‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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emploie ouvertement le poison, il incendie, il, tue précepteur, femme, amante, mère, et, à chaque barbarie nouvelle, peuple, chevaliers, sénateurs ,. lui décrètent de nouvelles actions de grâces ; à chaque bassesse dont il se souille JE empressent, de descendre plus bas encore en, s’humiliant devant lui. AR Sfr 40

Comment Rome, désormais, se résignait-elle à la domination d’un tyran, d’un imbécile, d’un monstre?, j 1

Si l’unité de la force embrassait dans un cercle de fer les provinces de l’empire , elle laisseit à l'intérieur tous le liens se relâcher; sous l'influence d’un égoïsme universel chacun se renfermait en soi-même, parce qu’on se défiait de sou voisin dont on ignorait quelle serait la rensée ou la conduite, alors que lès hommes n’étaient d’accord sur, aucun principe, soit de politique, de morale ou de religion. Le sénat, bien qu'il. ne représentât plus rien, retirait dédaigneusement du peuple sa main. protectrice ; : les prétoriens voulaient tyranniser, et, pourvu qu'ils en eussent le “ù moyen, pourvu qu'ils trouvassent une augmentation, de solde et +" un allégement dans le service, peu, leur importait d’être les exé- " cuteurs de la tyrannie. La plèbe, qui haïssait les patriciens et s'en défiait, voyait avec joie son tribun sévir contre les descendants de ceux dont les pères l'avaient tenue sous le joug'et affamée.

Les affranchis, avec leurs richesses mal acquises, l’insolence des

(1) Tnèv alpart repépuevor.

Politique,

parvenus et les vices d’une fortune subite, avaient été poussés en #4 vigud foule par la guerre civile dans les rangs des citoyens. Les patriciens } ment qui avaient survécu à la guerre et aux proscriptions, après s’être si- L vous gnalés par leur ambition, leuts intrigues, des jugements iniques et jamb de faux serments, leur mépris du peuple et de la religion, se con- … Vo solaient de leur propre nullité dans un épicuréisrne efféminé , dont ap Mécène était le type; or, ce Mécène, écrivain et conseiller d’Au- 228 « qu

guste, enveloppé de vêtements de femme, escorté d’eunuques, O1 cherchait de nouvelles sensations dans le vin, lesondesinstruments | lib et de fréquents divorces (1). s0 Au dehors, Grecs ou Gauiois n’avaient aucune sympathie pour dés les Romains ; les Romains n’avaient nulle pitié de la Germanie * co opprimée, livrée aux meurtres et aux concussions. Cependani, nn « Né jusqu’à Pison, vous ne trouvez aucune tentative de conjuration, tel et Pison lui-même conspire par ambition, non avec le désir de to rétablir la république, vœu continuel et impuissant de tous les M ch cœurs généreux. Mais ce regret du passé n'existait que chez 4 « ber les esprits élevés; le peuple restait impassible, et il était content Æ « no lorsqu'on lui donnait de temps en temps, avec les combats de NS Sul gladiateurs, le spectacle de quelques nobles têtes abattues. Les M les év soldats n’élevèrent pas non plus une seule fois la voix contre les 4 résisté Jules; soumis encore à l’ancienne discipline , ils confondaient la L | tranq fidélité au drapeau avec celle qu’ils devaient à l’empereur, et 29 philos ce ne fut qu'après la chute de cet famille qu’ils sé crurent #28 rien, maîtres d’offrir l’empire à qui bon leur semblait. 0 la for A quoi bon, en effet, risquer un mouvement, quand on ignore 8 qu'il ! si l’on sera soutenu? Caligula peut donc en toute sûreté remplir trame ses deux listes du poignard et de l’épée, Tibère envoyer les ci- le des toyens à la mort du sein de voluptés hontueuses ; l’oppresseur peut hardiment être brutal et forcené, puisque les opprimés ne savent 0 « dir ni s'aimer ni s'entendre , et qu’ils ne connaissaient d’autre gloire nn «set que celle de rendre hommage au maître (2). La générosité, la Li vertu ! il semblait que lé blasphème de Brutus eût trouvé un écho .. Lu dans toutes les âmes depuis que tout ordre avait disparu. La pa- : AR trie! quel intérêt pouvait inspirer celle qui s’étendait de PElbe au pe‘ sol Niger? La philosophie! mais elle manquait d'accord, d'efficacité : le c'était un exercice d’école, dont le résultat le plus sublime con- "mi sistait à savoir se donner la mort, à délaisser des frères aux mi- :! SR sères desquels on n’avait point participé. De (su La philosophie stoïque est, à vrai dire, l’unique symptôme de e ‘ de

Philosophie.

