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PAIX DE L'ÉGLISE. 525 de Constantin et de Licinius > un édit conçu. en ces termes ; « Au
« de ar soins assidus que nous avons apportés au bien, pu- & blic, nous comptons celui de rétablir les choses conformément « À l'ancienhe discipline romaine, et de ramener les chrétieus, & qui, méprisant présomplueusement Îés pratiques de l'antiquité, € #. nt abandonné la religion de nos pères, et, s’obstinant dans « certaines idées, se faisaient des lois à leur fantaisie et, se, réunis- « säieht en des lieux différents. En exécution d’un de, nos édits « qui enjoignait à tous de ne point se départir des règles de leurs « pères , beaucoup d’entre eux ont souffert, beaucoup. ont péri. « Voyañt cependant que la plupart persistent, obstinément dans «leur opinion, de sorte qu’ils ne veulent point rendre le culte dù « aux dieux, sans avoir l’autorisation de servir le Dieu des chré- « tiens ; par un effet de notre clémence et de l’habitude que nous & avons toujours eue de faire grâce à tous, nous leur permettons « de professer librement leurs opinions particulières et de se réu- « hit dans leurs conventicules, sans crainte ni trouble aucu « pourvu qu’ils conservent le respect dû aux lois et au gouverne- « ment établi. Nous éspérons que notre indulgence induira le « chrétiens à prier leur Dieu pour notre prospérité et, notre sa- « lut ét pour celui de la république (4).»
L'opinion naguère persécutée est encore traitée ici avec dédain, mais elle est du moins tolérée. Les confesseurs sortent alors des cachots et des mines; ceux qui ont failli font pénitence; les fugi- {ifs revoient leurs foyers , et tous peuvent enfin professer librement leur foi ét leur culte.
Cependant , à la prière des païens d’Antioche, Maximin II restreignit d’abord la liberté des chrétiens, puis recommença ja persécution , non-seulement en leslivrant aux tourments, mais en publiant des blasphèmes attribués au Christ et à ses sectateurs. Bien que, par un effet de la clémence souveraine, les chrétiens ne dussent pas être mis à mort, mais mutilés seulement dans quelqu'un de leurs membres, il arrivait plus d’une fois que les exécuteurs ne craignaient pas d’aller au delà. |
Constantin, au contraire, mérita le nom de Grand de la part de quiconque sait faire un mérite à un prince d’accepter des idées nouvelles, longtemps combattuës en vain. Peut-être ignorait-il alors les doctrines chrétiennes ; il est certain du moins qu’il était loin de s’y conforiaer dans ses actions. En 308, après sa victoire
(1), Cet édit nous a été transmis en grec par Éusèor, VAI, 17, el en latin par LaGraNcE, de Morle persecutorum, 34.
sur les Francs, il en rend grâces à Apollon, auguel il fait de magnifiques offrandes (1). Eusèbe , son éternel panégyriste, rapporte que, lors de son départ pour l'Italie, il se mit à délibérer sur le Dieu qu’il devait choisir (2), et qu'après le miracle du /aburum, il fit venir des docteurs chrétiens pour être instruit par eux; mais il avait sous les yeux l’exemple de la pieuse Hélène sa mère, et celui de son père, qui toléra les chrétiens et leur donna asile, bien que, par condescendance pour Dioclétien , il leur interdit la profession publique de leur culte. Du reste, alors que ses rivaux cherchaient à se concilier la fayeur populaire en secondant les fureurs des gentils , la politique conseillait'à Constantin de s’appuyer sur les chrétiens , moins nombreux , mais pleins de jeunesse et de cette force dont sont animés les réformateurs ; or un esprit habile pouvait prévoir qu’ils finiraient par entraîner dans leur mouvement inertie païenne , et resteraient debout sur les débris de l’idolâtrie. Constantin, qui les connaissait pour les avoir vus de près, ne pouvait craindre ni leur ambition , ni les crimes que leur attribuaient ceux qui les jugeaient sur de faux bruits ou d’après les inspirations de la colère.
Eusèbe a cherché à représenter la lutte de Constantin contre Licinius comme une guerre de religion ; mais, dans la réalité, l’un et l’autre empereur aspirait à régner seul, quoique Licinius excitât les siens contre Constantin, en le montrant comme dangereux pour les rites paternels et pour l’ancienne constitution. On combattit , et Constantin, triomphant, fit briller eur la croix l’auréole de la victoire.
Mais le paganisme avait pour soutien les prêtres , l'aristocratie, les corps municipaux, qui souvent avaient provoqué la persécution, une foule de magistrats et de généraux. Rome, à laquelle les personnes de haut rang restaient attachées par le souvenir des anciens auspices et la longue succession de ses pontifes , les affranchis et les esclaves par un entraînement docile, était considérée comme le centre glorieux de la religion. Les cérémonies du culte, les jeux , étaient pour le vulgaire une occupation et une ressource , plutôt encore qu’un amusement. L’élite de la jeunesse accourait des provinces dans cette sentine de toutes les superstitions, comme l'appelle saint Jérôme , et puisait dans les temples, dans les théâtres , dans les écoles , la haine du nom chrétien; c’était donc déjà beaucoup que l’empereur tolérât la nouvelle reli-
(1) Panegyricivel.,p. 215.
(2) Vita Constantini, c. 28.
