectangle, ayant pour base la côte qui s'étend des Colonnes d’Hercule à Péluse; pour côté perpendiculaire le Nil, en le prolongeant jusqu’à l'Océan , et, pour hypoténuse, la ligne partant des confins de l’Éthiopie jusqu'au détroit, Le sommet, dépassant la zone torride, restait inaccessible ; mais on le croyait à huit mille huit cents stades de l'équateur, c’est-à-dire à la latitude de douze degrés et demi , moitié à peine de la mesure véritable. Ce fut cette erreur qui encouragea, quinze siècles plus tard, les navigateurs qui doublèrent le cap de Bonne- Espérance.
Nous ignorons le’nom de celles des trois cents villes africaines
(1) Humboldt, Asie centrade, (2) Ammien Marcellin semble réellement décrire le haut plateau du hibet, quand il dit : Conéra orientale plagam in orbis speciem consertæ aggerum swmmitates ambiunt Seras. In hancitaque planitiem undique prona declivitale preruptum, etc, XXU, 6.
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REVUE DU MONDE. y
soumises à la dé:t :on/de Carthage qui subsistaient encore; elle-même s'était » #evée s'et'avait retrouvé une certaine splendeux, mais non sorrahicienne activité.’ Les plaines de la Mauritanieet. de l& Nurnidie donnaient une récolte de deux cént cinquante pour un: L’Afriqué était dône le grenier de Rome, et plusieurs de ses villes prospéraiént par le commerce, en même temps qu’elles acceptaient la civilisation romaine, La fertile mais triste Cyrénaique, à lorient de laquolle:s’étendaient les côtes arides de la Marwarique, en :contenait cinq; peu de voyageurs pénétraient dans les oasis intérieures. La Libye était pourtant mieux connue des anciens que des modernes : ils'parlent de sa triple moisson selon la diverse élévation du terrain, de ses troupeaux de gazelles, d’antilopes, de moutons à cornes , de génisses de Barbarie, de ses chacals , de sés pores#pics, de ses belettes; ils en tiraient le si/phium, dont la valeur était égale à celle de Pargent (1).
On: n'avait presque rien appris sur l’intérieur de l'Afrique depuis les: renseignements *ecueillis par Hérodote à Memphis et à Cyrène, Avec les Carthaginois avait péri le souvenir des relations qu’ils entretenaient avec les pouples du Niger, et les navigations bardiés d’Hannon étaient reléguées parmi les fables. Ilsemblerait, d’après ce que dit Pline, que Juba, roi de Mauritanie, avait exploré la source du Nil, qu'il place dans une contrée de la Mauritanie intérieure, où bientôt ce fleuve, indigné de couler parmi des sables arides,.se cache sous terre durant plusieurs journées de chemin ; il reparaît ensuite dans la Mauritanie Césarienne, et, après avoir vu les peuples qui habitent dans le voisinage, il se cache: de nouveau durant vingt journées de chemin, jusqu’à l’instant;où il atteint les confins de l’Éthiopie, Pline confond ainsi le Nil avec le Niger, L'inscription d’Adula nous a indiqué une expédition faite duns l’intérieur du pays, mais qui peut-être se borne au pays entre le golfe Arabique et l’Astape ( Arabai). Sous Auguste, Candace, reine d’Éthiopie , avait envahi la haute Égypte à la tête de soldats sans discipline, et n’ayant pour armes que de larges boucliers d'acier, des haches , des épieux et des sabres. Le
(1) Dioscoride vante les qualités médicinales du silphium ou laserpitium; il ctait employé comme sudorifique, pour parfumer l’haleine et assaisonner les mets les plus délicats. César trouva dans le trésor de Rome un monceau de cette plante pesant cent onze livres, que l’on conservait parmi les métaux précieux ; elle était devenue plus rare encore du temps de Strabon, par suite, dit-il, des dévastations des tribus nomades, mais, selon Pline, par l’avarice des publivains, qui la détruisaient, afin de la vendre plus cher, Gliviani a publié dans le Spécimen Flora Libycæ, 1824, la description d'un silphium ( Thapsia silphium qu'il croit être celui des anciens. et qu'il a trouvé dance le Curénaiane,
préfet Pétronius les repoussa et les poursuivit à travers les déserts où Cambyse avait péri; mais à peine se fut-il retiré, que la fière
#41 want Amazone revint à la charge ; puis, se voyant assiégée de nouveau, elle envoya des ambassadeurs à Auguste qui, peu désireux de coriquérir des solitudes inhabitées, lui accorda facilement la paix, en l’exemptant même du tribut qui lui avait été imposé.