äi \ (1) Sénèque , Hp. 1143 De prov. 111. ‘ (2) Nobilis obsequii gloria relicta est. Tacire, Ann, IV. nn

; poussés en s patriciens rès s'être sis iniques et on , se consminé , dont eiller d’Au- ‘eunuques, instruments

athie pour à Germanie Cependani, onjuration, le désir de le tous les que chez ait content combats de attues. Les « contre les ondaient la

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V’Elbe au bfficacité :

blime con- S aux mi-

iptôme de

MOŒURS: 79

| vigueur dans ces temps misérables; or, quels sont ses enseigne- È ments? Épictète, battu par son maître, lui dit : Prenez garde,

| vous allez me briser les os; le maître continue et lui casse une D jambe : Ne vous l'avais-je pas bien dit ? continue l’eselave.

Voici comment cet esciäve parlait de la liberté : « Puisqu’on

appelle libre celui pour qui tout va au gré de son désir, je veux

que rien ne se fasse qu’à mon gré. Un fou me parlait ainsi : —

O mon ami, la folie et la liberté ne marchent pas ensemble. La

liberté est une chose, non-seulement très-belle, mais très-rai-

sonnable ; mais rien n’est plus déraisonnable ni pius laid que de désirer témérairement et de vouloir que les choses nous arrivent comme nous les avons pensées. Quand j’ai à tracer le nom de

Néron, il faut que je l’écrive, non pas selon ma fantaisie, mais

tel qu’il est sans y changer une lettre. Il en est de même dans

tous les arts et dans toutes les sciences; et tu prétend que la

chose la plus grande, la liberté, soit régie par le caprice ! La li-

berté consiste à vouloir que les choses arrivent , non comme ii

nous plaît, mais comme elles doivent arriver. »

Sublimes exagérations : Mais une nécessité fatale dirige donc les événements de ce monde, et la volonté humaine a la force de résister et de souffrir, non celle d’agir ; on ne peut donc espérer la tranquillité que dans un isolement austère et désolé. Démonax,

UD philosophe respecté même de Lucien, dont la raillerie ne respectait

rien, perd l’usage de ses membres, et, ne voulant pas employer la force avec les esclaves, ni agréer les services volontaires de gens

qu'il méprise, il se laisse mourir de faim. Marc-Aurèle, averti des

trames d’un ambitieux, répond : Laïssons-le foire; s'il n’a pas le destin pour lui, 4 échouera ; s’il l'a, personne ne tue son succes-

diront certains stoïciens, ne doit attendre le bien que de soi; le seul mal est de croire au mal; mieux vaut mourir de misère sans crainte, que de vivre plein d’angoisses dans l’opulence , et mieux vaut que ton esclave soit à plaindre que toi malheureux, Quand tu embrasses ta femme, tes enfants, souviens-toi qu’ils sont mortels, etleur perte ne L'affligera point, La compassion est le défaut des êtres faibles, qui se laissent toucher à l’aspect des maux d'autrui; ce qui fait qu’elle messied à un homme. Le sage n’obéit pas à Dieu, il consent. Le sage en quelque maniere est supérieur à Dieu; car ne pas craindre est, chez lun, un mérite de nature ; chez l'autre, un mérité propre (1). »

(1) Miseratio est vitium pusitlanimi ad speciem alienorum maiorum

} succidentis : ilaque pessimo cuique familiarissima est, Sénèoque, de Clem.,

La charité est donc réputée un vice ; or, en l’absence de cette vertu ; Pabstine et le sustine :éteignent toute activité ; enlèvent à l'amour ce qu’il a d’intime, et font contempler d’un œil indifférent les misères de la foule mourant de faim sur le seuil du palais où

s’ébat lorgie au milieu des chansons d’Anacréon.

Quel est lecomble de la vertu stoïque? c'est de s’obstiner dans le parti pris, de regarder comme un crime égal à la trahison toute transaction avec l’ennemi de la liberté de la patrie, quand il ne stipulerait que l’oubli et la faculté de se retirer ; c’est de se punir de la défaite comme d’une lâcheté, de disposer de sa propre vie comme d’un bien qu’on ne doit conserver qu’à certaines conditions, de mépriser les tyrans, qui ne peuvent que donner une mort non redoutée, et, jusqu’au dernier moment, de méditer sur soi-même. Voilà le secret de la magnanimité montrée par Crémutius, Codrus et par tant d’autres, qui virent dans le suicide un refuge ou une espérance. Arria, femme de Péius, en apprenantque son mari est condamné, se plonge un poignard dans le sein, et le

der à la dec d’ân qua Alle:

com disp Clair.