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PAIX DE L'ÉGLISE. 527 gion en lur accordant une liberté égale à celle de l’ancien culte, sans courir tout à coup les chances d’un changement qui aurait bouleversé l’État (1)... |
Cependant, afin d’y préparer les esprits, il négligea quelquesuns des rites nationaux, et ne célébra paint les jeux séculaires en 314 ; il ne défendit pas les jeux Capitolins , où il aurait dû assister entouré des pontifes et du sénat, à la tête de l'armée, mais il les tourna en dérision (2), '
Quelle horreur ne devait pas exciter chez les Romains adorateurs du passé la conduite d'un successeur d’Auguste, qui mettait de pair avec le culte païen une religion naguère encore proscrite, exemptait les prêtres chrétiens des charges mynicipales comme ceux des divinités nationales (3), et défendait aux citoyens de travailler le jour du Seigneur, aux juges et autres fonctionnaires de s’occuper d’autre chose que de l’émancipation des enfants ou des
e sclaves (4!, Lorsqu’ensuite Constantin se trouva débarrassé de ses collègues et de ses rivaux, et que la translation du trône impérial à Byzance l’eût délivré de l’oppositiou ombrageuse des Romains , il favorisa ouvertement les chrétiens, et combla l’Église de ses dons ; on le vit assister debout aux prédications des évêques, présider les conciles et prendre part aux discussions,
On parle d’une loi par laquelle il aurait prohibé le culte des idoles ; mais sans doute elle ne concernait que les désordres (à uuodpa rñc sidwaohatpslas ) et les sacrifices dans les maisons particulières. Du reste, il disait dansun édit : « Je consens que ceux qui « sont encore plongés dans les erreurs du paganisme jouissent du « même repos que les fidèles. L’équité dont il sera usé à leur « égard , et l'égalité de traitement envers les unset les autres, « contribueront à les mettre sur la bonne voie. Que nul n’en in- « quiète un autre, et que chacun choisisse son culte comme il le « jugera à propos; que ceux qui se dérobent à votre obéissance « aient, s’il leur convient, des temples consacrés au mensonge ; « qu’on ne moleste personne pour sa croyance, el que celui qui « jouit de la lumière en profite selon son pouvoir pour éclairer « les autres ; s’il n’y réussit pas, qu’il les laisse en repos. Autre
({) Constantin écrivait à Arius : « Je suis persuadé que, si j'étais assez heureux pour amener tous les hommes à adorer le même Dieu, ce changement de religion produirait une révolution dans le gouvernement. » Et il ajoute qu'il cherche à accomplir ce projet sans faire trop de bruit. (EusÈse, Vila Constantini, I, 65.)
(2) Zosime lui en fait un grand crime, II, 7 et 30. (3) Code Théod., XVIE, t. HE, $ 2.
(4) Code de Justin,, IIT, 12, $ 3.
« chose est de combattre‘ pour acquérir la couronne de l’immor-
« talité, et d’user, de violence pour eontréindrei quelqüiun:d’em-
« brasser une, religion {4}: Enconséquence "loin de déclarer la
guerre au paganisme; il conserva comime ses prédécesseurs, le titre de souverain pontife , et détermina en cette qualitéila manière dont il fallait interroger les aruspices quand la foudre atteignait un monument public ;:il fit fermer Jes temples de Vénus) près:du Diban et à Héliopolis de Syrie, devenus des; foyers de libertinage ; il remit en vigueur la loi des Douze Tables icontre:les augures isecrets (2), défendant toute pratique réligiéuse. qüi ne.se: produisait pas au grand jour, tandis qu'il exhortait:à accomplir les rites s0lennels (3). 11 confirma aux flamines perpétüels et aux:décemvirs l’exemption de certaines charges (4); de plus, il se :Jaissa représenter sur certaines médailles avec des titres d’idolâtrieet avec les images des dieux; puis, lorsqu'il mourut:, on lui: fit des sacrifices selon l’ancien usage, en. le mettant au rang des dieux, ‘lant les gentils étaient loin de croire qe eût détruit le ouite got set
(1) Eusère, Vie de Constantin, 1L, 56. 1, | |
(2) Le traité de Jamblique sur les mystères dgyptions suppose continuellement une différence entre la divination légale ét publique, et celle’ qui était rofane et secrète; semblables dans leur but, elles’ différaient dans les moyens.'Les Grecs appelaient la première théungie ; la seconde, géotie, La magie théurgique tendait à perfectionner l'esprit et à purifier l’âme, selon les idées d'alors, et celui qui par son moyen parvenait à l'autopsia, c'est-à-dire à avoir un commerce intime avec les dieux, croyait participer à leur toute-puissance.
La magie géotique ou sorcellerie était professée par des homniés en relation avec lies esprits malins, et passait pour perverse, comme poussant aux méfaits ou y aidant. On. croyait que ceux qui la pratiquaient habitaient des souterrains ; dans les ténèbres de la nuit, ils accomplissaient, disait-on, avec des victimes noires, des os de morts ou des cadavres entiers, des rites profanes ; parfois aussi ils cherchaient l'avenir dans les enirailles des enfants et des hommes.
C’est ainsi que les choses se passaient en Grèce; il en aura probablement été à peu près de même à Rome, puisque, outre:les augures publics, respectés par la loi et l'opinion, il y avait des sorciers, des magiciens, des devins, des astrologues, qui, par des pratiques criminelles que la loi condamnait, entrelenaient la superstition.
Ces derniers étaient punis de mort par la loi des Douze-Tables, Tiberius haruspices secreto ac. sine testibus consuli vetuit (SuÉtone, 63.), Dioclétien formula cette déclaration : Ars mathematica damnabilis est, et inter dicla omnino (Code de Just., IX, 8, 2 ),et c’est précisément dans ce sens que furent rendues les lois de Constantin,
Voyez dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, tome VIT, Bonauy, Du rapport de la magie avec la théologie paienne. ‘
(3)Adite aras publicas atque delubra, et consuetudinis vestræ celebrate solemnia; nec enim prohibemus prateritæ usurpationis officia libera lucc tractari. ‘Code Théod,, IX, 16, 1, 11.*
(4) Cod. Théod., XXIF, 1, 21-5, 2
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