Au nombre des peuples de l’intérieur de PAfrique, les Romains désignent nommément les Nasamons, les Gétules, sur les frontières des Carthaginois et des Numides, et les Garamantes ( Fezsan), au delà du cours du soleil, aux extrémités du monde (1). L’imagination des anciens plaçait dans l’Éthiopie , nom qu’ilsdonnaient à la contrée entre les Garaimantes et les cataractes du Nil, des tribus aux mœurs et aux noms les plus bizarres : les Struthiophages ou Mange-autruches, les Acridophages (Mange-sauterelles), les Panphages ( Mange-tout), les Troglodytes, habitant des cavernes ; c’étaient encore les Gamphasantes , aux bouches immenses, et les Blemmyes , aux regards terribles : les uns pyg- ï mées , les autres géants.
Les îles Fortunées, nom fabuleux dans un temps , mais qui depuis Sertorius indiqua peut-être les Canaries, étaient placées dans l'océan Atlantique. Horace conseillait à ceux qui étaient las des malheurs de Rome d’aller s’y réfugier : remède poétique à des maux que le ciel seul pouvait alléger.
Pline, en voulant embrasser toutes les matières dans son en- ” cyclopédie, n’en approfondit aucune ; puis, dans la géographie, il donne aux différents stades le huitième d’un mille romain , ne fait l point de distinction entre les auteurs anciens ou récents , et mêle à des opinions contradictoires : il estime que l’Europe forme un k ë
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tiers , plus un huitième du monde continental; l'Asie, un quart, A
plus un quatorzième; l'Afrique, un cinquième , plus un soixan- n
tième. Ces erreurs suffisent pour qu’on lui refuse toute croyance b
en ce qui concerne les pays éloignés , et prouvent encore mieux le
que les anciens ne connaissaient pas la Chine, ni les parties le: q
plus orientales de PAsie. d
Les connaissances géographiques que possédait Strabon ne de- fl
passent pas une ligne tirée du cap Saint-Vincent à l'embouchure d
du Gange, et des pays arrosés par le Niger jusqu’à l’Elbe en Eu- à g
rope ; où nos regards doivent maintenant se porter. À l
Ddést Nous trouvons d’abord à l'occident la péninsule Ibérique , dont : p £spagne. nous avons parlé plus haut (2). \ D (t: Virgile. È d
(2) Liv. V, chapitre 1°",
s déserts
la fière ouveau, reux de , la paix,
Romains les frones ( Fezmde (1).
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RÉVUE DU MONDE.
divisé l'Espagne eh Lusitänie , Bétique et Tarragonaise. (Andalousie), riche en huiles et en laines fines, possédantie
par les Turdétans, qui conservaient d’anciens monumerRs toire et de poésie. Les Lusitaniens, agiles à la course, teib
dahs les guerres de partisans, résidaient entre le Tage et le Dour® Plus au tord étaient les Gallèces (Galices) et les Cantabres, montagnards sauvages que deux cents ans de guerre n'avaient pas éncore rendus dociles au joug romain; parmi eux , les mères égorgeaient leurs enfants plutôt que de les laisser tomber aux mains de l'ennemi, ét les fils tuaient leur père lorsqu'’ilsle voyaient emmener enchaîné. Les Celtibères , débris des conquérants venus de la Gaule, et chez qui l’opiniâtreté dans la résistance dominait le courage impétueux du Gaulois, après avoir été débusqués de leurs places fortes par les Romains, se pliaient à la vie civile entre l’Ibère (Ebre) et les sources du Tage. Pline comptait trois cent soixante villes en Espagne. Cæsar-Augusta (Saragosse), sur l’Ibère, éclipsait les autres cités de l’intérieur. Augusta Emerita (Mérida), capitale de la Lusitanié , offrait un asile aux vétérans, et tenait en bride les populations indépendantes. Tarragone et la Nouvelle-Carthage florissaient au premier rang des villes maritimes, et par leur industrie, depuis qu’avait péri l’héroïque Sagonte. Dans les iles Baléares, on voyait croître une population gaie, voluptueuse et habile à manier la fronde.