il réf veux.

sortie

lui présente, en disant : Cela neifait pas de mal. Vespasien ordonne Lo. à Helvidius Priseus de ne plus paraître au sénat : Tu veux m’en- chang lever mon rang, répond-il ; mais tant que je serai sénateur, je m'y refusé rendrai. — Si tu y viens, ajoute l’empereur, garde le silence. — habit: Pourvu que tu ne m'interroges pas, réplique-t-il. — Mais situ es sa vie présent, reprend Vespasien, je ne puism'empécher de te demander etde :

mouri

ton avis. — Ni “oi de te répondre commé je jugerai devoir le faire. — Situ agis ainsi je te ferai mourir. — T'ai-je dit que je Jusse immortel? Chacun de nous !fera ce qu’il doit ; tu me feras mourir, et moije mourrai sans regret. ‘

Au moment où Plautius Latéranus est conduit au supplice, un affranchi de Néron lui adresse plusieurs questions : Si j'avais, répond-il, l’éme assez abjecte pour faire des révélations, je les ferais à ton maître, non à toi. Le tribun Statius, qui lui donna la mort , était son complice, et pourtant il ne lui adressa aucun reproche. Son premier coup n’ayant fait que le blesser, il secoua la tête, puis ia replaça dans l'attitude convenable pour qu’elle fût 4 abattue (1), :

Flavius, condamné pour avoir pris part à la conjuration contre un lui Néron, montra au tribun que la fosse qu’on lui avait préparée n'é- 3 que de tait pas assez profonde; à l'invitation de bien tendre le cou, M'existe

1, 5. — Misericordia est ægritudo animi, ægritudo autem in sapientem virum non cadit. In. — Est aliquid quo sapiens an:2cedat Deum : ille naturæ beneficio non time, suc sapiens, Ep. 63.

(1) ARRIEN, in Epicé., 1, 1.

> de cette nlèvent à indifférent “palais où

tiner dans rison toute jand il ne de se punir propre vie nes condionner une néditer sur e par Crésuicide un prenant que > sein, et le én ordonne veux menteur, je m'y silence. — Mais silu es te demander ni devoir le dit que je u me feras

upplice, un Si j'avais, ions, je les xt Jui donna sa aucun reil secoua la qu’elle fût

dre le cou,

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m : ille na-

MOŒURS. $s1

Puisses-tu frapper «ussi bien! répondit-il: Une altercation s'engage entre Canioius dulius:et Caligula, qui lui dit en:le congédiant : Sois éranquille, je t'ai condamné à mort. Julius repartit : Merci, très-excellent. empereur. Considérait-il comme: une grâce de recevoir la mort sous un règne si détestable, ou, par uneironie à la manière de Socrate, voulait-il. tourner en dérision la bassesse de ceux qui l’environnaient? Il passa dix jours avec la même égalité d’âme, attendant que Caligula lui tint parole, et if jouait aux dames quand le centurion entra: pour lui annoncer qu’il devait mourir. Attends que. je compte les pions, répondit-il tranquillement ; comme ses amis pleuraient, Pourquoi vous affliger ? dit-il. Vous disputez pour savoir si l'âme est immorlelle, et moi je:vais m'éclaircir de la vérité. Au moment oùil approchait du lieu du supplice, il répondit à un ami qui s’informait du sujet de ses pensées : Je veux observer si, dans cet instant rapide, l'âme s'aperçoit. de sa sortie.

Lorsque l’ordre de ourir fut: porté à Sénèque, il demanda à changer quelques dispositions dans son testament, ce qui lui fut refusé ; alors. il consola ses amis en leur rappelant leurs entretiens habituels, en leur léguant , à défaut d’autre chose, l’exemple de sa vie et sa haine pour Néron, meurtrier de sa mère, de son frère etde son maître, Pauline, sa femme, lui ayant dit quelle voulait mourir avec lui, ik ne s'y opposa point. Je l'avais montré, dit-il, comment il fallait vivre, el je ne l’envierai pas l'honneur de mourir. Sita conscience ressemble à la mienne, ta mort sera glorieuse. I] se fit ouvrir les veines, et. continua à dicter à ses secrétaires; mais la mort tardant trop à son gré, il se fit metre dans un bain chaud, et répandit de l’eau sur les esclaves qui l’environ-

D naient en disant : Je fais ces aspersians en l'honneur de Jupiter

Libérateur ; À voulait sans doute se conformer à l’usage des Grecs, qui, à la sortie d’un banquet, faisaient des libations à Jupiter Conrvateur. Pauline, dans un autre appartement, suivait l’exemple e son mari; mais Véron ordonne qu’on étanchât son sang malgré

elle.

Était-ce vertu, ou effet de l’imitation? Sénèque ne croyait pas

que des récompenses où des châtiments l’attendissent au delà de existence, el il se réjouissait d’être revenu du beau songe de l’immortalité de l'âme. !i faudrait au surplus, pour admirer sa mort Lion oublier les immenses richesses qu'il avait acquises,

et qu'il offrit d’abañdonner à Néron s’il eonsentait à lui laisser la

vie; il faudrait oublier ses exigences usuraires , cause du soulève-

gneni de la Bretagne, et, ce qui est bien autrement grave, si le List, DNIY VF. Y 6

Suicide.

bruit public était fondé, sa complicité dans le crime d’un fils qu’il aurait poussé à égorger sa mère, Ce qui est vrai, du moins, c’est qu'il ne s’éloigna point de l'élève qui s'était souillé d’un pareil forfait, et qu’il prostitua son esprit jusqu’à écrire pour l’en disculper.

Lucain, son neveu, dénonce sa propre mère pour se sauver lui-même, et Néron profite desa lâcheté pour le déshonorer. tout en lui laissant la gloire de mourir en déclamant des vers. Méla, son père, n'attend pas même que son cadavre soit refroidi pour s'emparer de ses biens, afin de prouver à Néron combien il se soucie peu de la mort d’un fils coupable; mais Néron lui fait dire de s'ouvrir aussi les veines, et il obéit sans pousser une plainte. Voilà trois exemples de l'indifférence stoïque dans une riême famille, tous trois accomplis héroïquement, et tous trois précédés d’une lâcheté. Jusqu’à quel point devons-nous donc admirer une philosophie qui enseigne à mourir, non à vivre? Sans vn désir pour l'avenir, sans une pensée pour une seconde vie cu le progrès de l’humanité, les stoïciens se plongent dans l’action; s'ils se trouvent bons pour eux-mêmes, les autres n’ont rien à attendre de leur assistance ; ils refuseront leurs hommages à un monstre, mais s'ils parviennent aux hautes magistraiures , ils ne songeront pas au bien général. Aussi, bien que cette philosophie défendit la législation contre l’épicuréisme, elle ne l’améliora sur aucun point ; en effet, la science antique se renfermait plus volontiers dans l’abstraction qu’elle ne descendait à la pratique ; ou bien, dans la pratique, elle se bornait à la personnalité, sans s’élever à des considérations de bien général.

Il était naturel qu’une école qui prêchait des vertus impossible s finit par conseiller le suicide (1) ; elle fut même tellement écoutée, que ses propres champions durent recommander quelque modération, en disant que s’il était beau de se tuer, on ne devait pas négliger, pour ce plaisir, ses propres devoirs. En effet, la mort n’était plus seulement une précaution et un préservatif contre les tyrans; il ne fallait pas de bien graves motifs, ni des inimitiés impériales, pour tourner sur soi-mêrne des mains meurtrières. Mar cel-

linus, jeune, riche et généralement aimé, est atteint d’une maladie

(1) Un des paradoxes auxquels se cotaplaît parfois Montesquien consiste à attribuer à la doctrine du suicide la grandeur de quelques caractères romains, Gibbon dit, avec sa malignité habituelle : « Les préceptes de l'Évangile, ow de l'Eglise, ont finalement imposé une pieuse servitude aux âmes des chrétiens en les condamnant à attendre sans se plaindr» le dernier coup de la maladie ou du bourreau, » C. 44.

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gile, ou de chrétiens en maludie ou

qui n’avait rien de dangereux, et toutefois il veut mourir. Il réunit ses amis, et les consulte comme au sujet d’un contrat ou d’un voyage : quelques-uns cherchent à l’en dissuader ; un stoïcien, au contraire, l’y exhorte,et c’est une raison suffisante, à ses yeux, pour mourir, qu’on se sente las de vivre. Marcellinus prend donc congé de ses amis, distribue de l’argent à ses serviteurs, qui ne veulent pas lui donner ia murt, et s’abstient de nourriture pendant trois jours; il se fait ensuite porter dans un bain, où il expire en murmurant quelques paroles sur le plaisir de sentir la vie lui échap per (1).

Coccéius Nerva, profond jurisconsulte, en pleine santé et jouissant d'une grande fortune, se résout à mettre fin à ses jours; or, quoi que fasse Tibère pour l’en détourner, il se laisse mourir d’inanition.