La Gaule se divisait en Belgique , au delà de la Seine ; Celtique, entre la Loiré et la Seiné, appelée depuis Gaule Lyonnaise; en Aquitaine , entre la Loire et les Pyrénées. La côte de la Méditerra née, le Languedoc, la Provence , le Dauphiné, composaient la Narbonnaise. Dans la première, plusieurs nations germaniques mélées aux Celtes formèrent divers peuples , ayant un autre langage que ces derniers. Les Aquitains étaient de race ibère. Parmi les douze cents villes de la Gaule , au midi, Massilia, fille de la Grèce, florissait par de sages lois et par son industrie, Narbonne , siége de la puissance romaine , avec des mœurs simples et même un peu grossiètes, commençait à s'agrandir. César avait ouvert aux Gaulois la cité et le sénat de Rome; mais Auguste les en repoussa, pour renforcer la nationalité latine , et les chargea même d’impôts plus lourds; il fonda chez eux une ville, à laquelle il donna l’un des noms mystérieux de Rome (Valentia); puis il établit des colonies à Orange, à Fréjus, à Carpentras, à Viviers, à Aix. à
les EC LESS6mie
Gouics
Grandé- Bretagne,
Irlande,
12 SIXIÈME : ÉPOQUE- Apt, à Vienne, et les noms-de Julia’et d'Atÿusth dttéétérént les priviléges serviles de différentes villes. Aux anciennes Cités , si nombreuses, il: préféta la nouvellé‘de Lugddñun ; pour eh faire le siégeode: Padininistration de 14° Gaulé 'éhevelué! Lyon dut” 1 choix: de l'empereur à sa'positiüf fâVorablé'autommierce ; à là facilité de communiqué avec la iner pat/s6h feûvé rapide et at voisinage ‘des Alpes. L’Héteuté phéñitlén" dvait jadis ouvert ut passagelà travers cette chäiné parlé é6l'de Ténde let ies Rômains constrüisirent, sur léstraces. dé te symbole décolonisation industrielle ;‘la voie Aurélienné. #1 211044107205 Use Le blé et le seigle-abondatent ‘dans ces parages , la vigne prospérait dans:la Narbônnaise | l’orme ét le bouleau éroissaient dans les forêts près du:'chêne révéré ‘ét le’ pui (des Pyrénées “était ré nommé parmi les druides pour la célébration de leurs rites sacrés. Les Gaulois portaient pout”vêterientlun!mantéäiu couft (sagüm), une :câsaque (pale), des braies dé couleurs’ vives ét rayéés; de là vint à Narbonnaise le ‘ndm de Gulli braccait ; à la‘ difté. rence de:la-éomata; indépendante, et de'la togatu, en deçà ‘des Alpess 10 | NE AE On comprenait aussi dans la Gaule Celtique la Grande:Brétapne , aux fiches pâturages! aux brouillards-épais, at pluies frèquentes; aux mœurs agrestes, aux cabanés dispersées dans les bôis ; elle avait excité l’avarice des Romains pour la pêche dés'perles, et leur jalousie ombrageuse ; pérce que dé lä'partaient S4nis cessél, Commé du foyer dul culte druidique , des provotatiühs pattidtiqués à la Gaule continéntale. La Brétagtie romaîne fut étendué par tes conquêtés d’Agricoli, et 14 muraille d’'Aürién en fixa' la liniite du golfe de Solway à l'embouchure de la Tÿne! Au'dëiN se tfouvaerit les Calédôniens , que les Latins crürènt s'appeler Picit' (4), L'caust! des figures dessinées sur leurs corps dé/géants; et’ qui furént: écrasés ensuite par les Scots, peuple celtique vent d’Hflahdé, Césa est leseul qui mentionne chez les SE or mines d’étain qui avaient ‘attiré les Phéniciens ‘dans ces paräges; les mines d’or, d'argent let de fer étaient plus éünnües. York était lé siége du gouvernément, et Londres s’enrichissait par le commercei (lo 4 à D Rs.
Ten, qui pourtant ést la fertile Érin, est répréséntée pat Stra: bon comme inculte et d’un élimat meurtrier; :raîs les Bretons la firent ensuite connaître pour riche en pâturages , en ports, et susceptiblé dése pliéi"à un gouvérnément régulier. Les Herhlene, a M sh cnaimundot 29h atoum6M 85
(1) De'pictioch, qui én langue céltique signifie larron. etre"
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