Sans être déterminé par des doctrines élevées, et sans s’attendre, à coup sùr, à exciter l'admiration d'un philosophe (2) , un gladiateur, qu’on amenait au cirque, enfonce sa tête entre les rayons d’une roue, et se la fait broyer. Ainsi, la manie du suicide s’'emparait parfois des lâches aussi bien que des forts; quelques uns se donnaient la mort par simple dégoût de la vie, pour saffrarichir de l’ennui quotidien de se lever, de manger, de boire, de se coucher, d’avoir froid et chaud, de voir toujours le printemps, puis l’été, puis l'automne et l’hiver, sans pouvoir échapper à cette invariable monotonie (3).

Ce courage, en définitive , n’est donc que de l’égoisme, dont l’acte capital est le suicide , qui anéantit toutes les relations sociales et déiruit toute responsabilité. L'homme généreux , au contraire, ne songe pas à se soustraire à des maux inévitables, n'ais à les supporter avec calme et à en tirer profit. Que si, d’après le verbiage stoïcien, la mort n’est rien, pourquoi s’y préparer avec tant d’orgueil? pourquoi en faire le sujet de discussions d’école, et la donner pour exemple à la société ?

Tout en partant d’un même principe , deux doctrines qui se donnent pour opposées aboutissent au mème terme : celle des stoiciens par l’égoïisme spiritualiste, et celle d’Épicure par l’égoisme matériel ; mais l’une et l’autre sont toujours fondées sur l’égoïsme, combiné avec la manie de l’extraordinaire. L'épicurien disait : « Le souverain bien ne peut se comprendre separé du plaisir des « sens. Le sentiment est la voix de la nature ; mais, comme il ne

(1) Sénèque, Æp, 77.

(2) Id., Ep. 47.

(3) SÉNÈQUE, Ep. 98.

« dépend pas toujours de l’homme de jouir et de ne point-souffrir,

« il doit modérer ses désirs, ce en quoi, consiste la vertu. On.me « mettrait dans le taureau de Phalaris, que je dirais : Cela ne. me. « fait pas mal (4)! comme Épicure, mourant au milieu des tor- « tures de la pierre, s’écriait : Que je suis heureux! et, -G4 jour « st le plus fortuné de ma wie! »

Dans la recherche d’uneperfectionidéale, solitaire, qui néglige la moralité des autres, iet se refuse à toute expansion généreuse, on sent une témérité sacrilége, qui pétrifie l'être; humain divinisé, rend le sage égoïste, fait consister le bien dans,une appréciation intellectuelle repoussée pa: le témoignage des sens, et ventazriver au bonheur par un sentier inpraticable, Il s’ensuit que l’un, par l'impossibilité d'atteindre le modèle qu’il se propose, l’autre, par l'indolence, tous deux pour n’envisager le bien que dans ses rapports avec la vie des sens, avec le présent, avec l'individu ,‘suspendent l’activité humaine, relâchent les liens doinestiques, anéañtisser ‘a société. '

L’épisurien s'élève aussi par son insouciance jusqu’à l’héroïsme des st’ :ciens; il meurt sur des roses et dans les bras des courtisanes, comme ceux-ci se tuent les livres de Platon à la main: On

J10""e à Agrippinus que le sénat se réunit pour le juger : Laïis-

=-les faire! Nous allons au bain en attendant, car l'heure est arrivee. En sortant du bain, ilappreud qu’il est condamné ::-— 4 l'exil ou à la mort? — À l'exil, — Avec consfiscation des biens ? — Non:'— Parlons donc sans regret ; nous dinerons aussi bien à Aricie qu'à Rome.

Plussouvent, l’épicurien enseignait à jouir de la vie et à bannir la crainte des dieux; propageant l'impiété , il poussait les grands aux crimes de l’athéisme , sans détourner le vuigairé de céux dela superstition; car sa doctrine , tout aristocratique , ne s’adressait qu’au petit nombre et ne-s’occupait de lu multitude {ot .mohoi ) que pour la mépriser.

Comme la philosophie , dépourvue de doctrines , était devenue un exercice de chicane , un moyen de lucre pour Jes cyniques et les épicuriens, où bien un.amusement des rues. pour Je peuple, un thème d'études poar les riches, ainsi la religion manquait de dogmes. De même que Rome accuéiltait dns son-seiti tons les eitoyens , elle ouvrait son Olympe à toutes les divinités de l'empire. Dans le sanctuaire de Vesia et de Rhéa,, toute déification. des pas-

(1) In Phalaridis tauro si.erit, dicel : Quam sunve est hoc! quam oc non curo ! (Cic., Tuseul., IH,

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sions’ Chaq éthio moitié manic au cul dieux Rome théosé Accep donc u culte p individ

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